Page d'accueil

 

 

Georges ORDONNAUD

Président de l'Association des Amis de Pierre Teilhard de Chardin

Teilhard, prophète et précurseur


Nous présentons ci-dessous divers textes du conférencier

dont certains sont parus ou à paraître dans le Bulletin de

l'Association des Amis de Pierre Teilhard de Chardin

(38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris)

http://www.teilhard.org/ - courriel : secretariat@teilhard.org


LES INTUITIONS MONDIALES DE TEILHARD

Cette étude reprend le texte de la conférence prononcé le 23 mars 2004 dans le cadre du cycle de conférence de l'Université du Milieu de la Vie organisé par Mgr André Dupleix à l'Université Catholique de Paris. Elle comprend l'essentiel de la conférence faite à Caen, le 17 juin 2004.

S'appuyant sur les constatations faites, tout au long de sa vie et en cohérence avec sa vision d'ensemble, Teilhard de Chardin a développé ses intuitions mondiales, ses extrapolations, qui, si elles ont pu paraître surprenantes pour ses contemporains, nous paraissent, à nous, en ce début de IIIè millénaire, très actuelles.

Dans ce domaine, comme en d'autres, cela confirme la nouvelle actualité de Teilhard de Chardin, précurseur et prophète, comme il est maintenant habituel de dire. Mais si Teilhard de Chardin a donné des directions, des orientations et fait des prévisions d'ordre général, il s'est bien gardé, à juste titre, d'entrer dans les détails. Il n'empêche, le monde qu'il nous faisait entrevoir, il y a plusieurs décennies, c'est bien notre monde actuel.

Ses intuitions mondiales portent à la fois sur :

- Les INCERTITUDES et les DANGERS qui menacent l'humanité du fait même de la Totalisation / Mondialisation

- L'acquisition et le développement d'un «ESPRIT de la TERRE », nécessaire pour faire monter suffisamment notre «température psychique » et nous aider à trouver la bonne orientation qui nous permettra de réaliser...

- La CONSTRUCTION de la TERRE, la NOOGENESE par un «GRAND EFFORT ORGANISE »

LES INCERTITUDES et les DANGERS QUI MENACENT L'HUMANITE

La Terre devient de plus en plus petite et écrasante : ... « toutes ces tentacules d'une société rapidement grandissante, au point de devenir monstrueuse, vous le sentez, à chaque instant, aussi bien que moi-même » (16)

Jusqu'à quel niveau de pression démographique devra parvenir la Terre, pour que nous nous décidions &endash; par un certain eugénisme &endash; à contrôler cette dangereuse évolution dans les franges les moins développées de l'Humanité ou laisserons-nous les épidémies se charger de cette régulation ?

La Terre ne devient-elle pas de plus en plus violente et chargée de haine ? s'interrogeait Teilhard de Chardin. Après les risques de guerre nucléaire devant la guerre froide, que de conflits traditionnels ne connaissons-nous pas ! Et actuellement le terrorisme politique ou d'inspiration religieuse prend une dimension dangereuse.

Un Monde non maîtrisé et angoissé par son avenir : les crises économiques et financières, l'aggravation des inégalités entre pays et au sein de chaque pays, l'augmentation du chômage sont les causes de cette angoisse même si, pour Teilhard de Chardin, le chômage est le signe qu'une énergie humaine considérable est, désormais, disponible, pour d'autres activités artistiques, intellectuelles, spirituelles, sociales, associatives et pour la recherche de façon générale, à la condition de bien nous organiser pour permettre leur développement.

Teilhard de Chardin a éprouvé une grande déception devant l'échec des tentatives d'organisation de la planète au niveau politique, qu'il s'agisse de la SDN et de l'ONU dont il a suivi les travaux de près à New York, entre 1950 et 1955 grâce à ses relations avec son confrère jésuite le Père de Breuvery qui y occupait d'importantes fonctions. Nous retrouverons ce problème plus loin.

Que dire également des drames et des tensions provoqués par le développement du fascisme et du marxisme, qui ont beaucoup préoccupé Teilhard de Chardin jusqu'à sa mort et du libéralisme économique et financier qui l'a déçu dans la mesure où il ne se souciait guère de l'indispensable solidarité à l'égard de tous les hommes.

Teilhard de Chardin impressionné par le livre d'Osborn &endash; « La planète au pillage » -, s'est préoccupé du problème de l'environnement qui est devenu en peu d'années une de nos priorités.

« La Terre brûle à l'air libre » disait-il en 1931 dans «l'Esprit de la Terre »

« Prenons garde, nous avons encore des pieds d'argile ». (17)

Ce thème a été repris jusqu'à l'année précédant sa mort : «...l'Homme... a si bien «travaillé » que son action a finalement réussi à rompre, entre le sol et lui, le vieil équilibre des choses. » (18)

Il a ouvert la voie à l'écologie et à la défense de l'environnement, même si, pour ses contemporains, c'est le risque d'épuisement de nos ressources qui avait suscité leur intérêt pour ces problèmes.

Pour Teilhard de Chardin enfin «le grand ennemi, «l'ennemi n° 1 » du monde moderne, c'est l'ennui»... intuition, oh ! combien actuelle.

