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L'ACTIVATION DE L'ÉNERGIE

Éditions du Seuil, Paris 1963

Les extraits présentés ci-dessous, très parcellaires en dehors de certains chapitres ou grands passages qui ont paru "insécables", traduisent le choix occasionnel du lecteur (J.Séverin Abbatucci) et ne peuvent être considérés que comme une incitation à lire le texte dans son intégralité.

 

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Avertissement

L'Heure de choisir, Noël 1939

L'Atomisme de l'Esprit, 13 septembre 1941

La Montée de l'Autre, 20 janvier 1942

Universalisation et Union, 20 mars 1942

La Centrologie, 13 décembre 1944

L'Analyse de la Vie, 10 juin 1945

Esquisse d'une Dialectique de l'Esprit, 1946

Place de la Technique dans une biologie générale de l'Humanité, 16 janvier 1947

Sur la Nature du Phénomène social humain, 23 avril 1948

Les Conditions psychologiques de l'Unification humaine, 6 janvier 1949

Un phénomène de Contre-Évolution ou la Peur de l'Existence, 26janvier 1949

Le Sens de l'Espèce chez l'Homme, 31 mai 1949

L'Évolution de la Responsabilité dans le Monde, 5 juin 1950

Pour y voir clair, 25 juillet 1950

Le Goût de vivre, novembre 1950

L'Énergie spirituelle de la Souffrance, 1951

Un Seuil mental sous nos pas : du Cosmos à la Cosmogénèse, 15 mars 1951

Réflexions sur la probabilité scientifique et les Conséquences religieuses d'un Ultra-Humain, 25 mars 195

La Convergence de l'Univers, 23 juillet 1951 . . . .

Transformation et Prolongementen l'Homme du Mécanisme de l'Évolution, 19 novembre 1951

Un problème majeur pour l'Anthropologie, 3o décembre 1951

La Réflexion de l'Énergie, 27 avril 1952

Réflexions sur la Compression humaine, 18 janvier 1953

En regardant un Cyclotron, avril 1953

L'Énergie d'Évolution, 24 mai 1953

L'Étoffe de l'Univers, 14 juillet 1953

L'Activation de l'Énergie humaine, 6 décembre 1953

Barrière de la Mort et Co-Réflexion, ler janvier 1955

 

L'Atomisme de l'Esprit

p. 31 - De part et d'autre de la Zone moyenne du Monde à l'échelle de laquelle notre Humanité agit et s'agite, les objets se disposent, pour notre expérience, en deux séries naturelles de taille indéfiniment croissante, ou indéfiniment décroissante : vers les nébuleuses, ou vers les atomes. En haut, l'immense. En bas, l'infime. Depuis toujours l'Homme a eu obscurément conscience d'être emprisonné dans ce cadre sans bords. Si bien qu'après un premier moment de vertige nous nous sentons presque à l'aise aujourd'hui entre les microns et les années lumière, le Nouveau Monde de la Physique moderne. Bien moins familière à notre esprit que ces profondeurs demeure cependant l'étrangeté, à peine découverte, des deux abîmes entre lesquels nous flottons. Pascal, dans une phrase fameuse, imaginait à l'intérieur du ciron un autre Univers avec d'autres cirons. C'est contre cette idée d'un Espace s'étalant ou se contractant semblablement à lui-même que nous sommes maintenant conduits à penser. De même que l'éclat de la lumière et les formes de la Vie se transforment aux yeux d'un observateur glissant le long d'un méridien terrestre, ou s'enfonçant au sein des eaux, - ainsi, et bien plus radicalement encore, l'Univers doit-il être conçu comme changeant de figure si, en esprit, nous essayons de nous déplacer, soit vers le haut, soit vers le bas, de ses zones extrêmes

p. 33 - Détachons maintenant nos yeux de l'Immense et de l'Infime, pour les tourner vers un autre spectacle, en apparence d'un autre ordre. Laissons les atomes et les nébuleuses, et regardons, au voisinage de notre latitude moyenne, la Matière vivante.

Autour de cet objet tout proche, et cependant extraordinaire, qu'est notre propre chair à nous-mêmes, la Biologie, armée des instruments toujours plus subtils et puissants que lui fournit la Science, resserre continuellement ses attaques. Analyses et synthèses chimiques d'une délicatesse invraisemblable; tritu-rations de toutes sortes, sous le jeu des réactifs « morts » ou « vivants » qui forment aujourd'hui l'arsenal de la Recherche; observation directe, enfin, sous le microscope,à des grossissements qui, de deux mille, viennent brusquement de passer à cent mille diamètres! - Ce n'est pas le lieu d'énumérer ici les résultats passionnants auxquels conduisent ces investigations à peine commencées. Ce qui importe par contre à mon sujet, c'est d'observer que, par-dessus le vaste « corpus » de données expérimentales déjà accumulées par la Biophysique et la Biochimie, un fait général émerge et do-mine, plus important pour notre intelligence que tout fait particulier. Je veux dire l'incroyable complication des êtres organisés.

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p. 35 - Rapprochons, en effet, et réunissons les deux évidences auxquelles nous venons d'accéder dans un effort préliminaire. D'une part, observions-nous pour commencer, L'Etoffe des Choses se métamorphose, elle change de propriétés, quand, suivant son grand axe spatial, nous montons ou descendons vers les grandeurs ou les petitesses extrêmes. D'autre part, venons-nous de noter, une deuxième façon existe pour les corps d'osciller entre l'infime et l'immense - capables de devenir très petits ou très grands, ils peuvent aussi suivant un autre axe (transversal au premier) être, dans leur structure interne, ultra-simples ou ultra-compliqués. Les hautes complications, constations-nous du reste, apparaissent dans le domaine des substances vivantes.

p; 36 - A zone dimensionnelle nouvelle, disions-nous, propriétés nou-velles. Une fois reconnu, dans l'Univers physique, le domaine ou compartiment spécial de l'ultra-synthétique, la Vie ne détone plus dans la vision scientifique du Réel. Elle ne fait que combler un vide qui, sans elle, resterait béant dans nos perspectives. Propriété particulière aux grands nombres orga-nisés, effet spécifique de la Matière portée à un degré extrême de construction interne, elle vient prendre harmonieusement la place d'un phénomène attendu. Après l'Immense et l'Infime, le Grand Complexe (dès lors qu'il existe en fait) exigeait d'avoir un caractère à lui. Ce caractère, le voici :

Conscience, effet de Complexité.

p. 38 -

« Complexité -><- Centréité -><- Conscience » (1)

Sous l'action de cette formule structurelle lisible à volonté dans les deux sens, l'Univers, nous venons de le voir, se renfle à mi-chemin entre l'Infime et l'Immense; il s'étale, à son équateur, en une nappe sui generis sur laquelle la distance entre points n'est plus mesurable en taille, mais en degrés d'organisation, - ou ce qui revient au même, de psychisme. Une échelle qualitative (mais d'un qualitatif encore mesurable) se dressant en travers de l'échelle quantitative des particules cosmiques. Voilà la figure d'ensemble prise par le Réel autour de nous.

p. 39 - Or cette première vision, prise dans l'Immobile, n'est encore, évidemment, qu'une tranche instantanée, infinitésimale, du phénomène que nous cherchons à nous représenter. Qu'il s'agisse d'atomes, d'étoiles ou de vivants, toute série naturelle, pour notre esprit éveillé au sens de l'évolutif, se traduit immédiatement et invinciblement en trace de mouvement.

« Synthèse-><- Centration -><- Intériorisation » (2).

Telle devient notre relation fondamentale (1) si nous la transposons dans le milieu, seul réel scientifiquement, d'un Espace indissolublement lié au Temps.

Et c'est ici, me semble-t-il, que jaillit définitive-ment la lumière.

Au regard du « sens commun », et même encore, trop souvent, au regard d'une certaine Science,l'Univers se divise toujours en deux compartiments étanches : le domaine de la Matière et celui de la Vie; le monde atomique des molécules, et le monde cellulaire des Plantes et des Animaux.

Eh bien, c'est précisément la surface de séparation imaginée par nous entre ces deux mondes qui, par application de la relation (2), tend à s'effacer à nos yeux, - comme disparaît le ménisque miroitant entre la portion liquide et la portion gazeuse d'un corps parvenu à son point de vaporisation.

Il y a (nous le découvrons chaque jour plus clairement) au-delà des albumines et des protéines, et cependant encore très en-deçà des cellules, certains corpuscules énormes. D'un point de vue chimique, externe, la considération de ces nouveau - x objets nous passionne. Mais avons-nous assez songé que, si ces particules sont hyper-compliquées, c'est, nécessairement et corrélativement, qu'elles sont hyper-centrées, et porteuses, par conséquent d'un germe de conscience? Au-dessous de la Vie, donc, la Pré-Vie! Branche moléculaire et branche cellulaire de la Matière : ces deux segments, traités jusqu'ici comme divergents ou hétérogènes, tendent à se rapprocher sous nos mains. Bout à bout ils s'alignent. Et voici qu'apparaît une courbe unique exprimant les progrès d'un seul et même processus physico-biologique : la Noogénèse.

p. 42 - Dans le cas des molécules humaines considérées isolément, aucun résultat positif ne ressort de cet examen. Sur ce point je me suis déjà expliqué ailleurs. Depuis vingt mille ans (seulement) que nous le connaissons, le cerveau de l'Homo sapiens ne paraît (ni dans sa structure, ni dans son fonctionnement) avoir changé appréciablement. Mais laissons de côté l'individu, et occupons-nous de la collectivité humaine. Ici quelque chose de neuf apparaît.

