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Compte rendu des réunions

Réunions du Groupe d'Étude Teilhard de Chardin de Basse Normandie

Lieu des réunions : Mairie de Mathieu (14920) tel 0231451460

 

Janvier 2000

CH Pesquet et JS Abbatucci

Internet, le réseau interconnecté planétaire. Nouveau pas évolutif pour l'humanité?

 

Novembre 1998

Jacques S. Abbatucci

Place de l'homme dans l'évolution

25 juin 1999

Anny Bée

Teilhard et Zundel

Jean-Louis Dumas

Teilhard et Bergson

9 décembre 1999

Jean Robillard

Science et sens. A propos du livre de Thierry Magnin

21 janvier 2000

Jacques Séverin Abbatucci

La Sainte Matière

31 mars 2000

Xavier Sallantin

Informatisation planétaire et logiciel de la création (voir Site )

9 juin 2000

Jacques S. Abbatucci

Le Sens Spirituel de la Recherche

13 septembre 2000

Chantal Adigard

Le Groupe d'Etude Teilhard de Chardin en 1965

Jacques S. Abbatucci

Teilhard et le Cyberespace

24 novembre 2000

Michel Godefroid

L'athéisme purificateur

Jean-Louis Dumas

Teilhard de Chardin et la morale

8 octobre 1999

Père André Picard

Teilhard de Chardin, témoin et éducateur de la Foi

22 septembre 2001

Armelle de la Tribouille

La Pensée de Teilhard : un Sens pour l'Avenir

19 octobre 2001

Suzanne Robinet

Lecture et discussion sur un extrait de "Comment je crois"

Jean-Paul Sibbille

Une Prémonition de l'Internet (écrite entre 1941 &1951)

23 nov. 2001

Raoul Giret

La Personne Humaine au Cœur de l'Avenir de l'Homme

23 nov. 2002

J. S. Abbatucci

T.d.C., homme de foi et de science à la recherche de l'Unité

10 oct. 2003

Père Raoul Prigent

Teilhard et Vatican II

11. déc. 2003

J. S. Abbatucci

Ut Unum sint. La Foi du père Teilhard

17 juin 2004

Georges Ordonnaud

Teilhard prophète et précurseur - Ses intuitions mondiales

7 octobre 2004

Père Raoul Prigent

Méditation sur "Le Milieu Divin"

13 janvier 2005

Monique Drouet

Reflexions sur "L'Eternel Féminin

15 mars 2005

Père André Picard

Réflexions sur Teilhard de Chardin

7 juillet 2005

Monique Drouet

Teilhard et le "sublime"

6 avril 2006

Monique Drouet

La solidarité, condition de l'évolution solidarite

23 novembre 2006

Remo Vescia

Teilhard-Zunde, ambassadeyurs de l'impossible solidarite

19 octobre 2006

André de Peretti

Réflexions sur une énergétique personnelle et sociale solidarite

18 janvier 2007

Monique Drouet

La question de l'immortalité chez Teilhard solidarite

5 janvier 2007 Monique Drouet Digressions sur la mondialisation  solidarite
 
Association Nationale
Pour tout renseignement s'adresser à l'Association des Amis du père Teilhard de Chardin, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, à Paris (75005) Tel 0143311855.
 

 
RÉSUMÉS DES EXPOSÉS
 (ou textes complets)

 

L'ÉMERGENCE D'UNE CONSCIENCE PLANÉTAIRE :

MYTHE OU RÉALITÉ ?

 

ACTUALITÉ ET URGENCE DE LA QUESTION

- Croissance exponentielle de la population mondiale

- Nécessaire économie de notre milieu de vie

- Préservation de ce qui fait la valeur de l'homme :

respect de la personne humaine

primauté de l'esprit

- Marasme moral et chaos psychologique actuels

Désespérance.

Parallèlement :

- Explosion des techniques de communication

toute-puissance des médias (télévision, multimédia, réseau internet)

- capables du meilleur et du pire, comme tout ce qui tient à l'homme

"Y-a-t-il encore un pilote dans l'avion ?"

(B. de Saint-Vincent, Le Figaro, 25/9/96 - déjà -)

 

LES ECHECS, LE MAL, LA DOULEUR...

"....Pour un observateur parfaitement clairvoyant, et qui regarderait depuis longtemps, de très haut, la Terre, notre planète apparaîtrait d'abord bleue de l'oxygène qui l'entoure; puis verte de la végétation qui la recouvre; puis lumineuse - toujours plus lumineuse- de la Pensée qui s'intensifie à sa surface; mais sombre - toujours plus sombre -d'une souffrance qui croît en quantité et en acuité au même rythme que monte la Conscience au cours des âges.....

Oui, plus l'Homme devient homme, plus s'incruste et s'aggrave - dans sa chair, dans ses nerfs, dans son esprit - le problème du Mal : du Mal à comprendre, du Mal à subir....

Au sein du vaste processus d'arrangement d'où émerge la Vie, tout succès, nous nous en apercevons, se paye nécessairement d'un large pourcentage d'insuccès....

...de ce point de vue, la douleur, sous toutes ses formes et à tous ses degrés, ne serait (au moins partiellement) qu'une suite naturelle du mouvement même par lequel nous sommes engen-drés."

Préface à " L'énergie spirituelle de la souffrance" de Marguerite-Marie Teilhard de Chardin, janvier 1950

RECHERCHE DE REPERES

Malraux : "Le XXIème siècle sera religieux - mystique - spiritualiste (?) ou ne sera pas"

Vaclav Havel : "Seule une vision spiritualisée - cosmique dans ses dimensions et globale dans son objectif- peut sauver la civilisation."

Edgar Morin : "Il faut un élan, religieux dans ce sens, pour opérer dans nos esprits la reliance entre les humains, qui elle-même stimule la volonté de relier les problèmes les uns aux autres."

Albert Einstein : "On devrait s'attendre à un monde chaotique, or ce monde est saisissable par notre intelligence ordonnatrice"

SCIENCE ET FOI SONT COMPLÉMENTAIRES

J.J. CAUBET : "Notre époque exige une adhésion collective à la vérité objective.Un langage commun à la science et à la religion est en train de naître."

POUR LE THÉOLOGIEN : il y a finalité parce qu'une intelli-gence créatrice est à l'origine des choses

POUR LE SAVANT : l'évolution physique et astrophysique (cosmogénèse) est gestation d'intelligence.