«... Et voilà peut-être bien la source secrète de tous nos maux. Nous ne savons plus que faire. De là, par le Monde, cette agitation désordonnée des individus à la poursuite de fins disparates ou égoïstes ; et de là, entre nations, ce prurit des luttes armées où se décharge destructivement faute de mieux, l'excès des puissances accumulées... » (19)

Cependant, Teilhard de Chardin, comme nous-mêmes, conscients de nos responsabilités croissantes, ne pouvons nous satisfaire de bien poser les problèmes, de poser les bonnes questions &endash; ce qui certes, est indispensable. Il faut aussi fournir des réponses, mêmes provisoires, car nous avons des responsabilités à prendre et il nous faut agir, même en tâtonnant. Ces réponses aux questions pour un Monde en devenir, dont nous pouvons apprécier l'actualité, s'expriment principalement à partir de 1936, pendant son séjour en Chine et après son retour en France en 1946, suivant 2 axes principaux que nous allons maintenant étudier :

- Une nécessaire évolution des Esprits : développer «l'Esprit de la Terre » suivant trois directions (Futurisme, Universalisme et Personnalisme).

- « Un grand effort organisé » pour «construire la Terre », réaliser la NOOGENESE, c'est à dire comme on dirait de nos jours : maîtriser et humaniser la Mondialisation.

 

La NECESSAIRE EVOLUTION des ESPRITS :

DEVELOPPER "L'ESPRIT de la TERRE ».

L'«Esprit de la TERRE ou le «Sens de la TERRE ou le «Sens de l'Espèce » que Teilhard de Chardin souhaite voir se développer chez les «terrestres » que nous sommes, à l'échelle de la planète, il le définit ainsi :

... «le reploiement vital de l'humanité sur elle-même : un état entretenu de convergence et de concentration croissante, un grand effort organisé ». (20)

... « Non plus seulement tendance à la permanence par propagation, mais volonté de croissance par arrangement de l'espèce sur elle-même ». (21)

Notons au passage que le développement de "l'ESPRIT de la TERRE » conduisait chezTeilhard de Chardin à une morale de mouvement infiniment plus exigeante qu'une morale purement juridique.

Pourquoi Teilhard de Chardin accordait-il une telle importance à cette évolution des Esprits ? Il estimait que si nous ne sommes pas tous, «à une même, à une assez haute température psychique, inutile d'essayer de nous rapprocher et de nous fondre. Nous n'y arriverons pas. » (22)

Le 4 mai 1949 dans l'essai «Une nouvelle question de Galilée : oui ou non l'Humanité se meut-elle biologiquement sur elle-même » (T.V. p 332), il confirme cette intuition : il est indispensable pour les hommes de «s'accorder au préalable sur le jugement de valeur à porter et donc sur l'attitude à adopter vis à vis de la Totalisation humaine ». Entreprise colossale pour nous, à laquelle nous ne pouvons nous soustraire ! C'est tout l'enjeu de ce que nous appelons «dialogue des religions, des civilisations et des continents » dont le succès est indispensable pour éviter le suicidaire «choc des civilisations » qui nous menace.

Dans «Sauvons l'Humanité » (1936-T.IX.), Teilhard de Chardin nous dit :

« Je rêverais de voir le meilleur de l'Humanité se regrouper sur un esprit défini par ces 3 directions... dont nous pouvons apprécier toute la valeur et l'actualité : FUTURISME - UNIVERSALISME - PERSONNALISME »

FUTURISME : (Foi en l'Avenir / Sens de l'Avenir Humain)

- Dès 1923, le passé a moins d'intérêt pour Teilhard de Chardin.

- Dans la «Découverte du Passé » (23), il précise :

«... partie à la recherche du passé, la conscience a inopinément découvert l'Avenir... (p.264)

... Le soleil se lève en avant...

... Le passé est du dépassé...

... Morbide, notre nostalgie des neiges d'antan. Ce qui a été n'a plus en soi, d'intérêt. En Avant. Rien ne vaut la peine d'être trouvé que ce qui n'a jamais existé encore. La seule découverte digne de notre effort, est de construire L'AVENIR. »

« Tout l'Avenir de la Terre, comme de la Religion me paraît suspendu à l'éveil de notre foi en l'Avenir. (24)

« Ce qu'il faut croire : l'avenir humain» (Sauvons l'Humanité ») (25)

«Une Foi renouvelée au Progrès humain : l'Ame nouvelle pour un Monde Nouveau » (26)

Car, pour Teilhard de Chardin la création continue. « Le salut pour nous est un avant, au-delà des rapides. Pas de recul. Mais une main sûre au gouvernail, et une bonne boussole » («Esquisse d'un Univers personnel » (27)

Les hommes de plus en plus conscients et dotés de moyens croissants de connaissance, de prévision et d'action deviennent...

... cocréateurs et coresponsables de la Construction de la Terre

 

UNIVERSALISME :

«Depuis cinq ans que la Terre humaine tremble, se fissure et se reforme, par blocs immenses, sous nos pieds, la conscience commence à s'éveiller en nous que nous sommes le jouet d'énergies qui dépassent des millions de fois nos libertés individuelles. Pour les plus positivistes, les plus réalistes d'entre nous, l'évidence apparaît, elle monte, que la crise présente déborde de beaucoup les facteurs économiques et politiques qui semblaient l'avoir provoquée, et dans le cadre desquels nous nous flattions peut-être qu'elle demeurerait renfermée. Non, le conflit n'est pas simple affaire locale et momentanée, un réajustement périodique d'équilibre entre nations. Ce que nous vivons et nous subissons en ce moment, ce sont, incontestablement, des évènements liés à l'évolution générale de la vie terrestre, des évènements de dimensions planétaires. C'est donc à l'échelle de la planète qu'il convient, que je vous convie, de vous placer avec moi quelques instants, pour essayer de mieux comprendre, de mieux supporter, et même oserai-je dire, de mieux aimer, ce qui se passe autour de nous de plus grand que nous et qui nous entraîne ». (28)

A évènements de dimensions planétaires, réponses planétaires. On comprend alors que Teilhard de Chardin ait pu écrire :

« Nous sommes avant tout des «Terrestres » et, en 1931, dans «l'Esprit de la Terre » (29) «L'âge des nations est passé. Il s'agit maintenant pour nous, si nous ne voulons pas périr, de secouer les anciens préjugés et de construire la Terre... Il ne saurait y avoir de croissance pour aucun élément terrestre au dehors des progrès de la Terre elle-même»

Il faut cependant noter que le spectacle que Teilhard de Chardin avait sous les yeux, était celui «des quelques nations puissantes et impériales de l'époque qui s'isolent et se dressent logiquement amenées, par «universalisation » de leur nationalisme, à se poser en héritières exclusives des promesses de la vie ». («L'heure de choisir, un sens possible à la guerre. » (30) C'est une nuance très importante qu'apporte, ici, Teilhard de Chardin à une intuition exprimée dans un style de toute beauté ! Nous la retrouverons plus loin.