Nous avons en ce moment, étalée toute grande sous nos yeux, une Terre dont la surface géométriquement limitée, se resserre à vue d'œil sous la foule grossissante d'une population que pressent de plus en plus sur elle-même, bien moins encore ses accroissements numériques que la multiplication et l'accélération affolante d'inter-liaisons de toutes sortes. Ce spectacle énorme, nous le regardons sans cornprendre, à mille lieues de songer qu'il puisse avoir rien à faire avec les démarches organiques de la Vie. « Les liaisons sociales, pensons-nous : phénomène accidentel et passager,modifications superficielles et réversibles. Une fois formés, les cerveaux, eux, ne changent plus. Comment leur comparer des édifices collectifs, sans cesse en train de se détruire et de se remplacer? »

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p. 43 - Dans la civilisation humaine il est encore d'usage de ne vouloir rien reconnaître de plus qu'une série monotone d'oscillations réversibles.

Or ceci justement est-il vrai? - Faisons plutôt le compte des changements en cours, et cherchons à fixer la nature et le sens de leur succession.

Un premier résultat de la « prise en bloc » à laquelle est graduellement soumise en ce moment l'Humanité est que, de moins en moins, aucun de nous, pris isolément, n'arrive à se suffire matériellement à lui-même. Une série de nouveaux besoins, qu'il serait enfantin et anti-biologique de regarder comme superflus et factices, se créent incessamment en nous. Nous ne pouvons plus vivre et nous développer sans une ration croissante de caoutchouc, de métaux, de pétrole, d'électricité, d'énergies de toutes sortes. Aucun individu ne parviendrait désormais à pétrir à lui seul son pain quotidien. L'Humanité se constitue de plus en plus en organisme doué d'une physiologie, et comme on dit maintenant, d'un « métabolisme » commun. Nous pouvons bien nous plaire à dire que ces liens sont superficiels, et que nous les détendrons si nous voulons. En attendant, ils se consolident chaque jour davantage, par le jeu combiné de toutes les forces qui nous entourent; et l'Histoire montre que, dans l'ensemble, leur réseau, tissé sous l'influence de facteurs cosmiques irréversibles, n'a jamais cessé de se resserrer.

p. 44 - Désormais, moins que jamais, l'homme ne saurait plus penser seul. Passons seulement en revue la série de nos concepts modernes, en Science, en Philosophie, en Religion. N'est-il pas évident que chacune de ces notions, plus elle est générale et féconde, tend à prendre, elle aussi, la forme d'une entité collective, dont nous pouvons bien individuellement couvrir un angle, posséder et développer une parcelle, mais qui repose, en fait, sur une voûte de pensées arqueboutées. L'idée d'électron ou de quantum, ou de rayon cosmique, - l'idée de cellule ou d'hérédité, - l'idée d'Humanité ou même celle de Dieu, personne en particulier ne les détient ni ne les domine. Ce qui déjà pense, comme ce qui travaille, par l'homme et pardessus l'homme, c'est encore ici une Humanité. Et il est inconcevable, de par le jeu même du phénomène, que le mouvement commencé n'aille pas dans le même sens, demain comme aujourd'hui, s'affirmant et s'accélérant.

Que conclure de tout cela, sinon que, dans l'Humanité prise comme un tout, la quantité d'activité et de conscience dépasse la somme simplement additionnée des activités et des consciences individuelles. Progrès dans la complexité se traduisant par un approfondissement centrique. Non pas simplement somme, mais synthèse. Exactement ce que nous étions en droit d'attendre si, dans le domaine du Social, par delà nos cerveaux, se poursuit bien (telle était ma thèse) la marche en avant de la Moléculisation universelle.

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Jusqu'à l'Homme, on peut dire que la Nature travaillait à fabriquer «l'unité ou grain de pensée ». Vers des «édifices de grains de pensée », dans la direction d'une « pensée de pensées », il semble décidément que, suivant les lois de quelque hyper-chimie gigantesque, nous soyons maintenant lancés, - toujours plus haut dans l'abîme des infiniment complexes.

p. 45 - ...dans l'Humanité prise comme un tout, la quantité d'activité et de conscience dépasse la somme simplement additionnée des activités et des consciences individuelles....Non pas simplement somme, mais synthèse.

Synthèse humaine : entreprise magnifique; mais aussi, faisons bien attention, opération délicate et longue, qui ne peut aboutir (comme tout autre effort de la Vie) qu'à travers de multiples tâtonnements et après beaucoup de souffrance. En matière de cœurs et de cerveaux, bien plus encore qu'en matière d'atomes, toute forme de combinaison ne saurait être bonne, ne l'oublions pas. Pour une tige humaine qui a réussi à forcer le seuil de la Réflexion, combien de millions d'autres « phyla » qui ont avorté! Le problème qui se pose, économiquement et socialement, à l'Homme moderne (puisque, le voulant ou non, il est voué à la Synthèse), c'est donc de découvrir, parmi les diverses formes possibles de collectivisation ouvertes devant lui, celle qui est la bonne c'est-à-dire celle qui prolonge le plus directement la Psychogénèse (ou Noogénèse) dont il est issu.

p. 46 - Ceci posé, comment déterminer, par une approximation initiale, le terme supérieur à venir vers lequel nous achemine la transformation où, avec le Monde, nous sommes engagés? Pas autrement ... que comme un état d'unanimité en lequel chaque grain de pensée, porté à l'extrême de sa conscience particulière, ne sera cependant que l'expression incommunicable, partielle, élémentaire, d'une Conscience totale commune à toute la Terre, et spécifique de la Terre . un Esprit de la Terre.

p. 49 - Jusque là les hommes (excepté par l'instinct obscur qui les fait procréer) pouvaient, vaille que vaille, essayer d'oublier la mort en s'absorbant dans les soucis ou les joies d'une existence limitée. Or c'est cette échappatoire, si nous y prenons garde, qui tend, petit à petit, à se fermer pour nous. En même temps que l'Humanité va faisant corps dans l'Espace, elle se bloque nécessairement, au même rythme, dans le Temps. L'idée d'une Œuvre Humaine totale à accomplir n'est-elle pas le corollaire inévitable d'une Humanité totalisée? De ce chef une modification radicale transforme insidieusement l'équilibre de nos activités. Sans y penser, chaque homme s'habitue à craindre, à ambitionner, à respirer dans une atmosphère d'universel, - en porte-à-faux sur le succès global de l'Humanité en avant. De la sorte, la cloison saute qui paraissait isoler notre « carrière » humaine de celle de nos descendants. Le centre de gravité de nos intérêts les plus tangibles se trouve rejeté comme à l'infini en avant. Et, du même coup, ce n'est plus seulement la perspective d'une mort humaine qui s'installe à notre horizon, mais c'est la menace et le scandale d'une Mort de l'Humanité.

Simple changement d'échelle, en apparence, mais qui justement était nécessaire ici, comme dans le cas de toutes les autres propriétés de l'Infime, de l'Immense et du Complexe pour que jaillisse avec évidence la chose que nous cherchions. Appliquée à un seul grain de pensée, l'idée d'annihilation ne nous choque pas immédiatement; ou bien, si elle nous choque, c'est par une introspection si délicate que nous pouvons hésiter sur la valeur de notre évidence. Grossie par contre aux dimensions planétaires de la «Noosphère », la même idée se découvre tellement dissolvante à la fois de tout le Passé et de tout le Présent du Monde que nous ne pouvons faire autrement que la rejeter. Dans un Univers qui, par fonctionnement, va concentrant toujours plus l'intérêt vital de ses éléments sur un terme collectif à atteindre en avant, tout s'écroule du haut en bas si ce terme supérieur se découvre comme précaire ou inexistant.

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p. 50 - Vie, - donc réflexion, - donc prévision, - donc exigence de survie. Les quatre termes s'enchaînent biologiquement, et croissent simultanément. Pour nous, par conséquent, dans le Futur, ne s'annoncent ni la volatilisation, ni la sénescence. Et dès lors, devant notre pensée, les possibilités se resserrent. Non, à la série grossissante des molécules un terme ne peut convenir que s'il est positif et maximum par nature. C'est donc que, d'une manière ou de l'autre, nous pouvons échapper à la caducité de l'astre qui nous porte. Quelque chose de plus grand, de plus complexe, de plus centré que l'Humanité se profile à nos yeux au-delà de l'Esprit de la Terre.

Mais quoi?..

p. 51 - Par conjonction d'unités sidérales pensantes, la Moléculisation rebondirait, disais-je. La fin du processus se trouverait rejetée un étage plus haut. Mais, à ce degré supérieur de complication, le problème de la Mort, un instant écarté, reparaîtrait de plus belle... Or c'est justement cette ombre d'une Mort (fût-elle encore à des milliards d'années de distance) que, afin de pouvoir continuer à agir de plus en plus consciemment, nous devons pouvoir chasser de notre horizon, dès maintenant.

Par où nous échapper?

Plus je me penche sur ces perspectives, plus je crois apercevoir la seule façon dont puisse finir, sans périr, l'Esprit de la Terre, c'est que (seul, ou avec l'appui d'autres Esprits qu'il aura rencontrés en chemin) il disparaisse en profondeur, par excès de centration sur lui-même. Observée dans son mécanisme externe de complication, il est possible que la moléculisation de la Matière vienne se heurter à quelque valeur supérieure qu'elle ne puisse dépasser (telle la vitesse de la lumière pour les masses en mouvement). En tout cas, remous d'Improbable au sein d'un courant qui, dans l'ensemble,tend à ramener les corps à leurs états les plus simples, elle ne peut certainement pas indéfiniment se prolonger...

p. 52 - Observé au contraire par sa face interne (c'est-à-dire la montée de conscience), le processus ne paraît pas connaître de valeur-limite à ses développements. Non seulement, par nature, tout acte réfléchi est l'amorce d'une réflexion plus haute (de sorte qu'il serait impossible de couper à aucun endroit la chaîne), -mais encore, nous venons de le voir, la faculté même de penser exige, pour pouvoir respirer, une atmosphère complètement libre en avant.

