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ASSOCIATION des AMIS de PIERRE TEILHARD de CHARDIN

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La Personne Humaine au cœur de l'Avenir de l'Homme

Conférence de Raoul GIRET le 23 novembre 2001 à CAEN

 

Le texte de cette conférence est inspiré par la pensée de Teilhard de Chardin. J'ai découvert Teilhard en 1950 et j'ai lu ses œuvres au fur et à masure de leur parution, mais je n'ai vraiment étudié et appro-fondi sa pensée que depuis ma retraite, il y a 15 ans. Ma culture scientifique chrétienne, particulière-ment celle de géologue, m'a rendu son accès plus facile, entraînant parfois une certaine connivence.

Pendant toute sa vie, Teilhard s'est efforcé de convaincre les scientifiques et l'Eglise de la réalité et de la généralité de l'Evolution. Aujourd'hui, l'évolution est très généralement admise par la commu-nauté scientifique.

La démarche de recherche des physiciens et des biologistes s'appuie sur l'analyse. Dans un essai de 1921, Teilhard souligne que chaque analyse sépare deux entités : un lien ordonnateur et des éléments qu'il unit et ordonne. A chaque analyse, ce lien s'évanouit soulignant que tout être est quelque chose de plus que les éléments dont il est composé. Ce quelque chose de plus, l'âme de cet être analysé, c'est la force d'union de ses composants, le véritable lien de sa solidité. Par exemple, les caractères propres de la molécule d'eau ont leur source dans les liens qui unissent un atome d'oxygène à deux atomes d'hydrogène qui la composent. La synthèse fait émer-ger des propriétés nouvel-les que l'analyse fait disparaître. Le « Petit Robert » définit l'émergence comme étant l'apparition de pro-priétés nouvelles d'ordre supérieur. Les proprié-tés de la molécule liées à sa structure sont d'un autre niveau de complexité que celles de ses atomes. La seule connaissance des caractères des composants ne permet pas de prévoir parfaitement la structure et les propriétés de la molécule. Son étude directe est néces-saire. La disconti-nuité est évidente.

Chaque nouveau pas de l'Evolution est donc une synthèse d'éléments préexistants. Chaque pas fait émerger une substance nouvelle naissant d'une union qui entraîne une refonte des éléments. Chaque synthèse ajoute un élément qualitatif qui se manifeste par des propriétés nouvelles dont les effets sont observables.

L'Evolution est une Histoire, l'Histoire de la complexité croissante : les atomes, les molécules, la cellule, les organismes vivants sont des entités de plus en plus complexes qui apparaissent successivement, chapelet de synthèses, émergence d'événements historiques imprédictibles, œuvre de l'Union Créatrice.

L'Union Créatrice prend sa force dans l'observation des synthèses successives entraînant la com-plexité croissante, âme de l'Evolution des choses et des êtres vivants. L'accord de la grande majorité des scientifiques sur le processus de complexité croissante confirme la théorie de l'Union créatrice de Teilhard présentée dans le Phénomène humain, bien qu'ils la présentent différemment.

Dans de nombreux livres passionnants, l'astrophysicien Hubert Reeves nous présente la complexité croissante qui marque le cheminement de l'Evolution dans le temps, depuis l'origine de l'univers jus-qu'à nous.

L'Evolution apparaît dans une vision globale qui ne préjuge d'aucune hypothèse explicative de son mécanisme. Vous pouvez être étonnés que je mette l'accent sur les synthèses alors qu'habituellement l'évolution est associée au darwinisme et le darwinisme à la sélection naturelle dans la lutte pour la vie.

En effet, Charles Darwin proposa en 1859 un mécanisme universel de l'évolution : la sélection natu-relle. Les individus que le temps dote spontanément d'avantages leur assurant une meilleure adapta-tion à leur environnement sont sélectionnés : seuls, ils survivent. Darwin qui a beaucoup voyagé quand il était jeune s'appuie sur la comparaison des flores et des faunes de nombreux pays, il étudie la sélec-tion artificielle pratiquée par les éleveurs et les agriculteurs, et il extrapole la doctrine démographi-que de Malthus pour qui la quantité de nourriture disponible est le facteur limitant fondamental du déve-loppement d'une espèce dans une lutte implacable pour la survivance du plus apte.

Darwin a le grand mérite d'avoir mis en valeur l'évolution des espèces dans une dynamique où cha-cune d'elles naît de la transformation d'une espèce préexistante suivant un processus continu, graduel. Darwin est conscient que son processus de transformation spontanée et de sélection naturelle qui conduit à toute la variété des espèces actuelles, exige une très grande durée. De fait, il considère qu'il dispose d'une durée illimitée.

L'évolution est vraiment une histoire, histoire de naissance, de vie et de mort des acteurs succes-sifs, les espèces, les familles... Depuis quelques décennies, on a pris conscience des caractères propres à l'histoire : les événements se suivent logiquement mais ils ne peuvent être prédits ; l'événement d'hier s'explique aujourd'hui logiquement mais avant-hier son déclenchement et son déroule-ment exacts ne pouvaient être prévus. La chute du mur de Berlin est aisée à comprendre, aujourd'hui, mais on ne la prévoyait pas quelques semaines plus tôt. Et, comme toute histoire de naissance et de mort, l'Evolution n'est pas réversible.

