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CONSTRUIRE LA TERRE

Cahiers Pierre Teilhard de Chardin

Ed. Le Seuil Paris 1958

 

Ces cahiers ont été publiés très tôt après la mort du Père Teilhard. L'un d'eux, intitulé « Construire la Terre » rassemblait sous une introduction de Max H. Begouen, cinq articles, avec leurs traductions en anglais, allemand, russe et arabe, dont les titres étaient les suivants :

- Sauvons l'Humanité

- L'esprit de la Terre

- L'énergie humaine

- Réflexions sur le progrès

- Sur les bases possibles d'un Credo commun

 

INTRODUCTION

par MAX H. BÉGOUËN

La gravité de l'heure nous fait anticiper, par les extraits suivants qui forment le premier Cahier de l'Association des Amis de Pierre Teilhard de Chardin, la publication intégrale des écrits concernant l'Avenir de l'Homme et l'Energie humaine.

Dès 1937, le savant à l'intelligence lucide, l'homme au cœur assez fort pour étreindre le Monde, discernait la montée des forces destructives qui allaient menacer la planète et il conviait les hommes à s'unir pour construire ensemble leur Cité universelle.

Les peuples: « Unités humaines naturelles » devaient, disait-il, réaliser l'Harmonie terrestre dans la variété, réciproquement enrichissante, de leurs caractéristiques raciales. Et il donnait à chacun cette directive: « Tout en vous maintenant sur votre ligne propre, montez vers toujours plus de conscience et d'amour. Au sommet, vous vous trouverez réunis à ceux qui, de divers côtés, auront entrepris une ascension semblable. Car tout ce qui monte converge. »

De même que les cellules et les membres divers d'un corps ten-dent, en croissant, à former un seul être vivant dans la cons-titution duquel ils trouvent, finalement, leur perfection ; de même, individus et nations doivent avoir en vue, en se déve-loppant, l'unité humaine qu'ils sont appelés à réaliser pour pouvoir vivre à plein.

A cette fin, more inaperçue de beaucoup, un élan nouveau secoue tous les pays. Qu'ils ne succombent pas à la tentation mortelle de se construire pour eux seuls! Car c'est en vue de l'achèvement total que la sève monte en eux :

« L'Age des Nations est passé. Il s'agit maintenant pour nous, si nous ne voulons pas périr, de construire la Terre. »

Qu'il n'y ait donc plus de blocs adverses portant à lieur pa-roxysme les forces de destruction! Mais que se manifeste une coopération universelle dans la passion d'édifier un Monde digne de l'Homme. - La valeur d'une Vision de l'Avenir se prouve par le dynamisme qu'elle engendre. Elle n'a pas besoin de bombes atomiques pour s'imposer. - Teilhard de Chardin savait qu'au-dessus des idéologies agonisantes il en était une incom-parablement vaste et puissante. Il s~y est donné à plein cœur. Il nous y entraîne.

Les groupes sociaux ou ethniques qui, dans les circonstances tragiques qui nous enserrent, ne seraient capables que de re-vendications prouveraient leur déchéance : l'Amour, Énergie suprême, ne revendique pas : il se tend en avant. Il réalise la condition humaine telle qu'elle doit être. Il entraîne ir-résistiblement à purifier, à élever, à achever la Terre.

Dans la chair même des peuples, malgré les oppositions internes qui la déchirent le corps du monde nouveau est en gestation. - Prenons conscience de cette prodigieuse attente. Concentrons pacifiquement nos forces spirituelles. Préparons en tous pays les hommes qui, d'abord chez eux, puis à la tête des organisations internationales, présideront au vrai destin de l'Humanité.

Soyons l'Avant-Garde de ce Front d'Avancée Humaine appelé,dans les pages suivantes, par celui qui, du sommet héroïquement atteint, a entrevu quelle pourrait être la magnificence de la « Terre des Hommes ».

