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LA CRÉATION EST INFORMATION ET UNION

par Jacques Séverin Abbatucci

Ce texte est paru en juin 2007 dans la revue "Teilhard aujourd'hui", organe de l'association nationale des Amis de Pierre Teilhard de Chardin.



« Au commencement il y avait le Verbe souverainement capa-ble de s'assujettir et de pétrir toute Matière qui naîtrait. Au commencement, il n'y avait pas le froid et les ténèbres, il y avait le Feu. Voilà la Vérité. Ainsi donc, bien loin que de notre nuit jaillisse graduellement la lumière, c'est la lumière préexis-tante qui patiemment et infailliblement, élimine nos ombres. Vous êtes, mon Dieu, le fond même et la stabilité du Milieu éternel, sans durée ni espace, en qui, graduellement, notre Univers émerge et s'achève, en perdant les limites par où il nous paraît si grand. Tout est être, il n'y a que de l'être partout, hors de la fragmentation des créatures, et de l'opposition de leurs atomes. »

Pierre Teilhard de Chardin, Hymne de l'Univers

Cette vision fulgurante de Teilhard contient tout le mystère et l'espérance que par notre foi nous osons mettre dans la cosmogénèse qui est l'objet de nos observations et dans la présence en son sein de l'Homme et de l'Esprit qui s'exprime par lui.

Au commencement il y avait le Verbe

Le plus profond du mystère se situe là.
Dans l'immensité éternelle et sans limites - sans durée ni espace - s'est manifestée une force étrange que nous nommons l'énergie. Nul ne sait dire ce qu'elle est. On sait seulement, et très partiellement, comment elle agit. Elle n'a ni forme ni consistance, elle est indifférenciée. On peut dire qu'elle est de l'être en puissance.
Dans cette substance immatérielle qui échappe à toute raison est entrée une impulsion directrice et organisatrice, annoncée dans le message prophétique. Dans le feu initial il y avait le Verbe, assujettissant et pétrissant tout ce qui naîtrait. 
Et en effet dans l'immatérialité de l'énergie se sont formées des particules étranges elles aussi, peut-être seulement micro cordes vibrantes, attirées l'une vers l'autre par une force que plus tard, beaucoup plus tard, l'esprit humain inspiré par le Verbe assi-milera à l'Amour.
Ainsi commençait la construction de l'univers par un acte de création et d'union sous l'impulsion d'une énergie informée.

L'énergie et les forces cosmiques

Après une phase brève dans le domaine sub-quantique, celui de l'infiniment petit, l'énergie s'organise en forces que nous reconnaissons comme étant fondamentales : les forces électromagnétiques, les forces nucléaires et la gravité. Ensemble elles se conjuguent pour constituer les lois de la physique avec les interactions physico-chimiques que nous connaissons. Des éléments se rassemblent ainsi pour former les premiers éléments de ce que l'on va appeler matière.
L'énergie fondamentale revêt cet habillage et tout notre univers se construit en re-groupant et en organisant les éléments matériels ainsi formés dans une synthèse, c'est-à-dire dans une union qui s'accélère de façon exponentielle. Ainsi se font les éléments du monde physique de l'atome à la galaxie. L'ensemble se dilate et cette expansion se fait en créant l'espace et le temps. Saint Augustin, dans  une prémonition stupéfiante n'avait-il pas dit déjà « le monde a été fait avec le temps, pas dans le temps ».
Il faut cependant savoir que toute l'énergie ne subit pas cette métamorphose en matière. Plus des trois quarts ne sont pas retrouvés en calculant la masse équivalente de la matière cosmique. Il en manque  une quantité importante pour permettre l'équilibre de l'univers dans le cadre du système du big bang désormais très généralement admis. Cette masse manquante serait peut-être constituée d'une matière différente de celle que nous connaissons. Elle ne serait pas faite d'atomes et cela expliquerait qu'elle ne soit pas visible (matière noire). En outre une grande proportion d'énergie serait restée à l'état immatériel (énergie noire).
Tout cela est discuté très sérieusement par des spécialistes éminents dans le cadre de la science moderne qui n'appréhende donc encore qu'une portion limitée de ce qui fait la substance de notre univers. Ces considérations d'allure futuriste sont encore hypothétiques, certes, mais elles me paraissent montrer combien le réel voisine de près avec l'abstrait. Pourquoi donc rejeter a priori comme irrationnels et non fondés des concepts spirituels tels que la présence d'un message, du Verbe, dans la construction de l'univers ? Le savant a le droit et le devoir de s'interroger.