Parmi les développements scientifiques récents qui peuvent nourrir notre réflexion sur les mécanis-mes de l'évolution, deux me paraissent importants :

- La génétique des populations. Aujourd'hui, plutôt que de raisonner sur des individus, on consi-dère une espèce comme une population qui s'épanouit dans un certain milieu. Les caractères généti-ques favorables modèlent une forme dominante dans ce milieu. Mais les caractères moins favorables ne sont pas éliminés par la sélection naturelle ; ils restent latents et s'expriment rarement. Quand le milieu évolue, certains de ces caractères sont mis en valeur tandis que ceux qui dominaient deviennent latents, ce qui se manifeste par le changement de forme dominante. Autrement dit, la sélection natu-relle favorise la forme domi-nante d'une espèce sans éliminer totalement celles qui sont moins bien adaptées. Ce processus modéré, moins brutal que la sélection naturelle des darwinistes inspirés par Malthus, permet à l'ensemble de la population de cette espèce de s'adapter aux variations du milieu : c'est un facteur de stabilité et de permanence des espèces.

- Le second a trait aux extinctions massives. A certaines époques géologiques, de très nombreuses espèces disparaissent brutalement ; on prend maintenant conscience de l'importance de ces extinctions massives. L'exemple aujourd'hui célèbre est celui des Dinosaures à la fin de l'ère secondaire, il y a 65 millions d'années. Mais, avec les Dinosaures, la moitié des espèces existantes disparurent.

Les reptiles, très diversifiés étaient dominants pendant l'ère secondaire, tandis que les mammifères apparus au début cette ère, il y a 220 millions d'années, n'étaient représentés que par quelques petits groupes primitifs. A la fin du Crétacé, la majorité des reptiles disparaissent, les mammifères prennent le relais. Ils se diversifient rapidement, pour occuper les niches écologiques libérées. Deux phylums de mammifères, nés au Crétacé, sont les souches, au début du tertiaire, de toutes les familles actuelles : Insectivores, Rongeurs, Chauve-souris, Carnivores et Primates, Cétacés, Ruminants, et Eléphants, en ne citant que les plus importants d'une vingtaine de phylums.

D'autres extinctions massives sont connues, la plus importante étant celle du permo-trias, au passage de l'ère primaire à l'ère secondaire, vers -240 millions d'années, qui voit disparaître 90% des espèces existantes.

L'Evolution n'est donc pas continue, graduelle et tranquille comme l'imaginait Darwin. Après cha-que extinction massive, on assiste à une véritable explosion d'espèces nouvelles diversifiées. Celles-ci prennent le relais des disparues comme si la Vie était anxieuse d'occuper tous les sites, de peupler tous les milieux.

La sélection naturelle de Darwin peut rendre compte des phases adaptatives dans le cadre de la gé-nétique des populations, mais elle n'explique pas les phases innovatrices explosives qui s'expriment par l'émergence de nombreuses structures nouvelles.

La sélection naturelle darwinienne est la conséquence de la lutte des espèces pour occuper un mi-lieu ; elle n'explique pas les extinctions massives. Ici, on observe la disparition de groupes entiers, pour des raisons inconnues, sans qu'il y ait lutte, et le vide produit par ces extinctions entraîne la di-versification d'espèces nouvelles dans des embranchements différents. Les mammifères n'ont pas lutté contre les reptiles à la fin du secondaire ; les reptiles ont disparu et les mammifères ont occupé leur place en se diversifiant. On peut dire que les reptiles empêchaient les mammifères de s'épanouir dans les niches écologiques où ils étaient dominants, qu'ils consti-tuaient une contrainte interdisant l'épanouissement des mammifères, mais on ne peut pas parler de lutte : les mammifères n'ont pas éliminé les reptiles ! Remarquez que ce sont les mammifères, déjà présents et plus évolués que les reptiles, qui se sont épanouis plutôt qu'un autre groupe de reptiles ou des groupes moins évolués d'amphibiens ou de poissons. Il semble qu'une pression d'évolution et de diversification reste conte-nue dans les groupes évolués par les contraintes extérieures que constituent les moins évolués domi-nants. Leur disparition lui permet de s'exprimer par l'explosion de formes nouvelles dans les groupes évolués.

En résumé, aujourd'hui, l'évolution des êtres vivants paraît plus complexe que l'imaginait Darwin et les darwinistes qui développèrent sa théorie. La sélection naturelle rend compte de l'adaptation mais elle reste étrangère à l'innovation qui est l'essence même de l'Evolution, de l'Evolution qui est la somme d'innovations successives.

Adaptation
Evolution

 

Le plus apte

subsiste seul

(nouveauté)

convergence vers

C

A ou B
A et B
Exclusion

sélection

Inclusion

synthèse

La sélection naturelle de Darwin, de Malthus et de leurs disciples relève d'une logique d'exclusion : le plus apte subsiste et se développe aux dépens des autres. L'union créatrice relève d'une logique d'inclusion radicalement opposée, celle de la synthèse par union d'éléments différents permettant la progression dans la complexité.