QUELQUES JALONS DANS L'ŒUVRE DE TEILHARD

• l'Univers est en création continue (cosmogénèse)

• L'évolution de l'univers se fait vers une complexité croissante

• La substance de l'univers (étoffe de l'univers) est faite de matière (d'énergie) et d'esprit (« dedans des choses »)

• La complexité, centrée sur un projet, crée de la conscience (loi de complexité conscience)

• Donc :

La Cosmogénèse est une noogénèse (création d'esprit, de conscience)

L'hominisation se poursuit dans l'homme « sociétal » (l'homme nouveau)

"Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur")

• La force de cohésion , c'est l'amour, « attrait de l'être pour l'être »

 

LA COMPLEXITÉ MÈNE À LA CONSCIENCE

- Non pas seulement la PENSÉE mais la CONSCIENCE

Conscience = pensée réfléchie (centrée)

et non pas

pensée chaotique, issue d'un ensemble non centré

de cellules ("paquet de neurones") d'individus (foule)

- Un conglomérat de pensées individuelles ne fait pas une conscience collective.

- Pensée réfléchie : l'être pensant "sait qu'il sait", il a le sens de la durée, du passé, de l'avenir, il a le sens de sa responsabilité, (notion de bien et de mal)

- Selon TDC, la pensée réfléchie est le fruit d'une "centration" autour d'un projet commun aux éléments pensants. Toute complexité organisée crée un surcroît de conscience. Pour l'individu : son corps, son Moi (son âme). Pour un groupe d'individus, ce que l'on peut appeler l'idéal collectif (famille, équipe, nation, etc.)

LA NOOSPHÈRE

"Le moment semble venu où, sous la pression irrésistible de déterminations géographiques, biologiques, politiques, sociales, accumulées à un ordre planétaire, des fragments (d'humanité encore isolés) doivent se souder et se combiner, cette opération totale coïncidant avec l'éveil, par dessus les esprits nationaux que nous connaissons encore, d'un véritable Esprit de la Terre.

Un nouvel ordre de conscience émergeant d'un nouvel ordre de complexité organisée. Une hyper-synthèse de l'humanité sur elle même.

En toute objectivité, aussi froidement qu'un physicien devant les mondes démesurés qui sortent inexorablement de ses calculs, je ne vois pas (quoi que puisse protester une certaine forme de sens commun) qu'il soit possible d'interpréter la marche ac-tuelle du Phénomène humain, en cohérence avec la marche gé-nérale du Monde, sans aboutir à des perspectives aussi fantasti-ques que cela."

"....droit devant nous dans le Temps, quelque sommet d'Hominisation existe nécessairement, sommet dont, à en juger par l'énorme quantité d'Humain inarrangé qui nous entoure en-core, nous pouvons garantir que, par rapport à nous, il se trouve extrêmement haut dans la conscience sinon aussi éloigné dans le Temps que nous serions tentés de le supposer..."

"...il faut reconnaître que la probabilité monte rapidement à l'horizon d'un point critique de maturation où l'Homme complè-tement réfléchi, non seulement individuellement, mais collecti-vement, sur lui-même, aura atteint, suivant l'axe des Complexi-tés...la limite du Monde. Et c'est alors que, si l'on veut donner suite à l'Expérience, il paraît inévitable d'envisager dans cette direction, pour clore le Phénomène, l'émergence finale de la pensée terrestre dans ce que j'ai appelé le Point Oméga."

(in "L'activation de l'énergie" 1942)

 

CONCLUSION :

UNE CONSCIENCE PLANÉTAIRE, MYTHE OU RÉALITÉ ?

-Les "instruments" sont là :

- institutions politiques et sociales progressivement mieux adaptées

- vision planétaire

- moyens techniques

- Tout dépend de l'homme

de son goût d'exister

de la perception qu'il a de l'œuvre en cours

du développement des forces d'union (re-liantes...) telles que proposées par la Foi

 

 

table des exposés

 

  Evangile de la perdition ou évolution créatrice

Confrontation Edgar Morin - Teilhard de Chardin

(Lectures et commentaires J.S. Abbatucci)

  Pourquoi Edgar Morin ?

C'est un philosophe- sociologue majeur de cette fin de siècle

C'est un penseur "planétaire" comme Teilhard de Chardin

C'est un positiviste, représentatif de l'attitude scientifique moderne la plus répandue

Edgar Morin suit, une cinquantaine d'années après Teilhard, sans jamais y faire référence, une démarche assez semblable bien qu'elle aboutisse à des conclusions très différentes.

- Cosmos en évolution.

- Nous en sommes partie intégrante et notre destin lui est lié.

- L'évolution se fait vers la complexité, l'homme et la société humaine en étant l'expression la plus accomplie.

- Constitution progressive d'une humanité planétaire et d'une conscience terrienne, d'une "psychosphère" (cf la noosphère, qu'il ne nomme pas).

- Risque de fragmentation, de parcellisation de la pensée, à cause du développement des langages spécialisés liés notamment au développement jugé aveugle et incontrôlé de la technoscience.

Mais aussi :

- Effets pervers de l'ère planétaire qui a débuté avec la découverte du nouveau monde et qui se caractérise par l'occidentalisation du monde, la mondialisation des idées, de l'économie et des guerres.

- Entrée en agonie de la planète ? (explosion démographique, dérèglement économique, crise écologique et crise du développement).

 Edgar Morin "Terre-Patrie", Seuil 1993

 "...Nous sommes perdus dans le cosmos....Ce cosmos formidable est lui même voué à la perdition. Il est né, donc mortel...Notre Soleil, qui succède à deux ou trois autres soleils défunts, se consumera.

 ....L'homme est là par hasard, "dans un univers où le chaos est à l'œuvre".

...Tous les vivants sont jetés dans la vie sans l'avoir demandé, sont promis à la mort sans l'avoir désiré. Ils vivent entre néant et néant, le néant d'avant, le néant d'après, entourés de néant pendant.

...Ce ne sont pas seulement les individus qui sont perdus , mais, tôt ou tard, l'humanité, puis les ultimes traces de vie, plus tard la Terre.....Notre monde est voué à la perdition. Nous sommes perdus..."

 ..La vie, la conscience, l'amour, la vérité, la beauté sont éphémères.

