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Compte
rendu des réunions
Réunions
du Groupe d'Étude Teilhard de Chardin de Basse
Normandie
Lieu des
réunions : Mairie de Mathieu (14920) tel
0231451460
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Janvier 2000
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CH Pesquet et JS
Abbatucci
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Internet, le réseau
interconnecté planétaire. Nouveau pas
évolutif pour l'humanité?

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Novembre 1998
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Jacques S.
Abbatucci
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Place de
l'homme dans l'évolution 
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25 juin
1999
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Anny
Bée
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Teilhard et
Zundel 
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Jean-Louis
Dumas
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Teilhard et
Bergson 
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9
décembre 1999
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Jean
Robillard
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Science et sens.
A propos du livre de Thierry Magnin

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21 janvier
2000
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Jacques
Séverin Abbatucci
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La Sainte
Matière 
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31 mars
2000
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Xavier
Sallantin
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Informatisation
planétaire et logiciel de la création
(voir Site
)
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9 juin
2000
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Jacques S.
Abbatucci
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Le Sens
Spirituel de la Recherche

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13 septembre
2000
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Chantal
Adigard
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Le Groupe
d'Etude Teilhard de Chardin en 1965

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Jacques S.
Abbatucci
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Teilhard et le
Cyberespace 
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24 novembre
2000
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Michel
Godefroid
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L'athéisme
purificateur

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Jean-Louis
Dumas
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Teilhard de
Chardin et la morale

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8 octobre 1999
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Père André
Picard
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Teilhard de
Chardin,
témoin et éducateur de la Foi

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22 septembre
2001
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Armelle de la
Tribouille
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La Pensée de Teilhard
: un Sens pour l'Avenir 
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19 octobre
2001
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Suzanne
Robinet
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Lecture et discussion sur un
extrait
de "Comment je crois" 
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Jean-Paul
Sibbille
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Une Prémonition de
l'Internet (écrite entre 1941
&1951)

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23 nov. 2001
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Raoul Giret
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La Personne Humaine au Cœur
de l'Avenir de l'Homme 
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23 nov. 2002
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J. S.
Abbatucci
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T.d.C., homme de foi et de
science à la recherche de l'Unité

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10 oct. 2003
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Père Raoul
Prigent
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Teilhard et Vatican II

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11. déc.
2003
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J. S.
Abbatucci
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Ut Unum sint. La Foi
du père Teilhard 
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17 juin 2004
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Georges
Ordonnaud
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Teilhard
prophète et précurseur - Ses intuitions
mondiales 
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7 octobre 2004
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Père Raoul
Prigent
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Méditation sur "Le
Milieu Divin" 
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13 janvier
2005
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Monique Drouet
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Reflexions sur "L'Eternel
Féminin 
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15 mars 2005
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Père André
Picard
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Réflexions sur
Teilhard de Chardin 
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7 juillet 2005
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Monique Drouet
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Teilhard et le "sublime"

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6 avril 2006
|
Monique Drouet
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La solidarité,
condition de l'évolution 
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23 novembre
2006
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Remo Vescia
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Teilhard-Zunde, ambassadeyurs
de l'impossible 
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19 octobre
2006
|
André de
Peretti
|
Réflexions sur une
énergétique personnelle et sociale

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18 janvier
2007
|
Monique Drouet
|
La question de
l'immortalité chez Teilhard 
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| 5 janvier 2007 |
Monique Drouet |
Digressions sur la mondialisation  |
Association
Nationale
- Pour tout renseignement
s'adresser à l'Association des Amis du père Teilhard
de Chardin, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, à Paris (75005) Tel
0143311855.
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RÉSUMÉS
DES EXPOSÉS
(ou
textes complets)
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L'ÉMERGENCE
D'UNE CONSCIENCE PLANÉTAIRE
:
MYTHE OU
RÉALITÉ ?
ACTUALITÉ ET
URGENCE DE LA QUESTION
- Croissance exponentielle de la
population mondiale
- Nécessaire
économie de notre milieu de vie
- Préservation de ce qui
fait la valeur de l'homme :
respect de la personne
humaine
primauté de
l'esprit
- Marasme moral et chaos
psychologique actuels
Désespérance.
Parallèlement
:
- Explosion des techniques de
communication
toute-puissance des
médias (télévision,
multimédia, réseau internet)
- capables du meilleur et du
pire, comme tout ce qui tient à l'homme
"Y-a-t-il encore un pilote dans
l'avion ?"
(B.
de Saint-Vincent, Le Figaro, 25/9/96 -
déjà -)
LES ECHECS, LE MAL,
LA DOULEUR...
"....Pour un observateur
parfaitement clairvoyant, et qui regarderait depuis
longtemps, de très haut, la Terre, notre
planète apparaîtrait d'abord bleue de
l'oxygène qui l'entoure; puis verte de la
végétation qui la recouvre; puis
lumineuse - toujours plus lumineuse- de la
Pensée qui s'intensifie à sa surface;
mais sombre - toujours plus sombre -d'une souffrance
qui croît en quantité et en acuité
au même rythme que monte la Conscience au cours
des âges.....
Oui, plus l'Homme devient
homme, plus s'incruste et s'aggrave - dans sa chair,
dans ses nerfs, dans son esprit - le problème
du Mal : du Mal à comprendre, du Mal à
subir....
Au sein du vaste processus
d'arrangement d'où émerge la Vie, tout
succès, nous nous en apercevons, se paye
nécessairement d'un large pourcentage
d'insuccès....
...de ce point de vue, la
douleur, sous toutes ses formes et à tous ses
degrés, ne serait (au moins partiellement)
qu'une suite naturelle du mouvement même par
lequel nous sommes engen-drés."
Préface
à " L'énergie spirituelle de la
souffrance" de Marguerite-Marie Teilhard de
Chardin, janvier 1950
RECHERCHE DE
REPERES
Malraux : "Le XXIème
siècle sera religieux - mystique - spiritualiste
(?) ou ne sera pas"
Vaclav Havel : "Seule une vision
spiritualisée - cosmique dans ses dimensions et
globale dans son objectif- peut sauver la
civilisation."
Edgar Morin : "Il faut un
élan, religieux dans ce sens, pour opérer
dans nos esprits la reliance entre les humains, qui
elle-même stimule la volonté de relier les
problèmes les uns aux autres."
Albert Einstein : "On devrait
s'attendre à un monde chaotique, or ce monde est
saisissable par notre intelligence
ordonnatrice"
SCIENCE ET FOI SONT
COMPLÉMENTAIRES
J.J. CAUBET : "Notre
époque exige une adhésion collective
à la vérité objective.Un langage
commun à la science et à la religion est en
train de naître."
POUR LE THÉOLOGIEN : il y
a finalité parce qu'une intelli-gence
créatrice est à l'origine des
choses
POUR LE SAVANT :
l'évolution physique et astrophysique
(cosmogénèse) est gestation
d'intelligence.
QUELQUES JALONS
DANS L'ŒUVRE DE TEILHARD
• l'Univers est en
création continue
(cosmogénèse)
• L'évolution de
l'univers se fait vers une complexité
croissante
• La substance de l'univers
(étoffe de l'univers) est faite de matière
(d'énergie) et d'esprit (« dedans des choses
»)
• La complexité,
centrée sur un projet, crée de la
conscience (loi de complexité
conscience)
• Donc :
La Cosmogénèse est
une noogénèse (création d'esprit, de
conscience)
L'hominisation se poursuit dans
l'homme « sociétal » (l'homme
nouveau)
"Béni
soit celui qui vient au nom du Seigneur")
• La force de
cohésion , c'est l'amour, « attrait de
l'être pour l'être »
LA
COMPLEXITÉ MÈNE À LA
CONSCIENCE
- Non pas seulement la
PENSÉE mais la CONSCIENCE
Conscience = pensée
réfléchie (centrée)
et non pas
pensée chaotique, issue
d'un ensemble non centré
de cellules
("paquet de neurones") d'individus (foule)
- Un conglomérat de
pensées individuelles ne fait pas une conscience
collective.
- Pensée
réfléchie : l'être pensant "sait
qu'il sait", il a le sens de la durée, du
passé, de l'avenir, il a le sens de sa
responsabilité, (notion de bien et de
mal)
- Selon TDC, la pensée
réfléchie est le fruit d'une "centration"
autour d'un projet commun aux éléments
pensants. Toute complexité organisée
crée un surcroît de conscience. Pour
l'individu : son corps, son Moi (son âme). Pour un
groupe d'individus, ce que l'on peut appeler
l'idéal collectif (famille, équipe, nation,
etc.)
LA
NOOSPHÈRE
"Le moment semble venu
où, sous la pression irrésistible de
déterminations géographiques,
biologiques, politiques, sociales, accumulées
à un ordre planétaire, des fragments
(d'humanité encore isolés) doivent se
souder et se combiner, cette opération totale
coïncidant avec l'éveil, par dessus les
esprits nationaux que nous connaissons encore, d'un
véritable Esprit de la Terre.
Un nouvel ordre de
conscience émergeant d'un nouvel ordre de
complexité organisée. Une
hyper-synthèse de l'humanité sur elle
même.
En toute
objectivité, aussi froidement qu'un physicien
devant les mondes démesurés qui sortent
inexorablement de ses calculs, je ne vois pas (quoi
que puisse protester une certaine forme de sens
commun) qu'il soit possible d'interpréter la
marche ac-tuelle du Phénomène humain, en
cohérence avec la marche
gé-nérale du Monde, sans aboutir
à des perspectives aussi fantasti-ques que
cela."
"....droit devant nous
dans le Temps, quelque sommet d'Hominisation existe
nécessairement, sommet dont, à en juger
par l'énorme quantité d'Humain
inarrangé qui nous entoure en-core, nous
pouvons garantir que, par rapport à nous, il se
trouve extrêmement haut dans la conscience sinon
aussi éloigné dans le Temps que nous
serions tentés de le
supposer..."
"...il faut
reconnaître que la probabilité monte
rapidement à l'horizon d'un point critique de
maturation où l'Homme complè-tement
réfléchi, non seulement
individuellement, mais collecti-vement, sur
lui-même, aura atteint, suivant l'axe des
Complexi-tés...la limite du Monde. Et c'est
alors que, si l'on veut donner suite à
l'Expérience, il paraît inévitable
d'envisager dans cette direction, pour clore le
Phénomène, l'émergence finale de
la pensée terrestre dans ce que j'ai
appelé le Point Oméga."
(in "L'activation de
l'énergie" 1942)
CONCLUSION :
UNE CONSCIENCE
PLANÉTAIRE, MYTHE OU RÉALITÉ
?
-Les "instruments" sont
là :
- institutions politiques et
sociales progressivement mieux adaptées
- vision
planétaire
- moyens techniques
- Tout dépend de
l'homme
de son goût
d'exister
de la perception qu'il a de
l'œuvre en cours
du développement des
forces d'union (re-liantes...) telles que
proposées par la Foi
|
-
table
des exposés
-
Evangile
de la perdition ou évolution
créatrice
Confrontation
Edgar Morin - Teilhard de Chardin
(Lectures et commentaires
J.S. Abbatucci)
Pourquoi Edgar Morin
?
C'est un philosophe-
sociologue majeur de cette fin de siècle
C'est un penseur
"planétaire" comme Teilhard de
Chardin
C'est un positiviste,
représentatif de l'attitude scientifique
moderne la plus répandue
Edgar Morin suit, une
cinquantaine d'années après Teilhard, sans
jamais y faire référence, une
démarche assez semblable bien qu'elle aboutisse
à des conclusions très
différentes.
- Cosmos en
évolution.
- Nous en sommes partie
intégrante et notre destin lui est
lié.
- L'évolution se fait
vers la complexité, l'homme et la
société humaine en étant
l'expression la plus accomplie.
- Constitution progressive
d'une humanité planétaire et d'une
conscience terrienne, d'une "psychosphère" (cf
la noosphère, qu'il ne nomme pas).
- Risque de fragmentation, de
parcellisation de la pensée, à cause du
développement des langages
spécialisés liés notamment au
développement jugé aveugle et
incontrôlé de la
technoscience.
Mais aussi :
- Effets pervers de
l'ère planétaire qui a
débuté avec la découverte du
nouveau monde et qui se caractérise par
l'occidentalisation du monde, la mondialisation des
idées, de l'économie et des
guerres.
- Entrée en agonie de
la planète ? (explosion démographique,
dérèglement économique, crise
écologique et crise du
développement).
Edgar Morin
"Terre-Patrie", Seuil 1993
"...Nous sommes
perdus dans le cosmos....Ce cosmos formidable est lui
même voué à la perdition. Il est
né, donc mortel...Notre Soleil, qui
succède à deux ou trois autres soleils
défunts, se consumera.
....L'homme est
là par hasard, "dans un univers où le
chaos est à l'œuvre".
...Tous les vivants sont
jetés dans la vie sans l'avoir demandé,
sont promis à la mort sans l'avoir
désiré. Ils vivent entre néant et
néant, le néant d'avant, le néant
d'après, entourés de néant
pendant.
...Ce ne sont pas seulement
les individus qui sont perdus , mais, tôt ou
tard, l'humanité, puis les ultimes traces de
vie, plus tard la Terre.....Notre monde est
voué à la perdition. Nous sommes
perdus..."
..La vie, la
conscience, l'amour, la vérité, la
beauté sont
éphémères.
...Ces
émergences merveilleuses supposent des
organisations d'organisations, des chances
inouïes, et elles courent sans cesse des risques
mortels. Pour nous, elles sont fondamentales, mais
elles n'ont pas de fondement . Rien n'a de fondement
absolu, tout procède en dernière ou en
première instance du sans-nom, du
sans-forme.
...Tout est dans la
circonstance, et tout ce qui naît est promis
à la mort ....