La physique contemporaine donne un bel exemple de substitution de la logique d'inclusion source de progrès à la logique d'exclusion manichéenne. L'histoire de l'optique est dominée par la question : la lumière est-elle corpusculaire, toutes ses manifestations peuvent-elles être décrites comme étant les propriétés d'un ensemble de particules, ou bien est-elle ondulatoire, analogue aux vibrations sonores de l'air ? La nature corpusculaire de la lumière explique les lois de la réflexion et de la réfraction et sa nature ondulatoire les franges de diffraction. Expériences et théories formaient deux ensembles in-compatibles jusqu'à ce que Einstein décrive, en 1905, le rayonnement lumineux constitué de grains dont l'énergie est proportionnelle à la fréquence de l'onde. La lumière et toutes les ondes électroma-gnétiques ont donc une double nature d'onde et de corpuscule. Non seulement la mécanique ondula-toire nous éclaire sur la nature de la lumière mais elle ouvre un domaine nouveau très fertile.

L'évolution des êtres vivants est riche en symbioses associant des êtres très différents. La sélection naturelle et sa logique d'exclusion s'applique aux éléments de même niveau de complexité dans leur adaptation aux variations du milieu. Mais l'Evolution, montée de la complexité dans une logique d'inclusion, n'entraîne pas d'exclusion des espèces de niveau inférieur. L'arrivée de l'Homme n'exclut pas la présence des singes, des reptiles, des poissons ou même des bactéries qui en sont les ancêtres lointains.

Non seulement les bactéries, seuls êtres vivants de notre planète pendant 2 milliards d'années, n'ont pas souffert de l'arrivée des plantes et des animaux pluricellulaires, mais elles ont profité de leur pré-sence pour développer avec eux de nombreuses symbioses d'intérêt mutuel. Citons, à titre d'exemple, la flore intestinale des herbivores qui leur permet de digérer la cellulose de l'herbe, les bactéries qui décomposent les déchets végétaux et animaux, produisant l'humus favorable au développement des plantes, et notre flore intestinale entretenue par les yaourts !

Pourquoi limiter l'étude de l'évolution à une espèce, une famille ou même un phylum ? cet exemple montre que nous devons replacer ces éléments, quelle soit leur ampleur, dans le cadre de l'ensemble des êtres vivants, végétaux et animaux, dans l'ensemble de la Biosphère qui est le siège d'équilibres complexes. Les herbivores se nourrissent d'herbe et les insectivores d'insectes, les uns et les autres sont les proies des carnivores. Certaines espèces disparaissent, mais rarement du fait de leurs préda-teurs qui rompraient ainsi un équilibre assurant leur propre survie. Ce sont plutôt des causes internes ou des contingences extérieures à la Biosphère qui en sont la cause.

Les symbioses au sein de la Biosphère prennent des formes très variées, souvent admirables par leur ingéniosité quand on y prête attention. Les oiseaux et les abeilles participent à la pollinisation des fleurs, les animaux frugivores dispersent les graines dans leurs excréments aidant à l'extension géo-graphique des plantes, les pique-bœufs débarrassent les bœufs de leurs parasites, et dans un domaine moins poétique, les moustiques transmettent le paludisme à l'homme. Nombreux sont les livres mer-veilleux qui décrivent ces associations étonnantes où collaborent les êtres les plus divers. La Biosphère est vraiment un système global remarquable par ses multiples équilibres et les coopérations des êtres vivants qui la composent ; aucun d'entre eux ne pourrait vivre seul !

La compétition n'est pas exclue, mais elle n'a pas le caractère inexorable, qu'on a voulu lui donner. Que se passe-t-il quand apparaît un nouvel être vivant doué de qualités avantageuses ? Comme dirait Teilhard en parlant de l'homme : il entre sans bruit dans la biosphère !

Revenons aux mammifères de l'ère secondaire. Ils sont apparus sur une terre dominée par des repti-les très diversifiés occupant toutes les niches écologiques possibles, herbivores et carnivores peuplant les savanes, les forêts et les déserts, nageant et volant. Pendant 160 millions d'années ils ont cohabité, semble-t-il, sans se gêner, avec de petits mammifères bénéficiant d'une bonne régulation thermique et d'un cerveau plus évolué, vivant dans des niches particulières, telles que celle de la vie nocturne. La pression concurrentielle des reptiles ne leur permettait pas d'en sortir. Seule, la disparition brutale de la plupart des reptiles à la fin du crétacé a libéré le potentiel évolutif des mammifères qui, en quelques millions d'années, dans une véritable explosion de diversification, a développé la vingtaine de familles actuelles occupant les niches libérées.

Et l'Homme est entré sans bruit, il y a 2 millions d'années, dans une Biosphère âgée de 4 milliards d'années. Qui est cet Homme qui apparaît dans la continuité de l'évolution biologique, dans la famille des singes, cet Homme qui est le seul être capable de comprendre son passé et de se projeter dans l'avenir ? N'est-il qu'un animal supérieur, un singe de luxe ? Certains scientifiques l'affirment !