De cette dysharmonie évolutive entre le Dehors (limité) et le Dedans (illimitable) de la Noosphère, que conclure, sinon qu'une rupture interne se laisse prévoir entre les deux faces du phénomène. Au-delà d'une certaine valeur critique, force nous est d'imaginer que, d'une manière ou d'une autre, la Centration puisse se poursuivre indépendamment de la synthèse physico-chimique, qui, au cours d'une première phase, était nécessaire pour la mettre en mouvement. Le Centre rejetant sa coque originelle de complication...

Un pareil « décollement » est-il possible?

Oui, - mais à une condition. C'est que, à l'extrême de l'axe des synthèses et du Temps, nous supposions l'existence d'un Centre de deuxième espèce, - non plus émergeant et mû, - mais centre émergé et moteur, de la Convergence universelle. Un pareil Centre une fois admis (je l'appellerai Oméga), tout se passe comme si les grains de conscience formés évolutivement par Noogénèse devenaient capables (une fois passé le point « humain » de la Réflexion) de tomber, par le fond d'eux-mêmes, dans un champ d'attraction nouveau agissant, non plus seulement sur la complexité de leur édifice, mais sur leur centre directement, indépendamment de cet édifice.

p; 53 - ...le retournement complet de l'Esprit (collectivement centré) sur un pôle intérieur de consistance et d'unification totale :l'Hypercentration après la Centration.

L'évasion en profondeur (par le centre), ou, ce qui revient au même, l'extase.

Dans cette perspective (où s'expriment exactement la foi et l'espérance chrétiennes), toutes sortes de difficultés se dénouent sans effort sous nos yeux.

...une Humanité totalisée, mieux qu'aucun vivant connu, sous l'influence d'une âme supérieure et unique. L'Homme non point collectivisé, mais super-personnalisé.

...Sur une Terre en voie d'irrésistible resserrement, la grande question devient pour l'Homme,...de découvrir comment diriger en lui-même le travail inévitable, mais éminemment dangereux, des forces d'unification

p. 54 - Ce qui rend monstrueuse la pure collectivité, c'est que, mul-tiple par nature, elle n'a ni pensée, ni cœur, ni visage aux-quels, par le fond de notre être, nous puissions nous accrocher. La « Société » peut bien nous étouffer dans ses bras in-nombrables : elle ne saurait ni nous atteindre, ni nous rap-procher par la moelle de nous-mêmes. Arrêtée sur le Collectif, l'Humanité, tant exaltée depuis deux siècles, est un Moloch affreux. Nous ne pouvons ni l'aimer, ni nous aimer en elle. Voilà pourquoi elle nous mécanise, au lieu de nous achever. Que s'allume, par contre, en chaque élément de la myriade humaine, la chaude lumière d'une même Ame commune, distincte de tous et la même en tous. Alors en ce foyer personnalisant, lui-même d'une personnalité suprême, chaque parcelle, dans son effort pour s'achever, se trouve précipitée sur toutes les autres. Neutralisée par les grands nombres, une formidable affinité, disions-nous, dort encore dans la masse humaine. Non plus annulée, mais multipliée cette fois par la pluralité des particules spirituelles, nous voyons maintenant qu'aux rayons d'Oméga il faudra bien qu'un jour elle s'éveille.

Le salut de l'Esprit de la Terre (la seule chose qui pour nous importe!), il se découvre subordonné aux développements (re-connus possibles) d'une liaison affective de dimensions cosmiques.

Et voici du même coup la question qui se déplace. Avoir pris intellectuellement conscience, en face de la pluralité humaine, du fait que nous représentons structurellement le prolongement naturel des atomes transporte dans un domaine intérieur le problème de la Cosmogénèse. A elles seules les plus étonnantes avances de la Science et de la Technique ne sont qu'une préparation et un commencement. En dernière analyse l'avenir du Monde est entièrement suspendu à l'éclosion en nous d'une Conscience morale de l'Atome, culminant dans l'apparition d'un amour universel.

p. 56 - Je voudrais faire entrevoir, au cours de ce dernier chapitre, combien la morale humaine la plus traditionnelle prend figure, cohérence et urgence nouvelles, - combien harmonieusement elle s'intègre, pour le dominer, au grand corps des énergies cosmi-ques, dès lors que, dépassant, pour régler sa conduite, la po-sition individualiste « de la monade », l'Homme se place réso-lument, pour juger et agir, au point de vue de l'atome. L'idée, ci-dessus développée, d'une Moléculisation spiritualisante de la Matière n'illumine pas seulement, dans sa structure interne, l'Étoffe de l'Univers. Sous le même trait de lumière se dégagent corrélativement, dans leurs grandes lignes toute une Philosophie de la Vie, toute une Éthique, toute une Mystique nouvelles.

a. Philosophie de la Vie.

A proportion même des accroissements que prend en lui la conscience de sa force et de sa durée collective, l'Homme éprouve un besoin grandissant de trouver un objectif tangible à ses activités. Pourquoi la chaîne de labeurs où nous naissons en-chaînés? Pourquoi toujours chercher plus loin? Pourquoi nous acharner à découvrir? Pourquoi encore construire? Pourquoi même continuer à nous reproduire?... Il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup vécu pour constater à quel point, jusque chez les plus humbles, cette question se pose et se propage en ce moment, jusqu'à devenir aiguë. Renouvelée et surexcitée par les récentes apparitions du Temps et de l'Espace, l'angoisse de vivre est en train de monter en nous. Eh bien c'est à ces anxiétés sur le sens et la valeur de l'existence que la notion de Noogénèse permet d'échapper. Dès lors qu'une relation organique se découvre entre notre agitation élémentaire et le succès du Monde qui nous porte, - dès lors qu'un Dieu lui-même nous attend au sommet de la tour que, soutenus par lui, nous pouvons bâtir en nous unissant, - à nous l'élan, à nous la joie essentielle de vi-vre!

Avec Oméga, c'est un but et un attrait suprêmes qui se lèvent pour animer et diriger l'Effort humain. Et subsidiairement, ce sont trois autres problèmes, réputés insolubles, qui s'éva-nouissent de notre horizon.

Problème du Mal, d'abord. Qu'il soit physique ou moral, le Mal n'est révoltant que dans la mesure où il serait inutile ou gratuit. Expression des lenteurs, des erreurs, du « travail » énergétiquement nécessaires pour la synthèse de l'Esprit, souffrance et péché deviennent intelligibles et acceptables dans la mesure où ils se présentent comme condition et prix de l'Évolution. Pourvu que le sommet existe, et « qu'il en vaille la peine », quel ascensionniste s'étonne-t-il ou se plaint-il d'avoir à se blesser, ou même de risquer la grande chute, en grimpant? - Statiquement: et isolément, la douleur et la perversité sont choses absurdes. Prises dynamiquement, dans un système tâtonnant et mouvant, elles se légitiment et se transfigurent.

Problème de l'Inégalité, ensuite. Si, en l'Humanité, l'Univers culminait sous forme de consciences isolées ou divergentes, rien n'aurait le pouvoir de consoler un homme de n'avoir ni la santé, ni les qualités, ni les chances sociales échues à d'autres hommes plus fortunés. Plus, dans un tel Univers, le déshérité ou le manqué réfléchiraient lucidement à leur infériorité, plus contre elle et contre « ceux qui ont » ils auraient le droit de sentir monter une rage de niveler et de détruire. - Tout change, ici encore, si, quelque inégaux soient-ils en force et en position, les divers éléments pensants de la Terre ne forment plus qu'une seule masse convergente, destinée à communier et à s'égaliser dans un succès final. En pleine attaque, quel est le soldat qui pense à jalouser son chef en tête de la vague d'assaut ?

p. 58 - Problème de l'Individuel et du Social, enfin. L'individu est-il pour la Société, ou la Société pour l'individu? - Question irritante, dont nos oreilles sont continuellement rebattues. Question sanglante, aussi, au nom de laquelle se font impi-toyablement croisade, en ce moment, les forces opposées du Marxisme et des Démocraties. Et cependant question inexistante, au fond, si seulement nous percevions, dans sa réalité et son mécanisme, le grand phénomène de la Noogénèse en cours autour de nous. Dans un Univers en voie de centration (pourvu que celle-ci soit bien conduite!) individu et collectivité se renforcent et s'achèvent l'un l'autre, continuellement. Plus, d'une part, l'individu s'associe convenablement à d'autres individus, plus, par effet de synthèse, il s'approfondit sur soi, prend conscience de lui-même, et donc se personnalise. Et plus, d'autre part, la collectivité se resserre convenablement sur des éléments mieux personnalisés grâce à elle, plus, de son côté, elle « s'humanise », se personnalise et laisse transparaître le point Oméga. Les deux termes sont également essentiels : impossible de les séparer. À la limite, il est vrai, c'est-à-dire au moment où s'opérera la conjonction su-prême, le dernier pas se fera de l'élément vers l'ensemble. C'est l'ensemble qui aura le dernier mot. On peut donc dire, en dernière analyse (ou plutôt « en dernière synthèse ») que finalement la personne est pour le Tout, et non le Tout pour la personne humaine. Mais c'est parce que, à cet instant ultime, le Tout lui-même est devenu Personne.

b. Éthique.