« ... Mais si vous voulez parvenir au bout de vous-même, méfiez-vous surtout de tout ce qui isole et de tout ce qui rejette, et de tout ce qui sépare. Chacun dans votre ligne, pensez et agissez «universel » c'est à dire «total ». Et demain, peut-être, avec surprise, vous découvrirez que rien ne vous oppose et que vous pouvez vous «aimer » » (31)

Et, enfin, ce leitmotiv dans sa variante de1947 :

« On empêcherait plutôt la Terre de tourner que l'Humanité, prise dans son ensemble, de s'organiser et de s'unifier » (32)

Mais n'oublions pas qu'une 3ème direction de l'Esprit de la Terre à côté du Futurisme et de l'Universalisme est le PERSONNALISME car l'avenir nous emporte «vers une PERSONNALISANTE TOTALISATION. » (33)

PERSONNALISME : («L'Univers converge vers la Personne »)

Pour Teilhard de Chardin, en effet, la Totalisation conduit à une Personnalisation grandissante... à condition d'être bien conduite, en application de sa formule : « Union &endash; la vraie Union &endash; différencie ».

Deux textes importants sont à citer, écrits tous les deux à Pékin

«Esquisse d'un Univers Personnel » (34)

«Sauvons l'humanité » (35)

Tous deux sont à replacer dans le cadre de sa vision d'ensemble et sont d'une grande actualité, jusque dans leur expression, car ils rejoignent nos préoccupations et nos priorités.

«Pour ne pas nous tromper de route dans notre voyage vers l'avenir, nous n'avons qu'à nous orienter constamment dans le sens d'une grande personnalisation, soit individuelle soit collective... »

«Le Personnel prend la tête du mouvement évolutif... fil conducteur qui permet de découvrir le sens de l'évolution... »

« ...L'Union converge vers la Personne ».

Dire que l'Univers converge vers la personne et que nous devons nous orienter constamment dans le sens d'une plus grande personnalisation, soit individuelle, soit collective... c'est accorder la plus grande importance :

- aux droits de l'homme

- à la démocratie

- et au rôle des nations (ou groupe de nations comme l'Europe) que Teilhard de Chardin préfère appeler les «unités naturelles ».


QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LES DROITS DE L'HOMME

Ce texte daté du 22 mars 1947 a été écrit à la demande du directeur général de l'UNESCO, René Maheu (36).

«Sous leur première impression, en 1789, les Droits de l'Homme ont principalement été la manifestation d'une volonté d'autonomie individuelle. «Tout pour l'individu au sein de la Société » : ceci impliquant l'idée que «l'espèce humaine » était faite pour s'épanouir et culminer en une pluralité d'éléments atteignant isolément, chacun pour soi, le maximum de leur développement. Telles semblent avoir été la préoccupation et la vision dominantes des humanitaires au XVIIè siècle.

Or, depuis cette époque, par suite de l'importance prise par les phénomènes de collectivité dans le monde, les données du problème ont profondément changé. Nous ne pouvons plus en douter désormais. Pour d'innombrables raisons convergentes (accroissement rapide des liaisons ethniques, économiques, politiques et psychiques), l'élément humain se trouve définitivement engagé dans un processus irrésistible tendant à l'établissement sur terre d'un système organo-psychique solidaire. Que nous le voulions ou non, l'humanité se collectivise, elle se totalise sous l'influence de forces physiques et spirituelles d'ordre planétaire. D'où le conflit moderne, au cœur de chaque homme, entre l'élément, toujours plus conscient de sa valeur individuelle, et les liens sociaux, toujours plus exigeants.

A la réflexion, ce conflit n'est qu'apparent ; biologiquement, nous le voyons maintenant, l'élément humain ne suffit pas. Autrement dit, ce n'est pas en s'isolant (comme on aurait pu le croire), mais en s'associant convenablement avec tous les autres, que l'individu peut espérer atteindre la plénitude de sa personne, plénitude d'énergie et de mouvement et plénitude de conscience, surtout puisque nous ne devenons complètement «réfléchis » (c'est à dire «hommes ») chacun, qu'en nous réfléchissant mutuellement les uns les autres. Collectivisation et individuation (non pas d'autonomie mais de personne) ne sont donc pas deux mouvements contradictoires entre eux. Toute la difficulté, seulement, est de règler le phénomène de telle façon que la totalisation humaine s'effectue, non pas sous compression externe mécanisante, mais par effet interne d'harmonisation et de sympathie.

De ce nouveau point de vue, il apparaît immédiatement que l'objectif d'une nouvelle définition des Droits de l'Homme ne saurait plus être, comme jadis, d'assurer la plus grande indépendance possible à l'élément dans la société, mais de préciser sous quelles conditions l'inévitable totalisation humaine peut s'effectuer non seulement sans détruire, mais de manière à exalter en chacun de nous, je ne dis pas l'autonomie, mais (chose toute différente) la singularité incommunicable de l'être que nous possédons.