 

L'ESPRIT DE LA TERRE

Par « Sens de la Terre », il faut entendre le sens passionné de la destinée commune qui entraîne, toujours plus loin, la fraction pensante de la Vie. En droit, aucun sentiment n'est plus fondé en nature, ni donc plus puissant que celui-là. Mais, en fait, aucun non plus ne saurait s'éveiller plus tard, puisqu'il exige, pour son explicitation, que notre conscience, émergeant au-dessus des cercles grandissants (mais beaucoup trop restreints encore) de la famille, des patries, des races, découvre enfin que la seule Unité humaine vraiment naturelle et réelle est l'Esprit de la Terre.

Sous l'excitation des découvertes répétées qui, en l'espace d'un siècle, ont révélé coup sur coup à notre génération, d'abord les profondeurs et la signification de la durée, - puis les ressources spirituelles illimitées de la Matière, - et enfin la puissance des vivants associés, il semble que notre psychologie soit en train de changer. Une passion nouvelle, victorieuse, commence à se dessiner, qui balaiera ou transformera ce qui a été jusqu'ici les puérilités de la Terre. Et son action salutaire vient juste à point pour « contrôler », réveiller ou ordonner : les forces émancipées de l'Amour, les forces dormantes de l'Unité humaine, les forces hésitantes de la Recherche...

a) L'Amour.

L'Amour est la plus universelle, la plus formidable, et la plus mystérieuse des énergies cosmiques.

Du point de vue de l'Évolution spirituelle, il semble que nous puissions donner un nom et une valeur à cette énergie étrange de l'Amour. Ne serait-elle pas, tout simplement, dans son essence, l'attraction même exercée, sur chaque élément conscient, par le Centre de l'Univers ? L'appel à la grande Union dont la réalisation est l'unique Affaire actuellement en cours dans la Nature... - Dans cette hypothèse, suivant laquelle (conformément aux résultats de l'analyse psychologique) l'Amour serait l'énergie psychique primitive et universelle, tout ne devient-il pas clair autour de nous pour l'intelligence et pour l'action ?

Vers l'Homme, à travers la Femme, c'est en réalité l'Univers qui s'avance.

Si l'Homme ne reconnaît pas la véritable nature, le véritable objet de son amour, c'est le désordre irrémédiable et profond. Acharné à assouvir sur une chose trop petite une passion qui s'adresse à Tout, il cherchera forcément à combler, par la matérialité ou la multiplicité toujours accrues de ses expériences, un déséquilibre fondamental. Vaines tentatives, -et, aux yeux de qui entrevoit la valeur inestimable du « quantum spirituel » humain, effroyable déperdition. .

Regardons très froidement, en biologistes ou en ingénieurs, l'atmosphère rougeoyante de nos grandes villes, le soir. Là - et partout, du reste, - la Terre dissipe continuellement en pure perte, sa plus merveilleuse puissance. La Terre brûle « à l'air libre ». Combien d'énergie, pensez-vous, se perd-il, en une nuit pour l'Esprit de la Terre ?...

Que l'Homme, en revanche, aperçoive la Réalité universelle qui brille spirituellement à travers la chair. Il découvrira, alors, la raison de ce qui, jusque-là, décevait et pervertissait son pouvoir d'aimer. La Femme est devant lui comme l'attrait et le symbole du Monde. Il ne saurait l'étreindre qu'en s'agrandissant à son tour, à la mesure du Monde. Et parce que le Monde est toujours plus grand, et toujours inachevé, et toujours en avant de nous-mêmes, - c'est à une conquête sans limite de l'Univers et de lui-même que, pour saisir son amour, l'Homme se trouve engagé. En ce sens, l'Homme ne saurait atteindre la Femme que dans l'Union universelle consommée.

- L'Amour est une réserve sacrée d'énergie, - et comme le sang même de l'Évolution spirituelle : voilà ce que nous découvre, en premier lieu, le Sens de la Terre.

b) L'Unité humaine.

En opposition singulière avec l'attraction irrésistible qui se manifeste dans l'Amour, est la répulsion instinctive qui généralement écarte l'une de l'autre les molécules humaines. Cette répulsion ne peut correspondre, en fait, qu'à une timidité ou à une lâcheté de l'individu en face d'un effort d'élargissement qui assurerait sa libération.