Depuis la promulgation de l'Evangile, on pouvait croire que l'Homme avait enfin trouvé une expression définitive et exhaustive de rectitude intérieure, et donc de salut. « Aimez vous les uns les autres ». Dans ce précepte paraissait devoir à jamais culminer et se résumer la fleur de toute moralité. Or aujourd'hui, après vingt siècles d'expérience, il semble que la formule évangélique n'ait rien donné. Non seule-ment, avec les années qui passent, l'Humanité semble toujours aussi divisée sur soi; mais encore un nouvel idéal, celui de la force conquérante, n'a pas cessé, depuis deux générations, de grandir et de se faire toujours plus fascinant, en face des doctrines de douceur et d'humanité.

p. 59 - Assisterions-nous par hasard à la faillite de la Charité?...C'est à cette inquiétude, me semble-t-il, que le fait pour la personne humaine de s'élever à la conscience de « sa dignité d'atome » apporte, théoriquement et pratiquement, un apaisement.

Du point de vue de la Noogénèse, d'abord, il est bien évident que si, tous ensemble, nous sommes cosmiquement destinés à de-venir un, la loi fondamentale et opérante de notre activité est de favoriser cette synthèse en nous rapprochant. Loin de s'évanouir aux rayons de la critique moderne, le « Précepte du Seigneur » quitte donc le domaine du sentiment pour devenir le premier des rouages de l'Évolution. « Il sort du rêve pour entrer dans le système des énergies universelles et des lois nécessaires ». Un amour, avons-nous vu, n'est-il pas le seul milieu où l'Étoffe de l'Univers puisse trouver l'équilibre et la consistance à l'extrême de sa Complication et de sa Centration?

Mais il y a, plus. Ce qui, bien davantage qu'un échec de fait, déprécie aujourd'hui à nos yeux la charité, c'est incontestablement son inutilité et son impuissance apparente à justifier et à animer notre besoin passionné de découverte et de conquête. La Morale que nous attendons ne peut plus être à base d'égards mutuels, mais à base de progrès. C'est de « l'essence », et non pas seulement de l'huile qu'il nous faut... La charité, telle qu'on nous la prêche,est résignée et statique. Voilà pourquoi le sur-homme de Nietzsche est en train d'éclipser la bonté évangélique. Si beau soit le Discours sur la Montagne, l'homme moderne ne peut s'empêcher de prêter l'oreille aux paroles de Zarathoustra.

p. 60 - « La charité, - résignée et statique »...

Voilà le préjugé mortel dont vient précisément nous arracher le spectacle d'un Monde en voie de Concentration!

Entre monades fixes et extrinsèquement associées, il est possible que la vertu suprême consiste à adoucir de mutuels frottements. Tout change dans le cas d'éléments incomplets qui ne peuvent exister pleinement qu'en se rapprochant. Pour de telles particules, la sympathie devient élan pour forcer tous les obstacles et trouver toutes les issues en vue de la réunion. Dès l'instant où il se découvre atomiquement responsable et solidaire d'une Humanité en laquelle il s'achève, personnellement, l'homme ne tient pas seulement un motif et un mobile pour aimer « son prochain ». Devant lui, par surcroît, s'ouvre tout grand un domaine illimité d'opération tangible où faire passer ce qu'il sent. Pour détendre, déverser et rajeunir sans cesse la passion qui l'anime, il a toute la grande bataille de la Terre. Avoir à lutter, pouvoir lutter, par toute sa vie, pour créer ce qu'on aime! Extraordinaire plénitude où, épurée de la Violence, la Force émerge de la Douceur et de la Bonté, comme leur paroxysme.

C. Mystique.

Pas de morale qui tienne sans Religion. Ou, plus exactement, pas de Morale qui vive sans se franger d'adoration. La mesure d'une Éthique est sa capacité à fleurir en Mystique. Incomparable, de ce point de vue, apparaît la Charité dynamisée.

Observons plutôt, à la lumière de la « Moléculisation », ce qui se passe au cœur de l'homme né à la conscience de ses relations organiques avec un Univers en cours de concentration.

Pour un tel homme, nous venons de le voir, le sens s'éveille, d'abord, d'une affinité grandissante pour les éléments de même ordre que lui-même, - c'est-à-dire pour la multitude des autres grains de pensée auxquels, s'il veut approfondir plus outre son âme, il lui faut s'associer. Et voilà le premier temps.

Mais parce que, dans l'édification, la conservation et le progrès de l'unité humaine, agit et se prolonge en fait le jeu entier des forces universelles, c'est bientôt au sens raisonné d'une solidarité de fond avec toute Vie et toute Matière en mouvement que, dans un deuxième temps, il est conduit à s'élever.

Et finalement, parce que cet immense système, convergent par nature, ne tient que par son élan vers quelque pôle supérieur de synthèse, c'est en définitive dans l'omniprésence et l'omni-action d'une Conscience suprême que l'atome pensant se trouve submergé.

Sens humain; puis sens de la Terre; et enfin sens d'un Oméga; trois étapes progressives d'une même illumination.

Et voici du même coup que se confirme et se précise, pour l'homme-élément, la possibilité psychologique d'un acte intérieur d'une richesse inouïe.

D'une part, en vertu de la liaison dynamique de toutes choses en la Noogénèse, la moindre action, si humble et monotone soit-elle, se découvre comme un moyen de coopérer au Grand œuvre universel.

D'autre part, en vertu de la nature particulière, synthétique, de l'Opération en cours, coopérer signifie s'incorporer dans une réalité vivante. Agir, sous toutes ses formes (pourvu que celles-ci soient positives, c'est-à-dire unificatrices), équivaut à communier.

Saisissons-nous bien l'importance de la transformation?

Plus ou moins consciemment (et si convaincus soyons-nous qu'il y a un sens à la vie), nous portons tous en nous le triste sentiment de la dispersion et de l'insignifiance de nos existences. Chaque nouveau jour qui commence, les mêmes devoirs nous assaillent, dont la monotonie nous écœure, dont la pluralité nous épuise, et dont l'apparente inutilité nous décourage. Éparpillement, routine, et, par-dessus tout, ennui... Oh si seulement nous pouvions sentir que nous faisons quelque chose de grand !

Eh bien c'est justement cette poussière de nous-mêmes qui, sous l'influence d'Oméga, s'illumine et s'anime. - A un niveau inférieur de conscience (c'est-à-dire aussi longtemps que ne nous apparaissent pas notre condition et notre fonction atomiques), nous ne pouvons jamais faire que ceci ou cela, par ce côté-ci ou ce côté-là de notre corps ou de notre âme. Ou bien nous mangeons, ou bien nous pensons, ou bien nous travaillons, ou bien nous aimons; et rien de tout cela, pris isolément, ne nous satisfait, parce que rien ne parait important. A un degré supérieur d'initiation au contraire (c'est-à-dire une fois perçue la relation liant la spiritualisation du Monde à sa complication), cette multiplicité, sans cesser d'être elle-même, se résout en quelque chose de nouveau et d'unique où confluent, en se valorisant, tous les résultats (si minimes soient-ils) de nos efforts, et toutes les nuances (si secrètes soient-elles) de notre opération. A ces hauteurs une forme transcendante d'action se dessine, recouvrant et fondant, sous une même lumière, la bigarrure de ce qui, regardé de plus bas, nous paraît s'opposer et se neutraliser sous les vocables divers d'activité et de passivité, de renoncement et de possession, d'intelligence et d'amour... En vérité, pour celui qui arrive à voir, non plus seulement dans l'Immense et dans l'Infime, mais quasi dans le Complexe, une manière d'agir existe capable de synthétiser et de transfigurer tous les autres gestes: le geste spécifique de subir et de promouvoir, en soi et autour de soi, - par toute la surface et toute la profondeur du Réel -, l'unification (et donc la prise de conscience) de l'univers sur son centre profond; le geste total et totalisant (qu'on me passe le mot, -je n'en trouve pas d'autre) de l'« omégalisation »-

Et voilà qui nous conduit en ligne droite, dans « la joie de l'atome », aux plus hauts sommets de l'adoration.

Déjà sur le terrain social et biologique, le fait d'avoir reconnu que (grâce aux propriétés de l'amour) l'Univers se personnalise en se concentrant, nous permettait d'éviter à la fois une individualisation qui disperse et un collectivisme mécanisant. - Voici maintenant que, dans le domaine mystique, la même lumière nous découvre la route entre deux autres écueils également dangereux. Depuis que l'Homme, en devenant homme, s'est embarqué à la recherche de l'unité, il n'a jamais cessé, dans ses visions, dans son ascèse ou dans ses rêves, d'osciller entre un culte de l'Esprit qui lui faisait lâcher la Matière et un culte de la Matière qui lui faisait nier l'Esprit. Exténuation ou enlisement. C'est entre ce Scylla et ce Charybde que nous fait passer l'« Omégalisation ». Le détachement, non plus par coupure, mais par traversée et sublimation. La spiritualisation, non plus par négation ou évasion du Multiple, mais par émergence. Telle est la « via tertia » qui s'ouvre devant nous dès lors que l'Esprit n'est plus l'antipode, mais le pôle supérieur de la Matière en voie de sur-centration : non pas voie moyenne, timide et neutre; mais voie supérieure et hardie, où se combinent en se corrigeant les valeurs et propriétés des deux autres routes.