Non plus organiser le monde en faveur et à la mesure de l'individu isolé, mais tout combiner pour l'achèvement («la personnalisation ») de l'individu, par intégration bien conduite de celui-ci au groupe unifié en lequel doit un jour culminer organiquement et psychiquement l'humanité : voilà le problème.

Ainsi replacé dans le cadre d'une opération à deux variables (ajustement progressif indépendant de deux processus de collectivisation et personnalisation), la question des Droits de l'Homme n'admet pas de réponse simple ni générale. Du moins peut-on dire que toute solution proposée doit satisfaire aux trois conditions suivantes :

1° Au sein d'une humanité en voie d'organisation collective, l'individu n'a plus le droit de rester inactif, c'est à dire de ne pas chercher à se développer jusqu'au bout de lui-même : puisque de son perfectionnement dépend le fonctionnement de tous les autres autour de lui.

2° Autour des individus qu'elle groupe, la société doit, dans son propre intérêt, tendre à créer le milieu le plus favorable au plein développement (physique et psychique) de ce qu'il y a de principal en chacun de ceux-ci. Proposition banale, en vérité ; mais dont les modalités d'application sont impossibles à fixer pour tous les cas, puisqu'elles varient avec le niveau d'éducation et avec la valeur progressive des divers éléments à organiser.

3° Quelles que soient dans ce sens les mesures adoptées, un point capital doit être affirmé, et toujours maintenu : c'est que, en aucun cas, pour quelque fin que ce soit, les forces collectives ne peuvent obliger l'individu à se déformer ou se fausser (comme serait de reconnaître vrai ce qu'il voit faux, c'est à dire de se mentir à lui-même). Pour être légitime, toutes limitations aux directions imposées à l'autonomie de l'élément par la force du groupe ne peut s'exercer que conformément à la structure interne et libre de cet élément. Autrement, une dysharmonie fondamentale se trouverait introduite au cœur même de l'organisme collectif humain.

Devoir absolu pour l'élément de travailler à se personnaliser.

Droit relatif de l'élément à être placé dans les meilleures conditions possibles pour se personnaliser. Droit absolu de l'élément au sein de l'organisme social, à ne pas être déformé par coercition externe, mais super-organisé intérieurement par persuasion, c'est à dire en conformité avec ses évidences et ses aspirations personnelles.

Trois points à expliciter et à garantir dans toute nouvelle «Charte de l'Humanité ».

Ces propositions concernent l'ensemble de l'Humanité, mais les modalités d'application sont variables, car Teilhard de Chardin est foncièrement réaliste.

Il en est de même dans le texte suivant sur la Démocratie.

RÉFÉRENCES

(16) «Vie et planètes... » 10-3-1945. Pékin T.V.

(17) (30-6-1948) dans «Les directions et les conditions de l'Avenir ». T.V.

(18) «Les Singularités de l'espèce humaine » 15-3-1954 New York. T.II

(19) «Quelques réflexions sur le retentissement spirituel de la bombe atomique » Paris Les Etudes

(20) «La Foi en la paix » 1.1947. T.V. 9-1946-In T.V.

(21) «Esquisse de l'idée de Démocratie » 2-2-1947.T.V.

(22) «La Foi en la paix » 1-1947.T.V.

(23) (15-9-1935)-Mer Rouge T.III.

(24) (29-10-1935) Lettre à Mme G.M. Haard.

(25) (1936. T.IX.)

(26) «Réflexions sur le progrès et sur les bases solides d'un credo humain commun » Pékin. 30-3-1941.T.V

(27) Pékin. 4-mai-1936.T.VI.

(28) «Vie et planètes. Que se passe-t-il en ce moment sur la terre ? » Pékin. 10-3-1945.T.V.

(29) (Pacifique. 5-3-1931-T.VI)

(30) Noël 1939-Pékin.T.VII.

(31) «Universalisation et Union » 20-2-1942. Pékin. T.VII.

(32) «La Foi en la paix » 1-1947-T.V.

(33) «L'essence de l'idée de Démocratie » 1949.T.V.

(34) (4-5-1936.T.IX.)

(35) (11-11-1936. T.IX.)

(36) Tome V.


RÉFLEXIONS SUR LA DÉMOCRATIE

Le texte intitulé : « L'ESSENCE DE L'IDEE DE DEMOCRATIE. Approche biologique du problème » a été écrit le 2 février 1949, également pour l'UNESCO, en réponse à une enquête (Tome V.)

On y notera une fois de plus l'actualité des intuitions planétaires de Teilhard, notamment en ce qui concerne sa nouvelle définition de la devise «Liberté &endash; Egalité &endash; Fraternité », l'accent mis sur «l'exigence légitime de participation à l'affaire humaine... de certaines classes et certaines races laissées jusqu'ici «en dehors du jeu ». Belle référence à l'exclusion ! Actualité et réalisme de Teilhard, une fois de plus devant le spectacle d'une «Humanité encore formée de pièces terriblement hétérogènes, inégalement maturées dont la «démocratisation » ne peut s'opérer que... suivant des modalités variant avec chaque fraction du Monde considérée. »

« Admettons en effet que l'«emballement » moderne, si étrangement contagieux, pour l'idéal «démocratique » ne soit pas autre chose que le sentiment doublé d'attrait, pris par l'Homme, du mouvement qui, par organisation collective du groupe zoologique auquel il appartient, le fait dériver vers certains états nouveaux de super-personnalisation, - ou, ce qui revient au même de super-réflexion. Identifions, autrement dit, «esprit de Démocratie » avec «sens évolutif » ou «sens de l'Espèce » (ce dernier signifiant, dans le cas de l'Homme, non plus tendance à la permanence par propagation, mais volonté de croissance par arrangement, de l'espèce sur elle-même). &endash; Il n'en faut pas davantage, me semble &endash; t-il, pour voir se préciser une foule de points obscurs, et se résoudre sans effort (au moins en théorie) certaines inquiétantes antinomies.