Quel achèvement dans ses puissances, lorsque, dans la recherche ou le combat, l'Homme est saisi par le souffle de l'affection ou de la camaraderie. Quelle plénitude, lorsque, à certaines heures de péril ou d'enthousiasme, il se trouve accéder, dans un éclair, aux merveilles d'une âme commune! Ces pâles ou brèves illuminations doivent nous faire comprendre quel formidable pouvoir de joie et d'action sommeille encore au sein de la nappe humaine. - Sans beaucoup s'en douter, les Hommes souffrent et végètent dans leur isolement : ils ont besoin qu'une impulsion supérieure survienne, qui, les forçant à dépasser le point mort où ils s'immobilisent, les fassent tomber dans le rayon de leur affinité profonde. - Le Sens de la Terre est la pression irrésistible qui vient, au moment voulu, les cimenter dans une passion commune.

L'amour d'inter liaison, au-dessus de l'amour d'attrait, - les éléments qui se resserrent, pour subir l'union. Nous savons déjà un peu ce qu'est la seconde de ces deux passions. Qui dira la plénitude de qualité encore presque inconnue, - la griserie immense de fraternelle amitié, dont s'accompagnerait, pour la Noosphère, la victoire sur sa multiplicité interne résiduelle, c'est-à-dire la conscience enfin réalisée de l'Unité humaine pour l'avancée ?

c) La Recherche.

Le Sens de la Terre vient expliquer aux Hommes la raison et l'usage possible de leur surabondance d'amour. Du même coup, il se révèle comme la force destinée à mettre en mouvement, et à organiser, la masse écrasante des productions et des découvertes humaines.

Le Monde, en croissant, est-il condamné à mourir automatiquement, étouffé sous l'excès de son propre poids ?

Non point ; mais il est en voie de ramasser les éléments d'un corps supérieur et nouveau. Toute la question, en cette crise de naissance, c'est que promptement émerge l'âme qui, par son apparition, viendra organiser, alléger, vitaliser cet amas de matière stagnante et confuse. Or cette âme ne peut être que la « conspiration » des individus, s'associant pour élever d'un nouvel étage l'édifice de la Vie. Les ressources dont nous disposons aujourd'hui, les puissances que nous avons déchaînées, ne sauraient être absorbées par le système étroit des cadres individuels ou nationaux dont se sont servis jusqu'ici les architectes de la Terre humaine. -L'âge des nations est passé. Il s'agit maintenant pour nous, si nous ne voulons pas périr, de secouer les anciens préjugés, et de construire la Terre.

Plus je regarde scientifiquement le Monde, - moins je lui vois d'autre issue biologique possible que la conscience active de son unité. La Vie ne saurait désormais avancer sur notre planète (et rien ne l'empêchera d'avancer, - même pas ses esclavages intérieurs) qu'en faisant sauter les cloisons qui compartimentent encore l'activité humaine, - et en se livrant sans hésiter à la Foi en l'Avenir.

Plaçons au premier plan de nos préoccupations concrètes un aménagement et une exploration systématiques de notre Univers compris comme la vraie patrie humaine. Alors l'énergie matérielle circulera. Et, chose plus importante encore, l'énergie spirituelle, corrompue par les mesquines jalousies de la société présente, trouvera son issue naturelle dans l'assaut donné aux mystères du Monde. - Le moment est venu de nous apercevoir que la Recherche est la plus haute des fonctions humaines, - absorbant en soi l'esprit de la Guerre, et resplendissant de l'éclat des Religions. Faire constamment pression sur toute la surface du Réel, n'est-ce pas le geste par excellence de la fidélité à l'Être, - et donc de l'adoration ? - Tout cela, si nous savons ne pas étouffer en nous l'Esprit de la Terre.

Celui qui veut participer à cet Esprit doit mourir, puis renaître, aux autres et à lui-même. Il lui faut, pour accéder à ce plan supérieur d'Humanité opérer, dans le fond même de sa façon d'apprécier et d'agir, une totale transposition.