L'inséparabilité

Brochant sur le tout, un autre phénomène vient à la fois nous inciter à la plus grande modestie et en même temps à une grande fierté pour l'avoir découvert et démontré expérimentalement. La physique quantique a décelé entre deux objets, particules ou ondes, issus d'une même intervention sur un élément atomique une corrélation au ca-ractère étrange. Ces objets résultants restent inséparables dans leurs réponses à une action portant sur l'un d'eux, quelle que soit la distance qui les sépare. L'expérimentation l'a confirmé brillamment. L'Académie des Sciences dans un récent numéro de son bulletin (printemps 2005) a affirmé l'importance du phénomène : « Il apparaît ainsi clairement que c'est la mécanique quantique qui donne une description correcte de la réalité physique, et qu'on doit donc considérer le système des deux par-ticules corrélées comme un système quantique unique non séparable en deux entités localisées. […] Notre conception de l'espace est en train de subir une évolution qu'aujourd'hui nous ne maîtrisons que très partiellement […], cette nouvelle révolution quantique pourrait à son tour bouleverser notre société en débouchant sur une nouvelle révolution technologique, la révolution de l'information quantique.. »
Venant d'une source aussi autorisée, de telles considérations revêtent une grande importance.
L'ensemble de l'univers forme un tout dont chaque élément est indissolublement lié aux autres. Les atomes qui construisent les êtres vivants et donc nos corps biologiques font partie de ce tout.
Teilhard de Chardin disait en 1940, dans Le Phénomène Humain  : « Aux corpuscules cosmiques nous trouverions naturel d'attribuer un rayon d'action individuelle aussi limité que leurs dimensions mêmes. Or il devient évident au contraire que chacun d'eux n'est définissable qu'en fonction de son influence sur tout ce qui est autour de lui - et réciproquement, il ne se définit qu'en fonction de tout ce qui l'entoure - Quel que soit l'espace dans lequel nous le supposions placé, chaque élément cosmique rempli entièrement de son rayonnement ce volume lui-même. Si étroitement circons-crit donc que soit le « Cœur » d'un atome, son domaine est coextensif, au moins virtuellement, à celui de n'importe quel autre atome. Étrange propriété que nous retrou-verons […] jusque dans la molécule humaine ! » Et aussi : « Plus, par des moyens d'une puissance toujours accrue, nous pénétrons loin et profond dans la Matière, plus l'inter-liaison de ses parties nous confond. » 
Ces idées neuves pouvaient sans doute paraître extravagantes à l'esprit rationnel commun de l'époque, mais la physique moderne leur a donné une éclatante consécra-tion, allant même jusqu'à discuter de la possible non-localité de l'univers.

La création se fait par le Verbe qui est en elle

La complexité du monde physique

L'union de tous les composants qui forment ce que nous appelons la réalité est le produit des lois de la nature se conjuguant dans une continuité sémantique c'est-à-dire par des liens ordonnant une action, définissant une propriété, ayant donc une signification. La nature n'est pas faite d'objets fondamentaux simples, comme notre perception immédiate nous le fait penser. Le moindre des atomes est une structure complexe, véritable microcosme formé d'éléments que la physique quantique nous décrit comme non localisables autrement que de façon probabiliste. Selon des auteurs quantiques tels Nicolescu, ces objets sont remplacés par un principe d'organisation énergétique qui a la vertu d'être, en même temps, principe structurant les différentes échelles de la Réalité. La physique moderne parle moins d'« objets » que d'« événements » et de « l'organisation » structurant ces objets. L'information  introduite dans l'énergie de-vient la vraie figure de la réalité.
Bernard d'Espagnat physicien théoricien de grand renom, va même plus loin : « Les découvertes de la physique contemporaine ont pour implication - tacite mais inéluctable - que le mécanicisme n'est rien d'autre qu'une apparence, et cela même au niveau des interactions corpusculaires ». Et il précise que « l'assise ultime, ce n'est pas la matière, l'atome, les particules. C'est une structure mathématique, c'est un logos. La science ne nous donnerait pas authentiquement accès au Réel, au sens ontologique du terme, mais seulement aux liens entre les phénomènes ».
C'est le problème de l'organisation de la matière qui est ainsi soulevé. Elle est un assemblage d'informations et, à ce titre, Edgar Morin a pu parler d'état computant de la matière.
Tout cela amène à considérer l'univers comme un tout solidaire et intelligent - mathématiquement lié par une information diffuse.
Le dualisme matérialisme><spiritualisme n'a pas de support rationnel convaincant. Il est une fabrication intellectuelle qui ne cadre pas avec ce que nous connaissons désormais de la réalité.

