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LE
PHÉNOMÈNE SPIRITUEL
INTRODUCTION
Autour de nous, les corps
présentent des propriétés diverses: ils
sont chauds, colorés, électrisés,
pesants. Mais ils sont aussi dans certains cas vivants,
conscients. A côté des phénomènes
thermiques, lumineux et autres, étudiés par la
Physique, il y a, juste aussi réel et naturel qu'eux,
le Phénomène spirituel.
Le Phénomène-Esprit a
comme de juste attiré plus qu'aucun autre,
l'attention humaine. Nous coïncidons avec lui. Nous
l'expérimentons par le dedans. Il est le fil
même dont sont tissés pour nous les autres
phénomènes. Et cependant sur la nature de cet
élément fondamental (qui est ce que nous
connaissons le mieux au monde, parce que nous le sommes
lui-même, et qu'il est tout pour nous) nous n'arrivons
pas à nous entendre.
Pour les uns, héritiers de
la presque unanimité des spiritualismes anciens,
l'Esprit est chose si spéciale et si haute qu'il ne
saurait être confondu avec les énergies
terrestres et matérielles qu'il anime.
Incompréhensiblement associé à ces
dernières, il les imprègne sans s'y
mêler. Il y a un monde des âmes et un monde des
corps. L'Esprit est un «
méta-phénomène ».
Pour les autres, au contraire,
représentants plus ou moins attardés de la
pensée du dernier siècle, l'Esprit
paraît chose si petite et si frêle qu'il devient
accidentel et secondaire. En face des immenses
énergies matérielles auxquelles il n'ajoute
absolument rien de pondérable ni de mesurable, le
« fait conscience» peut être regardé
comme négligeable: c'est un
"épi-phénomène".
Je me propose, dans ces pages, de
développer une troisième perspective vers
laquelle semblent converger de nos jours une Physique et une
Philosophie nouvelles: à savoir que l'Esprit n'est ni
un sur-imposé, ni un accessoire dans le Cosmos, -
mais qu'il représente tout simplement l'état
supérieur pris en nous et autour de nous par la chose
première, indéfinissable, que nous pouvons
appeler, faute de mieux, "l'étoffe de l'Univers ".
Rien de plus; mais aussi rien de moins. L'Esprit n'est ni un
méta -, ni un épiphénomène: il
est : le Phénomène.
Pour établir la valeur de
cette perspective nouvelle ët chargée de
conséquences morales, ma seule dialectique sera
celle-là même, et celle-là seule,
qu'emploie universellement la Science moderne: je veux dire
celle de la "cohérence ". Dans un monde dont l'unique
affaire semble être de s'organiser par rapport
à lui-même, ceci est par définition le
plus vrai qui harmonise le mieux, par rapport à
nous-mêmes, un plus large ensemble. Si donc je
parviens à montrer que, regardé du point de
vue ici choisi, l'Univers s'harmonise mieux pour notre
expérience, pour notre pensée et pour notre
action que des deux autres points de vue contraires, j'aurai
établi, autant qu'elle peut l'être, la
vérité de ma thèse.
Essayons.
1.
SPIRITUALISATION
Si nous voulons apprécier
à sa juste valeur le phénomène
spirituel, il faut d'abord nous familiariser avec la
perspective de son ampleur réelle. Au premier abord
la portion consciente du Monde se présente à
nous sous forme de parcelles discontinues, minimes et
éphémères: une poussière
brillante d'individualités; un vol d'étoiles
filantes. Nous aurons, dans le deuxième chapitre de
cet Essai, à revenir, avec un regard plus averti, sur
le sens et la valeur propres à chacune de ces
étincelles. Il convient pour l'instant de nous
éloigner autant que possible de leur
singularité distrayante et minimisante. Quelles sont,
si on la prend dans son ensemble, les dimensions de la
grandeur que nous appelons « esprit » ? - Je vais
montrer qu'elles sont celles-là même de
l'Univers, - pourvu que nous sachions regarder.
a) Le
Présent de l'Esprit.
Une première
éducation à faire subir à nos yeux, si
nous voulons discerner dans sa totalité le
phénomène-esprit, est de les rendre sensibles
à la perception des réalités
collectives. Parce que nous sommes individus
nous-mêmes, la Vie, autour de nous, nous affecte
principalement à l'échelle individuelle.
Atomes nous-mêmes, nous ne voyons d'abord que d'autres
atomes. Mais il n'est pas besoin de réfléchir
beaucoup pour découvrir que les corps animés
ne sont pas aussi séparés entre eux qu'ils le
paraissent. Non seulement, en vertu du mécanisme de
la génération, ils sont tous parents par
naissance. Mais, dans la suite même de leur
développement, un réseau de connexions
vivantes (psychologiques, économiques, sociales,
etc...) ne cesse à aucun moment de les relier dans
une même membrane, d'autant plus compliquée et
plus tenace qu'ils sont eux-mêmes plus
évolués. Comme des gouttes d'eau
parsemées dans le sable, et que traverse pourtant une
même pression, celle de la nappe à laquelle
elles appartiennent; comme les charges électriques
distribuées sur un même conducteur et que
presse un même potentiel; - ainsi les êtres
conscients ne sont au vrai que les diverses manifestations
ponctuelles d'une grandeur qui les englobe tous. Dans la
mesure où il est expérimental, le
phénomène spirituel n'est pas une grandeur
morcelée; il traduit une manière d'être
générale, un état d'ensemble
particulier à notre Monde.