Un extra-terrestre qui visiterait la Terre serait frappé par les manifestations de l'activité de l'homme et par son comportement. Il ferait certainement de lui un être singulier profondément différent de tous les animaux.

Seul de tous les êtres vivants, l'homme extrait et transforme des matières premières. Il fabrique des produits qu'on ne trouve pas dans la nature. Il sait capter diverses formes d'énergie et la distribuer. Il multiplie les moyens de transport pour se déplacer toujours plus vite et plus loin. Ses réseaux de com-munications enserrent la planète : routes, voies de chemin de fer, lignes électriques, réseaux de radio et de télévision, satellites de communication. Sa science pénètre les mécanismes de l'univers qui l'a pro-duit. Elle s'étend à la connaissance de l'homme lui-même.

Seul, l'homme enterre ses morts, rituellement, et fleurit leurs tombes, signes d'une croyance en une survie au-delà de la mort, signes d'un sens religieux. Il construit des monuments dont la structure et la décoration ne semblent répondre à aucun besoin apparent; ce sont les signes d'une activité artistique. Ces phénomènes observables, la science peut les étudier ; ils sont propres à l'Homme et soulignent sa singularité.

Par son intelligence réfléchie, il transforme la face de la Terre. Sa capacité de synthèse se mani-feste dans les objets qu'il fabrique et les idées complexes qu'il imagine. Elle lui donne une véritable créativité manifestant une finalité consciente ou inconsciente dans un projet qui incite et oriente la réflexion jusqu'à la synthèse innovatrice.

Chez les êtres vivants, l'ADN qui réunit l'information nécessaire à la vie de chaque organisme est une mémoire vivante capable d'enregistrer des innovations. L'évolution des êtres vivants pendant 4 milliards d'années, est la conséquence de cette capacité nouvelle d'accumula-tion des innovations qui accompagne la complexifica-tion structurelle et fonctionnelle. Cette mémoire génétique est apparue avec le Pas de la Vie.

Chez l'homme apparaît une nouvelle mémoire, associée à la pensée réfléchie et au langage : la mé-moire culturelle sociale alimentée par la réflexion innovatrice de tous les membres du groupe social humain. A l'apparition de l'Homme, grâce à cette nouvelle mémoire, l'évolution culturelle sociale de l'Humanité relaie l'évolution biologique.

Par sa culture évolutive l'Homme se distingue vraiment des animaux. On ne connaît pas, dans la biosphère, d'équivalent à cette évolution culturelle sociale qui a conduit l'homme à l'industrie, à la religion et à l'art. Singes et dauphins sont intelligents mais il leur manque une culture évolutive et son mode de mémorisation et de transmission. Si elle existait, une telle culture aurait marqué leur environ-nement et le nôtre !

Cette capacité de mémorisation rapide des innovations assortie de la facilité de transmission d'un être humain à son frère et d'une génération à l'autre, marque le Pas de la Pensée, véritable discontinuité dans le processus évolutif, aussi important que le Pas de la Vie.

L'homme prend conscience du temps en s'insérant dans l'histoire de son groupe, transmise par l'éducation. Il participe à cette histoire qu'il enrichit de sa vie en la transmettant à ses descendants. Ne pouvant s'appuyer sur son instinct, il veut prévoir son avenir, le construire : démarche culturelle rem-plaçant la démarche instinctive de l'animal.

L'homme est un être de projet. Tous, nous passons notre temps à faire des projets : projet de l'activité de la journée, projet de vacances, de retraite, projets d'avenir des enfants, projets collectifs dans la ville et dans l'entreprise. L'homme ne vit que de projets, il ne peut pas vivre sans projet. Il se projette dans l'avenir !

Chacun de nous se perçoit comme étant un sujet, observateur et acteur ; il est conscient d'être une personne face au monde extérieur. L'Homme est capable de dire « je » ; nous en avons l'expérience. Cette expression implique un langage. Généralement, « je » ne parle pas dans le vide, je m'adresse à un interlocuteur qui puisse m'écouter et me répondre. Comme moi, il doit être doué de pensée réflé-chie, capable de me comprendre, de réfléchir à mon propos et de me faire part de ses réflexions. Dans cette affirmation «l'homme est capable de dire 'je'», la relation interpersonnelle est présente. La per-sonne humaine est inséparable d'une relation entre des personnes qui se perçoivent comme étant, à la fois, semblables et différentes. Et chaque personne se construit dans ses relations avec d'autres personnes.

Trop souvent, on utilise indifféremment les termes individu et personne. Les individus sont des en-tités considérées de l'extérieur, semblables entre elles dans un ensemble traité statistiquement, comme une multitude. La personne est unique. Les 150 morts des accidents de la route du dernier week-end sont les individus d'une statistique, qu'un ami soit parmi eux et c'est une personne que je pleure.