...L'amour et la
conscience mourront. Rien n'échappera à
la mort. Il n'y a pas de salut dans le sens des
religions... "
L'évangile de
la perdition
"Voilà la
mauvaise nouvelle : nous sommes perdus.
S'il y a un
évangile, c'est-à-dire une bonne
nouvelle, elle doit partir de la mauvaise : nous
sommes perdus, mais nous avons un toit, une maison,
une patrie : la petite planète où la vie
s'est créé un jardin, où les
humains ont formé leur foyer , où
désormais l'humanité doit
reconnaître sa maison commune."
"Ce n'est pas la Terre
promise, ce n'est pas le paradis terrestre. C'est
notre patrie, le lieu de notre communauté de
destin de vie et de mort terrienne.
Nous devons cultiver notre
jardin, ce qui veut dire civiliser la
Terre."
L'évangile des
hommes perdus et de la Terre-Patrie nous dit : soyons
frères, non parce que nous serons
sauvés, mais parce que nous sommes perdus.
Soyons frères, pour vivre authentiquement notre
communauté de destin de vie et de mort
terriennes. Soyons frères, parce que nous
sommes solidaires les uns des autres dans l'aventure
inconnue."
Parce que nous avons besoin,
pour poursuivre l'hominisation et civiliser la Terre,
d'une force communicante et communiante... Il faut un
élan, religieux dans ce sens, pour
opérer dans nos esprits la reliance entre les
humains, qui elle-même stimule la volonté
de relier les problèmes les uns aux
autres.
Si l'évangile
des hommes perdus et de la Terre-Patrie pouvait donner
vie à une religion, ce serait une religion qui
serait en rupture avec les religions de salut
céleste comme avec les religions de salut
terrestre, avec les religions à dieux comme
avec les idéologies ignorant leur nature
religieuse.
Mais ce serait une religion
qui pourrait comprendre les autres religions et les
aider à retrouver leur source.
L'évangile de l'anti-salut peut coopérer
avec l'évangile du salut justement sur la
fraternité qui leur est commune."
Teilhard de Chardin "L'Energie
Humaine", Seuil, 1962. (Textes 1930 -1940)
"Aujourd'hui, à
la suite d'un renversement rapide
d'équilibre.., nous commençons à
nous apercevoir que l'Homme-individuel est devenu,
pour une part, le subordonné de son œuvre.
Non seulement la machine, le champ, l'or - mais des
organes considérés primitivement comme
de simple luxe, ou de pures curiosités (tels
les moyens de circulation rapide, les laboratoires de
recherche...) sont devenus des espèces de
choses autonomes, doués d'une vie exigeante et
illimitée. - Et le plus inquiétant (le
seul inquiétant, faudrait-il dire) c'est que
cette prolifération paraît se faire sans
ordre, - à la manière d'un tissu qui
pullule au point d'étouffer, sous un
néoplasme, l'organisme sur lequel il est
né.- La crise est manifeste du point de vue
économique et industriel. Mais elle
sévit également dans les zones
intellectuelles, et elle affecte la masse humaine
elle-même. Trop de fer, trop de blé, trop
d'automobiles; - mais encore trop de livres, trop
d'observations; - et aussi trop de diplômes, de
techniciens et de manœuvres, - ou même
trop d'enfants. Le monde ne peut fonctionner sans
produire des vivants, de la nourriture, des
idées. Mais sa production dépasse de
plus en plus évidemment, son pouvoir de
consommer et d'assimiler.... Le Monde, en croissant,
est-il condamné à
mourir....étouffé sous son propre
poids?...
Mais aussi :
"Appuyé sur ce que
m'ont appris, depuis cinquante ans, la Religion et la
Science, j'ai cherché ici à
émerger....Voici ce que j'ai cru apercevoir...
Ce que j'ai vu d'abord, c'est que l'Homme seul peut
servir à l'Homme pour déchiffrer le
monde"...
Il faut accepter ce que
la Science nous dit, à savoir que l'Homme est
né de la Terre.
Mais, plus logiques que les
savants qui nous parlent, il nous faut aller jusqu'au
bout de la leçon : c'est-à-dire accepter
que l'Homme soit né tout entier du Monde,-non
pas seulement ses os, sa chair,- mais son incroyable
pouvoir de penser. Considérons-le sans le
minimiser, comme un Phénomène. C'est
ipso facto , la face de l'Univers qui va se trouver
changée."
Au niveau humain,
l'hésitation n'est plus permise : il nous faut
décider, en vertu même des perspectives
générales de l'Evolution, à faire
dans la Physique de l'Univers une place
spéciale aux puissances de conscience, de
spontanéité, d'improbabilité, que
représente la vie. Il le faut : autrement ,
l'Homme demeure inexpliqué,- mis au ban d'un
Cosmos dont il fait évidement
partie...
...La vie
apparaît clairement.. comme la trace d'un
processus universel...
...Non, le cosmos ne saurait
être interprété comme une
poussière d'éléments
inconscients, sur lesquels efflorirait
incompréhensiblement la Vie, - comme un
accident ou une moisissure. Mais il est,
fondamentalement et premièrement, vivant; et
toute son histoire n'est, au fond, qu'une affaire
psychique immense : le lent, mais progressif
rassemblement d'une conscience diffuse....
Ainsi, notre
pensée a choisi : la genèse de l'esprit
est un phénomène cosmique: et le Cosmos
consiste en cette genèse même.
... Toute la question, en
cette crise de naissance, c'est que promptement
émerge l'âme qui, par son apparition,
viendra organiser, alléger, vitaliser cet amas
de matière confuse. Or cette âme, si elle
existe, ne peut être que la "conspiration" des
individus, s'associant pour élever d'un nouvel
étage l'édifice de la Vie. Les
ressources dont nous disposons aujourd'hui, les
puissances que nous avons
déchaînées, ne sauraient
être absorbées par le système
étroit des cadres individuels ou nationaux qui
ont servis jusqu'ici les architectes de la Terre
humaine. Notre plan était d'élever une
grande maison, plus vaste, mais pareille pour le
dessin aux bonnes vieilles demeures....
...L'âge des nations
est passé. Il s'agît pour nous, si nous
ne voulons pas périr , de secouer les anciens
préjugés, et de construire la
Terre.
Par "Sens de la Terre", il
faut entendre le sens passionné de la
destinée commune qui entraîne, toujours
plus loin, la fraction pensante de la
Vie..."
..Notre
conscience....découvre enfin que la seule
Unité humaine vraiment naturelle et
réelle est l'Esprit de la Terre...
L'Amour est la plus
universelle, la plus formidable, et la plus
mystérieuse des énergies
cosmiques...
Par l'Incarnation, Dieu est
descendu dans la nature pour la sur-animer et la
ramener à Lui : voilà le dogme
chrétien dans sa substance. En soi ce dogme
peut s'accommoder de bien des représentations
diverses du monde expérimental....Ne
trouve-t-il pas son climat le mieux approprié
dans les larges perspectives montantes d'un univers
entraîné par l'Esprit?"
Quelques jalons dans l'œuvre
de Teilhard
•
L'esprit-matière
continuum esprit
matière
l'étoffe de
l'univers
• La loi de
complexité-conscience
le pas de la
réflexion
le pas de la
socialisation
l'union
différencie
• La force de
centration : l'amour
"attrait de l'être
pour l'être"
(cinquième force
fondamentale ?)
•
Cosmogénèse =
noogénèse
•
Christogénèse : le
plérôme
le corps du Christ - "Par
lui, avec lui, en lui.."
Jean-Paul II : "Entrez dans
l'espérance"
.. "La
création a été donnée
à l'homme. Elle lui a été
confiée non pour être une source de
souffrance, mais pour constituer le fondement d'une
existence créatrice dans le monde. Un homme qui
croit en la bonté originelle des
créatures est capable de pénétrer
tous les secrets de la création afin de
perfectionner continuellement l'œuvre qui lui a
été confiée par Dieu. Celui qui
accepte la Révélation, et en particulier
l'Evangile, n'offre d'espace à aucune
espèce de nirvâna , d'apathie ou de
résignation. Au contraire, un grand défi
est proposé à l'homme: celui de
perfectionner tout ce qui est créé, que
ce soit lui-même ou le monde"
Gaudium et spes (Concile
Vatican II)
"Le monde dont il
s'agit est celui des hommes, la famille humaine tout
entière avec l'univers au sein duquel elle vit.
C'est le théâtre où se joue
l'histoire du genre humain, le monde marqué par
l'effort de l'homme, ses défaites et ses
victoires...
..pour qu'il soit
transformé selon le dessein de Dieu et qu'il
parvienne ainsi à son
accomplissement."
H. Reeves (Dernières
nouvelles du cosmos - Seuil 1994)
"Les lois
possédaient déjà, dès les
premiers temps, la capacité de donner naissance
à la complexité, à la vie et
à la conscience...Un univers régi par
des lois, disons "quelconques", n'engendre pas
d'observateur."
"L'extraordinaire
efficacité des mathématiques,
inventées par le cerveau humain, à
décrire certains aspects du monde réel a
toujours été pour le physicien un motif
d'émerveillement.
D'où vient à
l'esprit humain l'aptitude à créer des
concepts aussi performants ?...Rappelant que le
cerveau humain est le fruit de l'évolution
cosmique régie par les lois de la physique, il
faudrait supposer que cette origine lui en assure ,
d'une façon mystérieuse, une
connaissance innée"
N'est-ce pas la même
prémonition mystérieuse qui a
inspiré les Pères de l'Eglise et notamment
Saint Irénée en lui faisant apercevoir que
l'homme, c'est-à-dire l'esprit, est lié
à la matière dans un processus de
transfiguration qui le mène , avec l'ensemble de
la création - dont il demeure solidaire dans la
gloire comme dans la chute - jusqu'à leur
achèvement.
Une "programmatique" ?
(R. Chauvin) Une onde d'information nous porte
dès l'origine.
• complexification
de la matière
lois de la
physique
• hypercomplexification
du vivant
lois de la
biologie
E. Morin
:
L'information
organisationnelle doit être
considérée tantôt comme une
mémoire, tantôt comme un message,
tantôt comme un programme ou plutôt comme
tout cela à la fois.
Elle introduit un concept
inconnu de la physique, inséparable de
l'organisation et de la complexité biologique..
et qui opère l'entrée dans la science de
l'état spirituel qui ne pouvait trouver place
que dans la métaphysique.
Que faire
?
Edgar Morin
- (Terre-Patrie) :
"Et pourtant c'est dans le
cosmos qu'il faut situer notre plainte et notre
destin, nos méditations, nos idées, nos
aspirations, nos craintes, nos
volontés."
Pour diriger la marche de
l'humanité, il lui faut une religion dans le
sens re-ligere , re-lier, c'est à dire lui
redonnant la cohésion qui lui est
nécessaire.
"L'homme doit devenir non le
pilote, mais le copilote de la Terre...
"La Terre doit commander par
la vie, l'homme doit commander par la
conscience"
Robert Muller (ancien
Secrétaire Général Adjoint de
l'ONU) :"La prochaine tâche de l'humanité
sera de déterminer les lois cosmiques qui
doivent régler notre comportement sur cette
planète"
Erika Erdmann
(Humankind advancing, 1994):
Teilhard..."est un fanal qui
peut nous diriger hors du chaos qui nous entoure, le
chaos de nos certitudes perdues. Il dépasse la
foi en la science qui manque d'un idéal
à atteindre, et il dépasse la foi
religieuse qui manque de bases factuelles objectives.
Il combine le meilleur des deux..."
Conclusion : "N'ayez pas
peur"
Tout se passe comme si une
grande œuvre de création -
l'évolution créatrice - était en
cours dans l'univers.
Si l'on extrapole le processus
observé jusqu'ici, l'évolution devrait se
poursuivre, en ce qui concerne l'humanité, par une
"complexification croissante", vers plus de conscience -
de spiritualité - c'est-à-dire vers plus de
personnalisation dans une Unité
supérieure.
Mais tout n'est pas joué.
Cela demande la coopération de l'homme, libre et
responsable, qui est capable du meilleur comme du pire.
D'où la nécessité d'une morale. Pour
l'individu, le succès - le salut - est de
participer à cette œuvre de création.
A la morale traditionnelle, de type juridique, doit
s'ajouter une morale de mouvement. Il ne suffit plus
d'interdire, il faut promouvoir, il faut construire, il
faut "re-lier".
Quant à la "foi"
scientiste, matérialiste, Teilhard affirme ("Les
directions de l'avenir" 1948 ):
..." Et il y a aussi la masse
des nouveaux croyants en l'Humanité, pour qui
l'Évangile n'est qu'un dangereux opium. Mais
comment ne voient-ils pas, ceux-là, que sans le
Christianisme, le Monde devient deux fois
irrespirable.
Irrespirable d'abord parce qu'il
se ferme désespérément en avant,
face à une mort totale. et irrespirable aussi,
parce qu'aucune chaleur vivante n'est plus là pour
animer son mécanisme effrayant".
"...Il y a au fond deux
classes d'esprits, et deux seulement : les uns qui ne
dépassent (ni ne sentent le besoin de
dépasser) la perception du multiple.....et les
autres, pour qui la perception de ce multiple
s'achève forcément dans
quelqu'unité... De l'une d'entre elles a-t-on le
droit de déclarer qu'elle est « la vraie
»? ... Je suis amené à penser que
l'homme possède, en vertu même de sa
condition « d'être dans le Monde », un
sens spécial qui lui découvre, d'une
manière plus ou moins confuse, le Tout dont il
fait partie.... En fait, rien, dans l'immense et
polymorphe domaine de la Mystique (religieuse,
poétique, sociale et scientifique) ne s'explique
sans l'hypothèse d'une telle faculté..