Encore un temps, et l'Esprit de la Terre sortira avec son individualité spécifique, son caractère et sa physionomie propres. Et alors, à la surface de la Noosphère, graduellement sublimée dans ses préoccupations et ses passions, - toujours tendue vers la solution de problèmes plus élevés et la possession d'objets plus grands, - la tension vers l'être sera maxima.

Qu'arrivera-t-il, à cette période critique de la maturation de la Vie terrestre ? - Serons-nous capables, à ce moment, de rejoindre d'autres centres de vie cosmique, pour reprendre, dans un ordre de grandeur supérieur, le travail de synthèse universelle ? - Plus vraisemblablement, autre chose arrivera,-mais qui ne peut s'entrevoir qu'en faisant entrer en ligne l'influence de Dieu.

C'est une période de grande illusion qu'aura traversée l'Homme de notre temps, de s'imaginer que, parvenu à une meilleure connaissance de lui-même et du Monde, il n'avait plus besoin de Religion. Les systèmes se sont multipliés où le fait religieux était interprété comme un phénomène psychologique lié à l'enfance de l'Humanité. Maximum aux origines de la Civilisation, il devait graduellement s'évanouir, et céder la place à des constructions plus positives d'où Dieu (un Dieu personnel et transcendant surtout) se trouverait exclu. En réalité, pour qui sait voir, le grand conflit dont nous sortons n'aura fait que consolider dans le Monde la nécessité de croire. Parvenu à un degré supérieur dans la maîtrise de soi-même, l'Esprit de la Terre se découvre un besoin de plus en plus vital d'adorer : de l'Évolution universelle, Dieu émerge dans nos consciences plus grand et plus nécessaire que jamais. Le seul Moteur possible de la Vie réfléchie, c'est un Terme absolu, c'est-à-dire Divin. La Religion a pu être comprise comme un simple apaisement de nos peines, un « opium ». Sa véritable fonction est de soutenir et d'aiguillonner les progrès de la Vie. C'est un besoin profond d'absolu qui s'est cherché, dès le début, à travers toutes les formes progressives de Religion.

Or, une fois saisi ce point de départ, il devient évident que la « fonction religieuse », née de l'Hominisation, et liée à celle-ci, ne peut que croître continuellement avec l'Homme lui-même. Plus l'Homme sera Homme, plus il sentira la nécessité de se vouer à un plus grand que lui. - N'est-ce pas là ce que, autour de nous, nous pouvons constater ? - A quel moment, dans la Noosphère, un besoin plus urgent a-t-il existé de trouver une Foi, une Espérance pour donner un sens, une âme, à l'immense organisme que nous construisons

Par l'événement capital de l'Hominisation, la portion la plus «avancée » du Cosmos s'est trouvée personnalisée. Ce simple changement de variable fait apparaître, pour l'Avenir, une double condition d'existence qui ne saurait être évitée.

Puisque tout, dans l'Univers à partir de l'Homme, se passe dans de l'être personnalisé, le Terme dernier de la Convergence universelle, doit encore posséder (éminemment) la qualité d'une Personne. Pour sur-animer, sans le détruire, un Univers formé d'éléments personnels, il lui faut être un Centre spécial lui-même. - Ainsi reparaissent, non plus instinctives, mais étroitement liées aux vues évolutives contemporaines, les conceptions traditionnelles d'un Dieu influant intellectuellement sur des monades immortelles, distinctes de lui-même.

Le courant qui soulève la Matière doit être conçu, moins comme une simple poussée interne, que comme une marée. Le Multiple monte, attiré et englobé par du « déjà Un ».

Dans une première phase, - avant l'Homme, - l'attraction était vitalement, mais aveuglément reçue par le Monde. Depuis l'Homme elle s'éveille, au moins partiellement, dans la liberté réfléchie, et elle suscite la Religion. - La Religion qui n'est pas une option ou une intuition strictement individuelle, mais qui représente la longue explication, à travers l'expérience collective de l'Humanité entière, de l'Être de Dieu, - Dieu se réfléchissant personnellement sur la somme organisée des monades pensantes pour garantir une issue certaine et fixer des lois précises à leurs activités hésitantes.