La Personne humaine est capable d'amour. Risquer sa vie pour qu'un autre vive est contraire à la finalité naturelle de la Vie. C'est une manifestation de l'amour, qui conduit chaque homme, chaque femme à s'ouvrir à l'autre, à l'écouter, à entrer en sympathie avec lui, jusqu'à s'oublier pour lui. L'amour cimente le couple humain, soutient le développement des jeunes dans la famille, rapproche les hommes et cimente les groupes dans leur action commune.

Chaque jour, les médias présentent des événements dramatiques qui peuvent faire douter de l'homme. Ouvrons nos yeux sur les manifestations de sympathie et de dévouement dans notre vie quotidienne comme dans les drames médiatisés. Que d'exemples d'oubli de soi, de don de soi dans la vie familiale ! Pensons à ceux et à celles qui se dévouent dans des organisations prenant soin de handi-capés, de réfugiés, de peuples menacés par la famine et les épidémies. Réjouissons-nous de la solida-rité humaine spontanée lors des catastrophes. A qui ouvre ses yeux et son cœur, des exemples quotidiens montrent que l'amour est un sentiment commun chez l'Homme, plus naturel que les pessimistes voudraient nous le faire croire.

L'amour est don de soi, mais il n'y a don que dans la liberté de ne pas donner. Cette force de liaison, spécifiquement humaine, implique la liberté. C'est la capacité de pouvoir dominer les pulsions ins-tinctives, de pouvoir agir, volontairement, à l'encontre de ces instincts, plutôt que de se laisser aller sur la voie naturelle qu'ils dictent. La liberté astreint l'Homme au choix, et le choix libre entraîne la responsabilité.

La liberté est soulignée par les manifestations de haine. Haines individuelles et haines collectives. Il n'y a pas de haine chez les animaux, l'instinct ne le permet pas. L'amour et la haine sont vraiment propres à l'Homme, associés à sa liberté.

Le besoin de se dépasser habite tout Homme. Faire plus ou faire mieux, se dépasser dans la quantité ou par la qualité, l'insatisfaction devant l'œuvre accomplie jugée imparfaite, sont des signes d'un dé-sir d'absolu qui habite notre conscience.

La recherche médicale qui veut réduire les souffrances et faire reculer la mort de tous les hommes répond à ce refus des limites que représentent la maladie et la mort de tout homme. Ceux qui se dé-vouent au service des autres manifestent mieux que par des paroles leur sens de l'absolu dans l'amour qui justifie le don de leur personne. Ce sens de l'absolu se manifeste également par les vocations reli-gieuses des hommes et des femmes qui consacrent leur vie pour répondre à l'appel de Dieu, de l'Absolu.

Les totalitarismes et les intégrismes en sont la face négative ; ce sont les déviations du désir d'absolu dans la domination des autres et dans le refus des différences qui ne respectent pas la liberté, tandis que la résistance des opprimés et des martyrs est une défense de la liberté personnelle au-delà des tortures et au risque de leur vie. Ce sont des preuves phénoménologiques de l'Absolu présent au cœur de l'Homme.

Le sens du temps et le désir d'absolu conduisent l'homme au refus de la mort. Tout homme se projette dans l'avenir, il sait que la mort terminera sa vie. Cette perspective, associée au besoin d'absolu, entraîne un désir d'immortalité. Dans la première sépulture connue, il y a 100.000 ans, le squelette est entouré d'objets familiers mis à la disposition d'un « esprit » qui devait survivre avec sa personnalité ; ce sont des signes d'une spiritualité associée à une survie.

L'homme ne peut pas être séparé de la société humaine, du groupe dans lequel il est né et a été éduqué, le groupe dans lequel il pense et il crée.

Dès sa conception, un individu possède la totalité du patrimoine génétique de l'espèce, avec les nuances qui en font un être unique, tandis que la culture du groupe humain est transférée progressive-ment à chaque personne au cours de son éducation et de son intégration dans le groupe social.

Le petit d'homme doit apprendre tout ce qui fera de lui un homme, au-delà de ses caractères physiologiques. L'éducation par la mère, les parents et le groupe social sont nécessaires à son intégra-tion dans la culture de son groupe. A la transmission de facteurs génétiques s'ajoute, chez l'homme, la transmission, par l'éducation, d'une culture, d'une tradition faite de gestes, d'une langue, de connais-sances objectives et de modes de relations affectives qui caractérisent une population, de symboles, d'une histoire du groupe, du sens du temps et de la durée par l'histoire. Chaque homme est plongé dans une culture plus riche que celle dont ses ancêtres ont bénéficié quand ils étaient jeunes, car cette culture s'est enrichie des apports des générations qui les séparent, et lui-même l'enrichira. L'éducation participe ainsi à l'évolution de l'homme et de l'humanité.

La société ne pense pas, seule la personne humaine pense mais sa pensée individuelle ne peut pas se développer hors de la société. A partir des informations reçues de l'environnement par les organes des sens, de l'expérience acquise stockée dans la mémoire, des échanges avec d'autres personnes par le langage et de l'accès à la mémoire collective, l'homme traite ces informations : interprétation, sélec-tion, analyse, auto-organisation, synthèse, pouvant aboutir à une idée nouvelle. Après l'épreuve néces-saire du dialogue dans le groupe social, l'idée nouvelle peut aboutir à une innovation digne d'entrer dans la mémoire du groupe.