"
" A mon sens, le
phénomène religieux, pris dans son
ensemble, n'est rien moins que.... de la conscience et de
l'action humanitaire collective en voie de
développement.... "
Extraits de « Comment je
crois »
"Plus on est fidèle
aux invitations analytiques de la pensée et de la
science contemporaines, plus on se sent emprisonné
dans le réseau des liaisons cosmiques.
Par la critique de la
Connaissance, le sujet se trouve identifié
toujours davantage avec les plus lointains domaines d'un
Univers qu'il ne saurait percevoir qu'en étant
partiellement un même corps avec lui.
Par la Biologie ... le vivant
est mis de plus en plus en série avec la trame
entière de la biosphère.
Par la Physique, une
homogénéité et une solidarité
sans limite se découvrent dans les nappes de la
Matière"
"Ainsi, du travail
patient, prosaïque, mais accumulé, des
savants de toutes catégories, est sortie
spontanément la plus impressionnante manifestation
du Tout qu'on pouvait concevoir.... L'Univers dans sa
totalité et son unité, s'impose
inéluctablement aujourd'hui à nos
préoccupations."
"....Pour le croyant, aussi bien
que pour tout homme qui voit et qui pense, l'Univers se
découvre avec une unité organique, une
cohérence, une urgence, un éclat qui
brûleraient les yeux sous les paupières les
mieux closes. Comment le Chrétien pourrait-il
vivre coupé de la sève qui alimente le
sentiment religieux fondamental de l'Humanité?
Comment adorerait-il tranquillement son Père des
Cieux, tant que l'enveloppe, comme une immense tentation,
l'influence, l'ombre de l'universelle et mouvante
réalité cosmique?....
"Notre royauté
consiste à servir, comme des atomes intelligents,
l'œuvre engagée dans l'Univers"
(Teilhard)
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table
des exposés
-
-
Hasard,
fractales, chaos, complexité et
universalité
-
- Claude Henri
Pesquet
-
- "Je n'attribue à la
nature ni difformité, ni ordre ou confusion. C'est
seulement du point de vue de notre imagination que nous
disons que les choses sont belles ou
désagréables à voir,
ordonnées ou chaotiques." Baruch
Spinoza
Le monde qui nous entoure
apparaît d'une effarante diversité et
complexité. La Science croit qu'il y a quelque chose
de simple derrière tout ce fatras. La simple
observation de phénomènes naturels, tels que
la diffusion, la percolation ou la formation des
éclairs, suggère une analogie entre des
géomètres complexes. La
géométrie traditionnelle, dite Euclidienne,
est tout à la fois fondamentale et cependant
incapable de nous fournir une approche effective de cette
complexité du monde. La géométrie
fractale, au contraire nous fournit une approche et une
mesure commune de ces formes complexes.
Jusqu'à la fin des
années 1960, la démarche scientifique
consistait à comprendre le microscopique et à
calculer le macroscopique à partir de ce
microscopique. Les aspects non expliqués au niveau
macroscopique étaient alors tributaires de
phénomènes dit de hasard. En 1972 Philip
Anderson écrit."La capacité de tout
réduire à des lois fondamentales simples
n'implique pas la capacité de partir de ces lois et
de reconstruire l'univers." Cette reconnaissance des limites
de l'approche réductionniste marquait une
évolution vers des approches holistiques. Le
développement de la géométrie fractale
correspond à ce changement d'approche.
On définit par fractale un
objet dont la géométrie peut être
décrite par une dimension non entière. La
géométrie de ces entités à
dimension non entière s'applique à des objets
aussi variés que le chou-fleur, la côte de la
Bretagne, la structure des poumons ou l'architecture des
plantes. Elle permet également de comprendre
l'organisation de molécules complexes (ADN) ou encore
la distribution des galaxies.
Les fractales peuvent intervenir
dans des domaines d'échelle très
variée, du sub-microbique à la
répartition des galaxies. La géométrie
fractale met en évidence une symétrie
fondamentale, la symétrie de dilatation ou invariance
d'échelle. Il est possible de classer les exemples
correspondants en plusieurs catégories:
Les phénomènes
aléatoires. La géométrie fractale est
la géométrie du calcul des probabilités
ce qui permet l'élargissement du calcul des
probabilités à la géométrie de
la réalisation d'une suite d'évènements
aléatoires.
L'étude des
itérations, utilisées pour l'étude des
systèmes dynamiques non linéaires. Il est
raisonnable de se demander s'il existe une association entre
non linéaire et fractales, entre fractales
aléatoire et fractales de systèmes dynamiques?
La répartition fractale des galaxies dans l'univers
est-elle le reste d'une turbulence passée?
Les phénomènes
d'interfaces où apparaissent les grandes surfaces
d'échange et la notion de robustesse des
échangeurs fractals. peut-être un
résultat de la sélection naturelle.
Les phénomènes
d'amortissement des structures fractales
Les phénomènes de
percolation d'invasion avec épuisement
Les fractales nous montrent
le chemin d'une nouvelle universalité. Cette
universalité est la manifestation d'une structure
sous-jacente commune à des phénomènes
ou à des situations physiques apparemment
différents. Notre qualité de croyant nous fait
apercevoir dans cette universalité une preuve
supplémentaire de l'organisation immanente de notre
monde.
Les questions éventuelles,
sur ce sujet, peuvent être adressées à
pesquet@club-internet.fr
Bibliographie:
universalité et
fractales, Bernard Sapoval, Flammarion, Paris
1997
Fractals and Scaling in Finance:
Discontinuity, Concentration, Risks, B. Mandelbrot, Springer
Verlag 1997
Neural Networks and pattern
recognition, C.M. Bishop, Oxford University press,
1995
The ages of Gaia: A biography of
our living earth, J.E. Lovelock, Commonwealth fund books
program, 1995
Strange attractors: Creating
patterns in chaos, J.C. Sprott, M&T books, New York
1994
Complexity: The emerging science at
the edge of Order and Chaos, M.M. Waldrop, Touchstone books,
1993
Chaos and fractals, New frontiers
in Science, H.O. Peitgen, Springer-Verlag, 1992
Physique et structures fractales,
J.-F. Gouyet, Masson, Paris 1992
Formes fractales, E. Guyon et H.
EugËne Stanley, Elsevier/North Holland, 1991
Hasard et Chaos, David Ruelle,
Editions Odile Jacob, Paris 1991
Chaos: Making of a new Science, J.
Gleick, Penguin (USA), 1988
Les objets fractals, forme, hasard
et dimension, B. Mandelbrot, Flammarion, Paris
1975
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table
des exposés
-
-
-
- La
place de l'homme dans l'évolution et son
avenir
-
- Jacques
Séverin Abbatucci (exposé fait
à l'occasion de la Session Internationale de
Caen, nov. 98)
-
- La
masse entière de l'univers est en
évolution et l'homme en fait
partie.L'évolution se fait dans le sens de la
plus grande complexité. L'homme, par son
cerveau, est le sommet de cette complexité.
Selon la relation liant complexité et
conscience l'homme est l'être dont le psychisme
est le plus développé dans la
biosphère. Son intelligence lui donne le
pouvoir d'intervenir sur le processus évolutif.
Il peut être considéré comme le
point culminant de l'évolution, conduisant
à un nouveau pas de complexité et de
conscience, la noosphère, étant
attiré par un foyer de convergence
transcendant, le point oméga. Son avenir est
dans la réalisation de cet état de
conscience extrême.
Voir
texte in-extenso dans Tribune libre
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Teilhard
et Zundel,
Anny
Bée
Notes prises au cours d'un colloque
sur Teilhard - Zundel à Paris en janvier
1999.
Il est précisé,
dès le départ de la conférence,
présidée par le président de
l'association Teilhard de Chardin et par le président
de l'association Zundel, qu'il n'est pas question de
comparer Teilhard de Chardin à Zundel car ils ne sont
pas comparables mais simplement de faire connaître ces
deux visionnaires du XXe siècle . Nous verrons qu'il
y a, cependant, un certain nombre de points communs entre
ces deux penseurs..
Le colloque était plus
axé sur la spiritualité que sur la science.
Zundel, d'origine suisse, n'est pas un scientifique,
contrairement à Teilhard de Chardin. L'un comme
l'autre ont été mis, en 47-48, à
l'index de l'église pour leurs propos en
désaccord avec ceux de l'église de
l'époque. Des personnes présentes dans la
salle, ayant connu Zundel, ont témoigné dans
le sens que c'était un personnage fascinant , faisant
grande impression. Teilhard de Chardin a beaucoup
écrit, c'était un écrivain quelque peu
théoricien alors que Zundel était un
prêcheur, écrivant peu. Il luttait contre
l'idée d'un Dieu lointain mais pour un Dieu proche de
l'homme, au service de l'homme. Parler de Dieu sans vivre de
Dieu c'est le pire des athéismes disait Zundel. Le
pape Paul VI, qui l'appréciait, l'a appelé en
1972 pour présider le carême au Vatican. Le
pape disait de lui que c'était une des plus grandes
figures du XXe siècle. Zundel est mort en 1975
à l'âge de 78 ans.
Teilhard de Chardin comme Zundel
était passionné par la nature. Zundel
écrit : « Notre symbiose avec la nature
comporte, outre le versant tourné vers notre
parenté animale, le versant tourné vers ce
point d'émergence où nous sommes
délivrés de notre pesanteur par une Rencontre
qui ouvre en nous un espace illimité... L'univers
matériel ne cautionne pas un pur matérialisme.
Ses énergies peuvent stimuler les nôtres et se
fondre avec elles en l'expérience libératrice
où il cesse de constituer pour nous une limite et une
contrainte ... Quel est le sens de l'Univers, de l'atome
à la galaxie, où commence son histoire et
comment ? A partir de notre aujourd'hui, quelle en sera la
suite et la fin ? N'est-il pas présomptueux de poser
de telles questions tant que nous n'avons pas su donner un
sens à notre vie ? » (Hymne a la Joie de
M.Zundel). Pensée assez proche de celle de Teilhard
de Chardin. L'approche de la vérité, par
contre est assez différente chez ces deux
philosophes. Chez Teilhard de Chardin c'est la
cohérence, la pensée réfléchie
basée sur des résultats scientifiques. Zundel
écrit : « ne serait-ce pas du coté de
l'inconscient, avec toutes les résonances affectives
où il retentit, plutôt que du coté de la
raison qu'il faudrait chercher le secret de l'homme et du
monde ? ». La vérité, pour Zundel, c'est
quelqu'un que l'on rencontre. Quant on rencontre le Christ
on n'a jamais fini de le découvrir.
Zundel était très
attiré par la pauvreté à l'image du
Christ.; Il avait des convictions mais restait très
humble. Zundel n'a jamais rencontré Teilhard de
Chardin mais il était passionné par le
Phénomène Humain. Il était
pénétré par l'évangile,
prêchait l'amour de Dieu pour tous les hommes alors
que Teilhard de Chardin dépassait l'évangile,
il allait au delà, vers le Dieu cosmique. L'un comme
l'autre ont le sens poétique. On ne peut pas parler
de Dieu sans parler de l'homme et inversement. Touts deux
affirment l'universalité du Christianisme et ont une
recherche transdisciplinaire : c'est une anthropologie
ouverte, l'homme est au centre. Ils ont l'un et l'autre une
grande préoccupation sociale. Dieu rassemble, unifie.
Ils ont enfin en commun une parole libérée,
courageuse. Ils ont toujours essayé d'être
honnête avec eux-mêmes. Pour Zundel, le vrai
problème d'aujourd'hui c'est de répondre
à la question : pourquoi vivons nous ? qu'est-ce que
l'homme ? L'homme ne peut se comprendre qu'en partant de
l'intérieur de lui-même et à
l'intérieur de lui-même il découvre
Dieu. Dieu est au dedans de nous, de chacun de nous. Par
contre Teilhard de Chardin, dans Le Phénomène
Humain, a une vision évolutive de l'humanité
qui tend vers le Christ universel.
Pour Zundel, l'évolution
n'est pas un phénomène important, pour
Teilhard de Chardin c'est une notion fondamentale pour
comprendre le sens de la vie.
En conclusion, Teilhard de Chardin
et Zundel, deux grandes figures du XXe siècle, sont
des chrétiens engagés partageant un certain
nombre d'idées mais ayant des approches
différentes de la vérité. Teilhard de
Chardin a une approche logique, raisonnée,
scientifique avec un souci de cohérence alors que
Zundel a une approche inspirée,
révélée, évangélique.
L'un comme l'autre puisent à une même source,
à savoir le Christ vivant.
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Teilhard
et Bergson
Jean-Louis
Dumas
Il paraît normal
de rechercher une parenté entre la vision
teilhardienne et l'intuition bergsonienne, toutes deux
animées du sens de l'évolution. Teilhard avait
lu et médité Bergson.
Mais une
difficulté vient de ce que Teilhard a approfondi une
même vision du monde, alors que Bergson a
évolué : au temps de l'évolution
créatrice, il est « une sorte de
néoplatonicien; à partir de 1936, c'est un
philosophe d'inspiration chrétienne » (
R.Violette).
Les deux auteurs sont
d'abord les héritiers du XIXe siècle, qui est
celui de Darwin. Ils luttent contre le matérialisme
mécaniste, réconcilient les deux idées
de « création » et d'«
évolution » et réintroduisent franchement
la dimension du temps. Bergson lance le thème de
l'élan vital, jaillissement, puissance
créatrice de formes et d'espèces. Sa
retombée c'est la matière, geste
créateur qui se défait. Bergson et Teilhard
sont d'accord pour identifier la vie et la conscience, et
enfin pour voir en l'homme la flèche de l'univers.
Bergson insiste sur le surgissement de personnalités
d'exception, les initiateurs moraux et les « mystiques
complets ». Il conclut, comme Teilhard, que « Dieu
est amour, et il est objet d'amour: tout l'apport du
mysticisme est là » (Les Deux Sources,
p.267).
