Ce livre « Le milieu Divin
» a été écrit par Teilhard en
Chine entre fin 1927 et Mars 1928 et fait suite à un
essai de 40 pages « Le Milieu Mystique »
composé en 1917 sur le front. L'exposé n'est
pas une analyse de l'uvre de Teilhard mais une
recherche de la dynamique de sa vie spirituelle qui se
reflète dans son uvre dont il disait: « Le
Milieu Divin », c'est exactement moi-même. Cette
dynamique, Teilhard l'a exprimée dans le
schéma bien connu (voir
T. et Vatican 2) montrant
la montée vers oméga selon la bissectrice des
ordonnées, en haut et des abcisses, en
avant. Teilhard est d'abord un « Fils
de la Terre » ce qu'il exprime par la ligne horizontale
c'est à dire que sa vie a été un
engagement, par ses recherches scientifiques, sur la
création en pleine évolution. Il
découvre que la science part de la matière,
réalité tangible d'où sort une
énergie: c'est le Cosmos ou Cosmogenèse,
toujours en évolution d'où va émerger
la vie, l'arbre de la vie qui entrera à son tour en
Biogenèse par les différentes situations de la
vie et qui va en son sommet fleurir, émerger en
esprit, d'où la Noogenèse, la «
flèche de l'Évolution ». L'homme au cours
de l'évolution tend vers l'ultra humain. Nous sommes
donc dans une création en progrès « En
Avant », « En Evolution ». Cette
évolution ne permet pas d'éviter une mort
totale. Ainsi la foi au monde, la mystique de la science, si
prometteuse, prise toute seule, ne suffit plus à
mouvoir la « Terre en Avant ». Pour Teilhard ne compte que le
phénomène. Au phénomène du
Cosmos doit correspondre un autre phénomène
qu'il appelle « Le Phénomène
Chrétien » parce que repérable par
l'histoire. Le Père Teilhard se dit « fils de la
terre » mais n'oublie pas le phénomène
« Église », c'est à dire qu'il est
aussi fils de l'Église, « fils du Ciel ».
Un croyant animé par la foi en ce
phénomène s'inscrit dans l'histoire de
l'humanité et de la création qui fait une part
aux valeurs de la Matière et du Monde (témoin
son engagement dans l'« En Avant » de
l'évolution du Monde) mais prend en compte ce qu'il
appelle le « Phénomène de la
Révélation Chrétienne » qui, pour
Teilhard, comble l'inachèvement de la création
signifié surtout par la mort, pourtant lancée
vers le progrès au cours de son
évolution. La Révélation, c'est
à dire l'Écriture Sainte, nous
révèle que le Verbe de Dieu a d'abord
lancé le Cosmos dans l'existence. « Tout a
été fait par Lui et, sans Lui, rien n'a
été fait (Jean1-3) et ce fut:: 1- La
Création. Dans un deuxième temps, lorsque
arrive « la plénitude des temps »(Galates
4/4), le Verbe s'est immergé dans sa création
en s'incarnant d'abord dans l'homme, la « flèche
de l'évolution » puis, à nouveau dans sa
création par ses deux baptêmes: dans
l'élément liquide de la matière au
Jourdain et dans l'élément solide de la
matière, la Terre , lors de son ensevelissement.
Ainsi le Verbe fait chair, relie la création tout
entière à sa source et ainsi lui permet de
continuer la marche « En Avant » au delà de
la Mort dans la Communion de l'Amour Trinitaire grâce
au Verbe « Alpha et Oméga ». Commencement
et fin de Tout. La Rédemption comprend la
guérison et le salut. La guérison: Le Christ a
inauguré sa mission à Cana, lieu de l'alliance
à la suite d'un appel de Marie, sa mère,
« Ils n'ont pas de vin ». Jésus appelle sa
mère « Femme », Teilhard l'appelle «
La Perle du Cosmos ». N'est-elle pas le symbole de la
création qui intercède auprès de Lui
pour qu'il comble cette incomplétude de la
Création par la plénitude qu'il est venu lui
apporter? Et voici comment il va
réaliser cette libération (cette
guérison) Il annonce d'abord la Bonne
Nouvelle du Salut. N'est-il pas le révélateur
du Père? Donner le SENS de la Création,
orientée vers Dieu son Père, Sens que la
science ne peut pas par elle-même lui donner. Mais
pour permettre l'accueil de la Bonne Nouvelle, il lui faut
guérir l'humanité: de la cécité:
pour voir au delà du visible, la foi; de la
surdité: pour écouter et entendre
l'Évangile, clé de la création; du
mutisme: pour permettre le dialogue avec Dieu dans son
Alliance et de la paralysie: « Lève-toi, prends
ton lit et marche », pour permettre que la marche
« en avant » de la création puisse passer
dans « L'En Haut » du Royaume, fin de son exode,
à la suite du Christ dans l'espérance. Telle
fut la spiritualité de Teilhard qui s'est investi
dans la science en parcourant l'Europe, l'Asie, l'Afrique et
les Amériques pour le développement de
celle-ci au service de l'humanité mais qui en
même temps, par sa foi chrétienne conduisait
son engagement terrestre à la réalisation du
dessin créateur de Dieu, en montrant combien la
révélation chrétienne était la
« vision fondamentale du Christ tout en tous » de
l'univers mû et compénétré par
Dieu dans la totalité de son
évolution. Ainsi cet essai de vie ou vision
intérieure est susceptible d'une traduction où
passe le meilleur des aspirations propres à notre
temps dans la présentation du christianisme :
Baptême, Croix et Eucharistie ( p.18 du Milieu
Divin). 1) Le
baptême m'immerge,
à la suite du Christ dans le monde, car dans
l'action, d'abord, j'adhère à la puissance