Autrement dit, il n'y a pas,
à scientifiquement parler, des esprits dans la
Nature; mais il y a un esprit, physiquement défini
par une certaine tension de conscience à la surface
de la Terre. A cette enveloppe animée de notre
planète peut être donné
àvantageusement le nom de biosphère, - ou plus
précisément (si on ne considère que la
frange pensante de cette dernière) de
noosphère.
b) Le Passé
de ['Esprit.
Faisons maintenant un effort de
plus pour dépasser l'individuel; et, après
avoir mesuré l'extension spatiale du
phénomène spirituel dans le présent,
cherchons à apprécier sa profondeur dans le
Passé. Ici, grâce aux efforts modernes de
l'Histoire, le rétablissement des perspectives est
particulièrement facile. Certains esprits peuvent
encore hésiter devant la notion de biosphère.
Personne ne peut plus douter que celle-ci, dans la mesure
où elle existe, ne s'enfonce par sa surface
entière dans l'abîme des siècles
passés. Le Spirituel n'est pas un accident
récent, sur-imposé brutalement ou fortuitement
à l'édifice du Monde autour de nous; c'est un
phénomène profond et enraciné, dont
nous pouvons suivre les traces avec certitude, à
perte de vue en arrière, dans le sillage du
mouvement qui nous emporte. Aussi loin
que nous arrivons à reconnaître à la
Terre une surface, cette surface est habitée, comme
si nul astre ne pouvait arriver à un certain
degré de son évolution sidérale sans
s'allumer à la Vie. Mais ce n'est pas tout. Cette
Conscience qui remplit à nos yeux les avenues du
Passé, elle ne s'écoule pas simplement comme
un fleuve qui transporte entre des rives diverses une eau
toujours pareille. Elle se transforme en cours de route;
elle évolue: il y a un mouvement propre de la Vie. Si
nous suivons celle-ci au rebours du temps, nous la voyons
atténuer la complication organique de ses formes et
le champ de sa spontanéité. Les
systèmes nerveux deviennent de plus en plus
rudimentaires. Et, à en juger par les survivants
actuels de ces stades anciens, le monde animé se
perd, tout en bas, dans un fourmillement de particules
vivantes à peine émergées des forces
moléculaires. Inversement, dans le sens de la
flèche du temps, les édifices cellulaires se
construisent; et, parallèlement à une
complexité croissante, la conscience accroît
ses puissances de clairvoyance interne et d'interliaisons, -
jusqu'à ce que, au niveau de l'Homme, éclate
la pensée réfléchie.
c) La Naissance de
l'Esprit.
D'où cette évidence
que, d'un point de vue purement scientifique et
expérimental, le vrai nom d' « esprit » est
« spiritualisation ». Prise intégralement,
dans sa totalité temporelle et spatiale, la Vie
représente le terme d'une traniformation de grande
amplitude, au cours de laquelle ce que nous appelons «
Matière » (au sens le plus compréhensif
du mot) s'invertit, se reploie sur soi-même,
s'intériorise, - l'opération couvrant, en ce
qui nous concerne, l'histoire entière de la Terre. Le
phénomène spirituel n'est donc pas une sorte
de bref éclair dans la nuit: il trahit un passage
graduel et systématique de l'inconscient au
conscient, et du conscient au self-conscient. C'est un
changement d'état cosmique.
Ainsi s'expliquent, sans
contradiction, les liaisons, en même temps que les
oppositions, entre Esprit et Matière. En un sens,
l'une et l'autre sont bien fondamentalement une même
chose, comme le prétendent les
néo-matérialistes : mais entre les deux se
place un retournement qui les fait en quelque manière
l'opposé l'une de l'autre, comme le voulaient les
anciens spiritualistes. Toute antinomie entre âmes et
corps c'est preuve alors qu'elle doit réussir
à se propager interminablement. Or telle semble bien
être la situation. A toutes les grandeurs
cataloguées de la Physique, nous connaissons, ou nous
soupçonnons, un plafond qu'elles ne peuvent approcher
sans développer certains antagonismes où elles
s'annulent elles-mêmes : une inertie croissante des
corps, engendrée par leur déplacement
même, peut les arrêter, à un moment
donné, dans l'accroissement de leur vitesse... Rien
de semblable ne paraît exister dans le cas de la
conscience, sauf peut-être l'imperfection d'organismes
transitoires bien vite abandonnés, tels que ceux dont
les débris jonchent les routes de l'histoire.