D'où, pour finir et pour résumer, je conclus ceci. Avoir pris conscience de notre condition d'« atomes synthétisables », ce n'est pas seulement accéder à une vision nouvelle des relations générales reliant la Matière à la Pensée, et la Pensée à Dieu. C'est encore, et par le fait même, re-définir, dans sa ligne, l'axe immuable de la sainteté.

Dans un Univers reconnu de nature convergente, une néo-spiri-tualité pour un néo-Esprit.

Pékin, 13 septembre 1941.

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La Montée de l'Autre

p. 74 - Cette variation évidente de la Vie en fonction directe des Grands Nombres synthétisés s'explique simplement si l'on admet que la Matière est d'autant plus centrée (et donc d'autant plus « consciente ») qu'elle est plus organisée. Dans le cas des corpuscules simples ou relativement simples, la centration est faible, et par suite le psychisme imperceptible. Dans le cas, au contraire, des hautes complexités, le centre s'approfondit et se resserre, par effet d'organisation : et, du même coup, apparaissent et grandissent les phénomènes d'introspection et de spontanéité.

De ce point de vue, la Conscience serait une propriété physique liée simultanément à la centration et à la complication de la Matière sur elle-même. En sorte que, suivant la face qu'on regarde, l'Évolution se présenterait, ou bien (vue de dehors) comme une archi-synthèse chimique, ou bien (vue de dedans) comme une « Noogénèse ».

Voilà qui cadre exactement avec l'expérience.

Ceci posé, limitons notre attention à l'Homme.

Considéré individuellement, l'Homme est, quantitativement et qualitativement, la plus hautement compliquée, et partant la mieux centrée, et donc par le fait même la plus consciente des particules cosmiques. Mais ce n'est pas tout. L'Homme ne peut jamais être pris à l'état de particule isolée. Il est essentiellement multitude; il est multitude croissante; et surtout, grâce à son étonnant pouvoir d'inter-fécondation physique et psychique, il est multitude organisable. Cette pluralité des molécules pensantes est pour nous un spectacle si habituel que nous ne songeons pas à nous en étonner. Et cependant n'aurait-elle pas une signification profonde? Pourquoi ne pas imaginer, par exemple, que, conformément à toute l'histoire de la Vie passée, elle représente la possibilité et contient le potentiel d'une synthèse ultérieure, trans-humaine, de la Matière organisée?... Nous avons coutume de regarder l'individu humain comme une unité close, Perdue dans la foule grégaire d'autres unités également bouclées sur elles-mêmes. Ne serait-il pas plutôt l'élément, non encore saturé, d'un ensemble naturel encore en voie d'organisation?

p. 75 - De prime abord, l'idée d'un organisme super-humain semble fantastique. Nous nous sommes si bien accoutumés à admettre que rien ne pouvait exister de supérieur à nous dans la Nature! Mais si, au lieu de rejeter a priori ce qui dérange la routine (et surtout les cadres dimensionnels) de notre pensée, nous acceptons de le considérer, et nous commençons à l'approfondir, il est surprenant combien une hypothèse qui paraissait folle met d'ordre et de clarté dans nos perspectives sur l'Univers.

En premier lieu, c'est le flot même de l'Évolution, supposé contre toute vraisemblance arrêté sur Terre avec l'apparition de l'Homme, qui reprend normalement son cours. Si les grains de Pensée terrestres peuvent encore se combiner entre eux, l'Homme n'est plus une impasse inexplicable dans le processus cosmique de la Noogénèse : mais, en lui et par lui, la Montée de Conscience continue au-delà de lui-même.

En deuxième lieu, c'est la Montée du Nombre autour de nous qui perd son apparence inquiétante et absurde. Écrasés les uns sur les autres contre la surface étroite de la Terre, nous cherchions avec anxiété un domaine où nous dilater. Ce domaine nous l'apercevons maintenant, non plus dans la direction d'une évasion spatiale, mais sous la forme d'une harmonisation interne où la multiplication de l'Autre n'est plus une menace, mais un support, un réconfort et une espérance pour l'achèvement de chaque individu. La multitude ne peut que s'aggraver par divergence. En revanche elle se résout, sans effort et sans limites, par unification sur elle-même. Nous cherchions à nous échapper par la périphérie : c'est par l'axe seul (c'est-à-dire par convergence) que nous pouvons nous détendre.

En troisième lieu, c'est le spectre de la Collectivisation montante qui se transfigure. A juger de l'avenir humain par l'exemple des Insectes et par certaines expériences modernes de style totalitaire, nous pouvions nous croire happés par un engrenage irrésistible de dépersonnalisation. Mais si à travers les progrès et sous le couvert de la socialisation humaine c'est vraiment la loi de « Centration par Synthèse » qui continue à jouer en nous, alors nous devons nous rassurer. Pourvu qu'elle soit bien conduite (je vais indiquer comment), une synthèse ultrahumaine, - à supposer qu'elle soit réellement en cours, - ne peut aboutir, de nécessité physique et biologique, qu'à faire apparaître un degré d'organisation, et donc de conscience, et donc de liberté, de plus. Quels qu'aient pu être les défauts ou les déviations de nos premières tentatives de groupement, nous ne risquons rien à nous abandonner activement et intelligemment aux forces de collectivisation qui nous envahissent. Ce n'est pas, en effet, à nous mécaniser que celles-ci travaillent, mais à nous sur-centrer, et donc à nous sur-personnaliser.

p.77 - Sous sa forme la plus générale, et du point de vue de la Physique, l'amour est la face intérieure, sentie, de l'affinité qui relie et attire entre eux les éléments du Monde, centre à centre. (…)

De cette définition, une fois admise, découle une série de conséquences importantes.

L'amour est puissance de liaison inter-centrique. Donc, présent (au moins à l'état rudimentaire) dans tous les centres naturels, vivants ou pré-vivants, dont est formé le Monde, il représente aussi, entre ces centres, la forme la plus profonde, la plus directe, la plus créatrice d'interaction qui se puisse concevoir. En fait, c'est lui l'expression et l'agent de la synthèse universelle.

L'amour, encore, est puissance centrique. Donc, semblable à une lumière dont le spectre s'enrichit constamment de raies nouvelles, plus brillantes et plus chaudes, il varie constamment avec la perfection des centres dont il émane.

p. 79 - La découverte du Temps...

Par quelque bout qu'on prenne en ce moment le problème humain, il est inévitable que se manifeste l'influence d'une révolution mentale qui, sans que nous nous en doutions, nous fait radicalement différents, à moins de deux cents ans de distance, des générations qui nous ont précédés. Quand, sous des formes souvent simplistes et naïves, Ont commencé à surgir vers la fin du dix-huitième siècle, les idées d'évolution et dé, progrès, on a pu croire (certains croient encore! ... ) à un engouement des naturalistes pour une hypothèse passagère. Aujourd'hui, la notion de Durée a envahi le ciel entier de l'esprit humain : Physique, Sociologie, Philosophie, Religion, - toutes les branches de la connaissance sont maintenant im-prégnées de cette essence subtile. En fait, le borné et le statique ont disparu de notre vision, et nous ne pensons déjà plus qu'en Espace-Temps.

...jusqu'ici, pourrait-on dire, les hommes vivaient à la fois dispersés et fermés sur eux-mêmes, comme des passagers accidentellement réunis dans la cale d'un navire dont ils ne soupçonneraient ni la nature mobile, ni le mouvement. Sur la Terre qui les groupait ils ne concevaient donc rien de mieux à faire que de se disputer ou de se distraire. - Or voici que, par chance, ou plutôt par effet normal de l'âge, nos yeux viennent de se dessiller. Les plus hardis d'entre nous ont gagné le pont. Ils ont vu le vaisseau qui nous portait. Ils ont aperçu l'écume au fil de la proue. Ils se sont avisés qu'il y aurait une chaudière à alimenter, - et aussi un gouvernail à tenir. Et surtout ils ont vu flotter des nuages, ils ont humé le parfum des Iles, par-delà le cercle de l'horizon : non plus l'agitation humaine sur place, - non pas la dérive, - mais le Voyage...

Il est inévitable qu'une autre Humanité sorte de cette vision-là, une Humanité dont nous n'avons pas encore idée, mais une Humanité que je crois déjà sentir s'agiter à travers l'ancienne, chaque fois que les hasards de la vie me mettent en contact avec un autre homme qui, si étranger me soit-il par la nation, la classe, la race ou la religion, se découvre à moi plus proche qu'un frère, parce que, lui aussi, il a vu le navire, et que, lui aussi, il sent que nous avançons.

Le sens d'une aventure, et par suite d'une destinée communes. Le sens d'une évolution en commun qui se montre de plus en plus clairement être une genèse (et même une « noogénèse »).

A quels gestes jusqu'ici irréalisables, - à quels rapprochements jusqu'ici utopiques, à quelle révélation d'en haut, jusqu'ici méconnue, ne pas s'attendre, dans la richesse et la courbure spéciales de ce nouveau Milieu!... Si la charité a jusqu'ici échoué à régner sur Terre, ne serait-ce pas simplement qu'il lui fallait pour s'établir que la Terre eût préalablement acquis la conscience de sa cohésion et de sa convergence spirituelles? Pour pouvoir nous aimer, ne nous faut-il pas d'abord changer de plan?