Montrons-le d'abord à propos des trois attributs légendaires (Liberté, Egalité, Fraternité) indissolublement associés dans notre esprit à l'idée de tout gouvernement du peuple par le peuple ; - et ensuite dans le cas du conflit, plus vif que jamais, qui ne cesse d'opposer entre elles les deux formes libérale et socialiste, de Démocratie...

a) Liberté, Egalité, Fraternité.

En 1789, ce slogan fameux a galvanisé l'Occident. Tant s'en faut cependant, les faits l'ont prouvé, que son contenu fut clair à l'esprit que son feu allumait. Liberté ; pour tout faire ? Egalité : sur tous les points ? Fraternité : basée sur quels liens communs ? ... Aujourd'hui encore, ces trois mots magiques sont beaucoup plus sentis que compris. Or leur attirance, certaine, mais vague, ne prend-elle pas figure mieux définie aussitôt qu'on se place au point de vue biologique que je viens de suggérer ?

Liberté : c'est à dire chance offerte à chaque homme (par suppression des obstacles et mise en main des moyens appropriés) de se «trans-humaniser » en allant jusqu'au bout de lui-même.

Egalité : c'est à dire droit, pour chaque homme, de participer, suivant ses qualités et ses forces, à l'effort commun de promouvoir, l'un par l'autre, l'avenir de l'individu et celui de l'espèce. &endash; En vérité n'est-ce pas ce besoin et cette exigence légitimes de participation à l'affaire humaine (c'est à dire ce besoin éprouvé par chaque homme de vivre co-extensivement avec l'humanité) qui, plus profond que toute revendication matérielle, agite en ce moment certaines classes et certaines races laissées jusqu'ici «en dehors du jeu ».

Fraternité : c'est à dire, d'homme à homme, sens d'une interliaison organique fondée, non pas seulement sur notre coexistence plus ou moins accidentelle à la surface de la Terre, ou même sur quelque descendance commune, - mais sur le fait de représenter, tous ensemble, le front extrême, la pointe d'une onde évolutive encore en pleine course.

Liberté, Egalité, Fraternité, non plus indéterminées, amorphes et inertes &endash; mais dirigées, orientées, dynamisées par apparition d'un mouvement de fond qui les sous-tend et les supporte...

... Comme de juste, une large part des questions posées par l'U.N.E.S.C.O. concerne l'examen et la critique des formes actuellement existantes, ou des méthodes actuellement employées en Démocratie. En cette matière, où je manque entièrement de compétence, je me contenterai de faire (toujours du point de vue biologique) les trois remarques que voici :

a) Tout d'abord, en vertu même de ce qui précède, deux conditions générales doivent être absolument respectées par tout projet d'institution démocratique. La première c'est de laisser à l'individu un angle maximum d'orientation libre à l'intérieur duquel développer son originalité (la seule condition imposée théoriquement à cet angle étant de s'ouvrir en direction des valeurs croissantes de réflexion et de conscience) ; et la seconde &endash;compensatrice de la première- c'est d'assurer et de favoriser l'établissement des courants de convergence (organisations collectives) au sein desquels, seuls, en définitive, et en vertu des lois même de l'Anthropogénèse, les initiatives individuelles peuvent trouver leur achèvement et leur consistance ? . Judicieux mélange de laisser-faire et de fermeté. Problème de mesure, de tact, d'«art » pour la solution duquel on ne saurait donner de règles absolues, mais dont, en chaque cas particulier, chaque peuple est parfaitement capable de se tirer pour son propre compte, - pourvu qu'en lui l'instinct de progrès et de «sur-humanisation » soit suffisamment développé.

b) En deuxième lieu, et par suite, c'est seulement à travers de nombreux essais et tâtonnements que l'idéal démocratique comme la vie elle-même) peut espérer réussir à se formuler, et bien plus encore à se matérialiser. Malgré les conditions compressives, unifiantes, auxquelles nous nous trouvons soumis, l'Humanité est encore formée de pièces terriblement hétérogènes, inégalement maturées, dont la «démocratisation » ne peut s'opérer qu'à force d'imagination et de souplesse, suivant des modalités variant avec chaque fraction du Monde considérée.

c) Enfin et pour conclure, c'est de l'entretien et de l'accroissement dans la conscience humaine de ce que j'ai appelé le Sens de l'espèce que dépend, en dernier ressort, la réalisation sur Terre d'un arrangement social vraiment démocratique.

&endash; Seule en effet une puissante polarisation des volontés individuelles, après avoir guidé chaque fragment de l'Humanité vers la découverte de sa forme particulière de liberté, peut assurer la convergence et l'agencement de cette pluralité en un seul système planétaire cohérent. &endash; Et seule surtout, elle peut, dans l'assemblage ainsi constitué, faire règner l'atmosphère de non-coercition c'est à dire d'unanimité en quoi finalement constitue l'ultime et fuyante essence de la Démocratie ».


Participation de toutes «les Unités Humaines Naturelles » à l'Affaire Humaine

 

Un essai de grande importance, écrit par Teilhard de Chardin le 5-7-1939 et publié dans «les Etudes », est intitulé «Les Unités Naturelles » &endash; Essai d'une biologie et d'une morale des races » (Tome IV.) Il complète et nuance les termes de «L'Esprit de la Terre » de 1931

Il est capital car il confirme l'introduction dans le concept d'«Univers Personnel » (1936) de la personnalité collective des Nations &endash; ou des groupes de Nations comme l'Europe &endash; indispensable pour éviter que la Totalisation ne conduise à l'instauration du Totalitarisme ou d'un Impérialisme.