Théoriquement le phénomène spirituel
développe une grandeur que nous concevons comme
indéfiniment perfectible, et par suite jamais
saturée d'elle-même. Fonctionnellement, il
s'entretient par sa croissance même, chaque
degré de conscience à un moment donné
n'existant que comme une introduction à une
conscience plus haute : si bien que nous ne voyons pas
comment, mécaniquement, sa marche pourrait
s'arrêter. Psychologiquement enfin, il se nourrit du
sentiment même de son avenir sans bornes: car
l'être réfléchi cesserait
automatiquement d'agir s'il entrevoyait la simple
possibilité d'une limite infranchissable à son
ascension. Tout cela mis ensemble veut dire que le
phénomène spirituel se présente et se
considère en droit comme irréversible. Donc
irréversible il est en fait puisque sa marche,
avons-nous dit, est irrésistible. Et en fait,
historiquement, la conscience, sur la Terre, n'a jamais
cessé de s'épandre. Cette simple constatation
suffirait à nous indiquer que, pour les
accroissements de l'Esprit, l'Univers est
complètement libre en avant.
Totalisant, enfin. Et ceci en vertu
même de la notion de changement d'état. L'eau
passe dans la vapeur qu'elle exhale. Ainsi toute
évolution physique que nous concevons, si haute
soit-elle, doit préserver, en le sublimant, un
certain donné qu'elle a reçu d'en bas.
Qualité et quantité sont structurellement
liées dans la Nature. Si donc le
phénomène spirituel exprime vraiment, comme
nous l'avons admis, une transformation cosmique, il doit,
pour être homogène au reste de notre
expérience, obéir à une loi
définie de conservation et de transmission. Au cours
de la spiritualisation de l'Univers, une certaine masse
d'être « brut » (ou «
extériorisé ») a été
engagée, qui doit se trouver «
intériorisée » au terme limite de
l'opération afin que celle-ci soit réussie
(comme elle doit l'être infailliblement). Tant de
Matière, tant d'Esprit.
Considéré dans ses
dimensions les plus générales et dans son
avenir le plus éloigné, le
phénomène spirituel représente donc
finalement l'apparition assurée et définitive
d'un quantum cosmique de conscience, c'est-à-dire en
somme, (puisque les deux termes sont identiques), d'un
quantum de personnalité.
Et nous voici ramenés, par
ce dernier mot, à la considération des centres
individuels dont, pour atteindre de plus larges
perspectives, nous nous étions momentanément
écartés.
II.
PERSONNALISATION
Pour définir la nature du
changement d'état cosmique en quoi consiste le
phénomène spirituel, nous nous sommes servis
du terme « intériorisation », Mais nous
aurions aussi bien pu dire « concentration »,
puisque le reploiement d'où naît la conscience
ne saurait s'établir qu'autour d'un foyer de
perspective et d'action.
Si donc nous cherchons à
imaginer la condition finale vers laquelle la transformation
spirituelle en cours dirige apparemment le Monde, nous nous
trouvons conduits à l'exprimer sous forme de quelque
monocentrisme : Le Tout devenu réfléchi sur
lui-même sur une conscience unique. Comment se fait-il
alors que, juste à l'opposé de ces
prévisions, l'Univers se présente actuellement
à nous comme typiquement particulaire,
c'est-à-dire « polycentré »?
D'où vient le morcellement en consciences
fragmentaires d'une réalité qui,
observée de haut, dans sa totalité nous avait
paru si puissamment homogène? Pourquoi la myriade, au
lieu de la monade que nous attendions? Que signifient, dans
la Nature, l'atome, la molécule, l'individu,
l'élément personnel ?
Expliquer, en Science, c'est
(disions-nous plus haut) faire entrer les faits dans une
interprétation générale
cohérente. On a eu recours pour interpréter le
pluralisme du Monde autour de nous, à l'idée
d'accidents initiaux qui auraient brisé
l'unité primitive des choses. Du point de vue
strictement « phénoménal» où
nous nous plaçons dans cet essai, une autre
hypothèse paraît plus simple, plus
vraisemblable, plus féconde, que cette
pulvérisation d'origine secondaire. Tout se passe
dans le Monde, dirons-nous, comme si le Centre unique de
conscience autour duquel se reploie l'Univers ne pouvait se
constituer que graduellement, par approximations
successives, suivant une série de sphères
concentriques décroissantes, s'engendrant
progressivement l'une l'autre, - chaque sphère
étant du reste formée de centres
élémentaires d'autant plus chargés de
conscience que son rayon est plus petit. En vertu de ce
mécanisme, chaque sphère nouvellement apparue
se charge progressivement de la conscience
élaborée sur les sphères
précédentes, la porte à un degré
de plus dans chacun des centres élémentaires
qui la composent, et la transmet un peu plus loin dans la
direction du foyer de convergence totale. Chaque
élément de conscience dans le Monde se trouve
dès lors défini à la fois par la
sphère à laquelle il appartient, par sa
position sur cette sphère, et par le mouvement qui
l'entraîne vers la sphère suivante. Et le
centre final de tout le système se présente,
à la limite, aussi bien comme la dernière des
sphères que comme le Centre de tous les centres
répandus sur cette ultime sphère. - Dans cette
perspective, la structure atomique du Monde n'exprime rien
autre chose qu'une loi de construction inhérente au
Phénomène spirituel: - elle est essentielle et
originelle. Acceptons l'hypothèse, et après
avoir vu ce dont elle rend compte dans. le présent,
demandons-nous ce qu'elle laisse prévoir pour
l'avenir.