Ici se situe le mystère fondamental : la création est à son origine le fait d'une intervention informante dont nous ignorons la nature. Le positiviste dit que nous la dé-couvrirons un jour. Mais ne repousserions-nous pas alors le mystère un peu plus loin ? L'hypothèse des univers multiples, par exemple, peut-elle nous satisfaire ?
Le croyant admet l'existence d'un absolu primordial qu'il nomme Dieu. C'est une option non vérifiable, c'est entendu, mais ne mérite-t-elle pas au moins autant de considération que la précédente ? Elle s'appuie sur la confiance - la foi n'est-elle pas synonyme de confiance - en une Révélation, phénomène échappant à notre raison mais assimilable à l'accès direct à une vérité. De nombreux grands esprits scientifiques en ont bénéficié, pour ne pas parler des religieux. Cette révélation revêt pour nous une grande valeur : elle donne sens aux choses, elle donne sens à notre vie et par là même à l'aventure humaine.
L'Esprit du Cosmos , le Verbe - l'énergie-information pour la science ? -  est immergé dans la réalité. Rien ne se fait sans Lui.
La pensée humaine en est le relais avec toute la puissance qui est en elle et qui lui permet d'agir de plus en plus fortement sur la matière, sur la vie et même désormais sur l'avenir de notre planète.
Mais restons modestes et conscients de la mission qui est la nôtre si nous savons y répondre. Nous ne sommes que des ouvriers, nous l'avons vu dès l'exorde teilhardien introductif :  «  bien loin que de notre nuit jaillisse graduellement la lumière, c'est la lumière préexistante qui patiemment et infailliblement, élimine nos ombres »

Le monde du vivant est un étage de plus dans la complexité

Un phénomène de première grandeur s'est passé sur notre terre, il y a environ quatre milliards d'années : la matière, c'est-à-dire l'énergie, a franchi un pas de plus dans son organisation, allant vers un accroissement de néguentropie, c'est-à-dire vers une improbabilité plus grande. Il s'agit d'une émergence, d'une discontinuité dans le processus évolutif. C'est en fait une véritable révolution : il s'est créé des liens d'un nouveau type entre divers éléments, des liens caractérisés par leur plasticité, leur fragilité mais aussi leur adaptabilité, leur capacité d'inventer des formes nouvelles et d'établir des procédés de communication et d'information d'une très grande précision et d'une extrême complexité entre les diverses structures.
En outre il faut dire que ces liens sont la seule structure pérenne dans la nature de chaque être vivant. C'est un schéma matriciel qui caractérise chaque individu. Les atomes qui s'ordonnent sur ce schéma immatériel sont en perpétuel renouvellement au cours de la vie et viennent seulement « habiller » la structure. Ils sont empruntés au milieu extérieur par l'alimentation et rejetés après usage avec les diverses excrétions. Ils sont impersonnels. Cela est vrai pour tous les atomes selon des cycles plus ou moins longs nécessaires à chaque métabolisme. Les éléments constitutifs des gènes n'échappent pas à cette labilité.
L'homme comme tous les êtres vivants est le résultat d'une accumulation de niveaux d'organisation, un assemblage d'organes. Les sauts d'échelle de complexité que représente ce mouvement créateur ne peuvent résulter d'une action non-informée des éléments atomiques qui ne serait que l'effet de leur propre « initiative ». Les simples valences chimiques, par exemple, n'agissent que dans leur environnement temporo-spatial immédiat et ne peuvent suffire, en toute logique, à expliquer une construction complexe étalée dans le temps dont l'objectif ne peut être atteint que par l'ensemble constitué.
Le phénomène vital est donc totalement original et non explicable par la seule physique. Cette étape décisive s'est faite dans la poursuite du même phénomène d'union créatrice sous l'influence d'une information c'est-à-dire d'une force qui donne forme à un nouvel aspect de la réalité. Pour le croyant, le Verbe se fait chair.
La cellule primitive, première réalisation du processus vital, réunit des éléments pré biotiques présents dans la « soupe primitive ». Puis, au cours des âges, la construction s'est poursuivie, régulée par un mécanisme d'adaptation au milieu, lui-même évoluant progressivement par apport d'information. Lamarck puis Darwin ont laissé leur marque dans la description de ce mode évolutif privilégiant la structure la mieux adaptée, en répondant, ajouterons-nous, à un besoin irrépressible de progrès dont la nécessité nous échappe, allant à l'encontre de l'entropie. 
Dans tout cela, les évolutionnistes positivistes classiques considèrent que l'apparition de la vie est le résultat d'une rencontre de hasard entre des éléments eux-mêmes fruits de ce hasard. Les forces de la nature n'ont-elles donc aucun sens  à leurs yeux? En d'autres termes, leur action est-elle purement conjoncturelle et chaotique ? L'observation semble pourtant bien nous montrer que ce n'est pas le cas. Un ordre supérieur organise ces forces. Les lois de la nature et leurs interactions sont des modèles de rationalité. C'est celle que notre esprit revendique pour les interpréter. Dans le chaos, le cosmos n'aurait pu se créer.
Écoutons Teilhard  :
« Si l'Univers a réussi jusqu'ici l'invraisemblable travail de faire naître la pensée humaine au sein de ce qui nous paraît un réseau inimaginable de hasards et de mauvaises chances, c'est qu'il est, au fond de lui-même, dirigé par une puissance souverainement maîtresse des éléments qui le composent. Je le crois, aussi, par besoin : parce que, si je pouvais douter de la solidité à toute épreuve de la substance dans laquelle je me trouve engagé, je me sentirais absolument perdu et désespéré. Je le crois enfin, et surtout peut-être, par amour ; parce que j'aime trop l'Univers qui m'entoure pour n'avoir pas confiance en lui. »