 ...Ces émergences merveilleuses supposent des organisations d'organisations, des chances inouïes, et elles courent sans cesse des risques mortels. Pour nous, elles sont fondamentales, mais elles n'ont pas de fondement . Rien n'a de fondement absolu, tout procède en dernière ou en première instance du sans-nom, du sans-forme.

 ...Tout est dans la circonstance, et tout ce qui naît est promis à la mort ....

 ...L'amour et la conscience mourront. Rien n'échappera à la mort. Il n'y a pas de salut dans le sens des religions... "

 L'évangile de la perdition

 "Voilà la mauvaise nouvelle : nous sommes perdus.

 S'il y a un évangile, c'est-à-dire une bonne nouvelle, elle doit partir de la mauvaise : nous sommes perdus, mais nous avons un toit, une maison, une patrie : la petite planète où la vie s'est créé un jardin, où les humains ont formé leur foyer , où désormais l'humanité doit reconnaître sa maison commune."

 "Ce n'est pas la Terre promise, ce n'est pas le paradis terrestre. C'est notre patrie, le lieu de notre communauté de destin de vie et de mort terrienne.

Nous devons cultiver notre jardin, ce qui veut dire civiliser la Terre."

 L'évangile des hommes perdus et de la Terre-Patrie nous dit : soyons frères, non parce que nous serons sauvés, mais parce que nous sommes perdus. Soyons frères, pour vivre authentiquement notre communauté de destin de vie et de mort terriennes. Soyons frères, parce que nous sommes solidaires les uns des autres dans l'aventure inconnue."

Parce que nous avons besoin, pour poursuivre l'hominisation et civiliser la Terre, d'une force communicante et communiante... Il faut un élan, religieux dans ce sens, pour opérer dans nos esprits la reliance entre les humains, qui elle-même stimule la volonté de relier les problèmes les uns aux autres.

 Si l'évangile des hommes perdus et de la Terre-Patrie pouvait donner vie à une religion, ce serait une religion qui serait en rupture avec les religions de salut céleste comme avec les religions de salut terrestre, avec les religions à dieux comme avec les idéologies ignorant leur nature religieuse.

Mais ce serait une religion qui pourrait comprendre les autres religions et les aider à retrouver leur source. L'évangile de l'anti-salut peut coopérer avec l'évangile du salut justement sur la fraternité qui leur est commune."

Teilhard de Chardin "L'Energie Humaine", Seuil, 1962. (Textes 1930 -1940)

"Aujourd'hui, à la suite d'un renversement rapide d'équilibre.., nous commençons à nous apercevoir que l'Homme-individuel est devenu, pour une part, le subordonné de son œuvre. Non seulement la machine, le champ, l'or - mais des organes considérés primitivement comme de simple luxe, ou de pures curiosités (tels les moyens de circulation rapide, les laboratoires de recherche...) sont devenus des espèces de choses autonomes, doués d'une vie exigeante et illimitée. - Et le plus inquiétant (le seul inquiétant, faudrait-il dire) c'est que cette prolifération paraît se faire sans ordre, - à la manière d'un tissu qui pullule au point d'étouffer, sous un néoplasme, l'organisme sur lequel il est né.- La crise est manifeste du point de vue économique et industriel. Mais elle sévit également dans les zones intellectuelles, et elle affecte la masse humaine elle-même. Trop de fer, trop de blé, trop d'automobiles; - mais encore trop de livres, trop d'observations; - et aussi trop de diplômes, de techniciens et de manœuvres, - ou même trop d'enfants. Le monde ne peut fonctionner sans produire des vivants, de la nourriture, des idées. Mais sa production dépasse de plus en plus évidemment, son pouvoir de consommer et d'assimiler.... Le Monde, en croissant, est-il condamné à mourir....étouffé sous son propre poids?...

Mais aussi :

"Appuyé sur ce que m'ont appris, depuis cinquante ans, la Religion et la Science, j'ai cherché ici à émerger....Voici ce que j'ai cru apercevoir... Ce que j'ai vu d'abord, c'est que l'Homme seul peut servir à l'Homme pour déchiffrer le monde"...

 Il faut accepter ce que la Science nous dit, à savoir que l'Homme est né de la Terre.

Mais, plus logiques que les savants qui nous parlent, il nous faut aller jusqu'au bout de la leçon : c'est-à-dire accepter que l'Homme soit né tout entier du Monde,-non pas seulement ses os, sa chair,- mais son incroyable pouvoir de penser. Considérons-le sans le minimiser, comme un Phénomène. C'est ipso facto , la face de l'Univers qui va se trouver changée."

 Au niveau humain, l'hésitation n'est plus permise : il nous faut décider, en vertu même des perspectives générales de l'Evolution, à faire dans la Physique de l'Univers une place spéciale aux puissances de conscience, de spontanéité, d'improbabilité, que représente la vie. Il le faut : autrement , l'Homme demeure inexpliqué,- mis au ban d'un Cosmos dont il fait évidement partie...

 ...La vie apparaît clairement.. comme la trace d'un processus universel...

...Non, le cosmos ne saurait être interprété comme une poussière d'éléments inconscients, sur lesquels efflorirait incompréhensiblement la Vie, - comme un accident ou une moisissure. Mais il est, fondamentalement et premièrement, vivant; et toute son histoire n'est, au fond, qu'une affaire psychique immense : le lent, mais progressif rassemblement d'une conscience diffuse....

 Ainsi, notre pensée a choisi : la genèse de l'esprit est un phénomène cosmique: et le Cosmos consiste en cette genèse même.

... Toute la question, en cette crise de naissance, c'est que promptement émerge l'âme qui, par son apparition, viendra organiser, alléger, vitaliser cet amas de matière confuse. Or cette âme, si elle existe, ne peut être que la "conspiration" des individus, s'associant pour élever d'un nouvel étage l'édifice de la Vie. Les ressources dont nous disposons aujourd'hui, les puissances que nous avons déchaînées, ne sauraient être absorbées par le système étroit des cadres individuels ou nationaux qui ont servis jusqu'ici les architectes de la Terre humaine. Notre plan était d'élever une grande maison, plus vaste, mais pareille pour le dessin aux bonnes vieilles demeures....

...L'âge des nations est passé. Il s'agît pour nous, si nous ne voulons pas périr , de secouer les anciens préjugés, et de construire la Terre. 

Par "Sens de la Terre", il faut entendre le sens passionné de la destinée commune qui entraîne, toujours plus loin, la fraction pensante de la Vie..."