Seule, la personne est créative mais l'innovation ne s'épanouit que dans le cadre de la société en s'intégrant dans la mémoire du groupe, constituant une connaissance nouvelle, philosophique, techni-que ou scientifique à la disposition de tous les membres du groupe et transmise aux générations sui-vantes. Le langage est essentiel à cette transmission.

L'acteur, c'est chacun de nous, mais nous ne pouvons pas vivre, penser et agir seul, nous ne pouvons le faire que dans le cadre d'un groupe social.

Spontanément les hommes ont expliqué ces singularités de la personne humaine &endash; intelligence réflé-chie, amour, liberté, choix et responsabilité, désir d'absolu et refus de la mort &endash; comme les manifesta-tions d'un esprit animant leur corps.

Les succès des sciences « dures » au 19ème siècle ont conduit de nombreux savants à affirmer que le développement des connaissances scientifiques leur permettrait de répondre, à plus ou moins long terme, à toutes les questions que l'homme peut se poser sur lui-même et sur son avenir : c'est le scien-tisme. Mais ces sciences expérimentales n'ont accès qu'à la matière, et cette affirmation relève du matérialisme niant l'existence de l'esprit qui anime l'être humain et, plus généralement, niant toute intériorité chez les êtres vivants qui ne soit pas directement accessible au scalpel de l'expérimentateur. Les recherches au 20ème siècle ont atteint les limites de la connaissance scientifique, découvrant des « incomplétudes » réduisant les possibilités prédictives de la science. Mais ces avancées dans des do-maines de pointe n'ont pas encore inquiété de nombreux scientifiques matérialistes.

Les évolutionnistes darwinistes considérant que les mutations pilotées par le hasard et la sélection naturelle sont les seuls moteurs de l'évolution nient que l'apparition de l'homme avec ses singularités spécifiques ait marqué un pas majeur, le pas de la pensée associé au franchissement d'un seuil dans l'évolution de son intériorité. Ils réduisent l'Homme à ses dimensions biologiques de singe supérieur. Et réduire l'Homme à ses dimensions biologiques, c'est ignorer la Personne humaine et la dimension sociale de l'Homme dans l'Humanité.

Il est vrai que l'homme est entré sans bruit dans la Biosphère. Les premiers indices de sa présence singulière sont les outils de pierre taillée: la pierre taillée est le fossile de l'homme, de l'humanité nais-sante. Elle est le témoin de l'intelligence réfléchie et de la mémoire du groupe car l'outil est conservé pour être utilisé en fonction de l'expérience. Garder l'outil manifeste un sens du futur, du renouvelle-ment attendu d'une situation. Homo habilis est le premier homo faber, il y a plus de 2 millions d'années. Puis homo erectus lui succède vers 1,7 million d'années. Il invente le biface, pierre taillée dont la symétrie joint l'esthétique à l'efficacité. Vers 500 000 ans il domestique le feu, marquant ainsi une nouvelle distance à l'égard des animaux qui l'entourent.

Ces hommes vivent en petits groupes. Les liens du cœur et de la pensée unissent les membres de chaque groupe. Les groupes se dispersent. On trouve des implantations d'Homo erectus en Afrique, en Chine, en Indonésie et en Europe, chaque groupe étant culturellement différencié. La maîtrise du feu par les divers groupes à des dates différentes le montre.

L'Homme de Neandertal, première forme d'Homo sapiens date seulement de 200.000 ans. Vers 100.000 ans il est l'auteur des premières sépultures. C'est la manifestation d'une spiritualité par laquelle l'homme dépasse la nature matérielle de l'être et perçoit l'existence d'une autre dimension de l'homme. Cette spiritualité est certainement plus ancienne, antérieure aux indices perceptibles par les hommes actuels qui ne les distinguent et les interprètent qu'en fonction de leurs propres critères cultu-rels. Nous retrouvons là le mystère des origines cachées.

Les plus anciennes peintures rupestres datées de 35.000 ans sont associées à Homo sapiens sapiens, notre ancêtre direct ; la qualité du dessin incite à penser que cette activité est plus ancienne. Elles montrent une capacité de représentation des animaux au milieu desquels leurs auteurs vivaient. C'est une relation symbolique entre un animal vivant et un dessin sur une paroi. Notre habitude de dessiner « un mouton » sur une feuille de papier est telle que nous n'avons pas conscience du caractère symbo-lique de cette représentation, de cette relation entre un être vivant et le dessin qui en est fait. En outre, certaines peintures superposent au symbolisme du dessin un symbolisme rituel associant un culte à l'animal représenté.

Ces hommes vivent en groupes assez lâches de chasseurs errants. Cette structure sociale était déjà celle des hommes les plus anciens, bien avant l'apparition du feu.

Le Néolithique ne s'étend pas sur plus de 10.000 ans. C'est un âge critique entre tous les âges du passé, celui de la naissance des civilisations contemporaines de la sédentarisation qui favorise le développement de sociétés humaines structurées marquant un approfondissement des cultures et un élargissement de leurs influences. Les relations régulières entre ces civilisations ne datent que de quel-ques milliers d'années.