Tout se boucle et se noue en somme dans nos perspectives, pourvu que, sous la fièvre dont le Monde souffre en ce moment, se trahisse, à certains signes, la chaleur montante d'un Sens Humain. A cette chaleur, indice d'un rapprochement, d'une concentration, et par suite d'une ultra-centration des molécules pensantes de la Terre, nous pouvons en effet reconnaître que la Synthèse psychique de l'Univers se poursuit toujours à travers la masse humaine. Et alors, ni la pression multipliée du Nombre, ni les liaisons croissantes du Collectif n'ont plus rien décidément qui doive nous alarmer : puisque, dans ce cas, la montée irrésistible de l'Autre autour de nous, et son intrusion même dans notre vie individuelle, expriment et mesurent sans doute possible, notre propre ascension dans le Personnel .

Pékin, 2o janvier 1942.

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La Centrologie

1 .CENTRES ET CENTRO-COMPLEXITÉ

p. 106 -

1. - Supportant l'édifice entier des propositions qui vont suivre, se placent une intuition et deux constatations

a) Intuition : Dans la multiplicité « grouillante » des éléments vivants (monocellulaires et polycellulaires) formant la Biosphère se prolonge authentiquement la structure granulaire (atomique, moléculaire) de l'Univers. Replacé dans la série corpusculaire cosmique, par suite, le corps humain n'est pas autre chose qu'une « super-molécule », en laquelle, dès lors, nous avons la chance de pouvoir discerner, à l'état « grossi », les propriétés de toute molécule.

b) Constatations : L'Homme, ultime produit de l'évolution planétaire, est à la fois suprêmement complexe dans son organisation physico-chimique (mesurée au cerveau), en même temps, considéré dans son psychisme, suprêmement libre et conscient.

2. - Mises bout-à-bout, ces trois évidences primordiales font immédiatement apparaître les trois évidences dérivées que voici :

a) A tous les degrés de taille et de complexité, les corpuscules ou grains cosmiques ne sont pas seulement, comme l'a reconnu la physique, des centres de rayonnement énergétique universel; mais tous, en outre, un peu comme l'Homme, ils possèdent et représentent (si diffus, ou même fragmentaire que soit celui-ci, c£ no 8) un petit « dedans » où se réfléchit, plus ou moins ébauchée, une représentation particulière du Monde : centres psychiques par rapport à eux-mêmes, - et, en même temps centres psychiques infinitésimaux de I'Univers. - La conscience, en d'autres termes, est une Propriété moléculaire universelle; et l'état moléculaire du Monde exprime l'état pluralisé de quelque possibilité de conscience universelle.

b) A travers la série des unités cosmiques, la conscience grandit et s'approfondit proportionnellement à la complexité organisée de ces unités. Absolument insensible pour nos moyens d'observation au-dessous d'une complexité atomique d'ordre 10 puissance 5 (virus) 1 elle se manifeste franchement à partir de la cellule (10 puissance10), mais ne prend ses développements majeurs que dans les cerveaux de grands Mammifères (10 puissance 20), c'est-à-dire pour des groupements atomiques d'ordre astronomique.

c) D'où il résulte que le caractère le plus essentiel, le plus significatif de n'importe laquelle des unités dont le groupement forme l'Univers se trouve marqué dans celles-ci par un certain degré d'intériorité, c'est-à-dire de centréité (âme), lui-même fonction d'un certain degré de complexité (corps, et plus spécialement cerveau). Ce coefficient de centro-complexité (ou, ce qui revient au même, de conscience) est la véritable mesure absolue de l'être dans les êtres qui nous entourent. Lui, et lui seul, il peut fonder une classification vraiment naturelle des éléments de l'Univers.

3. - Ainsi en possession d'un fil conducteur pour nous guider à travers la déconcertante multiplicité des choses, nous les voyons s'ordonner dans le Mesurable, non plus suivant la ligne allant des infiniment petits aux infiniment grands, mais suivant l'axe montant de l'infiniment simple à l'infiniment complexe. Et, à l'intérieur de cet espace particulier, nous pouvons nous les représenter comme distribuées sur des sphères concentriques (fig. i), le rayon de chaque sphère diminuant à mesure que croît la complexité. De la sorte se dessine un Univers centré, - les éléments de même complexité (et donc de même centréité) se trouvant répartis sur ce que nous appellerons des isosphères de conscience, - et la famille entière des isosphères définissant, au cœur du système, la présence, la position et la nature d'un certain pôle ou foyer de synthèse universelle, le Point Oméga (cf nos 18-25)

4- - Or, une telle disposition, c'est trop clair, ne saurait être l'expression d'un équilibre statique. Aussi visiblement que la distribution des étoiles de diverses couleurs au firmament, elle trahit l'existence d'un mouvement. Non seulement, une fois ordonné suivant son axe de centro-complexité croissante, l'Univers apparaît centré dans son ensemble, mais encore, il se découvre traversé et mû par un flux de centration. Dans le domaine organo-psychique de la centro-complexité, le Monde est convergent; et les isosphères ne sont pas autre chose qu'un système d'ondes se resserrant avec le temps (qu'elles mesurent) autour du point Oméga .

5- - D'où cette première conclusion générale que, observé dans son vrai et essentiel déplacement à travers le Temps, l'Univers représente un système en voie de « centro-complexification » interne. L'Évolution ne correspond pas exactement, ainsi que le disait Spencer, à un passage de l'homogène à l'hétérogène, - mais au passage d'un hétérogène dispersé (désuni) à un hétérogène organisé (unifié), - c'est-à-dire, plus clairement encore, au passage d'une moindre à une plus haute centro-complexité.

Cherchons à analyser plus en détail le fonctionnement de cette cosrnogénèse par Centrogénèse, au cours de laquelle l'Univers s'intériorise et se spiritualise à force, et comme à coups, de complication sur lui-même.

2. CENTROGÉNÈSE

I. LES LIAISONS INTER-CENTRIQUES - EXISTENCE ET ESPÈCES

p. 109 - 6. - Regarder l'Univers, ainsi que nous y oblige le phénomène humain, comme formé de noyaux psychiques dont chacun, jouant le rôle de centre partiel vis-à-vis du Monde, est virtuellement coextensif à l'Univers, c'est évidemment revenir aux monades de Leibniz. Mais tandis que dans l'Univers statique de la Monadologie les corpuscules cosmiques « n'ont ni portes ni fenêtres », ils se montrent, du point de vue évolutif où se place la centrologie, triplement solidaires les uns des autres au sein de la Centrogénèse où ils prennent naissance.

a) Solidaires tangentiellement d'abord, dans la mesure où ils se tiennent et sont liés chacun à chacun, à la surface de l'isosphère n, sur laquelle ils se placent en vertu du degré de centrocomplexité auquel ils sont parvenus.

b) Solidaires radialement ensuite, dans la mesure où, à travers les noyaux de centro-complexité inférieure que leur unité englobe et organise, ils participent à la somme de toutes les liaisons tangentielles particulières aux isosphères (n1, n2 etc.) auxquelles ces noyaux subordonnés appartiennent.

c) Solidaires radialement enfin, dans la mesure où tous ensemble (et avec toutes leurs racines) ils tendent à se mouvoir vers Oméga, en parvenant eux-mêmes, ou en donnant naissance, à une isosphère d'ordre supérieur (n + i).

7. - Pour légitimer sans contradiction l'existence de cette triple sorte d'inter-liaisons, force est d'admettre que les centres élémentaires cosmiques peuvent être (contrairement à ce que pensait Leibniz) partiellement eux-mêmes et partiellement une même chose sur laquelle ils plongent. Cette « même chose », d'autre part, ne saurait être une unité initiale confuse à partir de laquelle ils se sépareraient en s'individualisant : car l'expérience prouve que leur intersolidarité croît avec l'ordre n des isosphères. Reste donc à admettre qu'ils se tiennent entre eux en avant, et par l'avant, en porte-à-faux sur le centre total Oméga.

II, LES ÉTAPES DE LA CENTROGÉNÈSE - CENTRÉITÉ FRAGMENTAIRE,

CENTRÉITÉ PHYLÉTIQUE, EU-CENTRISME

p. 110 - Matière, Vie, Pensée : trois zones immédiatement perceptibles dans le Monde, même pour l'expérience vulgaire, et trois zones, donc, dont la distinction doit reparaître et s'interpréter dans toute explication, si savante soit-elle, de l'Univers. - Comment, du point de vue à la fois pluraliste et moniste de la Centrologie, cette triple manière d'être s'introduit-elle dans l'étoffe cosmique au cours de la Centrogénèse?

a. Centréité fragmentaire.

8. - Dans le cas de la Matière « inanimée » (la plus difficile portion du Monde à comprendre pour notre esprit, parce que la plus éloignée de nous évolutivement), nous pouvons nous représenter figurativement les noyaux cosmiques (molécules, atomes, électrons ... ) comme incomplètement fermés sur euxmêmes : éléments déjà doués d'une sorte de courbure psychique sans doute (autrement ils n'existeraient pas), mais à la manière de fragments ouverts aux deux bouts, comme seraient les segments d'une sphère ou d'un cercle rompus (fig. 2). A ce degré de disjonction, pas de véritable « dedans » encore dans les choses, mais seulement la « disposition » pour en faire apparaître un, pour peu que les segments se rapprochent et se raccordent . non pas intentionnellement, bien sûr, (puisqu'ils ne sont encore, par définition, que des fractions d'immanence), mais par le jeu du Hasard (cf. no 3 1). - C'est à cette phase préliminaire de la Centrogénèse qu'est employée quantitativement la presque totalité du Temps et de l'Espace : justement, peut-être, parce que le jeu des Grands Nombres, pour faire apparaître le Premier Improbable exige un plus vaste laboratoire pour ses expériences.