1) Ce que l'hypothèse
explique, d'abord, c'est la distribution et la position
relative des diverses formes de conscience (ou
d'inconscience) autour de nous, dans le Monde. Tout en bas,
formant un groupe à part, voici d'abord les
sphères multiples dites « de la Matière
». La Matière est d'habitude regardée
comme inanimée, - ce qui est la source de toutes nos
difficultés pour la comprendre. Nous
découvrons maintenant qu'elle peut correspondre
simplement (dans la mesure où elle existe) à
un état si détendu et si
pulvérisé de conscience que ses
éléments ne nous sont attingibles que par
leurs propriétés statistiques,
c'est-à-dire sous forme de lois rigides,
complètement « dés-animées ».
Les déterminismes matériels cessent, dans
cette perspective, de former l'ossature du Monde: ils ne
sont plus, dans le Cosmos, qu'un effet secondaire
émanant de la foule des sphères
élémentaires. Ce sont eux le vrai «
épi-phénomène ».
Dans un groupe supérieur de
sphères, les particules se dégagent plus ou
moins distinctement de la masse. L'individu émerge
des grands nombres, - et la conscience apparaît. Mais
ce ne sont longtemps que des unités encore
lâches où l'âme ne semble se fixer et se
reconnaître elle-même que d'une manière
confuse sur l'incroyable complexité des
mécanismes qui sont la condition évolutive de
la Vie. Tels se présentent à notre
expérience les Plantes et les Animaux.
Enfin, dans une dernière
phase, la Pensée vient au jour, - si minutieusement
et si longuement préparée que rien ne tremble
à son apparition dans la Nature, - mais si dense que
tout plie et s'illumine sous son influence. Parce que, dans
la chaîne des formes zoologiques, aucune brisure
apparente ne nous sépare des autres animaux, les
naturalistes ont longtemps sous-estimé l'importance
biologique de l'Homme. Ils ont créé pour
lui... un genre. En réalité, l'Homme ne marque
rien de moins que l'origine d'une ère nouvelle clans
l'histoire de la Terre. En lui, pour la première fois
dans le domaine accessible à notre expérience,
l'Univers est devenu, par réflexion, conscient de
lui-même, personnalisé. Il y a plus de
distance, en fait, entre la Pensée et la Vie
simplement organique qu'entre celle-ci et la Matière
dite inanimée. Le Phénomène spirituel
est entré dans une phase suprême et
décisive en devenant le phénomène
humain.
2) Et maintenant le problème
ultérieùr se pose: placés sur ce que
notre hypothèse définit comme la
dernière formée des sphères
conscientes, que pouvons-nous attendre, nous autres humains,
des développements ultérieurs du
Phénomène spirituel? Où sommes-nous
conduits, individuellement, par le changement d'état
qui transforme le Monde en Esprit? Qu'y a-t-il en avant et
que va-t-il advenir de nous?
Logiquement, la réponse
à cette question est simple. Si la concentration de
l'Univers en une conscience unique obéit vraiment
à la loi de récurrence que nous avons
imaginée, il existe dans l'avenir d'autres
sphères, et en tous cas un centre suprême,
où toute l'énergie personnelle
représentée par la Conscience Humaine doit
être recueillie et supra-personnalisée. Nous
allons vers un état supérieur de conscience
générale, lié à une
synthèse ultérieure de nos consciences
particulières. Mais ici une difficulté se
présente, qui paraît insurmontable. Dans
l'Homme, en vertu de la réflexion, une parcelle de la
conscience cosmique s'est définitivement
individualisée. Mais comment concevoir que cette
parcelle, une fois formée, puisse se joindre
ultérieurement à d'autres semblables dans
l'édification d'une super-conscience? Pour devenir
super-consciente, elle doit s'unir à d'autres,
disions-nous. Mais justement, afin de se donner, ne
doit-elle pas se décentrer, c'est-à-dire
devenir moins consciente d'elle-même? Il semble qu'il
y ait là contradiction... Pour avancer plus loin,
l'Esprit du Monde, devenu d'étoffe personnelle,
devrait se fusionner plus outre. Mais,
précisément, parce que désormais
composé de personnes, il semble avoir perdu la
faculté de se totaliser. Serait-ce qu'en
accédant au stade personnel sous une forme encore
plurale la conscience s'est barré automatiquement la
route vers une synthèse supérieure, et se
trouve condamnée à rester indéfiniment
morcelée? Le Phénomène spirituel se
trouverait-il par hasard immobilisé, par son
progrès même, avant d'avoir pu atteindre le
terme naturel de son développement ?...