..Notre conscience....découvre enfin que la seule Unité humaine vraiment naturelle et réelle est l'Esprit de la Terre...

 L'Amour est la plus universelle, la plus formidable, et la plus mystérieuse des énergies cosmiques...

Par l'Incarnation, Dieu est descendu dans la nature pour la sur-animer et la ramener à Lui : voilà le dogme chrétien dans sa substance. En soi ce dogme peut s'accommoder de bien des représentations diverses du monde expérimental....Ne trouve-t-il pas son climat le mieux approprié dans les larges perspectives montantes d'un univers entraîné par l'Esprit?"

Quelques jalons dans l'œuvre de Teilhard

L'esprit-matière

continuum esprit matière

l'étoffe de l'univers 

La loi de complexité-conscience

le pas de la réflexion

le pas de la socialisation

l'union différencie

• La force de centration : l'amour

"attrait de l'être pour l'être"

(cinquième force fondamentale ?)

• Cosmogénèse = noogénèse 

• Christogénèse : le plérôme

le corps du Christ - "Par lui, avec lui, en lui.."

Jean-Paul II : "Entrez dans l'espérance"

 .. "La création a été donnée à l'homme. Elle lui a été confiée non pour être une source de souffrance, mais pour constituer le fondement d'une existence créatrice dans le monde. Un homme qui croit en la bonté originelle des créatures est capable de pénétrer tous les secrets de la création afin de perfectionner continuellement l'œuvre qui lui a été confiée par Dieu. Celui qui accepte la Révélation, et en particulier l'Evangile, n'offre d'espace à aucune espèce de nirvâna , d'apathie ou de résignation. Au contraire, un grand défi est proposé à l'homme: celui de perfectionner tout ce qui est créé, que ce soit lui-même ou le monde"

Gaudium et spes (Concile Vatican II)

 "Le monde dont il s'agit est celui des hommes, la famille humaine tout entière avec l'univers au sein duquel elle vit. C'est le théâtre où se joue l'histoire du genre humain, le monde marqué par l'effort de l'homme, ses défaites et ses victoires...

..pour qu'il soit transformé selon le dessein de Dieu et qu'il parvienne ainsi à son accomplissement."

H. Reeves (Dernières nouvelles du cosmos - Seuil 1994)

"Les lois possédaient déjà, dès les premiers temps, la capacité de donner naissance à la complexité, à la vie et à la conscience...Un univers régi par des lois, disons "quelconques", n'engendre pas d'observateur."

 "L'extraordinaire efficacité des mathématiques, inventées par le cerveau humain, à décrire certains aspects du monde réel a toujours été pour le physicien un motif d'émerveillement.

D'où vient à l'esprit humain l'aptitude à créer des concepts aussi performants ?...Rappelant que le cerveau humain est le fruit de l'évolution cosmique régie par les lois de la physique, il faudrait supposer que cette origine lui en assure , d'une façon mystérieuse, une connaissance innée"

N'est-ce pas la même prémonition mystérieuse qui a inspiré les Pères de l'Eglise et notamment Saint Irénée en lui faisant apercevoir que l'homme, c'est-à-dire l'esprit, est lié à la matière dans un processus de transfiguration qui le mène , avec l'ensemble de la création - dont il demeure solidaire dans la gloire comme dans la chute - jusqu'à leur achèvement.

 Une "programmatique" ? (R. Chauvin) Une onde d'information nous porte dès l'origine.

• complexification de la matière

lois de la physique

• hypercomplexification du vivant

lois de la biologie

 E. Morin :

L'information organisationnelle doit être considérée tantôt comme une mémoire, tantôt comme un message, tantôt comme un programme ou plutôt comme tout cela à la fois.

Elle introduit un concept inconnu de la physique, inséparable de l'organisation et de la complexité biologique.. et qui opère l'entrée dans la science de l'état spirituel qui ne pouvait trouver place que dans la métaphysique.

 Que faire ?

 Edgar Morin - (Terre-Patrie) :

"Et pourtant c'est dans le cosmos qu'il faut situer notre plainte et notre destin, nos méditations, nos idées, nos aspirations, nos craintes, nos volontés."

Pour diriger la marche de l'humanité, il lui faut une religion dans le sens re-ligere , re-lier, c'est à dire lui redonnant la cohésion qui lui est nécessaire. 

"L'homme doit devenir non le pilote, mais le copilote de la Terre...

"La Terre doit commander par la vie, l'homme doit commander par la conscience"

Robert Muller (ancien Secrétaire Général Adjoint de l'ONU) :"La prochaine tâche de l'humanité sera de déterminer les lois cosmiques qui doivent régler notre comportement sur cette planète"

Erika Erdmann (Humankind advancing, 1994):

Teilhard..."est un fanal qui peut nous diriger hors du chaos qui nous entoure, le chaos de nos certitudes perdues. Il dépasse la foi en la science qui manque d'un idéal à atteindre, et il dépasse la foi religieuse qui manque de bases factuelles objectives. Il combine le meilleur des deux..."

 Conclusion : "N'ayez pas peur"

Tout se passe comme si une grande œuvre de création - l'évolution créatrice - était en cours dans l'univers.

Si l'on extrapole le processus observé jusqu'ici, l'évolution devrait se poursuivre, en ce qui concerne l'humanité, par une "complexification croissante", vers plus de conscience - de spiritualité - c'est-à-dire vers plus de personnalisation dans une Unité supérieure.

Mais tout n'est pas joué. Cela demande la coopération de l'homme, libre et responsable, qui est capable du meilleur comme du pire. D'où la nécessité d'une morale. Pour l'individu, le succès - le salut - est de participer à cette œuvre de création. A la morale traditionnelle, de type juridique, doit s'ajouter une morale de mouvement. Il ne suffit plus d'interdire, il faut promouvoir, il faut construire, il faut "re-lier".

Quant à la "foi" scientiste, matérialiste, Teilhard affirme ("Les directions de l'avenir" 1948 ):

..." Et il y a aussi la masse des nouveaux croyants en l'Humanité, pour qui l'Évangile n'est qu'un dangereux opium. Mais comment ne voient-ils pas, ceux-là, que sans le Christianisme, le Monde devient deux fois irrespirable.

Irrespirable d'abord parce qu'il se ferme désespérément en avant, face à une mort totale. et irrespirable aussi, parce qu'aucune chaleur vivante n'est plus là pour animer son mécanisme effrayant".