Dans un groupe social humain, hommes et femmes échangent leurs pensées dans un cadre culturel commun. Ils sont aux nœuds d'un réseau animé par leur esprit. Ainsi se développe dans chaque société une petite sphère de pensée, une petite « noosphère ». Quand les sociétés sont en contact, leurs cultu-res s'influencent mutuellement, peu à peu leurs noosphères s'anastomosent pour former un réseau plus étendu. Depuis peu, toutes les noosphères particulières en contact forment une immense Noosphère, celle de l'Humanité entière. Sa densité diffère avec les régions, certaines liaisons sont encore lâches mais inlassablement l'Esprit tisse les nappes de la Noosphère, selon l'expression de Teilhard

La pensée réfléchie est inséparable de la liberté et de l'amour qui unit les hommes dans leur société : l'intelligence et le cœur sont associés dans la construction de la Noosphère. Celle-ci n'est pas une « sphère des idées », c'est une « sphère des esprits, des âmes » du grec « noos, esprit » Ce sont les personnes humaines qui sont associées dans cet ensemble. Ses nappes sont tissées des relations interper-sonnelles qui grandissent avec le développement des personnes.

Dès l'origine de l'Univers, union et dispersion sont présentes au sein de l'énergie de l'ère quantique : gravitation et expansion s'auto-contrôlent. Tout au long de l'évolution, la néguentropie qui construit lutte contre l'entropie qui détruit. L'évolution de la Vie est une montée de la complexité tandis que la Mort désagrège les structures, mais par la reproduction et la sexualité la Vie sauve ses conquêtes com-plexes. Dans cette lutte de l'Union créatrice contre l'entropie qui déstructure, la réalité de notre monde complexe et l'extrême complexité de l'Homme manifestent la victoire de la Vie sur la Mort. Quantita-tivement, l'entropie et la mort semblent vainqueurs mais, qualitativement, la montée vers le plus complexe continue, si bien que la néguentropie et la vie sont les vrais vainqueurs.

Avec l'Homme la lutte de la vie contre la mort prend une forme nouvelle. La liberté, inséparable de l'amour, rend la haine possible, c'est le refus d'aimer, le refus de l'autre. Le combat de la vie et de la mort pénètre au sein même de l'humanité y prenant une dimension nouvelle. Mais c'est toujours la lutte de ce qui unit contre ce qui divise. En termes d'évolution, l'union fait progresser tandis que la division fait régresser, l'amour fait monter vers l'unité, la haine et la guerre font descendre vers le multiple.

L'homme étant un être de projet, sa créativité est associée à une finalité inconsciente ou consciente et, dans le second cas, à une responsabilité. L'évolution de l'Humanité ayant relayé l'évolution biolo-gique, on peut dire, avec Teilhard, que l'Homme, devenant peu à peu conscient de l'évolution, en de-vient responsable. Il est important de développer cette conscience de l'évolution chez le plus grand nombre d'hommes et de femmes afin qu'ils orientent volontairement leur créativité. La lutte entre vie et mort est au cœur de l'évolution de l'humanité.

L'esprit qui est puissance de synthèse et d'organisation tisse les nappes de la Noosphère, c'est-à-dire structure l'ensemble des conscien-ces pensantes. Cette structuration implique les relations interperson-nelles, la décentration de ces consciences et l'amour qui les unit.

Dans l'évolution spontanée, inconsciente, de l'humanité, l'Homme a « aménagé » la planète sans s'inquiéter de l'avenir. La question qui se pose, aujourd'hui, à l'homme prenant conscience de sa res-ponsabilité, la question que nous devons nous poser, est donc : comment poursuivre consciemment cette oeuvre inconsciente pour que tout homme puisse s'épanouir, devenir plus humain dans l'hu-manité de demain ?

Aujourd'hui, l'homme se familiarise avec l'Evolution, il prend conscience d'être le moteur de la Noo-genèse. Selon l'expression de Teilhard : conscient de l'Evolution, il en devient responsable. L'Humanité entre dans la phase de l'évolution convergente volontaire.

Les hommes, sont biologiquement insérés dans la Biosphère et participent à ses équilibres tandis que leurs consciences de personnes humaines s'unissent dans la Noosphère qui enveloppe la Biosphère. La relation entre Biosphère et Noosphère se développe dans l'Humanité, ensemble d'êtres de chair et d'esprit. Alors que les équilibres de la Biosphère, âgée de 4 milliards d'années, évoluent lentement, la Noosphère en cours de formation, en pleine évolution, est encore loin des équilibres.

Les techniques et les sciences, enfants de la Noosphère, commencent depuis peu, un ou deux siècles peut-être, à perturber sérieusement les équilibres biosphériques. Ils deviennent des dangers potentiels : pollution, trou de la couche d'ozone, réchauffement de la planète, élimination accélérée d'espèces… Il est temps que les hommes prennent conscience qu'ils sont seuls capables de soigner ce qu'ils font souffrir. Entrés sans bruit dans la Biosphère, le tonnerre de leurs perturbations s'enfle ; ils doivent réagir rapidement avant qu'il devienne assourdissant comme la foudre.