Mais si l'univers
Teilhardien monte, l'univers Bergsonien est chute et
divergence. Bergson analyse et distingue, multiplie les
oppositions : esprit et matière, instinct et
intelligence, intuition et raison, alors que Teilhard
synthétise. « L'univers de Teilhard acquiert la
cohérence d'une symphonie classique, l'univers
Bergsonien ressemblerait à une rhapsodie romantique
» (M. Barthelèmy-Madaule).
Teilhard évoque
« la domination universelle et cosmique du Verbe
incarné ». Bergson s'arrête au seuil du
christianisme. Il semblerait donc que « l'assurance de
Teilhard et l'expectative Bergsonienne ne puissent engendrer
le même dynamisme; et pourtant, nous devons nous
rendre aux textes: nous assistons en fin de compte, au
triomphe, chez ces deux penseurs, de la confiance, de la
joie, de la sérénité, sur le mal et sur
l'angoisse ».
(M.Barthélémy-Madaule).
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Science
et sens. A propos du livre de Thierry
Magnin
Jean
Robillard
-
- A
première vue le langage du théologien
est différent du langage scientifique.
Après réflexion, ils ne sont pas
tellement différente et peut conduire à
une recherche de dialogue entre Science et
Théologie.
- Aujourd'hui
le lien entre théorie et expérience
devient plus flou: les théories de
l'évolution avec les polémiques qu'elles
engendrent entre scientifiques en sont le plus bel
exemple.
-
- Pour
le scientifique comme pour le théologien les
représentations laissent souvent
apparaître des contradictions c'est à
dire deux affirmations qui s'excluent mutuellement et
pourtant acceptées. En physique classique, par
ex., une particule ne peut à la fois être
onde ou corpuscule bien qu'elle se comporte
tantôt comme l'une tantôt comme
l'autre.
- En
théologie, le chrétien est un, mais il
est à la fois corps et âme et donc de
nature binaire. Le chrétien est invité
à porter sa croix pour atteindre au bonheur, on
pourrait estimer qu'il y a contradiction entre "la
Croix" et le "Bonheur". Le Dieu de la Bible n'est ni
personnel ni impersonnel: il est les deux à la
fois "Je suis celui qui est". De nombreux autres
exemples, tant dans le domaine scientifique que dans
celui de la théologie , sont
évoqués par le Dr Robillard.
-
- Ces
analogies entre science et théologie, en dehors
de toute confusion ou de concordisme devrait faciliter
le dialogue entre le scientifique et le croyant. La
représentation de Dieu ( en théologie)
et celle de la nature (en science) présente
ainsi de fortes analogies.
Pour le
chrétien, c'est par "la révélation"
que l'homme a une représentation de Dieu,
tandisque c'est par son intelligence que l'homme a une
représentation de "la nature" mais cette
intelligence, elle, lui vient de Dieu puisque l'homme a
été "créé par Dieu à
son image".
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-
- LA
SAINTE MATIÈRE
-
- Jacques
Séverin Abbatucci
-
- La
matière, pierre de touche de la
"réalité", est l'objet d'une nouvelle
approche par la science qui en rend le concept
très abstrait. La matière, c'est de
l'énergie. Mais c'est aussi de l'information.
Les principes organisationnels sont devenus au moins
aussi importants pour la description et la
compréhension de la Réalité que
les éléments constitutifs classiquement
considérés comme "briques
fondamentales". L'accent se déplace de
"1'objet" vers 1'"événement", de la
substance vers l'énergie, de la "structure"
vers "l'organisation" (Nicolescu). L'abstraction est
une composante de la Réalité.
La
"réalité" biologique pousse à un
degré supérieur l'état
d'organisation et d'information de la matière.
Chez le vivant, celui-ci est en perpétuelle
évolution. Le substrat de l'être vivant
est immatériel. Il repose en effet sur
l'interaction, de nature
électromagnétique, entre les
éléments constitutifs des atomes
séparés par un vide immense à
leur échelle. En outre chaque
élément est solidaire des
éléments de tout l'univers. Il "n'est
définissable qu'en fonction de son influence
sur tout ce qui est autour de lui - et
réciproquement, il ne se définit qu'en
fonction de tout ce qui l'entoure" (Teilhard) L'esprit
ne peut être dissocié de la
"réalité". Une interprétation,
même positiviste, de l'Univers doit, pour
être satisfaisante, couvrir le dedans, aussi
bien que le dehors des choses, - l'esprit autant que
la matière. "La vraie Physique est celle qui
parviendra, quelque jour, à intégrer
l'Homme total dans une représentation
cohérente du monde." (Teilhard) La
matière est engagée, comme l'esprit,
dans la grande œuvre de la Création. On
ne peut l'en dissocier sans que s'écroule la
logique de la cosmogénèse et que la foi
de Teilhard a si bien devinée dans une
démarche qui est celle d'un authentique
scientifique. La physique moderne réhabilite
s'il le fallait la noblesse de la matière. Dans
la foi du croyant, elle est destinée à
participer, dans l'abstraction que nous lui
découvrons, à l'éternité
de la Création
(Texte
complet : voir Tribune Libre)
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-
-
- LE
SENS SPIRITUEL de la
RECHERCHE
-
- Jacques
S. Abbatucci
-
- Présentation
et discussions à propos de "Science et Christ"
(Tome IX de l'édition du Seuil)
- La
réunion est articulée autour d'extraits de
textes de Teilhard sélectionnés qui font
l'objet de commentaires et de discussions.
-
- " La
Recherche est la forme sous laquelle se dissimule et
opère le plus intensément, dans la nature
autour de nous, le pouvoir créateur de Dieu.
À travers notre recherche, de l'être
nouveau, un surcroît de conscience émerge
dans le monde.
- Pas de
foi chrétienne réellement vive si celle-ci
n'atteint et ne soulève pas, dans son mouvement
ascensionnel, la totalité du dynamisme spirituel
humain... Le Règne du Christ, auquel nous nous
sommes voués, ne saurait s'établir, dans la
lutte ou dans la paix, que sur une terre portée,
par toutes les voies de la technique et de la
pensée, à l'extrême de son
humanisation. C'est par le jeu de notre raison et de
notre bon sens que nous reconnaissons et rencontrons la
volonté de Dieu. " (IX, p.259).
-
- On peut
souligner la situation conflictuelle, encore de nos
jours, entre la science et la religion. Le doute est
toujours présent dans les esprits. Cette
atmosphère de confusion, cet état de
"basses eaux idéologiques" succède aux
grandes idéologies de naguère : communisme,
collectivisme, humanisme classique élevant en
absolu la valeur de la personne humaine,
etc..
-
- Le
corpus de la pensée de Teilhard est d'une
étonnante pertinence à la fois dans sa
perspective scientifique et dans sa vision
chrétienne de l'homme et de la création. La
valeur scientifique des travaux de Teilhard de Chardin
est reconnue par ses pairs. Une chaire au Collège
de France lui a été proposée. Sa foi
a été démontrée par sa vie :
ne lui a-t-il pas sacrifié de justes ambitions
scientifiques ?
-
- Pour
Teilhard, le monde n'est pas fixé, il est en
cosmogénèse. Il se dirige vers sa prochaine
étape, la noosphère. .En outre, l'homme
peut agir désormais sur l'évolution. La
génétique, dont Teilhard avait pressenti
les développements, n'est-elle pas au centre de
nos préoccupations actuelles ?
-
- La
religion doit s'adapter à ce grand mouvement de
fond. " Définitivement et pour toujours, on peut
le croire, l'Univers s'est manifesté à
notre génération comme un tout organique,
en marche vers toujours plus de liberté et de
personnalité. Par ce fait même, la seule
Religion que l'Humanité désire et puisse
admettre désormais est une religion capable de
justifier, d'assimiler et d'animer le progrès
cosmique tel qu'il se dessine dans l'ascension de
l'humanité. " La science seule ne peut
découvrir le Christ, mais le Christ comble les
voeux qui naissent dans notre coeur à
l'école de la science. L'homme a un besoin de
connaissance.
-
- Mgr
André Dupleix, dans son remarquable petit livre
'Prier quinze jours avec Pierre Teilhard de Chardin'
éditions Nouvelle Cité, 1994) montre bien
le problème et la direction que l'on doit chercher
: " S'il y a des remises en cause réciproques,
elles se font dans le respect des ordres et des
finalités : expérimentale pour la science,
symbolique pour la religion, encore que le dialogue
ouvert entre les deux permette une extension de leurs
domaines propres. En ce sens la science traverse de plus
en plus le champ symbolique, et le point de vue de la
religion ou de la foi s'étend à la
réalité globale de l'univers. Les deux
démarches ne s'excluent pas et doivent se
rejoindre, non seulement sur le terrain objectif de la
recherche mais à l'intérieur de chaque
homme qui s'interroge sur sa propre vie et sur la
destinée universelle… On doit être
scientifique et croyant en une même attitude de
foi, synthèse de l'expérience et de
l'adhésion, de la technique et de l'Amour. Tout
chercheur est devenu aujourd'hui par exigence
fonctionnelle un croyant en 'l'En-Avant', un voué
à l''Ultra-Humain' "
-
Enfin, pour
terminer, cette citation éblouissante de St Paul: "
Au terme, nous parviendrons tous ensemble à
l'unité dans la foi et à la vraie connaissance
du fils de Dieu, à l'état de l'homme parfait,
à la plénitude de la stature du Christ..
Alors, nous ne serons plus comme des enfants, nous laissant
secouer et mener à la dérive par tous les
courants d'idées, au gré des hommes… Au
contraire, en vivant dans la vérité de
l'amour, nous grandirons dans le Christ pour nous
élever en tout jusqu'à Lui, car il est la
tête. Et par Lui, dans l'harmonie et la
cohésion, tout le corps poursuit sa croissance,
grâce aux connexions internes qui le
maintiennent, (le soulignement est du présentateur)
selon l'activité qui est à la mesure de chaque
membre. Ainsi le corps se construit dans l'Amour. " (Lettre
aux Ephésiens(4,1-13).
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Le
Groupe d'Etude Teilhard de Chardin en 1965
Chantal
Adigard
Le cercle
Teilhard de Chardin de la paroisse universitaire de Caen
était de création récente lorsque
j'ai participé à ses activités
durant les années 1965-1966 et 1966-1967. Je me
rappelle que nous avions étudié entre
autres Le phénomène humain par la
préparation personnelle et la mise en commun de
nos réflexions sous la direction de notre
aumônier. Ce cercle avait reçu des feuilles
polycopiées du groupe d'étude Teilhard de
Chardin de Lille fondé au début de 1964.
J'ai retrouvé ces feuilles dans mes papiers en
venant m'installer à Mathieu. Elles contenaient
une méthode de travail, des résumés
de conférences, des bibliographies.
La
comparaison entre l'approche révélée
par ces feuilles et l'approche actuelle de la
pensée de Teilhard permet de voir combien un des
thèmes retenus il y a trente-cinq ans - La
recherche de Teilhard et ce qu'elle peut apporter
à tous - est toujours d'actualité, et peut
être considéré comme la question qui
anime les membres de tous les groupes aujourd'hui encore.
Des points comme les relations entre la
Révélation et la science ou les relations
entre la pensée de Teilhard et le marxisme
soulèvent moins de débats de nos jours. Par
contre, les avancées de la recherche et la
mondialisation viennent donner une sorte de confirmation
aux idées de Teilhard. Enfin, l'amour et
l'éducation sont des thèmes qui ont
gardé toute leur actualité. Comme il y a 35
ans, le Bulletin est l'organe de liaison qui apporte des
articles de fond sur les thèmes actuels. Il est
aussi le reflet de l'activité des divers groupes.
La participation de chacun fait peut-être
aujourd'hui, à côté de l'étude
traditionnelle du texte, une plus grande place au domaine
du vécu personnel.
Teilhard,
vivant de sa foi, a donné un nom à
l'énergie qui nous anime, nous attire, nous fait
aspirer à l'unité. Chaque
génération puise dan sa grande
synthèse les chemins de sa convergence vers
l'Oméga.
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Teilhard
et le Cyberespace
Jacques
S.
Abbatucci
Présence
de la vision teilhardienne dans le débat politique
mondial. À propos de textes trouvés sur
Internet.
Teilhard,
comme chacun sait, est très présent sur le
réseau mondial. On peut ainsi y découvrir que
le programme du candidat démocrate Al Gore est
très inspiré par la perspective teilhardienne.
Dans son livre "La Terre en balance", Al Gore affirme
que Teilhard nous aide à comprendre l'importance de
la foi pour l'avenir de l'humanité. "Armé
d'une telle foi", écrit-il, "nous pourrons estimer
qu'il est possible de resanctifier la terre, de la
reconnaître comme création de Dieu, et
d'accepter notre responsabilité qui est de la
protéger et de la défendre
Mario Cuomo,
gouverneur de l'Etat de New York, s'inspire également
de Teilhard. "Teilhard a fait de l'esprit de
négativisme un péché. Il nous a
enseigné comment l'univers entier - même avec
la douleur et l'imperfection qu'il contient - est
sacré."
Un article
de Jennifer Cobb Kreisberg,"Un globe se revêtant
d'un cerveau", insiste sur l'importance de l'amour pour
fédérer les énergies humaines Sans
amour, l'avenir serait dominé par un asservissement
à la standardisation et à la technologie...
Cet amour universel doit entraîner chaque membre de la
"famille globale" dans un souci commun de solidarité
et d'ambitions planétaires... Notre grande
tâche morale est de lancer toutes les forces physiques
et affectives de la terre unifiée pour soutenir et
orienter un état de conscience accru. L'esprit n'est
pas un phénomène transitoire ou secondaire
dans le processus d'évolution, mais bien le
phénomène central du processus entier.