Prenons connaissance de quelques extraits de cet essai révélateur de l'actualité de cette intuition.

 

- « ...Devoir... de s'achever dans la ligne correspondant à ses qualités et à son genre propre, en avant» (p.196)

-... Après avoir atteint, sans jamais se séparer complètement, un certain écart maximum, les rameaux humains commencent à se rapprocher l'un de l'autre... c'est à dire se mettent à confluer. Confluer dis-je bien ; et non se confondre, ce qui serait fort différent. En tous domaines, l'Union organique différencie...

- ...Mais pour se rejoindre et s'interféconder, il faut des nations pleinement conscientes (j'ajouterai et responsables ») pour une Terre Totale... ». Dans «universalisation et Union » (20-3-1942- Pékin- T.VII.) Teilhard de Chardin disait : "...Soyez de votre race et de votre nation, bien sûr. Une bonne synthèse n'exige-t-elle pas des éléments nets et forts ? ».

-... Dans le cas du faisceau humain. , si, conformément à notre hypothèse, celui-ci ne progresse plus qu'en convergeant, l'émulation fraternelle doit se substituer intérieurement à la conscience hostile, et la guerre n'a plus de sens que par rapport à des dangers ou à des conquêtes extérieures à l'ensemble de l'humanité...

- ... Assurer la préservation et les progrès du génie propre de chaque groupement naturel requiert légitimement (ces mots sont dangereux, mais qu'y faire !) un certain espace et un certain tri des apports étrangers. Après tout, nul organisme au monde ne se maintient autrement... Comment satisfaire sans blesser ce droit de chaque nation à la vie ? Comment laisser à l'arrangement choisi, la souplesse qui lui permettra de s'ajuster sans craquement, à des institutions continuellement nouvelles ? ...Nous ne pourrions répondre à ces multiples questions qu'en suivant la méthode universellement appliquée par la vie depuis les origines : un lent et patient tâtonnement... qui n'aboutira qu'à une condition : c'est que le travail entier s'accomplisse sous le signe de l'Unité...

- ...En vérité, à la vitesse où sa conscience et ses ambitions augmentent, le Monde fera explosion s'il n'apprend à aimer. L'avenir de la Terre pensante est organiquement lié au retournement des forces de haine en forces de charité. » (p.300)

° UN GRAND EFFORT ORGANISE ET ORIENTE

Si, la température psychique de l'Humanité s'élève suffisamment grâce au développement de «L'Esprit de la Terre» alors il sera possible de mettre en œuvre l'organisation optima pour «construire la terre», mener à bien la Noogénèse et assurer une mondialisation maîtrisée et humanisée, comme on dit maintenant.

Ce qui frappe Teilhard de Chardin, en 1950, dans le «cœur de la Matière » (T. XIII), c'est en effet,

« ...le fantastique spectacle, droit sous nos yeux, d'une réflexion collective rapidement montante au même rythme qu'une organisation de plus en plus unitaire ».

Et pourtant, comme je l'indiquais précédemment, Teilhard de Chardin déçu par l'expérience de la SDN et de l'ONU, était très méfiant vis à vis des organisations internationales.

« ...Quand je veux me rassurer sur notre sort de demain, je ne regarde ni vers les palabres officielles, ni vers les manifestations «pacifistes », ni vers les objecteurs de conscience !

Mais mes yeux se tournent instinctivement du côté des institutions et des groupements toujours plus nombreux où s'élabore, silencieusement, autour de nous dans la recherche, l'âme nouvelle d'une humanité résolue à atteindre coûte que coûte, dans son intégrité totale, l'extrême bout de ses puissances et de sa destinée. » (37)

Juste avant sa mort, Teilhard de Chardin eut la joie d'apprendre qu'allait se tenir l'Année géophysique internationale, première étude lancée à l'échelle de la planète !

Teilhard de Chardin serait comblé en constatant, 50 ans après, la prolifération des organismes spécialisés qui avaient sa faveur et qui ont permis, malgré la guerre froide qui paralysait le Conseil de Sécurité de l'ONU, d'accroître sensiblement nos connaissances et nos moyens d'action. Toutefois, notons que, curieusement, il n'existe toujours pas d'Organisation Internationale de l'Environnement !

Cependant la guerre froide est terminée depuis 15 ans et, avec elle, la coupure du Monde en deux blocs. Il est donc temps de redonner consistance et une traduction politique aux intuitions profondes de Teilhard de Chardin. Lisons, notamment «les singularités de l'Espèce humaine » (1954- T. II)

« ...si, en ce moment, parler d'organisation humaine universelle semble être (et est probablement, en fait) une utopie, qui nous dit que l'opération ne se fera pas toute seule demain, - quand l'Homme se trouvera porté, par évidence généralisée de convergence phylétique, à quelque forme encore insoupçonnée de «Sens de l'Espèce. » (38)

«Et ici qu'on m'entende bien. Lorsque je parle de l'Humanité unanimisée, ce à quoi je pense n'a rien de commun avec une sorte d'euphorie confortable et vertueuse. Comme je le dirai mieux tout à l'heure, une Hominisation de convergence ne peut finir qu'en paroxysme. Même cohérée sur soi par la conscience enfin actuée de sa destinée commune, l'Humanité passera donc demain, soit dans son effort pour définir et formuler l'unité qui l'attend, soit dans le choix et l'application des moyens les plus appropriés pour y atteindre par des conflits intérieurs plus violents encore que nous connaissons. Mais ces, phénomènes de tension, justement parce qu'ils se développeront en un milieu humain beaucoup plus polarisé vers l'avenir que nous ne pouvons encore l'imaginer, ont grand chance de perdre la stérile amertume particulière à nos luttes présentes. Sans compter qu'au sein d'une telle atmosphère de «conspiration » certaines opérations de caractère universel peuvent être envisagées comme réalisables dont il ne saurait être question dans l'état d'inagrégation psychique où nous végétons encore aujourd'hui... »(39)

Ces lignes écrites un an avant la mort de Teilhard de Chardin, devraient figurer en exergue de toutes les déclarations sur l'Avenir de l'Humanité, surtout lorsqu'elles débouchent sur des perspectives pessimistes et apocalyptiques, tellement elles apparaissent destinées aux hommes de ce début de IIIè millénaire et adaptées aux situations que nous vivons actuellement.