La solution du paradoxe est
à chercher dans une distinction à faire entre
deux sortes d'unions, directement opposées l'une
à l'autre : l'union de dissolution, et l'union de
différenciation. Lorsque nous croyons voir que les
« personnes » ne
peuvent pas se totaliser (parce que
leur totalisation ferait justement évanouir les
personnalités qu'il s'agirait d' « additionner
»), nous pensons instinctivement aux fleuves se jetant
dans la mer; au sel qui se dissout dans l'Océan;
à la matière qui se dégrade en
énergie cosmique. Mais ces exemples ne sont que des
analogies trompeuses tirées de cas où le
milieu unitif est comme indéfiniment
étalé: union « centrifuge », par
détente ou dissolution commune dans une
homogène image de l'inconscient. En fait, dans le cas
de. l'Esprit, en vertu même du déplacement
« centripète » des sphères de
conscience (tel que nous l'avons admis), le
phénomène tend vers un résultat
directement inverse. Dans cet Univers convergent, tous les
centres inférieurs s'unissent, mais par resserrement
en un centre plus fort. Donc tous se conservent et
s'achèvent en se rejoignant. L'union de concentration
( la seule vraie union) ne détruit pas, mais elle
accentue, les éléments qu'elle englobe. Les
unités réfléchies humaines peuvent
donc, sans être détruites ni faussées,
se trouver soumises à son opération.
Contrairement aux apparences, les personnes peuvent encore
servir d'éléments pour une synthèse
ultérieure, parce que leur union acheve
précisément de les différencier.
.
L'union dans le Personnel
différencie. Trois séries de corollaires
importants découlent de cette proposition, qui vont
achever de fixer pour nous l'allure du
Phénomène spirituel.
a) Premièrement. - En ce qui
concerne nos destinées individuelles, nous voyons se
justifier en avant de nous l'espérance
d'immortalité personnelle qui semble être le
correctif naturel nécessaire, pour les êtres
pensants, d'une mort qu'ils sont devenus capables de
prévoir. D'une part, la spiritualisation
irrésistible et infaillible du Monde ne
réussirait pas si la particule consciente que chacun
de nous représente ne passait pas dans le terme
irréversible, totalisateur, de la transformation; et,
d'autre part, ce passage de ce qui est nous dans ce qui est
l'autre, loin de menacer notre moi, a
précisément pour effet de le consolider. La
mort, où nous semblons disparaître, se
découvre ainsi comme représentant une simple
phase de croissance : elle marque notre accession à
une sphère supra-humaine de self-conscience, de
personnalité.
b)Deuxièmement. - En ce qui
concerne la nature finale de l'Esprit où converge
toute la spiritualité, c'est-à-dire toute la
personnalité du Monde, nous apercevons que sa
simplicité suprême est faite d'une prodigieuse
complexité. En cet Esprit, d'une part, portés
à leur maximum de différenciation individuelle
par leur maximum d'union au Tout, tous les
éléments en lesquels la conscience personnelle
du Monde est apparue morcelée à l'origine
(c'est-à-dire au moment de l'hominisation) se
prolongent sans se confondre. Et en lui, d'autre part,
essentiellement requis pour unifier sans les confondre ces
centres immiscibles, un Centre distinct et autonome se
découvre, comme nécessaire, qui rayonne,
personnel lui-même, sur la myriade des
personnalités inférieures : Somme de tout le
Passé, et Foyer ultime de l'Avenir.
c) Troisièmement. - En ce
qui concerne la direction de notre activité
présente, nous observons que, pour nous achever
nous-mêmes, nous devons passer dans un plus grand que
nous.
La survie, aussi bien que la
super-vie, nous attendent dans la direction d'une conscience
et d'un amour croissants de l'Universel. Par rapport
à ce pôle à atteindre (en même
temps qu'à réaliser) doit s'organiser toute
notre action, c'est-à-dire se définir notre
moralité
III.
MORALISATION
Pour le spiritualiste « ancien
modèle » qui regarde l'Esprit comme un
méta-phénomène, aussi bien que pour le
matérialiste moderne qui veut n'y reconnaître
qu'un épi-phénomène, le monde des
relations morales forme un compartiment à part dans
la Nature. A des titres différents, pour les uns
comme pour les autres, les puissances et les liaisons
d'ordre moral sont moins physiquement réelles que les
énergies de la Matière. - A nous qui voyons
dans le développement de la conscience le
phénomène essentiel de la Nature, les choses
se présentent sous un jour tout autre. Si vraiment,
comme nous l'avons admis, le Monde culmine en une
réalité pensante, l'organisation des
énergies personnelles humaines représente sur
Terre le stade suprême de l'évolution cosmique;
et la Morale, par suite, n'est rien de moins que
l'aboutissement supérieur de la Mécanique et
de la Biologie. Le Monde se construit finalement par des
puissances morales; et la Morale, réciproquement, a
pour fonction de construire le Monde: toute une
appréciation nouvelle, conduisant à un
programme renouvelé, de la
Moralité.
a) Morale
d'équilibre et Morale de
mouvement.