Océan Pacifique, 1931-

 

SUR LES BASES POSSIBLES D'UN CREDO COMMUN

 

Aussitôt admise la réalité d'une Noogénèse (concentration et marche en avant collectives de la Pensée humaine) le croyant au Monde se voit amené à faire une place grandissante, dans ses perspectives d'avenir, aux valeurs de personnalité et de transcendance. De personnalité: puisqu'un Univers en voie de concentration psychique est identiquement un Univers qui se personnalise. Et de transcendance: puisqu'un pôle dernier de personnalisation « cosmique », pour être suprêmement consistant et unifiant, ne se conçoit guère autrement qu'émergé des éléments qu'il super-personnalise en se les unissant.

Toujours dans la même perspective, supposée admise, qu'il y a une genèse cosmique de l'esprit, le croyant au Ciel s'aperçoit que la transformation mystique dont il rêve présuppose et consacre toutes les réalités tangibles et toutes les conditions laborieuses du Progrès humain. Pour être sur-spiritualisée en Dieu, l'Humanité ne doit-elle pas préalablement naître et grandir en conformité avec le système entier de ce que nous appelons « évolution »?

Le sens de la Terre s'ouvrant et éclatant, vers le haut, en un sens de Dieu; et le sens de Dieu s'enracinant et se nourrissant vers le bas dans le sens de la Terre. Le Dieu transcendant personnel et l'Univers en évolution ne formant plus deux centres antagonistes d'attraction, mais entrant en conjonction hiérarchisée pour soulever la masse humaine dans une marée unique. Telle est la remarquable transformation que laisse prévoir en droit, et que commence en fait à opérer sur un nombre croissant d'esprits, aussi bien libres-penseurs que croyants, l'idée d'une évolution spirituelle de l'univers. La transformation même que nous cherchions.

L'Ame nouvelle pour un Monde nouveau.

Pour unifier les forces vives humaines, si douloureu-sement disjointes en ce moment, la méthode directe et efficace serait simplement de battre le rappel et de former le bloc de tous ceux qui, soit à droite, soit à gauche, pensent que la grande affaire, pour l'Humanité moderne, est de se frayer une issue en forçant quelque seuil de plus grande conscience. Chrétiens ou non chrétiens, les hommes animés de cette conviction forment une catégorie homogène. Bien que placés aux deux ailes extrêmes de l'Humanité en marche, ils peuvent avancer la main dans la main, parce que leurs attitudes, loin de s'exclure, se prolongent virtuellement et ne demandent qu'à se compléter. Qu'attendent-ils pour constituer le front commun de tous ceux qui croient que l'Univers avance et que nous sommes chargés de le faire avancer? Ne serait-ce pas là le noyau solide autour duquel doit se développer l'unanimité de demain?

Malgré la vague de scepticisme qui paraissait avoir balayé les espérances (trop simplistes et matérialistes) dont avait vécu le XIXe siècle, la foi en l'avenir n'est pas morte dans nos cœurs. Bien mieux, c'est elle qui, approfondie et épurée, paraît devoir nous sauver. Non seulement l'idée d'un éveil possible de nos consciences à une super-conscience s'affirme chaque jour comme scientifiquement mieux fondée en expérience, et comme psychologiquement plus nécessaire à l'entretien chez l'Homme du goût de l'action; mais encore, poussée logiquement au bout d'elle-même, cette même idée apparaît seule capable de préparer le grand événement que nous attendons: la découverte d'un geste synthétique d'adoration où s'allient et s'exaltent mutuellement un désir passionné de conquérir le Monde, et un désir passionné de nous unir à Dieu; l'acte vital, spécifiquement nouveau, correspondant à un âge nouveau de la Terre*.

Pékin, 30 mars 1941

* Ces réj7exions, écrites à l'occasion du Congrès de New-York: Science et Religion, avaient pour but de signaler le terrain où tous les hommes désireux de progresser pourraient commencer de se comprendre et de s'entr'aider avant des'unir dans une même vérité.