« ...Au lieu de se séparer et de se détacher, les feuillets humains se mettent à s'infléchir, puis à s'enrouler les uns sur les autres, de manière à former peu à peu (races, peuples, nations, tous ensemble) une sorte de «super-organisme uniconscient. » (40)

« ...Assurer la convergence et l'agencement de cette pluralité en un seul système planétaire cohérent... » (41)

Déjà en 1939, dans «l'Heure de choisir » (T.VII. p193), il écrivait «... ou bien un seul peuple arrivera à détruire et à absorber tous les autres, ou bien, tous les peuples s'associeront en une âme commune afin d'être plus humains ».

Alors, il nous paraît évident que ce «grand effort organisé » pour maîtriser et humaniser la Mondialisation, ne peut consister à promouvoir une organisation internationale totalitaire ou sous la domination d'une puissance impérialiste qui réduirait à néant les responsabilités des nations et régirait unilatéralement la planète.

Les intuitions de Teilhard de Chardin plaident pour une solution que nous qualifierons de multilatérale et qui s'impose à nos esprits, peu à peu, par tâtonnement. On voit ainsi se dégager de la réflexion des personnes les plus qualifiées, le projet de création d'une organisation politique internationale représentative de la diversité des peuples de la planète, appliquant le principe de «subsidiarité », rassemblant des chefs d'état et de gouvernement, en mesure de prendre des décisions politiques permettant de maîtriser les grands problèmes politiques, économiques, financiers, commerciaux, sociaux (droit des travailleurs, santé, immigration) et écologiques, par des concessions réciproques prenant en compte les intérêts des «Terrestres » que nous sommes, les intérêts de la planète prise dans son ensemble et non exclusivement ceux de telle ou telle nation.

Un tel projet rejoint le voue exprimé dans l'Encyclique «Pacem in Terris » (1963). Jean XXIII, constatant qu'il manquait une clef de voûte à l'Organisation Internationale, recommandait la création d'une «Autorité Publique à Compétence Universelle ».

Se référant expressément à cette proposition, une commission d'experts présidée par Michel Camdessus remettait, en octobre 2001, un rapport commandé par la Commission des Conférences Episcopales de la Communauté Européenne (COMECE) et intitulé «La Gouvernance, Mondiale, notre responsabilité pour faire de la Mondialisation une opportunité pour tous » (42) dans lequel elle recommandait la création d'un Groupe de Gouvernance Globale (3G).

Partant du constat des faiblesses et des lacunes, notamment en matière d'environnement de l'architecture institutionnelle existante et de la nécessité de donner un minimum de cohérence et de coordination à cette architecture revue et corrigée, le rapport recommande la création d'une clé de voûte appelée «Groupe de gouvernance globale (3G) qui s'occuperait des thèmes horizontaux au niveau mondial.

Pour que ce groupe de gouvernance globale soit efficace, les Chefs d'état ou de Gouvernement doivent en être les membres. Ce sont en effet, les seuls acteurs qui traitent les problèmes horizontaux de façon crédible et efficace.

Un groupe de gouvernance globale trouverait sa légitimité dans une représentation équitable de toutes les nations. Il devrait être composé de vingt quatre chefs d'état ou de gouvernement, au maximum, les mécanismes de sélection se basant sur un nombre restreint de circonscriptions qui représenteraient chacun un groupe de pays entretenant un lien géographique, historique ou économique entre eux. Il s'inspirerait de l'organisation du Conseil de Sécurité qui comporte des membres permanents et des membres non permanents tournant, ce qui permet à de petits pays de participer à l'«affaire humaine » Cela donnerait la possibilité à toutes les régions et à tous les peuples du Monde de participer aux responsabilités planétaires et de favoriser un accord préalable sur la définition de l'avenir de l'humanité.

Le groupe de gouvernance globale pourrait également compter sur la participation du Secrétaire Général des Nations Unies et des directeurs généraux du F.M.I. de la Banque Mondiale, de l'O.M.C., de l'O.I.T. et de la future Organisation Mondiale de l'Environnement (O.M.E.) à créer

Je défends, personnellement, depuis plus de dix ans, la création d'un tel organisme qu'il s'intitule Directoire ou mieux Haute Autorité... ou 3G... et le colloque Teilhard de Chardin d'avril 2005 à New York, fournira l'occasion à notre Association et à la Fondation Teilhard de Chardin d'aborder à nouveau ce problème.

La mise en place de cette clé de voûte serait certainement, le symbole, par excellence, de notre volonté de maîtriser et d'humaniser la Mondialisation et ce serait justice de la placer sous l'égide de Pierre Teilhard de Chardin.

Certes, comme nous en avertissait celui-ci, il faut que nous soyons tous à une température psychique suffisante... et notamment les pays les plus importants de la planète, à commencer par l'hyper puissance américaine.