Ainsi a dû se dessiner, par agencement de chaînes atomiques de plus en plus compliquées, une série initiale d'isosphères plus ou moins lâches et confuses, marquant (par soudure graduelle d'intériorités partielles), les étapes progressives, non pas de l' « a-centrique », mais du « pré-centrique », vers la centréité.

9. - C'est (autant que nous en puissions juger) quelque part au niveau (ou un peu au-dessous) de la structure cellulaire que, les segments de pré-conscience se rejoignant enfin suivant une courbe close, les premiers noyaux fermés (les premiers corpuscules centrés) ont fait leur apparition dans le Monde, répartis sur une isosphère particulière qui n'est pas autre chose que la plus ancienne et la plus externe des biosphères. Sur cette Biosphère chacun d'eux a dû émerger, pour son propre compte, sous le jeu répété des Grands Nombres; chacun du reste, pour passer de la Prévie à la Vie, a dû franchir un certain point critique de centration (fermeture d'une chaîne de segments sur elle-même) dont nous retrouverons plus loin une réplique supérieure dans le cas de la Réflexion (cf, no 13) -

Et c'est ici que s'ouvre une nouvelle phase de la Centrogénèse.

b. Centréité phylétique.

io. - Un caractère propre à presque tous les centres fragmentaires (ou segments de centres) constituant la Matière pré-vivante est la stabilité. Aussi longtemps qu'ils demeurent à l'état de chaîne ouverte, les centres complexes inférieurs ne semblent plus progresser, une fois fermés, que sous l'effet enrichissant de nouvelles rencontres accidentelles avec de nouveaux segments; et, sauf dans les cas, plutôt rares, de désagrégation spontanée, leur durée paraît indéfinie à notre échelle humaine.

Tout autre est l'allure des corpuscules fermés, éléments spécifiques de la Biosphère. A peine centré sur soi, un tel corpuscule se révèle doué d'une remarquable puissance de self-complexification (et par suite d'auto-centration). Non pas qu'il échappe encore, pour son bien ou pour son mal, aux lois du Hasard, (cette évasion ne se produit qu'aux environs d'Oméga). Mais, toujours plongé dans ce Hasard ' il s'y comporte comme dans un milieu nutritif, choisissant, saisissant et incorporant activement, au gré des chances', les éléments d'une plus haute centro-complexité. Autrement dit, animé d'une sorte de force ascensionnelle, il tend à s'élever radialement, comme une fusée, du stade mono - aux stades poly-cellulaires, dans la direction générale d'Oméga, en traçant un phvlum.

i i. - A priori, on pourrait concevoir que, depuis la première et la plus externe des Biosphères jusqu'aux approches d'Oméga, un même corpuscule parcoure lui-même l'intervalle tout entier, - auquel cas son ontogénèse coïnciderait exactement avec une phylogénèse. En fait, une expérience universelle nous apprend qu'il n'en est pas ainsi. Par suite d'une sorte d'épuisement ou de durcissement des centres au cours de leur activité, chaque corpuscule ne se montre capable de fournir qu'une course infinitésimale le long du phylum auquel il appartient; après quoi il disparaît, non sans s'être préalablement multiplié.

De sorte que tout phylum se présente en réalité comme brisé en une multitude de segments élémentaires, chacun servant de point de départ et d'attache à une ramification compliquée.

12. - Du point de vue de la Centrogénèse, cette segmentation et cette ramification phylétiques présentent des avantages évidents. Grâce à elles, une densité maxima de corpuscules et de tâtonnements (cf. no 31) s'obtient sur chaque isosphère; en même temps qu'une richesse et variété maxima d'hérédités s'accumule dans le phylum, sous l'effet répété des croisements à chaque génération. Les deux facteurs s'associent, en somme, pour favoriser directement le jeu de la centro-complexité (1). En revanche, leur mécanisme soulève une difficulté. Observée du dehors, la division cellulaire, opération fondamentale de la reproduction, paraît simple : la Matière n'est-elle pas essentiellement morcelable ? - Mais comment, du point de vue intérieur ou centrologique, expliquer le dédoublement « psychique » qu'elle entraîne? un centre de conscience n'est-il pas essentiellement tourné vers lui-même et fermé sur soi? Comment, dès lors, concevoir, de la cellule-mère à la cellule-fille, le passage et la communication d'un « dedans »?...

Pour sortir de cette impasse, pas d'autre issue, me semblet-il, que d'imaginer deux sortes d'ego dans chaque centre phylétique; d'une part un ego nucléaire (plus ou moins achevé ou rudimentaire, suivant les cas), d'autre part un ego périphérique incomplètement individualisé et par suite sécable, - capable, après séparation, de développer par bourgeonnement et d'isoler en soi un nouveau nucléus d'ego incommunicable (2).

Cette distinction entre périphérique et nucléaire, dans les centres vivants, n'a pas seulement l'avantage de nous tirer verbalement d'une impasse locale. Elle va nous permettre de suivre et d'analyser le processus de la Centrogénèse jusque dans le cas de la Vie hominisée.

Notes

(1)- De ce chef, un être vivant est deux fois complexe : spatialement, par le nombre des sous-centres qu'il englobe; et temporellement, par le nombre des « essais » que, par ses ancêtres, il totalise.

(2). C'est par cette gaine de « périphérique » (germinale) que se maintient la continuité biologique, c'est-à-dire que tient sur elle-même la tige du phylum. Considéré du point de vue « nucléaire », le phylum se résoud en un chapelet discontinu de centres (somatiques) en lesquels il tend de plus en plus à se désagréger à mesure que ses centres augmentent en centréité. A ce phénomène de « granulation phylétique » qui atteint naturellement son maximum chez l'Homme, succède, biologiquement, le phénomène de « collectivisation », en vertu duquel les centres, plus ou moins libérés de leurs assujettissements phylétiques, se groupent entre eux sous forme d'ensembles organisés (c£ no 16).

p. 115 -

c. Eu-centrisme.

13- - En vertu même de la notion de centro-complexité, il existe dans les noyaux cosmiques autant de degrés de centréité que de degrés de complexité. Ce que nous avons appelé « centres » jusqu'ici, dans le cas des zones inférieures de la Vie, ne saurait donc se comparer à des points géométriques, mais plutôt à de petites surfaces circulaires de plus en plus réduites, mais conservant cependant encore « un diamètre centrique » appréciable.

C'est le passage de cet état diffus à un état rigoureusement ponctiforme (fig. 4) qui définit le grand phénomène de l'Hominisation. De même qu'aux origines du phylétique la fermeture sur elle-même d'une chaîne de segments (Centration) avait déterminé la première apparition de centres vivants - de même ici, par le passage à zéro de son diamètre centrique (Réflexion), le centre vivant accède à son tour à la condition et à la dignité de « grain de pensée ». Et ainsi, à travers un nouveau point critique, se constitue une isosphère de type fondamentalement nouveau, l'isosphère de l'Esprit, la Noosphère.

14- - A la vérité, dans le grain de pensée humain, la « réflexion » n'affecte encore que la fraction nucléaire de l'être (cf. no 12), - et non la fraction périphérique qui, elle, demeure sécable, et donc toujours capable de reproduction (gamètes). Mais cette transformation, si partielle soit-elle, suffit à faire surgir, au cœur de l'individu, un foyer eu-centré, « ponctuel », c'est-à-dire un ego d'ordre personnel. Et c'en est assez pour qu'une série de phénomènes nouveaux se manifeste alors dans les progrès subséquents de la Centrogénèse.

15- - Tout d'abord, en vertu de sa nouvelle nature personnelle, le centre cosmique hominisé découvre en lui le sens et l'exigence de l'irréversible. Conscient à la fois de son unicité et de l'existence d'un avenir, il s'aperçoit incompossible avec une destruction qui annihilerait en lui une parcelle irremplaçable de l'effort cosmique. Comment, pour un être personnalisé, cette évasion est-elle possible hors de la mort totale, c'est ce que nous verrons ci-dessous en décrivant le point Oméga. (nos 24 et 30)

16. - Mais ce n'est pas tout. Entre les unités « réfléchies » maintenant répandues sur la Noosphère un mode nouveau de liaison s'établit, inconnu sur les autres isosphères. Désormais, à un mode de rapprochement « excentrique » ou tout au moins diffus, succède, pour les corpuscules cosmiques, la possibilité de contacts « centre à centre », entre centres parfaits. Et du même coup c'est leur totalité réunie qui tend à s'animer d'une sorte de personnalité commune. Ainsi soudée sur elle-même, la Noosphère, prise dans son ensemble, commence à se comporter tangentiellement (cf. no 6) à la façon d'un seul « Mégacentre »; cependant que, radialement, elle s'ébranle en avant, animée globalement par un phylétisme, ou mieux par une ontogénèse qui lui est propre : phylétisme, ontogénèse de la conscience, et de la mémoire humaine collectives, qui, par tradition et éducation, n'a pas cessé, depuis le premier instant de l'hominisation, de s'approfondir en grossissant, conformément toujours à la loi biologique fondamentale de de centro-complexité.

17- - Et c'est là qu'en est le Cosmos, en ce moment même, autour de nous. Onde frontale d'un Univers qui s'illumine en se resserrant sur lui-même (sous le jeu de la complication), l'Humanité enferme à l'intérieur de son cercle mouvant l'Avenir encore informe des choses, le Secret des ultimes synthèses. Que sortira-t-il de ce noyau inconsolidé du Monde? - Si notre loi de récurrence est exacte, rien autre chose et rien de moins ne se dessine à l'horizon que plus d'organisation et plus de centréité toujours, -non plus seulement cette fois à l'échelle du corpuscule, mais à l'échelle de la sphère: l'élan accéléré d'une Terre où le souci de la production pour le bien-être aura cédé la place à la passion de la découverte pour le plus-être, - la super-personnalisation d'une Super-Humanité devenue super-consciente d'elle-même à la lumière grandissante d'Oméga.