Aujourd'hui l'humanité a un grand besoin de "vrais
techniciens et ingénieurs des énergies
spirituelles du monde" lesquelles peuvent se
développer "par le réveil et la convergence
des richesses individuelles de la terre."
Dans un
cosmos en transformation spirituelle, un nouveau mode de
spiritualité est nécessaire, lié
à une "morale de mouvement".
Pour John R.
Malabry, théologien de Californie, dans "Le
Cyberespace et le rêve de Teilhard de Chardin",
Teilhard était un homme possédé d'une
vision rare capable de 'remythologiser' sa foi pour
l'accorder aux faits que ses études scientifiques
l'avaient convaincu d'accepter… Sa vision est
profondément centrée sur la Création,
et elle mérite notre actuelle considération
non seulement parce que sa pensée était
très en avance sur son temps, mais parce que ses
prédictions, qui semblaient si improbables à
son époque, auraient pu rester inaperçues
alors que nous les voyons se manifester proprement sous nos
yeux. Teilhard a été l'un des premiers
à apercevoir l'importance de "ces extraordinaires
machines électroniques, amorce et espoir de la jeune
cybernétique". Le Cyberespace est une
réalité globale, gérée en
réseau, soutenue, accessible et
générée par ordinateur. Il s'agit d'une
réalité multidimensionnelle, artificielle, ou
virtuelle. En ce monde, où chaque écran
d'ordinateur est une fenêtre, la distance
réelle et géographique n'est plus pertinente.
Les objets vus ou entendus ne sont pas physiques ni non
plus, la représentation obligatoire d'objets
physiques, mais sont plutôt dans leur forme, leur
caractère et leur action, faits de données,
d'information pure. Cette information est
dérivée partiellement du monde normal et
physique en activité, mais elle résulte
surtout de l'immense échange de
représentations symboliques, d'images, de sons et de
personnalités qui constituent l'entreprise humaine en
science, art, affaires et culture. On évoque ici les
travaux de Xavier Sallantin sur l'existence d'une
réalité virtuelle doublant notre
réalité.
Rappelons
enfin la définition de Teilhard pour la
noosphère : "Un nouvel ordre de conscience
émergeant d'un nouvel ordre de complexité
organisée. Une hyper synthèse de
l'humanité sur elle même". Ce concept ne
suggère-t-il pas le lien que la neuroscience moderne
établit entre l'hyper complexification
cérébrale et la conscience ?
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L'athéisme
purificateur
par
Michel Godefroid
" Le Diable
et le Bon Dieu ", pièce jouée pour la
première fois en 1950, est une très belle
pièce, mais une pièce à thése de
vulgarisation philosophique. Trois thèmes principaux
sont dégagés, suivis de réflexions en
recul de l'œuvre.
-1 -Le
thème du mal et de la souffrance.
A une
mère éplorée de la mort de son enfant,
suite de la famine occasionnée par le siège de
Worms, le prêtre Heinrich répond d'abord " Dieu
sait plus de choses que tu n'en sais. Ce qui te paraît
un mal est un bien à ses yeux " . Puis, ensuite, il
ajoute " je ne comprends pas. Je ne comprends rien….
il faut croire, croire, croire ". Dérision chez
Sartre, mais il est permis de faire une autre
lecture.
-2- Le
thème de l'engagement et de la solidarité.
On
interpelle ainsi une communauté chrétienne
idéale et pacifiste " Traîtres, vous
voilà démasqués. Si cette guerre
éclate, l'on n'admettra pas que vous soyez
restés neutres pendant que vos frères se
faisaient égorger.. ". " Je ne vous reproche pas
votre bonheur, dit un autre personnage, mais je me sentais
plus à l'aise quand nous étions malheureux
ensemble, car notre malheur était celui de tous les
hommes. Sur cette terre qui saigne, toute joie est
obscène… ".
-3- Le
thème de l'athéisme.
" Pourquoi
fais-tu semblant de parler à Dieu ? Tu sais bien
qu'il ne te répondra pas… ". " Torture les
faibles ou martyrise- toi. Baise une courtisane ou un
lépreux… Dieu s'en fout ". Les
prophètes trichent. Goëtz, un prophète de
la pièce, s'était percé avec un
poignard pour faire croire qu'il avait les stigmates. En
parlant de son option pour la religion, il avoue : " Tout
n'était que mensonge… j'ai fait des gestes..
Dieu est mort… mort ou vivant, il y a longtemps que
je ne me souciais plus de lui ". Goëtz, devenu
athée, dit à sa maîtresse " Comme tu es
vraie depuis qu'il n'est plus ". Il ajoute " j'ai tué
Dieu parce qu'il me séparait des hommes. Je ne
souffrirai pas que ce grand cadavre empoisonne mes
amitiés humaines… Mais, est-il si mort ? ". "
Il me séparait des hommes et voici que sa mort
m'isole encore plus sûrement ". C'est un aveu.
Le livre de
Job nous présentait déjà la discordance
entre le Mal moral et le Mal souffrance. La création
serait-elle un processus et le Mal ne serait-il qu'un chaos
pas encore agencé ? Il est plus simple de penser que
le mal est une aporie. Si le spectacle du Mal et de la
souffrance peut servir d'argument à
l'athéisme, la protestation contre le Mal et la
souffrance est aussi partagée par les croyants.
Certes, Dieu est parfois défendu par de
prétendus prophètes ou des apologistes
insuffisamment convaincants. C'est en ce sens que
l'athéisme est purificateur, mais l'athéisme
présenté ici ne dépasse pas le niveau
des phénomènes. La pièce part d'un
postulat initial, progressivement dévoilé, qui
aboutit au Deus ex machina final avec la découverte
de la mort de Dieu.
Cet
athéisme est-il actuel ? Oui, c'est un
athéisme pragmatique qui ne se soucie pas du vide ou
du non-vide de la physique quantique mais qui est un refus
ou une ignorance de Dieu, plus anti-théisme
qu'athéisme.
Comment
concilier la joie chrétienne et le spectacle de la
misère du monde, pour répondre à la
critique ? La dichotomie du " déjà là "
et du " pas encore " ne peut être saisie que dans le
mystère de l'espérance, car le "
déjà là " n'a de sens que par la
projection vers le devenir du " pas encore ". Dieu ne
peut-être que le " tout autre ". A Moïse, il se
révèle " je suis celui qui es " mais il ne
montre pas sa face. Simone Weil (la philosophe morte en
1943) dit en substance " ne pas croire en Dieu, ne rien
savoir de Dieu, n'aimer en Dieu que son absence afin que le
renoncement à la présence de Dieu soit un
amour absolu, pur et soit le vide qui est plénitude
".
Le mot de
Martin Luther pourrait être pour les uns le mot de la
fin, tandis que, pour les autres, ce serait s'engager dans
une nouvelle problématique. " On cherche Dieu un peu
partout, mais tant qu'on ne le cherche pas en
Jésus-Christ, on ne le trouvera nulle part
".
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Teilhard
de Chardin et la Morale
Jean
Louis Dumas
Si Gabriel
Marcel pouvait mettre Jean-Paul Sartre au défi
d'élaborer une morale, on ne saurait faire un tel
reproche à Pierre Teilhard de Chardin. C'est ce que
je voudrais montrer en prenant pour guide Madeleine
Barthélémy-Madaule, auteur de La Personne et
le drame humain chez Teilhard de Chardin (1967).
La place
de la morale.
Nous pouvons
partir d'un texte de Teilhard de Chardin : " La Morale
peut-elle se passer de soubassements métaphysiques
avoués ou inavoués ? "(1945). La
réponse est :non. Pour lui, " une métaphysique
se double nécessairement d'une morale, et
réciproquement ".
Le
problème de l'action est central. Il puise, dans "
l'inquiétude moderne ", une acuité
singulière. " Jusqu'à l'homme, la vie n'est
pas en danger ". Mais avec l'homme tout est remis en
question. L'homme a " la redoutable faculté de
mesurer ou de critiquer la vie ". Avant l'homme il y a
seulement le mal physique. Avec l'homme apparaissent la
liberté, le mal moral, les valeurs et les
anti-valeurs, la tentation de dire : " à quoi bon ?
".
C'est donc
parce qu'il est inéluctable d'opter sur la conduite
à tenir, qu'il est inéluctable de bâtir
une conception du monde. Cette vision d'ensemble, à
laquelle la morale est liée, est ainsi définie
dans L'Univers personnel :
1°- le
cosmos culmine actuellement dans l'homme, avec la personne
humaine comme centre ;
2°- le
cosmos ne peut culminer en définitive que dans une
personne suprême ;
3°-l'univers
fait partie organique du " personnel ", il tisse peu
à peu les structures de la personne par la
convergence et la centration qui y sont à l'œuvre.
Or, la puissance de centration continue d'opérer dans
la personne : elle la rapproche des autres personnes et les
rattache toutes ensemble au Centre des centres, c'est
à dire à la Personne suprême.
Il nous faut
alors rompre avec certaines habitudes intellectuelles
:
-rupture
d'une liaison prétendue nécessaire entre
l'individuel et le personnel : la personne n'est pas
l'individu (cf. Emmanuel Mounier, Manifeste au service du
personnalisme,1936) ;
-cessation
d'une incompatibilité prétendue
nécessaire entre le personnel et l'universel
;
-aveu que le
personnel par excellence est l'universel : Dieu, centre des
centres, est personnalisant dans la mesure où il est
puissamment unificateur.
Mais, bien
que l'être et l'homme finalement soient
unifiés, Teilhard fait jaillir l'unification d'une
action libre. L'homme opère dans un devenir dynamique
où l'action a quelque chose à faire. Par
suite, il y a chez Teilhard, des vues morales très
explicites, mais fort dispersées.
Les
thèmes de cette morale.
-La
personne :
On trouve
ici un personnalisme de mouvement et de progrès, avec
un très réel souci de
l'intégrité personnelle.
-L'humanité
:
Nous ne
devons pas être des déserteurs , sceptiques sur
l'avenir du monde. " Maître de la joie de vivre
",Teilhard insiste sur la maîtrise des énergies
cosmiques par les découvertes physiques et chimiques,
et sur la croissance des sciences humaines et sociales.
D'où un éveil des responsabilités. Le "
sens humain " établit entre tous les hommes " une
immense et unique communauté d'espoir, d'action et de
foi ", dont l'objet est dans l'avenir. Mais, ici, Teilhard
rencontre le possible conflit de la personne avec la
socialisation . Il rencontre les peurs de l'espèce
humaine : la personne qui se sent broyée, ou " la
termitière au lieu de la Fraternité ".
Mais le
monde n'est pas voué à l'échec. Nous
devons affronter la socialisation, et la transfigurer.
Teilhard condamne l'individualisme et l'isolement.
L'individualisme est le péché contre l'humain,
la rupture de l'unité dans l'espace, et l'arrêt
de l'évolution dans le temps. Mais Teilhard
s'élève aussi contre l'égoïsme
collectif et le racisme.
-Le
progrès :
Il est une
Force, et la plus dangereuse des forces. " Il est la
conscience de tout ce qui est et de tout ce qui se peut ".
Mais il comporte bien des risques. Dans Œuvres,
t.5,p.31,Teilhard met en garde contre l'idolâtrie du
progrès. Mais, dans Œuvres, t.5, p.37, il
exalte la grandeur d' " progrès qui entraîne ou
balaie ceux-là mêmes qui ne veulent pas de lui
".
Les
impératifs
Il y en a
plusieurs, mais le moteur en est l'amour, " l'énergie
la plus puissante ".
-L'amour
:
" L'Esprit
de la terre "(1931) décrit la formidable puissance
animatrice et créatrice de l'amour. " Cette
énergie physico-morale de personnalisation où
se réduisent en définitive toutes les
activités manifestées par l'Etoffe de
l'Univers ", c'est l'amour ( Œuvres,t.6,p.9O). Suivent
des pages sur " le sens sexuel ", " le sens humain " et " le
sens cosmique ". Ainsi " l'amour est une aventureuse
conquête. Il ne tient et ne se développe, comme
l'Univers lui-même, que par une perpétuelle
découverte. Ceux-là donc seulement s'aiment
légitimement que la passion conduit tout les deux,
l'un par l'autre, à une plus haute possession de leur
être. La gravité des fautes contre l'amour
n'est pas d'offenser je ne sais quelle pudeur ou quelle
vertu. Elle consiste à gaspiller, par
négligence ou par volupté, les réserves
de personnalisation de l'Univers. C'est cette
déperdition qui explique les désordres de "
l'impureté " (Œuvres,t.6,p.95). La
pureté, elle, est un gain d'énergie, une "
chute en avant " vers l'hyper-personnalisation.
Il existe un
attrait des personnes pour les collectivités, un
enthousiasme unitaire. Mais Teilhard fait voir le conflit
violent entre les totalitarismes et le personnalisme. " Le
passage de l'individuel au collectif est le problème
actuel de l'Energie humaine (…). Devons nous choisir
entre le Charybde des collectivismes et le Scylla des
anarchismes ? " (Œuvres,t.6,p.187).Pour trouver
l'issue, Teilhard s'appuiera sur le sens humain et le sens
du divin.
-La
recherche :
Elle prend
une valeur éthique. Mais, comme toutes les
activités de l'esprit, elle est animée et
guidée par l'amour. Le chercheur, dès lors,
est " une sorte de Prêtre " (Le Sens humain,p.3). "
Savoir pour savoir. Mais aussi, et peut-être davantage
encore, savoir pour pouvoir(…) Pouvoir plus pour agir
plus (…). Agir plus afin d'être plus… "
( Le Phénomène humain,p.277)(cf. aussi
Recherche, Travail et Adoration, mars 1955).
-La
responsabilité :
Teilhard
fonde les valeurs de responsabilité, de
volonté, d'action, sur la liberté.