 "...Il y a au fond deux classes d'esprits, et deux seulement : les uns qui ne dépassent (ni ne sentent le besoin de dépasser) la perception du multiple.....et les autres, pour qui la perception de ce multiple s'achève forcément dans quelqu'unité... De l'une d'entre elles a-t-on le droit de déclarer qu'elle est « la vraie »? ... Je suis amené à penser que l'homme possède, en vertu même de sa condition « d'être dans le Monde », un sens spécial qui lui découvre, d'une manière plus ou moins confuse, le Tout dont il fait partie.... En fait, rien, dans l'immense et polymorphe domaine de la Mystique (religieuse, poétique, sociale et scientifique) ne s'explique sans l'hypothèse d'une telle faculté.. "

" A mon sens, le phénomène religieux, pris dans son ensemble, n'est rien moins que.... de la conscience et de l'action humanitaire collective en voie de développement.... "

Extraits de « Comment je crois »

 "Plus on est fidèle aux invitations analytiques de la pensée et de la science contemporaines, plus on se sent emprisonné dans le réseau des liaisons cosmiques.

Par la critique de la Connaissance, le sujet se trouve identifié toujours davantage avec les plus lointains domaines d'un Univers qu'il ne saurait percevoir qu'en étant partiellement un même corps avec lui.

Par la Biologie ... le vivant est mis de plus en plus en série avec la trame entière de la biosphère.

Par la Physique, une homogénéité et une solidarité sans limite se découvrent dans les nappes de la Matière"

 "Ainsi, du travail patient, prosaïque, mais accumulé, des savants de toutes catégories, est sortie spontanément la plus impressionnante manifestation du Tout qu'on pouvait concevoir.... L'Univers dans sa totalité et son unité, s'impose inéluctablement aujourd'hui à nos préoccupations."

"....Pour le croyant, aussi bien que pour tout homme qui voit et qui pense, l'Univers se découvre avec une unité organique, une cohérence, une urgence, un éclat qui brûleraient les yeux sous les paupières les mieux closes. Comment le Chrétien pourrait-il vivre coupé de la sève qui alimente le sentiment religieux fondamental de l'Humanité? Comment adorerait-il tranquillement son Père des Cieux, tant que l'enveloppe, comme une immense tentation, l'influence, l'ombre de l'universelle et mouvante réalité cosmique?....

 "Notre royauté consiste à servir, comme des atomes intelligents, l'œuvre engagée dans l'Univers" (Teilhard)

table des exposés
 

 

Hasard, fractales, chaos, complexité et universalité

 
Claude Henri Pesquet
 
"Je n'attribue à la nature ni difformité, ni ordre ou confusion. C'est seulement du point de vue de notre imagination que nous disons que les choses sont belles ou désagréables à voir, ordonnées ou chaotiques." Baruch Spinoza

Le monde qui nous entoure apparaît d'une effarante diversité et complexité. La Science croit qu'il y a quelque chose de simple derrière tout ce fatras. La simple observation de phénomènes naturels, tels que la diffusion, la percolation ou la formation des éclairs, suggère une analogie entre des géomètres complexes. La géométrie traditionnelle, dite Euclidienne, est tout à la fois fondamentale et cependant incapable de nous fournir une approche effective de cette complexité du monde. La géométrie fractale, au contraire nous fournit une approche et une mesure commune de ces formes complexes.

Jusqu'à la fin des années 1960, la démarche scientifique consistait à comprendre le microscopique et à calculer le macroscopique à partir de ce microscopique. Les aspects non expliqués au niveau macroscopique étaient alors tributaires de phénomènes dit de hasard. En 1972 Philip Anderson écrit."La capacité de tout réduire à des lois fondamentales simples n'implique pas la capacité de partir de ces lois et de reconstruire l'univers." Cette reconnaissance des limites de l'approche réductionniste marquait une évolution vers des approches holistiques. Le développement de la géométrie fractale correspond à ce changement d'approche.

On définit par fractale un objet dont la géométrie peut être décrite par une dimension non entière. La géométrie de ces entités à dimension non entière s'applique à des objets aussi variés que le chou-fleur, la côte de la Bretagne, la structure des poumons ou l'architecture des plantes. Elle permet également de comprendre l'organisation de molécules complexes (ADN) ou encore la distribution des galaxies.

Les fractales peuvent intervenir dans des domaines d'échelle très variée, du sub-microbique à la répartition des galaxies. La géométrie fractale met en évidence une symétrie fondamentale, la symétrie de dilatation ou invariance d'échelle. Il est possible de classer les exemples correspondants en plusieurs catégories:

Les phénomènes aléatoires. La géométrie fractale est la géométrie du calcul des probabilités ce qui permet l'élargissement du calcul des probabilités à la géométrie de la réalisation d'une suite d'évènements aléatoires.

L'étude des itérations, utilisées pour l'étude des systèmes dynamiques non linéaires. Il est raisonnable de se demander s'il existe une association entre non linéaire et fractales, entre fractales aléatoire et fractales de systèmes dynamiques? La répartition fractale des galaxies dans l'univers est-elle le reste d'une turbulence passée?

Les phénomènes d'interfaces où apparaissent les grandes surfaces d'échange et la notion de robustesse des échangeurs fractals. peut-être un résultat de la sélection naturelle.

Les phénomènes d'amortissement des structures fractales

Les phénomènes de percolation d'invasion avec épuisement

 Les fractales nous montrent le chemin d'une nouvelle universalité. Cette universalité est la manifestation d'une structure sous-jacente commune à des phénomènes ou à des situations physiques apparemment différents. Notre qualité de croyant nous fait apercevoir dans cette universalité une preuve supplémentaire de l'organisation immanente de notre monde.