Il faut bien reconnaître qu'à l'heure actuelle, nous n'en sommes pas là... Mais on peut espérer qu'à terme &endash; le plus rapproché possible &endash; les U.S.A. comprendront que le meilleur moyen d'assurer leur sécurité et de défendre leurs intérêts consiste à favoriser, conformément à la tradition qui a fait apprécier ce grand pays, la création d'une telle Autorité dans laquelle de toutes façons, ils joueront un rôle déterminant. (43)

Signalons qu'un premier pas dans cette direction a été effectué lors du sommet du G.8 d'Evian en juin 2003. En effet, à cette occasion, la France a réuni, pour la première fois, un pré-sommet réunissant 15 pays représentatifs de la diversité du Monde. Il sera intéressant d'observer, en juin 2004, si le gouvernement américain confirme cette initiative française, surtout si la grande Europe, enfin réunie, en fait un objectif prioritaire de sa politique étrangère.

Certes, Teilhard de Chardin n'avait pas été aussi précis dans ses intuitions. N'oublions pas qu'il est mort en pleine guerre froide. A plus forte raison, en 1942, à Pékin, occupé par les Japonais et en pleine guerre du Pacifique, on comprend qu'il ait écrit :

«Il serait vain et même dangereux, d'essayer de se figurer la forme de l'avenir humain, c'est déjà énorme de pouvoir prévoir les dimensions et l'existence de cet avenir. » (44)

Néanmoins, rappelons que l'initiative de Jean XXIII est intervenue en 1963, huit ans seulement après la mort de Teilhard de Chardin... et en pleine guerre froide, juste après la crise de Cuba !

Il n'est donc pas irréaliste de penser que cette initiative hautement symbolique, avons-nous dit, donnerait toute son actualité à cette ultime intuition de Teilhard de Chardin.

«La paix devient structurellement possible ».

CONCLUSION

REBONDISSEMENT de l'EVOLUTION : PAS COLLECTIF de la REFLEXION,

DEUXIEME HOMINISATION

PAS de la COREFLEXION et de l'ULTRA-HUMAIN

Teilhard de Chardin entrera encore moins dans les détails dans cette nouvelle phase, ce nouveau pas dans le prolongement de la Noosphère :

«L'Humanité (sera alors) à l'apogée de sa cohérence spirituelle » estime toutefois, Teilhard de Chardin.

« L'Ultra-Humain vers lequel nous sommes en train de dériver, c'est une sorte d'Ultra Responsabilité généralisée ». (45)

Le cyclotron (Bevatron) de Berkeley, servira de symbole à Teilhard de Chardin en 1952. En l'observant, il le voyait produire

«... en lieu et place de l'énergie nucléaire de l'Energie psychique, à un état de plus en plus réfléchi, c'est à dire, identiquement de l'Ultra -Humain » (46)

«La Terre s'éveillera demain «pan-organisée »... mais elle continuera à rebondir et à avancer qu'à une condition : ...dans une humanité planétisée, l'exigence d'irréversibilité se dégage comme une condition explicite de l'action » (47)

Ce thème était déjà développé, en 1931, dans «l'Esprit de la Terre » :

« Le Monde cesserait légitimement et infailliblement d'agir &endash; par découragement &endash; s'il prenait conscience (dans les zones pensantes) d'aller à une mort totale... Il faut, par structure, émerger dans l'absolu... l'extase en Dieu »

Nous nous réinscrivons ainsi, en conclusion de cette étude sur les «Intuitions Mondiales de Teilhard de Chardin, dans sa vision d'ensemble. Cosmogénèse = Biogénèse = Noogénèse ». Celle-ci culminera, en passant par un «ultra Humain », en Oméga centre de convergence immanent... et transcendant, Oméga étant par conséquent le Christ cosmique, universel, «toujours plus grand ».

«NOOGENESE = CHRISTOGENESE »

«A l'homme, flèche de l'Evolution de prendre conscience qu'il tient entre ses mains la fortune de l'Univers. Lui seul est tourné vers l'Avant, vers celui que Teilhard appelle «Un grand soleil levant ». Dans la lumière de Pâques, Dieu nous rejoint là où Il nous précède ». C'est la conclusion de l'éditorial du P. Henri Madelin sj («Le devenir de l'Humanité ») dans le numéro de mars 2004 de la revue «Etudes » dont il est le rédacteur en chef.(37) «La Foi en la paix » - 1947- T.V.

 

Références

(38) Tant s'en faut, on le voit que j'accepte ici les vues pessimistes de R.Seidenberg (1950) qui, au terme de la totalisation humaine, prévoit la disparition (au lieu de l'intensification ici admise) des forces de liberté, de conscience et d'amour. Encore un qui ne voit pas que, comprimée sur soi, l'humanité est normalement amenée à s'échauffer psychologiquement et à «s'ultra-personnaliser »

(39) CF. Ch. G. Darwin, 1953, p.114 : à propos de la nécessité d'une foi (a creed) pour assurer la continuité de toute entreprise humaine d'auto-sélection dirigée.

(40) «La Foi en la paix » -1947 -T.V. p.193.

(41) «l'essence de l'idée de démocratie » 2-2-1949- T.V.

(42) La Croix du 24-10-2001.

(43) La Croix du 22-3-2004.

(44) «La place de l'homme dans l'Univers &endash; Réflexion sur la complexité » 15-11-1942. Pékin. T.III. p. 321-22

(45) «L'Evolution de la Responsabilité dans le Monde » 5 juin 1950. T.VII. p. 219.

(46) « En regardant un cyclotron. Réflexion sur le reploiement sur soi de l'énergie humaine » -1952-T.VII.

(47) « Le rebondissement humain de l'évolution et ses conséquences » 23-9-1947.T.V.