Aujourd'hui, l'homme voit s'exalter presque à
l'infini, devant lui, la grandeur de ses
responsabilités : " Nul élément ne
saurait se mouvoir ni grandir qu'avec et par tous les autres
avec soi " (Le Phénomène
humain,p.271).
Le Bien
et le Mal.
Le Bien
n'est pas un modèle à copier : il est à
faire. Certes agir moralement, c'est agir selon la
volonté de Dieu. Mais cette volonté n'est
déchiffrable qu'à travers l'invention la plus
haute de
notre volonté et de notre action humaine. Un
bergsonien dirait que le Bien est un " schéma
dynamique ".
On
célèbre l'optimisme de Teilhard. Mais
Madeleine Barthélémy-Madaule (Bergson et
Teilhard de Chardin,1963,p.412) montre que le mal occupe
chez lui une place centrale. Le mal est aux racines
mêmes de l'être, il est ontologique. Teilhard
parle du " mal de l'espace-temps ", ou mal de la multitude
et de l'immensité. Le mal, c'est le multiple
(Réflexions sur le péché originel,
1947). Il est non seulement l'absence d'unité, mais
le fait que le multiple en tant que tel est inapte à
l'unité.
-La
souffrance :
Au moment
même où il est le plus sensible à
l'ivresse du cosmos, Teilhard perçoit les
gémissements de la terre et le prix que coûte
la progression. " Nous sommes en croix ", telle est l'une
des leçons du cosmos lui-même. La peine de
pluralité est justement " la source la plus obvia de
nos peines ". Evoquons les passivités dont traite Le
Milieu Divin, passivités de croissance et
passivités de diminution. Les premières
résident dans le fait que la vie est reçue. A
propos des secondes, Teilhard parle du mal physique et
social, faiblesse et fatigue, absence de résultats,
écoulement du temps, déchéance humaine
achevée dans la mort. Mais, contemplant le Christ
ressuscité, il transforme tout ce négatif en
l'inversant. Nous pouvons nous-mêmes insérer
ces diminutions dans le Milieu divin
-La
faute :
La faute
émerge avec l'homme, sa réflexion, sa
liberté. Il était inévitable que les
tâtonnements de la liberté aboutissent à
la faute. Il faut en effet tenir compte de l'extrème
fragilité et instabilité de la centration
psychologique chez l'homme. La faute est rupture de
l'unité ou plutôt arrêt du processus
d'unification. Elle succombe au mirage d'une fausse
unité, d'une caricature d'unité.
Conclusions
Originalité
de la morale teilhardienne, avec ses notions
d'humanité totale, de personne, de Point
Oméga. Teilhard parle d'une morale de mouvement
opposée à la morale d'équilibre. Est
bon tout ce qui concourt à l'énergie
spiritualisante de l'univers. Dès lors bien des
devoirs nouveaux surgiront, mais bien des choses qui
semblaient permises par la " morale statique " seront
interdites par une " morale dynamique ".
Réciproquement, des interdits s'effondrent et font
place à des prescriptions nouvelles. Une morale de
mouvement est une morale en mouvement. Teilhard nous convie
à nous embarquer sur " l'océan
mystérieux des énergies morales à
explorer " (Oeuvres,t.6,p.133). Une morale de mouvement est
tournée vers l'avenir " dans la poursuite de Dieu
"(ibid.p.135). L'expérience morale appelle
l'expérience religieuse.
Ce qui est
central ici, c'est l'Energie. Celle-ci, l'homme doit se
l'approprier, comme chez Nabert le sujet doit s'approprier
une affirmation dont il n'est pas la source, et qui pourtant
s'affirme en lui et par lui (Eléments pour une
éthique, 1943).
De
même, chez Paul Ricoeur, l'éthique est une
réappropriation de notre effort pour exister (De
l'interprétation, 1965). Mais déjà
Malebranche montrait que nous avons " du mouvement pour
aller plus loin ", immense dynamisme qui nous mène
vers Dieu 'De la Recherche de la
Vérité,1674,I,I.5 II).
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Teilhard
de Chardin, témoin et éducateur de la
Foi
Père
André Picard
1
-Introduction: Teilhard, un homme de foi
Je ne suis
pas un spécialiste de Teilhard. Je n'ai d'ailleurs
pas lu toutes ses œuvres, tant s'en faut. C'est dire,
dès le départ, les limites de mon
intervention. Aussi bien, mon propos n'est-il pas de porter
un jugement global sur Teilhard et, encore moins,
d'apprécier la valeur scientifique de ses recherches
et de ses propositions.
Ce qui
m'attire chez Teilhard, et sur quoi je voudrais m'exprimer,
c'est le "croyant " qu'il était essentiellement et la
manière dont il vivait sa foi. Mon intention est
donc, simplement, de rendre compte de l'influence
bénéfique qu'il a exercé sur mon propre
cheminement dans la foi.
Teilhard
avait une foi modelée par la grâce et la Parole
de Dieu mais cette foi était également
interpellée, purifiée et dynamisée par
ses investigations paléontologiques et
anthropologiques. Il unissait dans une même attitude
l'accueil des confidences de Dieu livrant son projet sur le
monde et les convictions issues de ses observations
scientifiques.
C'est cette
harmonie et cette convergence entre la contemplation de Dieu
et la découverte de l'Univers qui m'ont séduit
et, je crois, transformé.
Sur des
chemins qui m'avaient été déjà
ouverts par des guides tels que Blondel, Bergson, de Lubac
ou Zundel, la rencontre de Teilhard m'a permis de donner
à ma foi une densité, une vigueur et un
optimisme qu'elle n'avait pas encore au même
degré à la fin de mes études
théologiques. Mon expérience personnelle m'a
amené à penser que Teilhard pourrait bien
être une référence et un guide de grande
valeur pour tant d'hommes et de femmes de notre temps qui
sont des chercheurs de sens aussi bien dans la ligne
d'Augustin que dans celle de Galilée. Il me semble
que Teilhard ouvre une porte du plus grand
intérêt à ceux qui veulent " aller au
ciel à travers la terre " pour reprendre une de ses
expressions ("Christologie et Evolution" -1933).
On a dit
qu'il était le Jean-Baptiste des temps modernes.
L'affirmation est sans doute un peu excessive, mais il me
paraît, en effet, que son expérience et la
façon dont il la partage sont de nature à
ouvrir les chemins d'une rencontre avec le Christ d'une
manière accordée à l'esprit
honnêtement critique de nos contemporains.
Deux
ouvrages m'ont surtout aidé à interroger et
à approfondir ma foi. Ce sont " Le Milieu Divin " (de
1926) et "Le Phénomène Humain " (de 1938-40).
Je n'exclus pas pour autant d'autres œuvres que je ne
connais que très partiellement mais dont certaines
pages m'ont paru lumineuses. Aux uns et aux autres, je ne
ferai explicitement référence que d'une
manière occasionnelle pour éviter d'alourdir
mon discours.
J'aimerais
regrouper mes observations en deux chapitres
complémentaires l'un de l'autre:
- La
dynamique de la foi
-
L'épaisseur de la foi.
2 -La
dynamique de la foi.
Par cette
expression, je veux signifier que la foi n'est pas une
réalité figée, mais une relation
à Dieu qui est appelée à se
développer et à s'affiner au cours d'une
Histoire. En même temps je voudrais montrer, toujours
à la lumière de Teilhard, qu'elle est une
vision dynamique du monde qui s'enrichit progressivement des
investigations de la science. Sur ces points, je
m'exprimerai en deux paragraphes :
- La foi est
un cheminement dans la fidélité et le
changement, une expérience évolutive.
- Ce
cheminement intègre avec discernement les
progrès de la science.
2-1 - La foi est un
cheminement dans la fidélité et le
changement.
De
même qu'il y a une cosmogenèse, une
biogenèse et une noogenèse, il y a une
genèse de la foi qui se produit sous l'influence
conjuguée de Dieu et de la liberté humaine.
S'il est vrai que la foi, considérée comme don
de Dieu, comporte en elle même tous les
éléments de sa croissance, il est vrai aussi
que la conscience que nous en prenons et l'expérience
que nous en faisons sont soumises à un
développement dans le temps. Sous ce rapport, la foi
de l'enfant et celle de l'adulte sont heureusement et
nécessairement différentes dans leur
expression et même dans leur contenu. Teilhard en a
fait lui-même l'expérience, par exemple dans la
représentation du cœur de Jésus: d'abord
détail anatomique suscitant des réactions
affectives, ce cœur devient le centre d'une
énergie divine qui rayonne sur l'immensité du
monde et la transforme.
En ouvrant
le Concile Vatican II, le 11 octobre 1962, Jean XXIII avait
bien souligné cette différence entre la
doctrine fondamentale et son expression dans le temps. Il
disait : " Une chose est la substance de l'ancienne doctrine
du dépôt de la foi, une autre est la
formulation de son revêtement et c'est en cela qu'il
faut, avec patience, si nécessaire, attacher beaucoup
d'importance ". La foi est un germe déposé
dans le cœur humain, qui doit s'épanouir dans
un phénomène de croissance incessante
où se mêlent grâce de Dieu et
liberté de l'homme. Elle est une marche vers une
adhésion toujours plus totale à la Parole (le
Verbe). Le parcours de la vie s'accompagne d'une
purification de la foi qui rejoint une personne active
beaucoup plus que des concepts et qui devient une alliance
bien plus qu'une soumission passive. En même temps,
d'étape en étape, la foi se simplifie dans son
expression, s'affermit dans ses convictions fondamentales et
se ramène à l'essentiel dans ses
énoncés.
Au cours de
sa genèse et de son épanouissement, la foi se
dégage d'un certain nombre de formulations abstraites
de la théologie scolaire pour retrouver la saveur et
l'audace des textes de la Bible, comme ceux de St Paul ou de
St Jean.
Teilhard de
Chardin a lui-même mesuré la distance qui
sépare la fraîcheur des affirmations bibliques
de la rigueur juridique et moralisatrice d'une certaine
théologie, en ce qui concerne par exemple le
rayonnement du Christ cosmique.
Dans ce
même mouvement de ressourcement et de recours à
la Parole, le chrétien s'émerveille de
constater que la foi éclaire et comble les
espérances humaines. Teilhard laissait entendre que
la foi en Dieu jaillit au cœur de la foi en l'homme,
non pas que la foi en Dieu soit un prolongement naturel et
obligé de la foi en l'homme, car la première
est un don divin absolument gratuit. Mais la foi en Dieu
n'apparaît pas comme un corps étranger à
la foi en l'homme, cette dernière étant
épanouie et transfigurée par la
première (la foi en Dieu). La grâce ne se
substitue pas à la nature, mais elle ne la mutile pas
non plus: elle l'enrichit et l'élève. " Servir
Dieu , rend l'homme libre comme Lui " dit un poème
liturgique.
2-2 - Le
cheminement de la foi intègre avec discernement les
progrès de la
science.
La
vitalité, la vigueur, la fécondité de
la foi se manifestent également, si j'en crois
Teilhard, par l'aptitude de celle-ci à
intégrer la recherche des sciences de l'homme et de
l'univers, sans confusion comme sans
réduction.
Dans la
perspective de Teilhard, la foi chrétienne est tout
à fait compatible avec une vision dynamique du monde
et de son évolution. Cette harmonie entre foi et
histoire de l'univers me plait parce qu'elle ne me parait ni
artificielle ni simpliste. La foi chrétienne n'oblige
pas à renoncer aux enthousiasmes du
paléontologue ou de l'anthropologue : au contraire,
elle se réjouit de les accompagner, de les
éclairer éventuellement et de s'en nourrir
avec discernement...
La foi se
trouve à l'aise dans la perspective d'un univers
traversé depuis les origines par un élan vital
qui a franchi les étapes de la cosmogenèse, de
la biogenèse et de la noogenèse pour aboutir
à la christogenèse (à condition de bien
situer et de bien comprendre cette dernière
étape, qui n'est dernière que dans
l'énumération). Cette lente montée de
la matière vers la vie et vers l'esprit humain n'est
nullement contrariante pour une lecture croyante de la
Bible. Que la matière soit " la matrice de l'Esprit "
comme dit Teilhard, ne contredit pas la possibilité
d'une présence active de Dieu, au cœur
même de l'évolution. Les constats scientifiques
du paléontologue et de l'anthropologue n'induisent
pas nécessairement l'existence d'un Dieu
créateur, mais ne s'y opposent pas non plus et la foi
accueille volontiers l'hypothèse d'une trajectoire
ascendante de l'évolution (qui peut d'ailleurs
connaître des retombées).
L'objectif
de la foi n'est pas d'expliquer le "comment" de l'Univers,
mais le "pourquoi". Et si les savants (tout au moins
certains et, parmi eux, Teilhard) nous disent que
l'évolution a une direction, la foi peut très
bien assumer ce constat, tout en l'éclairant d'une
manière spécifique mais non contradictoire.
N'est-ce pas d'ailleurs ce que laisse entendre St Paul dans
son épître aux Romains lorsqu'il affirme " Nous
le savons : la création tout entière
gémit maintenant encore dans la douleur de
l'enfantement " (Romain 8/22).
Ce que la
science, par elle même, ne peut affirmer, la foi,
elle, peut le faire entendre à l'esprit du croyant.
Sur la base d'un savoir qui n'est pas celui de la science
mais celui de la Révélation, elle peut en
effet enseigner que le Christ est au cœur et au terme
de l'évolution que nous avons évoquée.
C'est une conviction très chère à
Teilhard de Chardin qui, en l'assurant, ne se sent pas
écartelé entre sa foi et ses conclusions
scientifiques, même s'il lui semble parfois que
certaines affirmations théologiques sont trop
timides, voire déformantes. Mais la foi ne
s'identifie pas avec la théologie, bien qu'elles
aient besoin l'une de l'autre.