La morale est née largement
comme une défense empirique de l'individu et de la
société. Dès que des êtres
intelligents ont commencé à se trouver en
contact, et par suite en friction, ils ont senti le besoin
de se garder contre leurs empiètements mutuels. Et
dès qu'une organisation s'est trouvée, par
l'usage, qui garantissait à peu près à
chacun ce qui lui était dû, ce système
lui-même a éprouvé le besoin de se
garantir contre des changements qui viendraient remettre en
question les solutions admises et troubler l'ordre social
établi. La Morale a été principalement
comprise jusqu'ici comme un système fixé de
droits et de devoirs, visant à établir entre
individus un équilibre statique, et soucieux de
maintenir celui-ci par une limitation des énergies,
c'est-à-dire de la Force.
Cette conception reposait, en
dernière analyse, sur l'idée que chaque humain
représentait dans le Monde une sorte de terme absolu,
dont il s'agissait de protéger l'existence contre
tout envahissement extérieur. Elle est
transformée de fond en
comble si l'on reconnaît, comme nous venons de le
faire, que l'Homme sur Terre n'est qu'un
élément destiné à s'achever
cosmiquement dans une conscience supérieure en
formation. Alors, le problème posé à la
Morale n'est plus de conserver et de protéger
l'individu, - mais de le guider si bien dans la direction de
ses achèvements attendus que la «
quantité de Personnel » encore diffuse dans
l'Humanité se dégage avec plénitude et
sécurité. Le moraliste était jusqu'ici
un juriste - ou un équilibriste. Il devient le
technicien et l'ingénieur des énergies
spirituelles du Monde. La plus haute Morale est
désormais celle qui saura développer Ie mieux
jusqu'à ses limites supérieures le
Phénomène naturel. Non plus protéger, -
mais développer, par éveil et par convergence,
les richesses individuelles de la Terre.
Esquissons en quelques traits la
physionomie de cette morale de mouvement. Trois principes,
par construction, y définissent la valeur des actes
humains:
a) n'est finalement bon que ce qui
concourt aux accroissements de l'Esprit sur
Terre.
b) Est bon (au moins
fondamentalement et partiellement) tout ce qui procure un
accroissement spirituel de la Terre.
c) Est finalement le meilleur ce
qui assure son plus haut développement aux puissances
spirituelles de la Terre.
Il est clair que ces trois
règles modifient ou complètent d'une
manière importante l'idée que nous nous
faisons du bien et de la perfection.
En vertu de la première
règle, bien des choses semblaient permises, dans la
morale d'équilibre, qui se découvrent
interdites par la morale de mouvement. Pourvu qu'il
n'enlevât à autrui ni sa femme, ni ses biens,
l'homme pouvait se croire autorisé à utiliser
comme bon lui semblait, ou à laisser dormir la part
de vie qui lui appartenait. Maintenant nous entrevoyons
qu'aucune promesse et nul usage ne sont légitimes
s'ils ne tendent à faire servir la puissance qu'ils
détiennent.
- La morale de l'argent
était dominée par l'idée
d'échange et de justice: autant, autant. Le niveau
d'un liquide dans des vases communicants. Elle doit
désormais obéir à l'idée
d'énergie dans le mouvement: la richesse ne devenant
bonne que dans la mesure où elle travaille dans la
direction de l'Esprit. - La morale de l'amour, encore,
était satisfaite par la fondation matérielle
d'une famille, l'amour lui-même étant
considéré comme un attrait secondaire
subordonné à la procréation. Elle doit
maintenant considérer comme son objet fondamental de
faire rendre à cet amour, justement, l'incalculable
puissance spirituelle qu'il est capable de développer
entre les époux. - La morale de l'individu, enfin,
était principalement ordonnée à
l'empêcher de nuire. Elle lui interdira
désormais toute existence neutre et «
inoffensive », et l'obligera à l'effort de
libérer jusqu'au bout son autonomie et sa
personnalité.
En vertu de la deuxième
règle, corrélativement, beaucoup de choses
semblaient défendues par la morale d'équilibre
qui deviennent virtuellement permises, ou même
obligatoires dans la morale de mouvement.
Précisément parce qu'elle se trouvait
satisfaite d'un ordre, dès que cet ordre
empêchait les rouages humains de chauffer et de
grincer, la morale d'équilibre ne
s'inquiétait. pas de savoir si des
possibilités spirituelles étaient
laissées en dehors des cadres qu'elle avait
construits. Faute de leur trouver une place et une
justification faciles, clIc laissait perdre, par
timidité ou tutiorisme, dans tous les domaines, un
monde d'énergie. Dans une morale de mouvement, tout
ce qui recèle une force ascensionnelle de conscience
est reconnu, de ce chef et dans ces limites, comme
fondamentalement bon : il s'agit seulement, par analyse,
d'isoler cette bonté et, par sublimation, de la
dégager.