Les questions éventuelles, sur ce sujet, peuvent être adressées à pesquet@club-internet.fr

 Bibliographie:

 universalité et fractales, Bernard Sapoval, Flammarion, Paris 1997

Fractals and Scaling in Finance: Discontinuity, Concentration, Risks, B. Mandelbrot, Springer Verlag 1997

Neural Networks and pattern recognition, C.M. Bishop, Oxford University press, 1995

The ages of Gaia: A biography of our living earth, J.E. Lovelock, Commonwealth fund books program, 1995

Strange attractors: Creating patterns in chaos, J.C. Sprott, M&T books, New York 1994

Complexity: The emerging science at the edge of Order and Chaos, M.M. Waldrop, Touchstone books, 1993

Chaos and fractals, New frontiers in Science, H.O. Peitgen, Springer-Verlag, 1992

Physique et structures fractales, J.-F. Gouyet, Masson, Paris 1992

Formes fractales, E. Guyon et H. EugËne Stanley, Elsevier/North Holland, 1991

Hasard et Chaos, David Ruelle, Editions Odile Jacob, Paris 1991

Chaos: Making of a new Science, J. Gleick, Penguin (USA), 1988

Les objets fractals, forme, hasard et dimension, B. Mandelbrot, Flammarion, Paris 1975

table des exposés
 
 
La place de l'homme dans l'évolution et son avenir
 
Jacques Séverin Abbatucci (exposé fait à l'occasion de la Session Internationale de Caen, nov. 98)
 
La masse entière de l'univers est en évolution et l'homme en fait partie.L'évolution se fait dans le sens de la plus grande complexité. L'homme, par son cerveau, est le sommet de cette complexité. Selon la relation liant complexité et conscience l'homme est l'être dont le psychisme est le plus développé dans la biosphère. Son intelligence lui donne le pouvoir d'intervenir sur le processus évolutif. Il peut être considéré comme le point culminant de l'évolution, conduisant à un nouveau pas de complexité et de conscience, la noosphère, étant attiré par un foyer de convergence transcendant, le point oméga. Son avenir est dans la réalisation de cet état de conscience extrême.
 Voir texte in-extenso dans Tribune libre
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Teilhard et Zundel,

Anny Bée

Notes prises au cours d'un colloque sur Teilhard - Zundel à Paris en janvier 1999.

Il est précisé, dès le départ de la conférence, présidée par le président de l'association Teilhard de Chardin et par le président de l'association Zundel, qu'il n'est pas question de comparer Teilhard de Chardin à Zundel car ils ne sont pas comparables mais simplement de faire connaître ces deux visionnaires du XXe siècle . Nous verrons qu'il y a, cependant, un certain nombre de points communs entre ces deux penseurs..

Le colloque était plus axé sur la spiritualité que sur la science. Zundel, d'origine suisse, n'est pas un scientifique, contrairement à Teilhard de Chardin. L'un comme l'autre ont été mis, en 47-48, à l'index de l'église pour leurs propos en désaccord avec ceux de l'église de l'époque. Des personnes présentes dans la salle, ayant connu Zundel, ont témoigné dans le sens que c'était un personnage fascinant , faisant grande impression. Teilhard de Chardin a beaucoup écrit, c'était un écrivain quelque peu théoricien alors que Zundel était un prêcheur, écrivant peu. Il luttait contre l'idée d'un Dieu lointain mais pour un Dieu proche de l'homme, au service de l'homme. Parler de Dieu sans vivre de Dieu c'est le pire des athéismes disait Zundel. Le pape Paul VI, qui l'appréciait, l'a appelé en 1972 pour présider le carême au Vatican. Le pape disait de lui que c'était une des plus grandes figures du XXe siècle. Zundel est mort en 1975 à l'âge de 78 ans.

Teilhard de Chardin comme Zundel était passionné par la nature. Zundel écrit : « Notre symbiose avec la nature comporte, outre le versant tourné vers notre parenté animale, le versant tourné vers ce point d'émergence où nous sommes délivrés de notre pesanteur par une Rencontre qui ouvre en nous un espace illimité... L'univers matériel ne cautionne pas un pur matérialisme. Ses énergies peuvent stimuler les nôtres et se fondre avec elles en l'expérience libératrice où il cesse de constituer pour nous une limite et une contrainte ... Quel est le sens de l'Univers, de l'atome à la galaxie, où commence son histoire et comment ? A partir de notre aujourd'hui, quelle en sera la suite et la fin ? N'est-il pas présomptueux de poser de telles questions tant que nous n'avons pas su donner un sens à notre vie ? » (Hymne a la Joie de M.Zundel). Pensée assez proche de celle de Teilhard de Chardin. L'approche de la vérité, par contre est assez différente chez ces deux philosophes. Chez Teilhard de Chardin c'est la cohérence, la pensée réfléchie basée sur des résultats scientifiques. Zundel écrit : « ne serait-ce pas du coté de l'inconscient, avec toutes les résonances affectives où il retentit, plutôt que du coté de la raison qu'il faudrait chercher le secret de l'homme et du monde ? ». La vérité, pour Zundel, c'est quelqu'un que l'on rencontre. Quant on rencontre le Christ on n'a jamais fini de le découvrir.

Zundel était très attiré par la pauvreté à l'image du Christ.; Il avait des convictions mais restait très humble. Zundel n'a jamais rencontré Teilhard de Chardin mais il était passionné par le Phénomène Humain. Il était pénétré par l'évangile, prêchait l'amour de Dieu pour tous les hommes alors que Teilhard de Chardin dépassait l'évangile, il allait au delà, vers le Dieu cosmique. L'un comme l'autre ont le sens poétique. On ne peut pas parler de Dieu sans parler de l'homme et inversement. Touts deux affirment l'universalité du Christianisme et ont une recherche transdisciplinaire : c'est une anthropologie ouverte, l'homme est au centre. Ils ont l'un et l'autre une grande préoccupation sociale. Dieu rassemble, unifie. Ils ont enfin en commun une parole libérée, courageuse. Ils ont toujours essayé d'être honnête avec eux-mêmes. Pour Zundel, le vrai problème d'aujourd'hui c'est de répondre à la question : pourquoi vivons nous ? qu'est-ce que l'homme ? L'homme ne peut se comprendre qu'en partant de l'intérieur de lui-même et à l'intérieur de lui-même il découvre Dieu. Dieu est au dedans de nous, de chacun de nous. Par contre Teilhard de Chardin, dans Le Phénomène Humain, a une vision évolutive de l'humanité qui tend vers le Christ universel.

Pour Zundel, l'évolution n'est pas un phénomène important, pour Teilhard de Chardin c'est une notion fondamentale pour comprendre le sens de la vie.

En conclusion, Teilhard de Chardin et Zundel, deux grandes figures du XXe siècle, sont des chrétiens engagés partageant un certain nombre d'idées mais ayant des approches différentes de la vérité. Teilhard de Chardin a une approche logique, raisonnée, scientifique avec un souci de cohérence alors que Zundel a une approche inspirée, révélée, évangélique. L'un comme l'autre puisent à une même source, à savoir le Christ vivant.