À la
suite de Teilhard et en accord avec les affirmations du
Nouveau Testament, j'aime à penser et à dire
que le Christ - le Verbe incarné- est à la
fois à la source, au cœur et au terme de
l'Univers créé. J'aime à croire que le
Christ récapitule et oriente toute la souffrance et
l'espérance des hommes, mais aussi qu'il assume en sa
personne l'harmonie des astres célestes aussi bien
que le douloureux devenir de notre terre à travers
des cataclysmes et des déchirements bien plus anciens
que l'humanité. N'est-ce pas ce que nous
suggère la liturgie en la fête du Christ Roi
lorsqu'elle nous fait dire : " Dieu éternel, tu as
voulu fonder toutes choses en ton fils bien aimé;
fais que la création libérée de la
servitude, reconnaisse ta puissance et te glorifie sans fin
", ou encore dans l'une des préfaces à la
prière eucharistique : " En Lui, Jésus-Christ,
tu as voulu que tout soit rassemblé." (1ère
préface commune).
C'est
également la pensée de l'apôtre Paul
quand il affirme la place centrale du Christ dans la
création : " Nous attendons ardemment comme sauveur
le Seigneur Jésus-Christ qui transfigurera notre
corps de misère pour le conformer à son corps
de gloire avec cette force qu'il a de pouvoir même se
soumettre tout l'univers ", écrit-il dans la lettre
aux Philipiens (3/20-21). D'une manière
peut-être encore plus vigoureuse, le même Paul
affirma dans la lettre aux Colossiens en parlant du Christ :
" C'est en Lui qu'ont été créées
toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles
et les invisibles... Tout a été
créé par Lui pour Lui. Il est avant toute
chose et tout subsiste en Lui. " (1/16-17).
Teilhard
aime cette vision dynamique du Christ et de sa
présence dans l'Histoire. Personnellement je suis
heureux de contempler dans le Christ - Verbe Incarné
non pas un personnage étrange et étranger,
mais celui dont la vie et l'influence assument, orientent et
conduisent à leur terme les réalités de
la création, même si c'est avec une lenteur qui
contrarie nos impatiences, ou à travers des
épreuves que nous prenons pour des
échecs.
Au rythme
des millénaires, le Christ - dont le rayonnement fait
craquer les limites du temps mesurable - (le Christ) conduit
l'Univers : de la matière vers la vie, puis de la vie
vers la pensée, puis de la pensée vers
l'amour. Et c'est par l'amour que se fait la rencontre de
Dieu. Certes cette évolution ascendante ne se fait
pas sans obstacles ni retombées, mais je crois avec
une espérance inébranlable que l'univers est
en marche vers sa transfiguration dans le Christ et par Lui.
Comme Teilhard, je suis heureux de contribuer, même
pour une petite part à cette transfiguration, chaque
fois que je permets aux forces de l'esprit et de l'amour de
se déployer dans le monde. Et c'est pour moi une
immense joie que de vivre déjà cette
transformation à chaque eucharistie que je
célèbre lorsque la matière du pain et
du vin devient sacrement du corps et du sang du Christ.
Ainsi se réalise progressivement ce que Teilhard
appelle la "Christogenèse", un mot qui ne doit pas
nous faire peur si nous le comprenons à la
manière de St Paul qui parlait de la construction et
de la croissance du corps du Christ. Je conclus cette
première partie par une expression de Teilhard dans
ses réflexions sur "Le Prêtre" (texte de 1918 -
Editions du Seuil, p.32): " Promouvoir, si peu que ce soit,
l'éveil de l'Esprit dans le monde, c'est offrir au
Verbe Incarné un accroissement de
réalité et de consistance, c'est permettre
à son influence de s'épaissir autour de nous
".
3 -
L'épaisseur de la foi.
Par ce
titre, je voudrais indiquer que la foi n'est pas une
réalité située dans les hautes
sphères de l'esprit et dégagée de tout
lien avec l'engagement de l'homme dans la mise en valeur de
la création. La foi n'est pas le revêtement
superficiel d'une activité humaine à laquelle
elle demeurerait étrangère. Bien au contraire,
dans la pensée de Teilhard (qui m'inspire beaucoup),
la foi s'enracine dans l'activité humaine au cœur
du monde : elle s'en nourrit, elle lui donne un sens, elle
l'oriente vers le "point oméga" c'est à dire "
qu'elle ramène à Dieu une parcelle de
l'être qu'il désire " ("Le Milieu Divin",
p.50-Seuil). C'est ce que j'appelle "l'épaisseur de
la foi".
La vie
active de l'homme n'est pas un "à coté" de la
foi sans intérêt pour la relation à Dieu
et la foi ne se déploie pas dans l'inutilité
d'une histoire humaine. Vraiment, écrit encore
Teilhard, " par l'opération toujours en cours de
l'Incarnation, le Divin pénètre si bien nos
énergies de créature que nous ne saurions,
pour le rencontrer et l'embrasser, trouver un milieu plus
approprié que notre action même." ("Le Milieu
Divin", p. 51). Naturellement dans cette rencontre du Divin
et de l'Humain, il n'y a aucun automatisme ni aucune
nécessité, car la liberté humaine peut
toujours se dérober. Mais elle peut aussi s'accomplir
dans l'accueil du projet divin, comme c'est sa
vocation.
Pour
expliquer un peu mieux ce que j'entends par
"épaisseur" ou "densité de la foi", je
voudrais maintenant développer rapidement deux
convictions soutenues par des affirmations
répétées de Teilhard :
- la
première, c'est que l'engagement dans le monde est un
chemin possible de sanctification.
- la seconde
(complémentaire) c'est que le service de l'homme est
une voie d'accès à Dieu.
3-1 - L'engagement
dans le monde est un chemin possible de
sanctification.
D'une part,
l'activité humaine, quand elle est honnête et
droite, peut conduire à la contemplation de
Dieu.
D'autre
part, la recherche de Dieu ne détourne pas les hommes
de leurs responsabilités au cœur de
l'Histoire.
C'est
surtout dans son ouvrage sur "Le Milieu Divin" que Teilhard
s'exprime sur cette double proposition que je vais
maintenant préciser quelque peu.
C'est bien
la vie humaine tout entière, considérée
dans ses zones les plus naturelles que l'Eglise
déclare sanctifiable : " Que vous mangiez, que vous
buviez, quoi que vous fassiez d'autre, dit St Paul " (Le
Milieu Divin, p.33). De soi, il n'y a pas de divorce entre
l'activité profane et le service de Dieu, que cette
activité soit scientifique, professionnelle, sociale
ou politique.
Certes, la
vie dans la foi est une réalité
spécifique dont l'objectif est l'union à Dieu
dans l'amour. Elle ne se confond pas avec
l'épanouissement de l'intelligence, de la
volonté ou de l'affectivité humaine. Elle est
fondamentalement et initialement un don de Dieu que l'homme
reçoit par grâce ; elle comporte des
activités qui lui sont propres comme la prière
et l'exercice de la charité (au sens de
dépassement de soi-même en vue d'enraciner
notre liberté dans celle de Dieu).
Cependant,
il n'y a ni coupure ni opposition entre vie spirituelle et
activité humaine, comme si elles étaient
étrangères l'une de l'autre. Le "spirituel
à l'état pur" est probablement une illusion et
une erreur.
On ne peut
pas en même temps, adorer Dieu et abîmer sa
création ou en réserver
égoïstement les richesses à quelques-uns.
On ne peut pas en même temps, proclamer l'amour de
Dieu et se complaire dans le racisme ou le nationalisme
étroit etc.
Le
Père d'Ouince (jésuite) qui avec le
Père de Lubac était un bon connaisseur et un
admirateur lucide de Teilhard, a explicité cette
conviction dans des termes que je reproduis et que je fais
miens : " le monde n'est pas seulement le milieu dans lequel
nous vivons, nous mouvons et nous sommes... il est aussi le
lieu de notre pèlerinage et de notre labeur. Par
notre action dans le monde et sur le monde nous allons
à la rencontre de Dieu ... " (d'Ouince "Un
prophète en procès", p.191).
Teilhard a
clairement argumenté contre une certaine forme de
spiritualité opposant radicalement Dieu et le monde.
Dans cette dernière perspective, l'univers et la
condition humaine ne seraient que des cendres sans
importance ou, au mieux, un passage obligé qu'on ne
peut éviter mais qui n'a pas d'intérêt
pour la rencontre de Dieu.
En
forçant un peu les traits, on pourrait dire que le
monde est vicié et caduc : la perfection consisterait
à s'en détacher pour s'élever à
un niveau supérieur où l'âme
libérée de la prison pourrait enfin jouir de
la lumière et de la chaleur du divin
soleil.
Teilhard est
très éloigné de cette conception et des
pratiques qu'elle peut engendrer. Dans un passage du "Milieu
Divin" qui ne peut que nous stimuler, il écrit (p.50)
: " Par notre collaboration, qu'il suscite, le Christ se
consomme, atteint sa plénitude à partir de
toute créature. C'est St Paul qui nous le dit. Nous
nous imaginons peut-être que la création est
depuis longtemps finie. Erreur ! elle se poursuit de plus
belle et dans les zones les plus élevées du
monde... Et c'est à l'achever que nous servons
même par le travail le plus humble de nos mains. Tels
sont en définitive le sens et le prix de nos actes ".
Il y a dans ce propos le fondement d'une spiritualité
ouverte, dynamisante et exigeante à condition qu'il
ne sombre pas dans l'orgueil, contre quoi Teilhard le met en
garde. Le Chrétien peut légitimement croire
que par son engagement loyal dans le monde et dans
l'humanité, il assume et accomplit le projet
créateur: de cette façon il vit sa
fidélité à Dieu et s'enracine en son
amour. Il faudrait relire ici des pages entières du
"Milieu Divin". Je me contente pour terminer ce paragraphe
d'en citer encore une phrase: " Notre travail nous
apparaît surtout comme un moyen de gagner le pain du
jour. Mais sa vertu définitive est bien plus haute :
par lui, nous achevons en nous le sujet de l'union divine et
par lui, encore, nous agrandissons en quelque sorte par
rapport à nous le terme divin de cette union, Notre
Seigneur Jésus-Christ. " (p.52).
Nous
devinons déjà à travers ces
affirmations, les convictions énoncées plus
tard par le Concile Vatican II, spécialement dans la
constitution sur "L'Eglise dans le monde de ce temps" quand
il dit que " l'Esprit appelle ( les Chrétiens)
à se vouer au service terrestre des hommes
préparant par ce ministère la matière
du Royaume des cieux "...(n°38).
3-2 - Le service de
l'homme est une voie d'accès à
Dieu.
L'action ne
détourne donc pas, par elle même, le
chrétien de Dieu. Elle peut même l'amener
à coïncider avec la volonté de Dieu
pourvu que soient réalisées deux exigences
fondamentales : d'abord qu'il ne cherche pas à se
situer en concurrent de Dieu, ensuite, qu'il réserve
dans sa vie ce que Teilhard appelle " des minutes
particulièrement nobles et précieuses " que
sont la prière et les sacrements (Milieu Divin,
p.56).
Nous pouvons
préciser encore que l'engagement des chrétiens
dans le monde concerne d'une façon
particulière le service de l'homme (comme j'ai
déjà eu l'occasion de le suggérer).
L'homme, en effet, surgit de la cosmogenèse et de la
biogenèse, il les prolonge en les affinant et en les
accomplissant dans une noogenèse et une
agapogenèse très spécifiques. Par son
intelligence, sa liberté et sa capacité
d'amour, l'homme se situe à une étape
décisive de la trajectoire montante de
l'évolution.
Cependant
l'hominisation de l'homme n'est pas encore achevée et
ses aptitudes spécifiques ne sont pas toujours et
partout comblées ni sur le plan du
développement personnel ni sur celui de la
socialisation.
Il faut
encore et souvent que la pensée et l'esprit
(caractéristiques de l'homme) prennent leur essor et
manifestent leur prépondérance sur des
pesanteurs de toutes sortes qui le paralysent
parfois.
Il faut
aussi que se construise une société dont la
loi ne soit pas celle de la force ou de la violence mais
celle d'un libre amour qui échappe à la
fatalité.
En tout
cela, il y a un service de l'homme auquel le chrétien
est invité. D'autres que lui peuvent se sentir
appelés à poursuivre cette tâche
d'hominisation: il s'en réjouit et il se mêle
volontiers au cortège de ceux et de celles qui
veulent donner à l'homme une stature adulte. Ce
faisant, il n'a jamais le sentiment de trahir son
adhésion à Dieu ; bien au contraire, il puise
dans sa contemplation de Dieu l'énergie et la
lumière qui lui sont nécessaires pour apporter
sa contribution à l'édification de l'homme. Il
sait d'ailleurs que Dieu Lui-même s'est fait homme en
Jésus-Christ et, en ce dernier, il trouve une
référence de premier ordre pour justifier et
orienter les efforts qu'il déploie au service de ses
frères en humanité. Il y a bien longtemps, en
effet, que le procurateur Ponce Pilate a
déclaré, d'une façon très
publique, en désignant le Christ : " Voilà
l'homme ". À travers le Christ, l'Homme
découvre qu'il est appelé à entrer dans
l'intimité de Dieu, parce qu'il est " de sa race ",
comme dit St Paul.
La
chrétien, guidé par sa foi, est donc convaincu
que plus l'homme est vraiment Homme, plus il s'approche du
Christ, l'Homme véritable, présence et vie de
Dieu parmi nous. Bien sûr, il ne limite pas ses
ambitions à tels ou tels individus d'élite,
mais il s'applique à faire croître toute la
communauté humaine en direction d'une
noogenèse et d'une agapogenèse auxquelles tous
sont appelés. Il entend l'immense clameur des hommes
d'aujourd'hui assoiffés de paix, de bonheur, de
justice et il prend au sérieux toute cette attente et
tous ces espoirs, quitte à en faire une saine
critique. Il ne cherche pas à construire une
espérance chrétienne sur les ruines des
espoirs humains.