Et ainsi, en vertu de la
troisième règle, se découvre à
nous la notion nouvelle d'une moralisation, entendue comme
la découverte et la conquête,
indéfiniment continuées, des puissances
animées de la Terre. A la morale d'équilibre,
(« morale fermée ») le Monde moral pouvait
sembler un domaine définitivement cerclé. A la
morale de mouvement (« Morale ouverte ») ce
même Monde se présente comme une sphère
supérieure de l'Univers bien plus riche que les
sphères inférieures de la Matière en
puissances inconnues et en combinaisons
insoupçonnées. C'est sur l'Océan
mystérieux des énergies morales à
explorer et à humaniser que s'embarqueront les plus
hardis navigateurs de demain. Tout essayer, et tout pousser
à bout dans la direction de la plus grande
conscience, telle est, dans un Univers reconnu en
état de transformation spirituelle, la loi
générale et suprême de la
moralité : limiter la force (à moins que ce ne
soit pour obtenir par là plus de force encore),
voilà le péché.
Ces perspectives sembleront folles
à ceux qui ne voient pas que la Vie est, depuis ses
origines, tâtonnement, aventure et danger. Elles
grandissent cependant, comme une idée
irrésistible, à l'horizon des
générations nouvelles. L'avenir leur
appartient, - mais à une condition: c'est que,
à la même vitesse qu'elles, monte dans le ciel
de l'avenir, pour les éclairer, un centre explicite
d'attraction et d'illumination.
b) La fonction
spirituelle de Dieu.
Une morale d'équilibre peut
se construire et subsister fermée sur
elle-même. Puisqu'elle se propose uniquement d'ajuster
les uns aux autres des éléments
associés, elle se trouve suffisamment
déterminée et soutenue par un mutuel
agrément des parties qu'elle rapproche. Un minimum de
frottements internes, dans un régime régulier,
sont à la fois l'idéal où elle tend et
l'indication qu'elle y est parvenue.
Dans la morale de mouvement, au
contraire, qui ne se définit que par rapport à
un état ou objet à atteindre, il est
indispensable que ce terme apparaisse avec une clarté
suffisante pour être désiré, et pour
être visé. Analysé dans son
développement externe, le Phénomène
spirituel nous était apparu suspendu à un
centre commun d'organisation totale. Observé
maintenant dans son fonctionnement interne, il nous remet
(c'était inévitable) face à face avec
ce rôle d'attraction et de détermination
totale.
Une morale d'équilibre peut
être logiquement agnostique et absorbée dans la
possession de l'instant présent. Une Morale de
mouvement est nécessairement penchée sur le
futur, dans la poursuite d'un Dieu.
Je m'abstiendrai
délibérément, dans ces pages, de
reprendre, une fois de plus, « une critique des
Religions ». Mais il me paraît nécessaire
de fixer, en cohérence avec les vues
développées au cours de cet Essai, deux
conditions auxquelles, par structure, doit satisfaire le
Dieu que nous attendons, pour être capable de soutenir
et de diriger le Phénomène spirituel.
.
Une première condition est
que ce Dieu rassemble dans sa simplicité le
prolongement evolutif de toutes les fibres du Monde en
mouvement: Dieu de synthèse cosmique, en lequel nous
puissions avoir conscience de progresser et de nous
réunir par transformation spirituelle de toutes les
puissances de la Matière.
Et une deuxième condition
est que ce même Dieu réagisse, au cours de la
synthèse, comme un noyau premier de conscience
indépendante: Dieu suprêmement personnel, de
qui nous nous distinguions d'autant plus qu'en lui nous nous
perdons davantage.
Ces deux conditions, nullement
contradictoires, résultent immédiatement des
caractères reconnus plus haut à la
genèse cosmique de l'Esprit : un Dieu-universel
à réaliser dans l'effort, - et cependant un
Dieu-personnel à subir dans l'amour, voilà (si
le Monde se déplace vraiment dans le Conscient) le
Moteur indispensable à tout progrès
ultérieur de la Vie.
En somme, l'Humanité en est
arrivée au point biologique où il faut, ou
bien perdre toute confiance dans l'Univers, ou bien
résolument l'adorer (1)
1)- L'auteur
expliquera, plus tard, dans les pages
autobiographiques intitulées le Cur de la
Matière, comment l'Univers s'est
découvert ado¬rable à ses yeux en
la personne du Fils de Dieu qui, par effet
d'Incarnation, se l'est totalement assimilé.
(N. D. E.).
Là est à chercher
l'origine de la crise présente de la moralité.
Mais alors il faut que les religions se transforment
à la mesure de ce besoin nouveau. Le temps est
passé où Dieu pouvait s'imposer à nous
du dehors simplement, comme un Maître et un
propriétaire. Le Monde ne s'agenouillera plus
désormais que devant le centre organique de son
évolution.
Ce qui nous manque à tous,
plus ou moins, en ce moment, c'est une formulation nouvelle
de la Sainteté...
CONCLUSION
Nous le disions en
commençant: si l'interprétation ici
présentée du Phénomène spirituel
est juste, sa vérité ne peut être
établie que par la cohérence plus grande
qu'elle établit dans nos perspectives. Voir plus
clair dans le Passé, et prévoir plus net dans
l' Avenir. Or n'est-ce point là justement le
résultat auquel nous voici parvenus ? - Placer dans
le Conscient l'étoffe de l'Univers, et dans le
développement de ce même Conscient
l'événement essentiel de la Nature,
paraît la seule façon, non seulement
d'expliquer d'une manière satisfaisante les
apparences présentes et passées du Monde
autour de nous, mais encore d'organiser, en vue d'un avenir
possible, les énergies hésitantes de la Terre.