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Teilhard et Bergson

Jean-Louis Dumas

Il paraît normal de rechercher une parenté entre la vision teilhardienne et l'intuition bergsonienne, toutes deux animées du sens de l'évolution. Teilhard avait lu et médité Bergson.

Mais une difficulté vient de ce que Teilhard a approfondi une même vision du monde, alors que Bergson a évolué : au temps de l'évolution créatrice, il est « une sorte de néoplatonicien; à partir de 1936, c'est un philosophe d'inspiration chrétienne » ( R.Violette).

Les deux auteurs sont d'abord les héritiers du XIXe siècle, qui est celui de Darwin. Ils luttent contre le matérialisme mécaniste, réconcilient les deux idées de « création » et d'« évolution » et réintroduisent franchement la dimension du temps. Bergson lance le thème de l'élan vital, jaillissement, puissance créatrice de formes et d'espèces. Sa retombée c'est la matière, geste créateur qui se défait. Bergson et Teilhard sont d'accord pour identifier la vie et la conscience, et enfin pour voir en l'homme la flèche de l'univers. Bergson insiste sur le surgissement de personnalités d'exception, les initiateurs moraux et les « mystiques complets ». Il conclut, comme Teilhard, que « Dieu est amour, et il est objet d'amour: tout l'apport du mysticisme est là » (Les Deux Sources, p.267).

Mais si l'univers Teilhardien monte, l'univers Bergsonien est chute et divergence. Bergson analyse et distingue, multiplie les oppositions : esprit et matière, instinct et intelligence, intuition et raison, alors que Teilhard synthétise. « L'univers de Teilhard acquiert la cohérence d'une symphonie classique, l'univers Bergsonien ressemblerait à une rhapsodie romantique » (M. Barthelèmy-Madaule).

Teilhard évoque « la domination universelle et cosmique du Verbe incarné ». Bergson s'arrête au seuil du christianisme. Il semblerait donc que « l'assurance de Teilhard et l'expectative Bergsonienne ne puissent engendrer le même dynamisme; et pourtant, nous devons nous rendre aux textes: nous assistons en fin de compte, au triomphe, chez ces deux penseurs, de la confiance, de la joie, de la sérénité, sur le mal et sur l'angoisse ». (M.Barthélémy-Madaule).

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Science et sens. A propos du livre de Thierry Magnin

Jean Robillard

 
A première vue le langage du théologien est différent du langage scientifique. Après réflexion, ils ne sont pas tellement différente et peut conduire à une recherche de dialogue entre Science et Théologie.
Aujourd'hui le lien entre théorie et expérience devient plus flou: les théories de l'évolution avec les polémiques qu'elles engendrent entre scientifiques en sont le plus bel exemple.
 
Pour le scientifique comme pour le théologien les représentations laissent souvent apparaître des contradictions c'est à dire deux affirmations qui s'excluent mutuellement et pourtant acceptées. En physique classique, par ex., une particule ne peut à la fois être onde ou corpuscule bien qu'elle se comporte tantôt comme l'une tantôt comme l'autre.
En théologie, le chrétien est un, mais il est à la fois corps et âme et donc de nature binaire. Le chrétien est invité à porter sa croix pour atteindre au bonheur, on pourrait estimer qu'il y a contradiction entre "la Croix" et le "Bonheur". Le Dieu de la Bible n'est ni personnel ni impersonnel: il est les deux à la fois "Je suis celui qui est". De nombreux autres exemples, tant dans le domaine scientifique que dans celui de la théologie , sont évoqués par le Dr Robillard.
 
Ces analogies entre science et théologie, en dehors de toute confusion ou de concordisme devrait faciliter le dialogue entre le scientifique et le croyant. La représentation de Dieu ( en théologie) et celle de la nature (en science) présente ainsi de fortes analogies.

Pour le chrétien, c'est par "la révélation" que l'homme a une représentation de Dieu, tandisque c'est par son intelligence que l'homme a une représentation de "la nature" mais cette intelligence, elle, lui vient de Dieu puisque l'homme a été "créé par Dieu à son image".

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LA SAINTE MATIÈRE
 
Jacques Séverin Abbatucci
 
La matière, pierre de touche de la "réalité", est l'objet d'une nouvelle approche par la science qui en rend le concept très abstrait. La matière, c'est de l'énergie. Mais c'est aussi de l'information. Les principes organisationnels sont devenus au moins aussi importants pour la description et la compréhension de la Réalité que les éléments constitutifs classiquement considérés comme "briques fondamentales". L'accent se déplace de "1'objet" vers 1'"événement", de la substance vers l'énergie, de la "structure" vers "l'organisation" (Nicolescu). L'abstraction est une composante de la Réalité.

La "réalité" biologique pousse à un degré supérieur l'état d'organisation et d'information de la matière. Chez le vivant, celui-ci est en perpétuelle évolution. Le substrat de l'être vivant est immatériel. Il repose en effet sur l'interaction, de nature électromagnétique, entre les éléments constitutifs des atomes séparés par un vide immense à leur échelle. En outre chaque élément est solidaire des éléments de tout l'univers. Il "n'est définissable qu'en fonction de son influence sur tout ce qui est autour de lui - et réciproquement, il ne se définit qu'en fonction de tout ce qui l'entoure" (Teilhard) L'esprit ne peut être dissocié de la "réalité". Une interprétation, même positiviste, de l'Univers doit, pour être satisfaisante, couvrir le dedans, aussi bien que le dehors des choses, - l'esprit autant que la matière. "La vraie Physique est celle qui parviendra, quelque jour, à intégrer l'Homme total dans une représentation cohérente du monde." (Teilhard) La matière est engagée, comme l'esprit, dans la grande œuvre de la Création. On ne peut l'en dissocier sans que s'écroule la logique de la cosmogénèse et que la foi de Teilhard a si bien devinée dans une démarche qui est celle d'un authentique scientifique. La physique moderne réhabilite s'il le fallait la noblesse de la matière. Dans la foi du croyant, elle est destinée à participer, dans l'abstraction que nous lui découvrons, à l'éternité de la Création

 (Texte complet : voir Tribune Libre)

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LE SENS SPIRITUEL de la RECHERCHE
 
Jacques S. Abbatucci
 
Présentation et discussions à propos de "Science et Christ" (Tome IX de l'édition du Seuil)
La réunion est articulée autour d'extraits de textes de Teilhard sélectionnés qui font l'objet de commentaires et de discussions.
 