créatrice de Dieu ; je coïncide avec elle, j'en
deviens non seulement l'instrument, mais le prolongement
vivant
Tout accroissement que je me donne ou que je
donne aux choses, se chiffre par quelque progrès dans
la bienheureuse mainmise du Christ sur l'Univers. Au livre
de la Genèse, n'est-il pas écrit : « Dieu
plaça l'homme dans le jardin pour qu'il le garde et
le cultive »( Gen : 2-15). Et le baptême
m'émerge de la création pour la conduire,
à la suite du Christ, en sa dimension divine jusqu'au
sein de la Trinité. 2) La Croix
: la vie a un terme, donc
une direction de marche orientée vers la plus haute
spiritualisation par le plus grand effort qui est certes
évasion du monde sensible qui d'abord prend appui sur
lui mais pour nous porter aux plus hautes cimes de la
création : « lorsque j'aurai été
élevé de terre, j'attirerai tout à moi
»(Jean 12,32). Ainsi pour le chrétien il ne
s'agit pas de s'évanouir dans l'ombre mais de monter
dans la lumière de la Croix ( p.117 à
119). 3)
L'Eucharistie : la
prière des offrandes à la messe dit : «
Béni sois tu Seigneur, Dieu de l'Univers, pour ce
pain, fruit de la terre et du travail des hommes. Qu'il
devienne le pain de la vie. Béni sois tu Seigneur,
Dieu de l'Univers, pour ce vin, fruit de la vigne et du
travail des hommes; nous te le présentons, il
deviendra le vin du Royaume éternel et de la
réconciliation pour renouer le lien d'amour de la
Création avec son Créateur. » Grâce
à la transfiguration du Cosmos qui est lui aussi
toujours dans l'attente de la participation à la
victoire du Christ sur la mort au dernier jour comme nous le
rappelle l'Épître aux Romains ( 8 : 19 -22).
« La création en attente aspire à la
révélation des fils de Dieu
C'est avec
l'espérance d'être ( elle aussi )
libérée de la corruption pour entrer dans la
liberté de la gloire des enfants de Dieu. Nous le
savons, en effet, toute la création jusqu'à ce
jour gémit en travail d'enfantement .»,
transfiguration qu'annonce la résurrection à
travers la réanimation du corps de Lazare à
Béthanie. Enfin, pour vaincre la mort,
Jésus arrive à son heure, son heure qu'il a
annoncée à Marie à Cana. Marie, la
femme qui était à Cana, va être
présente debout au pied de la Croix pour être
le témoin du salut annoncé et qui commence
à se réaliser. Pour vaincre la mort, c'est la
Pâque, le passage en puissance de la mort à la
résurrection du Christ. A la Croix, par son sang, le sang
de l 'agneau vainqueur ( Apocalypse )
régénère l'humanité affaiblie et
la purifie par son pouvoir de réconciliation et au
Tombeau de la résurrection est accompli « le
Plérôme », selon Saint Paul, la
plénitude qui comble la béance,
l'inachèvement de l'En Avant mis en évidence
par Marie à Cana. Ainsi l'En Haut du schéma de
Teilhard coïncide parfaitement avec le couronnement
attendu par l'En Avant. Et ainsi la foi en Dieu assimile et
sublimise dans sa propre sève, la sève humaine
et tout le dynamisme de l'humanité et de la
Création en marche dans l'espérance de la
terre nouvelle et du ciel nouveau sous l'attraction de
l'Oméga, le Christ qui attire tout à Lui et
pour Lui et par Lui ( Col : 1 : 16-17 ). Et c'est dans cette vision,
décrite par Teilhard dans sa recherche mystique
conjointe de la science et de la foi chrétienne que
nous saisissons le dynamisme de sa vie spirituelle, de sa
mystique décrite dans son livre : « Le Milieu
Divin ». En
résumé, la
Mystique de Teilhard part du savoir : 2- le savoir de la foi
chrétienne qui suppose un « retournement
» de l'En Avant vers l'En Haut à la suite du
Christ. Sous l'action de l'Esprit Saint et de sa Parole,
le Christ crée une relation
privilégiée entre sa personne, le Verbe
Incarné : « Ceci est mon Corps » et la
Création, l'humanité et l'Église qui
devient son Corps mystique, ce « ferment » qui
a pour mission de faire lever la pâte humaine
jusque dans le Royaume. A chaque Eucharistie, c'est donc
toute la création : Univers et humanité qui
se trouvent intégrés dans le Christ,
participant à sa Plénitude et ainsi entrant
dans le Milieu Divin. En
conclusion, le Christ nous
a enveloppé dans sa robe de chair. Ainsi le monde
autour de moi devient divin. C'est pourquoi « il faut
aimer la Création sans négliger le Divin
». Il s'agit donc de savoir « plus » afin de
pouvoir « plus » pour s'assimiler plus facilement
à Dieu. On comprend alors la parole de Saint Paul :
« Ce n'est plus moi qui vis mais le Christ qui vit en
moi » ou la parole de Jésus dans Saint Jean :
« Demeurez en moi et moi en vous ».
Réalisation du dessein de Dieu décrit dans
l'Épître aux Éphésiens 1 : 10 :
« Qu'il nous a fait connaître comme
mystère de sa volonté pour le réaliser
quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses
sous un seul chef, le Christ, les êtres
célestes comme les terrestres ».
L'En Avant: La mystique de la
science.
L'En Haut: « La mystique de
la foi chrétienne ».
1- le savoir de la science
qu'il considère comme un devoir sacré pour
pouvoir agir dans le monde à travers l'effort qui
permet le progrès, la marche « en avant
» pour la montée en croissance de
l'humanité qui s'épanouit, mais
au-delà de la mort dans l'union
c'est-à-dire dans l'Amour.