Voilà bien ce qui paraît résulter de nos
analyses.
a) Seule d'abord notre
hypothèse d'un Cosmos « en transformation
spirituelle » explique la physionomie et les allures du
Monde qui nous entoure. Le problème du Monde, pour
notre intelligence, c'est l'association qu'il
présente de deux éléments
opposés (Esprit et Matière) en une
chaîne de combinaisons jetée à travers
la durée entre la Pensée et l'Inconscience. Or
ce dualisme mouvant est simplement et verbalement
constaté, sans essai et même sans
possibilité d'interprétation, si l'on fait de
la Conscience un méta-phénomène. Il est
escamoté, si on néglige celle-ci comme un
épi-phénomène. Il se résout au
contraire, d'une manière harmonieuse et simplc dans
un Monde où le Conscient et son apparition sont
regardés comme le Phénomène. Tout vient
prendre une place naturelle dans un Univers en changement
d'état spirituel. Sous le voile superficiel des
mécanismes jetés sur elle par les lois des
grands nombres, la Matière se découvre comme
un fourmillement de consciences élémentaires
toutes prêtes à entrer dans les combinaisons
supérieures du Monde organique. Elle cesse par le
fait même d'être irréductible à la
Vie, dont la première apparition sur Terre correspond
simplement à une émersion, dans le champ de
notre expérience, de l'individuel spontané
hors du collectif inorganisé. Et l'Hominisation ne
fait que marquer un point décisif et critique dans le
développement graduel de ce changement d'état.
- Le Mal lui-même, sous toutes ses formes physiques et
morales, finit d'être, pour notre raison, un scandale
intolérable: il s'explique comme le désordre
résiduel inévitablement mêlé
à l'ordre qui se fait en nous; et il se justifie
comme la résistance que rencontre toute
synthèse, plus elle est sublime, pour se
réaliser.
b) Seule, ensuite, l'idée
d'un Cosmos en mouvement vers le Personnel apparaît
capable de soutenir et de canaliser vers le Futur les
énergies présentes de l'Humanité. S'il
est un fait patent aujourd'hui, c'est l'impuissance des
morales d'équilibre à gouverner la Terre.
Vainement les sages s'efforcent de maintenir l'ordre social
et international en limitant la Force. De par la logique
même de la Vie, la Force naît
irrésistiblement de partout, sous nos pieds et entre
nos mains; et elle exige impérieusement de grandir
jusqu'au bout d'elle-même. Notre Monde est
entré dans l'ère de la Force, en même
temps qu'il s'éveillait à la conscience de son
évolution. Il s'écrasera sur lui-même
s'il ne découvre une issue où faire converger
son excès de puissance au-dessus et en avant. Il
n'obéira plus qu'à une morale de mouvement; et
je ne conçois pas de telle morale possible en dehors
de la foi en l'existence d'une transformation faisant passer
l'Univers de l'état matériel à
l'état spirituel.
En définitive, capable et
seule capable, soit d'expliquer le Passé, soit de
sauver l'Avenir du type d'évolution
expérimentalement constatée dans la Nature, la
théorie ici proposée du
Phénomène spirituel se présente comme
aussi vraie que peut l'être aucune hypothèse
physique de grande envergure.
Mais il y a plus. De cette
première « vérité » largement
provisoire, découle la possibilité d'une
vérification ultérieure obtenue par
observation directe. S'il est vrai, comme nous avons
été conduits à l'imaginer, que les
développements cosmiques de la Conscience sont
suspendus à l'existence d'un Centre supérieur
et indépendant de Personnalité, il doit y
avoir moyen, sans quitter le terrain expérimental, de
reconnaître autour de nous, dans les zones
personnalisées de l'Univers, quelque effet psychique
(rayonnement ou attraction) lié spécifiquement
à l'opération de ce Centre, et trahissant par
suite positivement l'existence de celui-ci.
La découverte
définitive du Phénomène spirituel est
liée à l'analyse (que la Science finira bien
par aborder un jour) du « phénomène
mystique », c'est-à-dire de l'Amour de Dieu.
*
* Inédit.
Pacifique, mars 1937.
N. D. E.
:
Cette priorité
donnée au Conscient et à l'Amour dans
l'évolution du Phénomène
universel s'harmonise avec la révélation
paulinienne qui manifeste l'élévation de
la Matière à l'Esprit et du Naturel au
Surnaturel comme but premier de la
Création:
« C'est ainsi
qu'Il (Dieu) nous a élus en lui,
dès
avant la création
du monde,
pour être saints et
immaculés en sa
présence, dans
l'Amour
déterminant
d'avance que nous serions pour
Lui des fils adoptifs par
Jésus-Christ... » (Eph. l, 4-5.)
« Premier-Né
de toute créature,
car c'est en Lui qu'ont
été créées toutes
choses... » (Col. l, 15-16.)
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