" La Recherche est la forme sous laquelle se dissimule et opère le plus intensément, dans la nature autour de nous, le pouvoir créateur de Dieu. À travers notre recherche, de l'être nouveau, un surcroît de conscience émerge dans le monde.
Pas de foi chrétienne réellement vive si celle-ci n'atteint et ne soulève pas, dans son mouvement ascensionnel, la totalité du dynamisme spirituel humain... Le Règne du Christ, auquel nous nous sommes voués, ne saurait s'établir, dans la lutte ou dans la paix, que sur une terre portée, par toutes les voies de la technique et de la pensée, à l'extrême de son humanisation. C'est par le jeu de notre raison et de notre bon sens que nous reconnaissons et rencontrons la volonté de Dieu. " (IX, p.259).
 
On peut souligner la situation conflictuelle, encore de nos jours, entre la science et la religion. Le doute est toujours présent dans les esprits. Cette atmosphère de confusion, cet état de "basses eaux idéologiques" succède aux grandes idéologies de naguère : communisme, collectivisme, humanisme classique élevant en absolu la valeur de la personne humaine, etc..
 
Le corpus de la pensée de Teilhard est d'une étonnante pertinence à la fois dans sa perspective scientifique et dans sa vision chrétienne de l'homme et de la création. La valeur scientifique des travaux de Teilhard de Chardin est reconnue par ses pairs. Une chaire au Collège de France lui a été proposée. Sa foi a été démontrée par sa vie : ne lui a-t-il pas sacrifié de justes ambitions scientifiques ?
 
Pour Teilhard, le monde n'est pas fixé, il est en cosmogénèse. Il se dirige vers sa prochaine étape, la noosphère. .En outre, l'homme peut agir désormais sur l'évolution. La génétique, dont Teilhard avait pressenti les développements, n'est-elle pas au centre de nos préoccupations actuelles ?
 
La religion doit s'adapter à ce grand mouvement de fond. " Définitivement et pour toujours, on peut le croire, l'Univers s'est manifesté à notre génération comme un tout organique, en marche vers toujours plus de liberté et de personnalité. Par ce fait même, la seule Religion que l'Humanité désire et puisse admettre désormais est une religion capable de justifier, d'assimiler et d'animer le progrès cosmique tel qu'il se dessine dans l'ascension de l'humanité. " La science seule ne peut découvrir le Christ, mais le Christ comble les voeux qui naissent dans notre coeur à l'école de la science. L'homme a un besoin de connaissance.
 
Mgr André Dupleix, dans son remarquable petit livre 'Prier quinze jours avec Pierre Teilhard de Chardin' éditions Nouvelle Cité, 1994) montre bien le problème et la direction que l'on doit chercher : " S'il y a des remises en cause réciproques, elles se font dans le respect des ordres et des finalités : expérimentale pour la science, symbolique pour la religion, encore que le dialogue ouvert entre les deux permette une extension de leurs domaines propres. En ce sens la science traverse de plus en plus le champ symbolique, et le point de vue de la religion ou de la foi s'étend à la réalité globale de l'univers. Les deux démarches ne s'excluent pas et doivent se rejoindre, non seulement sur le terrain objectif de la recherche mais à l'intérieur de chaque homme qui s'interroge sur sa propre vie et sur la destinée universelle… On doit être scientifique et croyant en une même attitude de foi, synthèse de l'expérience et de l'adhésion, de la technique et de l'Amour. Tout chercheur est devenu aujourd'hui par exigence fonctionnelle un croyant en 'l'En-Avant', un voué à l''Ultra-Humain' "
 

Enfin, pour terminer, cette citation éblouissante de St Paul: " Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l'unité dans la foi et à la vraie connaissance du fils de Dieu, à l'état de l'homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ.. Alors, nous ne serons plus comme des enfants, nous laissant secouer et mener à la dérive par tous les courants d'idées, au gré des hommes… Au contraire, en vivant dans la vérité de l'amour, nous grandirons dans le Christ pour nous élever en tout jusqu'à Lui, car il est la tête. Et par Lui, dans l'harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux connexions internes qui le maintiennent, (le soulignement est du présentateur) selon l'activité qui est à la mesure de chaque membre. Ainsi le corps se construit dans l'Amour. " (Lettre aux Ephésiens(4,1-13).

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Le Groupe d'Etude Teilhard de Chardin en 1965

Chantal Adigard

Le cercle Teilhard de Chardin de la paroisse universitaire de Caen était de création récente lorsque j'ai participé à ses activités durant les années 1965-1966 et 1966-1967. Je me rappelle que nous avions étudié entre autres Le phénomène humain par la préparation personnelle et la mise en commun de nos réflexions sous la direction de notre aumônier. Ce cercle avait reçu des feuilles polycopiées du groupe d'étude Teilhard de Chardin de Lille fondé au début de 1964. J'ai retrouvé ces feuilles dans mes papiers en venant m'installer à Mathieu. Elles contenaient une méthode de travail, des résumés de conférences, des bibliographies.

La comparaison entre l'approche révélée par ces feuilles et l'approche actuelle de la pensée de Teilhard permet de voir combien un des thèmes retenus il y a trente-cinq ans - La recherche de Teilhard et ce qu'elle peut apporter à tous - est toujours d'actualité, et peut être considéré comme la question qui anime les membres de tous les groupes aujourd'hui encore. Des points comme les relations entre la Révélation et la science ou les relations entre la pensée de Teilhard et le marxisme soulèvent moins de débats de nos jours. Par contre, les avancées de la recherche et la mondialisation viennent donner une sorte de confirmation aux idées de Teilhard. Enfin, l'amour et l'éducation sont des thèmes qui ont gardé toute leur actualité. Comme il y a 35 ans, le Bulletin est l'organe de liaison qui apporte des articles de fond sur les thèmes actuels. Il est aussi le reflet de l'activité des divers groupes. La participation de chacun fait peut-être aujourd'hui, à côté de l'étude traditionnelle du texte, une plus grande place au domaine du vécu personnel.

Teilhard, vivant de sa foi, a donné un nom à l'énergie qui nous anime, nous attire, nous fait aspirer à l'unité. Chaque génération puise dan sa grande synthèse les chemins de sa convergence vers l'Oméga.

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