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III. LE POINT OMÉGA

18. - Prolongée indéfiniment en arrière, suivant l'axe des temps, la loi de centro-complexité nous fait entrevoir des zones de plus en plus diffuses, où les éléments de conscience de plus en plus fragmentaires flottent dans un état d'hétérogénéité de plus en plus désorganisée. Pas de limite inférieure à la « récurrence » de ce côté-là (fig. i). C'est la nappe inférieure du cône. qui s'étale indéfiniment. - Menée, par contre, en sens inverse, c'est-à-dire vers l'avenir, l'extrapolation de la série définit un sommet. L'existence d'un point Oméga cosmique nous est apparue (cf. no 3) dès l'instant où s'est imposée à notre esprit l'évidence que l'Univers était psychiquement convergent. Attachons-nous maintenant à circonscrire les propriétés de ce foyer suprême de l'Évolution.

19. - Génétiquement parlant (c'est-à-dire observé depuis la position que nous occupons dans l'Espace-Temps) Oméga se présente fondamentalement à nous comme le centre défini par la concentration ultime sur elle-même de la Noosphère, - et par suite, indirectement, de toutes les isosphères qui précèdent. En lui, par suite, une complexité maxima, d'amplitude cosmique, coïncide avec une centréité cosmique maxima.

2o. - En soi, l'idée que l'Univers tend vers quelque forme d'unité finale a hanté la pensée de tous les philosophes; et elle n'a rien de nouveau. Ce que la notion de centro-complexité a d'original et de fécond, c'est d'imposer, par structure même, au terme de la synthèse cosmique, une série de déterminations positives grâce auxquelles son existence se transcrit pour nous en termes non seulement d'intellection, mais aussi d'action. Et en effet, pour satisfaire à ses conditions de position et de fonction, il est facile de voir qu'Oméga, tel que notre loi de récurrence le décèle, doit se présenter, vu par nous, comme tout à la fois : personnel, - individuel, - partiellement actuel déjà, - et partiellement aussi transcendant.

21. - Personnel d'abord, ceci va de soi; dès lors que c'est la centréité qui fait les êtres personnels, et que lui, Oméga, est suprêmement centré.

22. - Individuel, ensuite, c'est-à-dire distinct (ce qui ne veut pas dire séparé!) des centres personnels inférieurs qu'il sur-centre (bien loin de les confondre!) en les groupant au sein de son unité (c£ no 28), Oméga possède un ego propre, distinct des nôtres. Ceci résulte du mécanisme d'une centrogénèse qui, à tous les degrés, ne permet aux centres supérieurs d'émerger que s'ils respectent, et même achèvent, la pluralité centrique des éléments sur lesquels se base leur complexité (cf. nos 27 et 28).

23- - Partiellement actuel aussi, - c'est-à-dire capable déjà d'agir sur nous comme objet présent. Tel que la structure évolutive du Monde le postule, Oméga est bien plus que l'image « réelle » destinée à se former dans l'avenir au foyer de l'Univers convergent. C'est comme une source de lumière qu'il agit. N'est-ce pas lui qui fait jaillir et soutient hic et nunc le faisceau des liaisons radiales (cf. nos 6 et 30) ? Et n'est-ce pas lui encore, verrons-nous plus loin, (no 29), dont l'amour actuellement senti (or il n'y a d'amour que du présent) est le seul agent capable de polariser, sans la mécaniser, la collectivité humaine?

24- - Partiellement transcendant, enfin, c'est-à-dire partiellement indépendant de l'Évolution qui culmine en lui. Si Oméga n'échappait pas, en quelque façon, aux conditions du Temps et de l'Espace, ni il ne pourrait nous être déjà présent, - ni il ne serait capable (puisque soumis lui-même entièrement à l'inexorable Entropie) de fonder les espoirs d'irréversibilité sans lesquels, à partir de l'Homme, la Centrogénèse cesserait de fonctionner (cf. nos 15 et 30) - C'est donc que par une face de lui-même, différente de celle sous laquelle nous le voyons se former, il émerge depuis toujours au-dessus d'un Monde dont cependant, vu sous un autre angle, il est en train d'émerger. Et c'est précisément dans la réunion de ces deux moitiés (émergée et émergeante) de lui-même que tend à s'achever, sous le type d'une union « bipolaire », l'unification universelle.

25- - Ainsi défini dans sa nature et ses propriétés, Oméga rayonne vraiment au ciel de l'avenir comme le moteur et le totalisateur complet de la Centrogénèse. Sous son attrait et à son image, les centres cosmiques élémentaires se forment et s'approfondissent dans leur matrice de complexité. Et, recueillis par lui, ces mêmes centres accèdent à l'immortalité, dès l'instant où, devenus eu-centriques (c'est-à-dire personnels) ils deviennent structurellement capables d'entrer en contact, centre à centre, avec sa consistance suprême (cf. no 30) -

26. - Observation sur « l'effet formel » de la Complexité.

p. 119 - Dans les développements qui précèdent, je me suis basé sur le fait manifeste dans l'Homme et « traçable » tout le long de la série vivante, que la centréité (conscience) d'un être croît avec sa complexité. Sous cette dépendance expérimentale, incontestable, des deux variables (centréité et complexité) transparaît une relation ontologique fondamen tale entre l'être et l'union, exprimable sous deux formes inverses, et sans doute complémentaires :

1) l'une passive : « Plus esse est plus a (ou ex) pluribus uniri » (évolution subie) ;

2) l'autre active : « Plus esse est plus plura unire » (évolution active).

Approfondir ces deux axiomes métaphysiques paraît inutile à ma thèse, puisque leur plus ou moins grande vérité ne changerait rien à la loi de récurrence plysique sur laquelle je me suis appuyé. En revanche je crois utile d'insister sur le fait que, étudiée dans son jeu phénoménal, la loi de centrocomplexité se présente et fonctionne avec des modalités diverses, qu'il est important de distinguer.

a) Dans le domaine de la Prévie, les centres se construisent additivement, par articulation et soudure graduelle des « segments » de centres : « Centrum ex elementis centri ».

b) Dans le domaine du Phylétique, l'individu Métazoaire, né d'un œuf (centrum a centro), se complique sur soi par multiplication cellulaire (1). Tout se passe comme si chaque nouveau centre s'approfondissait lui-même en se tissant à soimême sa complexité interne.

c) Dans le domaine eu-centrique enfin, le centre noosphérique, Oméga, ne naît pas de la confluence des « ego » humains; mais il émerge sur leur totalité organisée comme une étincelle jaillissant entre la face transcendante d'Oméga (nO 24) et la « pointe» d'un Univers parfaitement unifié : « Centrum super centra » (2).

(1). Initialement, le Métazoaire ne semble pas s'être formé par réunion et soudure de cellules indépendantes, mais par non-séparation d'éléments issus, par divisions successives, d'une même cellule-mère. - Cf le cas des colonies d'insectes, qui ne dérivent pas d'un groupe d'adultes associés, mais d'une famille grandissant sur elle-même sans se disperser.

(2). Plus précisément encore, dans la perspective chrétienne, Oméga s'insère dans la Centrogénèse sous forme d'un élément-leader (le centre Christique), apparu phylétiquement dans la Noosphère, et subordonnant graduellement tous les autres centres à soi.

p. 121 - Il n'est donc pas rigoureusement exact (si suggestive et utile que soit l'analogie) de comparer à la formation d'un cerveau collectif les progrès de la conscience sociale humaine. Dans le cerveau, les milliards de corpuscules arrangés (fibres nerveuses) n'agissent apparemment que par leur ego périphérique, à la manière de rouages montés, bien plus qu'à la façon de petits « dedans » additionnés. Dans la Super-Humanité naissante, au contraire, les milliards d'individus unanimisés fonctionnent nucléairement, par syntonisation et résonance directes de consciences. - Dans les deux cas, c'est bien la complexité qui conditionne la super-centration : mais à des profondeurs d'être différentes, ici et là, dans les éléments utilisés (1).

3- COROLLAIRES ET CONCLUSIONS

Et maintenant que se trouve déterminé dans ses grandes lignes le processus de la Centrogénèse, passons en revue, par manière de conclusions, un certain nombre de points fondamentaux où réapparaissent, sous des angles divers, les propriétés d'un Monde dominé par la loi de Centro-complexité.

27- - Les lois de l'Union.

D'une extrémité à l'autre de l'Évolution, telle que nous l'avons définie, tout se meut, dans l'Univers, dans le sens de l'unification; mais avec un cortège de modalités concrètes qui corrigent ou précisent singulièrement les idées théoriques que nous pouvions nous faire de l'union.

a) Tout d'abord, l'union (Punion physique, vraie) crée. Là où il y a désunion complète de l'étoffe cosmique (à une distance infinie d'Oméga), il n'y a rien. Et là où la conscience fait un pas ou un saut en avant (apparition de la Vie par groupement des fragments de centre, approfondissement des centres phylétiques, émergence des centres réfléchis, naissance de l'Humanité, aurore d'Oméga) ce progrès est constamment lié à un accroissement d'union. Non pas, sans doute, que le rapprochement et l'arrangement des centres suffisent par eux seuls à augmenter l'être du Monde. Mais ils y réussissent indubitablement sous le rayonnement d'Oméga.

b) En deuxième lieu, l'union différencie. J'entends par là que, du fait de leu