L'Evolution biologique a conduit à l'équilibre global de la Biosphère, l'Evolution culturelle sociale humaine doit conduire à l'équilibre noosphérique de l'Humanité perçue comme un ensemble global.

Ce sont les personnes humaines, seules intersections de la Biosphère et de la Noosphère, qui peuvent rechercher volontairement les structures et les équilibres qu'elles appellent de leur intelligence et de leur cœur. La Personne humaine possède les moteurs nécessaires pour poursuivre l'Evolution dans sa phase culturelle sociale :

  • sa créativité personnelle pour imaginer et réaliser de nouvelles structures sociales,
  • sa capacité d'aimer lui offrant le ciment pour stabiliser ces structures,
  • son désir d'absolu qui peut soutenir son effort.

Ils sont en elle et elle seule peut les mettre en oeuvre. Nécessaires à la poursuite de l'Evolution, la Personne humaine en est responsable.

Mais n'est-il pas présomptueux de parler de la responsabilité de chaque homme, de chaque femme, dans l'évolution de la Biosphère et de la Noosphère dont il ne représente qu'une infime part ? Ayons confiance dans la puissance de l'esprit qui nous anime. Par la parole et le regard nous exprimons le sens que veut transmettre notre pensée et qui se manifeste dans la relation des personnes et le fonc-tionnement de la société humaine. Par une parole, un regard, un sourire, nous pouvons transformer la société dans laquelle nous vivons. Les résultats sont sans commune mesure avec l'action matérielle impliquée; c'est vraiment notre esprit qui agit sur l'esprit, ou plutôt avec l'esprit des autres.

Mais cette phase de self-évolution est effective-ment une épreuve pour les hommes, les crises que traverse notre société, aggravées par le nombre et la puissance des hommes, le montrent. Il faut cepen-dant observer la capacité de réaction de l'homme qui le conduit à corriger sans cesse son action en fonction de ses résultats. Comme Teilhard l'a souvent souligné, c'est de crise en crise que progresse l'Humanité. L'Homme réagit aux crises parce qu'il n'accepte pas certaines conséquences de l'action d'une personne ou d'un groupe humain qu'il juge néfastes. Cela tient au sens de la justice et aux valeurs morales conscientes ou inconscientes qui dorment en lui et que les crises réveillent. C'est une force des démocraties de faire éclater les dysfonctionnements : corruption, pollution, famines, massacres... et les moyens d'information, en élargissant leur diffusion, excitent les réactions politiques, alors que les régimes totalitaires les étouffent jusqu'à l'explosion finale. On peut voir là un facteur d'autorégulation fondé sur la capacité de réaction de l'homme qui fonctionne d'autant mieux qu'on fait confiance aux hommes, que se développe la Foi en l'Homme.

La vie est action et l'homme ne peut pas vivre sans projet. On laboure en vue des semailles et on sème pour moissonner. Le projet exaltant que Teilhard propose aux hommes et aux femmes de notre temps c'est de participer activement à l'évolution convergente volontaire de l'humanité dont ils sont responsables, pour que tout homme puisse s'y épanouir. Nous avons vu que nous avons les atouts pour réussir. Il peut donner un sens à notre vie.

Comment nourrir l'Espérance des hommes ? En soulignant la singularité de l'Homme ; en souli-gnant ce qui marque l'émergence de la personne humaine ; en soulignant toutes les manifestations de ce sentiment qui lui est propre, l'amour ; en relevant chaque jour les faits qui montrent que le don de soi, dans les familles, dans la vie professionnelle et la vie sociale, pour faire face aux catastrophes, aux épidémies, à la famine et aux guerres, est beaucoup plus courant qu'on ne le dit ; en alimentant la Foi en l'Homme, fondement d'une Espérance dans l'Avenir de l'Homme.

La pensée de Teilhard s'adresse ainsi à tous les hommes en recherche qui veulent donner un sens à leur vie et à la vie de ceux qui leur sont chers, quelle que soit leur foi religieuse. Elle s'adresse à ceux qui ouvrent les yeux sur ce que des hommes et des femmes, chaque jour, font pour d'autres hommes et femmes, à ceux qui regardent et apprécient les actes de générosité qui les entourent. Elle s'adresse à ceux qui nourrissent leur foi en l'Homme au-delà de toutes les manifesta-tions d'égoïsme, individuel et collectif, et des manifestations de haine. Nous entrons dans cette phase d'évolution dirigée au cours de laquelle les tensions croissent rapidement. Pour nous y engager avec confiance, développons notre foi en l'Homme. Ouvrons nos yeux pour admirer les manifestations de l'amour et nous convaincre que l'amour est plus fort que la haine, que les forces d'union sont plus fortes que les forces de division puisqu'elles ont construit peu à peu le monde que nous connaissons, et que l'Evolution a produit l'Homme libre et capable d'amour. C'est en s'appuyant sur l'amour qui a émergé librement avec l'Homme que celui-ci peut regarder l'Avenir et y trouver l'Espérance.