La totalisation humaine

L'humanité, née dans le cosmos et immergée en lui, subit les mêmes lois d'organisation et de confluence. Loin d'être un état accompli, achevé dans la réalité et l'immense multiplicité des personnes, elle n'est, globalement, qu'un chaînon dans la longue suite de la création. La vision fixiste a vécu.
Sans lui retirer sa noblesse, l'irremplaçabilité de son âme, sa Royauté selon Teilhard, la grandeur de l'Homme « consiste à servir comme un atome intelligent l'œuvre engagée dans l'univers ». Cette œuvre de création se poursuit dans la totalisation humaine. Une nouvelle émergence est attendue, celle d'une humanité planétisée.
Des faits d'observation éclairent la vraisemblance de cette perspective. Depuis le début de son histoire, l'humanité ne suit pas le schéma habituel de l'évolution des espèces qui tendent à se disperser en multiples rameaux poursuivant chacun sa différenciation. L'espèce humaine au contraire maintient son unité dans les diverses conditions de milieu auxquelles, grâce à son esprit, elle sait s'adapter. Des zones glaciaires aux territoires torrides, la personne humaine reste la même. Elle s'adapte à l'évolution beaucoup plus vite - des milliers de fois plus vite - qu'elle ne le pourrait par la seule action des mécanismes biologiques régissant la marche habituelle de l'adaptation décrite par les évolutionnistes classiques.
Et l'esprit humain va beaucoup plus loin dans son intervention. À partir de ses découvertes, il innove, il invente et il crée.
Par la culture, l'éducation et la recherche, il crée des liens entre les individus. Il introduit de l'information de façon massive dans le processus biologique. Les inter connections entre les personnes jouent un rôle de plus en plus puissant. La conscience de notre hominitude devient tous les jours plus palpable, dans le bien comme dans le mal.
Il en résulte une information diffuse, confuse, souvent même discordante mais pouvant aboutir cependant, si nous en sommes capables et si nous le méritons, à une union vraie atteignant  la super humanité espérée par Teilhard, c'est-à-dire peut-être, l'homme parfait, l'homme nouveau annoncé par les Écritures.
Mais cela ne sera pas possible par notre seule volonté. Les forces fondamentales que la physique décrit sont insuffisantes car nous sommes dans un autre domaine. Nous touchons ici au domaine de l'Esprit. Nous avons besoin de l'intervention d'une force d'un autre niveau de réalité, une force d'attraction prenant le relais des forces physiques mais, comme elles, immanente au cosmos, la cinquième force fondamentale sans doute : l'Amour inspiré par l'esprit divin.
Cette force cosmique telle que la voit Teilhard réunit les monades humaines comme elle a contribué à le faire pour toute la création. Mais ici il s'agit de personnes avec leur propre originalité. La planétisation, la totalisation ne doit pas mener au totalitarisme : la qualité, l'excellence, la vertu ne doivent pas succomber, disait Tocqueville. L'Union menant au Plérome espéré ne peut se faire que dans l'Amour et la diversité des âmes qui se complètent.
C'est cet amour qui a réussi à construire les sociétés humaines depuis l'origine, toujours en lutte contre des forces opposées, la haine, l'orgueil, l'égoïsme, la jalousie, le mal sous toutes ses formes qui tendent à disperser, avilir ou  détruire nos constructions humaines. Sont-elles ces forces négatives l'œuvre d'une puissance diabolique, un anti-Dieu en quelque sorte, ou bien ne sont-elles que la manifestation du « péché originel » que nous portons en nous ? Quoi qu'il en soit, la lutte est dure et jamais terminée.
À cette anti-création, nous devons opposer notre confiance, notre foi en un foyer d'attraction infiniment aimable situé hors de l'espace et du temps que Teilhard a nommé Oméga pour désigner la Personne Divine, celle de tous les croyants de notre planète. Ce foyer divin d'attraction, éternel et toujours  présent, est seul capable de faire émerger notre Univers hors des conditions physiques qui le construisent.

L'union noosphérique

L'Esprit est partie intégrante du cosmos. C'est l'une des deux faces de la réalité dont il forme l'étoffe. C'est le dedans des choses pour Teilhard ou leur endroit pour les neognostiques de Princeton, l'envers étant la face matérielle, le corps seul visible par les autres et seul considéré par les matérialistes. D'aucuns assimilent l'Esprit à la forme la plus élaborée de l'énergie - c'est l'énergie-consciente de Provenzano, physicien du célèbre institut technologique de Californie (le CalTech).
Peut-être un jour pourra-t-on évaluer la masse équivalente de l'énergie spirituelle et la faire entrer dans les calculs cosmologiques qui sont désormais d'actualité ?  Peut-être que la masse et l'énergie manquantes pouvant assurer l'équilibre du cosmos sont en partie de nature spirituelle ? Quoi qu'il en soit de ces considérations futuristes et osées, l'esprit existe dans l'univers sans que cela souffre discussion : nous qui pensons n'en sommes-nous pas la preuve ? Cet esprit s'exprime dans le monde du vivant grâce à des structures biologiques plus ou moins adaptées. De l'instinct à la conscience et à l'intelligence, l'expression et la richesse de la pensée croissent avec la complexité de l'organe qui les exprime. Chez l'homme le cerveau atteint des sommets de complexité et sa pensée est une des grandes puissances de la nature.  
Au bout du chemin, si nous en sommes dignes, les esprits des hommes parviendront à recouvrir notre planète de cette nouvelle couche dont nous apercevons déjà de très larges lambeaux : la noosphère, sphère des esprits, recouvrant notre biosphère désormais proche de la saturation. Elle se tisse tous les jours davantage grâce aux techniques mises en œuvre par le génie humain sachant utiliser les forces et ondes immatérielles sillonnant notre univers.
Cette couche pensante unit les générations présentes à toutes celles qui les ont précédées et dont elles sont inséparables par tout l'héritage biologique et culturel qu'elles en ont reçu. Par un accès à un état de conscience supérieur elle pourra peut-être déboucher un jour sur l'ultime vérité.

La réalité terminale

« Sous quels traits, maintenant, me représenterai-je la Réalité terminale, seule précieuse, qui collecte tout ce qu'il y a d'absolu […] dans le travail de la vie ? Inévitablement sous ceux d'une immense Unité. L'Absolu vers qui nous nous élevons ne saurait avoir d'autre visage que celui du tout, - d'un Tout épuré, sublimisé, "conscientisé”. […] Ainsi, graduellement, ma foi en la valeur de l'être individuel s'est précisée, enrichie, jusqu'à me jeter aux pieds de quelque Réalité universellement attendue  ».
Et Teilhard  ajoute ailleurs, aux pieds « d'un Personnel suprême ».

La foi en une Révélation de la Vérité peut nous aider dans notre recherche de ce Personnel suprême.
Bien entendu, la foi ne peut résulter tout naturellement d'une conception métaphysique de l'univers, si élaborée soit-elle. Pour croire, il faut y ajouter l'intuition et l'engagement du cœur permettant d'accéder à une Vérité qui nous est enseignée et accepter cet enseignement comme provenant de ce qui dépasse encore notre entendement. C'est dire que la foi n'est accessible qu'à qui sait écouter et entendre, à travers le message de la Révélation, le langage de la force cosmique qu'est l'Amour, source de toute espérance et de toute confiance.
Pour qui a cette foi, la création doit franchir un dernier seuil, celui qui l'attire et le conduit hors de l'espace et du temps, « au-delà duquel - dit Teilhard  - nous ne pouvons plus rien distinguer, mais au-delà duquel nous pouvons dire que,  avec d'autres dimensions encore irreprésentables, l'Univers continue ».