En
conclusion de cette dernière réflexion, je
dirai que le service de l'homme met le chrétien (et
au delà de lui, toute personne de bonne
volonté) sur la rencontre du Christ qui a voulu se
présenter comme le serviteur, selon une image
ancienne de la Bible : " Le Fils de l'homme est venu non
pour être servi mais pour servir et donner sa vie en
rançon pour la multitude " (Mt .20/28).
En se
faisant serviteur, le chrétien se conforme au Christ,
Verbe de Dieu, fait chair, dont la mission a consisté
à rétablir l'homme dans la dignité
d'image de Dieu.
Avant de
clore tout à fait cet entretien, à la fois
trop rapide et trop long, je me permets de vous livrer le
jugement porté par le Père d'Ouince sur l'œuvre
globale du P. Teilhard de Chardin. Il écrit : " Ainsi
un pont est jeté entre l'ambition de l'homme moderne
tournée vers l'aménagement de la terre et le
message chrétien qui semblait en
méconnaître l'intérêt.
Après Marx, mais par une voie différente,
Teilhard met en lumière la valeur constructive du
travail, non seulement exercice pénitentiel mais
achèvement de l'œuvre créatrice. L'homme
s'accomplit en humanisant la terre. Le travail bien conduit
ne vise pas seulement au bien être mais au "plus
être". Il élabore la matière qui
deviendra transfigurée, le Corps du Christ. "
(d'Ouince, "Un prophète en procès",
p.261).
Je laisse
à d'autres le soin d'apprécier la valeur
scientifique de l'œuvre de Teilhard, mais je me
réjouis (avec beaucoup de ses amis) qu'il ait
aujourd'hui droit de cité dans l'Eglise, même
si c'est après une traversée éprouvante
et pénible. Je suis heureux que Dieu ait fait surgir
en notre siècle ce témoin de la foi, si
fidèle aux données de la
révélation et si accordé à la
recherche de notre temps.
Certains ont
pu reprocher à Teilhard son optimisme fondamental en
le soupçonnant de fermer les yeux sur le mal et sur
le péché. C'est oublier tout ce que Teilhard
dit sur les retombées et les retards qui ralentissent
ou incurvent l'Evolution. Teilhard est bien conscient de la
présence du péché dans le monde, mais
il est plus encore convaincu de la fidélité et
de la puissance de Dieu qui, envers et contre tout, fait
progresser son projet d'alliance avec les hommes.
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LA
PENSEE DE TEILHARD : UN SENS POUR L'AVENIR
Armelle de la
TRIBOUILLE
Heureuse d'avoir été
invitée à venir rencontrer votre Groupe et
à vous parler de Teilhard. Il m'a été
demandé de reprendre pour vous un grand thème
que j'ai eu l'occasion d'aborder à Paris à
l'Espace Bernanos : il s'agit de chercher dans la
pensée de Teilhard de Chardin un sens pour l'avenir !
J'ai accepté car je crois que la question du sens en
général et celle du sens de l'avenir est
très vive pour nos contemporains.
Teilhard, on le sait, a
répondu abondamment à la question du
passé « D'où venons-nous ? » par ses
recherches de paléontologie, exposées dans le
Phénomène humain, La vison
du passé ou L'apparition de
l'homme ; mais sa réflexion l'a aussi conduit
à regarder vers l'avenir comme le montre
déjà le titre de certains volumes : «
L'avenir de l'homme » ou
« Les Directions de l'Avenir
»
J'ai été très
frappée aussi par certaines affirmations recueillies
dans ses lettres. Le volume consacré à la
correspondance de Teilhard, porte un titre significatif et
reprenant un nom que Teilhard lui même s'est
donné « Pèlerin de l'avenir »
! J'ai trouvé dans ces lettres, certaines
affirmations très fortes. Il écrivait, par
exemple à l'abbé Breuil, un ami,
spécialiste des arts de la préhistoire: «
C'est vers l'avenir que nous devons tourner les yeux »
Oct. 1923 A Léontine Zanta, une philosophe, avec qui
il a une correspondance suivie « J'ai compris que,
en soi, ni le passé, ni l'espace ne renferment la
solution d'aucun mystère, mais que toute
lumière définitive est dans l'avenir vers
lequel nous sommes penchés ! » en Oct. 23.
Et encore : « C'est l'avenir qui est fascinant ! je
le vois tout embrasé de Dieu » en juin 24.
Ces textes retentissent comme un appel à regarder
avec Teilhard vers l'avenir !
L'autre mot-clé de mon titre
est le mot sens.
La question du sens surgit à
toutes les générations, depuis les
pré-socratiques jusqu'à Sartre, car elle est
vitale : nous ne pouvons admettre l'absurde c'est à
dire l'absence de sens !
La question du sens a une double
dimension :
- celle de la
signification donnée à notre vie ; nous
avons besoin de comprendre le pourquoi de nos choix, en
fonction d'un but qui nous dynamise.
- celle de la « direction
», comme dans les expressions concrètes
« sens interdit » ou « sens unique »
qui balisent l'espace de la circulation. Par où
passer pour atteindre notre but ? Il s'agit de tracer un
chemin vers le but qui aura été
dégagé par le premier point.
Cette double question :
signification et direction de l'action n'intéresse
pas seulement les penseurs, mais tout homme, conscient de ce
qu'il est. Et aujourd'hui, dans le contexte de la
mondialisation, elle prend une acuité nouvelle. En
effet, les grands mouvements de rapprochement des hommes et
des continents par les transports ou par Internet, viennent
concrétiser ce que Teilhard appelle «
Noosphère » c'est à dire
l'enveloppe pensante de la terre, puisque ce réseau
de communication instantanée relie entre eux, les
internautes du monde entier.
Le mouvement d'unification et de
socialisation annoncé par Teilhard, se trouve
confirmé ! mais une question se pose : ce mouvement
est-il vécu comme un mouvement vers l'autre et pour
l'autre où l'amour a sa place ? Pour Teilhard, dans
la suite de l'évolution, l'amorisation est à
la fois essentielle et difficile. Devant la concentration de
plus en plus poussée des populations et des
activités, les générations actuelles
s'interrogent : La personne ne risque t-elle pas
d'être étouffée dans ces grands,
très grands ensembles économiques et culturels
? Certains éprouvent de l'appréhension ou
même de la peur devant l'avenir ! Ils s'interrogent :
Y aura-t-il encore place pour la personne individuelle et
ses aspirations, dans ces gigantesques mégapoles ?,
Ou encore quelle sera la
portée d'Internet sur l'unification réelle du
monde humain ? Voilà une vraie question ! Du point de
vue des relations entre les hommes, est-ce que le rapport
virtuel établi par ce réseau ne va pas faire
perdre le sens authentique de l'autre, dans sa
réalité concrète! A la question, des
interdépendances accrues entre les hommes, on cherche
surtout à donner des réponses d'ordre
politique, économique ou sociologique et toutes ces
dimensions sont à prendre en compte, mais Teilhard
ajoute un autre facteur ! C'est celui dont je voudrais
parler : c'est le facteur spirituel .
Dans Comment je crois
Teilhard récapitule ainsi sa pensée :
« Je crois que
l'Univers est une évolution.
Je crois que l'évolution
va vers l'Esprit.
Je crois que l'Esprit
s'achève en du personnel.
Je crois que le personnel
suprême est le Christ universel » Tome 10
p.17
Retenons bien ces termes :
Univers &endash; Esprit - Personne &endash;
Christ, dans une progression sans rupture ni opposition
! Mon propos est de passer de ce Credo, résumé
de la pensée de Teilhard, à la question du
sens ?
Deux grandes parties
I°) Quelle
signification pour l'intelligence l'avenir ainsi entrevu
donne-t-il?
II°) Quelle direction pour
l'action ?
I°-UNE SIGNIFICATION POUR
L'INTELLIGENCE : Oméga c'est le Christ
Dès le début de ses
recherches, par la loi de «
complexité-conscience », Teilhard a compris que,
par l'Evolution le monde est appelé à se
centrer toujours davantage en un point focal : centre
irréversible de convergence, et il l'appelle
symboliquement « Oméga ».
Or, dans une intuition, qui a
longtemps mûri en lui avant de devenir une certitude,
il affirme que ce point Oméga, posé par la
Science, reçoit dans la foi un nom et un visage :
c'est le Christ ! Il écrit : « Sens
cosmique et sens
christique, deux axes apparemment
indépendants l'un de l'autre dans leur naissance et
dont c'est seulement après beaucoup d'efforts, que
j'ai fini par saisir, au travers et au-delà de
l'humain, la liaison, la convergence et finalement
l'identité de fond. » Tome 13 Le cœur
de la matière p.51
ou encore : « Le grand
événement de ma vie aura été la
graduelle identification au ciel de mon âme de deux
soleils : l'un de ces astres était le sommet cosmique
postulé par une évolution
généralisée de type convergent, et
l'autre se trouvant formé par le Jésus
ressuscité de la foi chrétienne. »
Tome 7 L'activation de l'énergie
p.404
Le point Oméga,
progressivement identifié au Christ Universel,
répond à la fois à ses exigences de
savant et à ses convictions de croyant. Il nomme
cette certitude : « convergence béatifiante
»
Conséquences :
A) DECOUVRIR LES
DIMENSIONS INSOUPÇONNEES DE LA RESURRECTION
Elle peut déconcerter, si
l'on a l'habitude de limiter la personne du Christ aux 33
années de sa vie terrestre, en Palestine, entre
Bethléem et Jérusalem, au premier
siècle de notre ère ! Mais ce serait oublier
l'identité et l'origine divine de l'homme
Jésus : il est le Verbe éternel du
Père, venu partager la condition humaine pour
permettre aux hommes de connaître le Père et de
participer à la vie divine ! Il est « pleinement
Dieu et pleinement homme » !
Ce Jésus de Nazareth,
à la suite d'un procès inique, est
condamné à la mort la plus ignominieuse :
celle de la Crucifixion ! Mais le troisième jour, le
Père l'a ressuscité d'entre les morts et
introduit pour toujours à sa droite : c'est
très précisément sur le sens et les
dimensions de cette Résurrection que Teilhard attire
notre attention !
Le Christ Ressuscité, est
affranchi des limitations de l'espace et du temps qui sont
notre condition et Il est chez Lui, partout dans l'Univers,
sans aucune frontière ! Pour faire comprendre que le
Ressuscité a une totale maîtrise sur l'Univers
entier, Pie XI en 1925 a institué la fête
liturgique du « Christ Roi », mais la
connotation de roi n'est peut-être pas, pour nos
contemporains, la plus éclairante !
Le Père Daniélou,
lui, aimait à parler du Christ « Seigneur de
l'histoire » : Titre qui souligne bien sa
transcendance par rapport à toutes les
périodes de l'humanité.
Teilhard, lui, a choisi de le
nommer :« Christ Universel »pour souligner
le lien avec le cosmos ! Les hauteurs des cieux, les
galaxies et les planètes sont son domaine, mais aussi
les continents et les enfers, c'est-à-dire le
séjour des morts, de ceux qui ont vécu depuis
les origines et que Jésus ressuscité vient
libérer, selon notre Credo. J'ajoute que le mot
« enfers », désigne aussi, dans le
langage d'aujourd'hui certains états psychiques de
l'homme : il existe des enfers intérieurs, enfer de
l'angoisse, enfer de la drogue ou de l'alcool, de la
passion, du désespoir où des hommes vivants se
débattent et souffrent ! Là aussi, le
Ressuscité vient et peut apporter lumière et
Vie.
Voulant enraciner dans l'Ecriture
son affirmation du Christ Universel, Teilhard ajoute :
« Pour démontrer cela, il me suffira de
renvoyer à la série de textes johanniques et
surtout pauliniens, où est affirmée en termes
magnifiques, la suprématie physique du Christ sur
l'Univers » Il a compris, avec une foi lumineuse et
pénétrante, la portée des versets
étonnants de Jean dans le Prologue de son
évangile ou de Paul dans ses épîtres:
Ainsi en Colossiens 1,18-20 « Jésus-Christ
est le premier-né de toute
créature. C'est par Lui et pour Lui que
tout fut créé : le visible et l'invisible. Il
est avant toute créature et tout subsiste en lui.
» Ainsi rien de ce qui existe ne peut être
étranger au Christ
Cette dimension cosmique du Christ
était peu présente dans la théologie
traditionnelle ! Mais au moment où l'humanité
découvre les dimensions prodigieuses de l'univers, il
est heureux que Teilhard, lui, nous rappelle les dimensions
de ce Christ paulinien qui rassemble toute
l'évolution cosmique pour la rapporter au
Père.
« Physiquement et
littéralement, c'est Lui qui donne consistance
à l'édifice de la matière et de
l'Esprit ! En vérité, est-ce
exagéré de parler de Super-Christ, pour
marquer cet excès de grandeur pris dans nos
consciences par la personne de Jésus,
corrélativement à l'éveil de notre
pensée aux super-dimensions du monde et de l'homme
? » Tome 9 Science et Christ p.211
Il réfute ainsi ceux qui
veulent réserver au Verbe éternel les
attributs pauliniens évoqués plus haut et qui
refusent de les attribuer à Jésus ! Selon la
pensée de Paul, c'est bien à l'Homme Dieu
qu'il faut les appliquer. Il peut dire alors : «
La plénitude du Christ est le pôle
physique de l'universelle évolution
» tome 11 p.147 Dans la même ligne, une
expression lui fut très chère : celle de
« Christ toujours plus grand » Il termine
ainsi la prière qui porte ce titre « A mes
yeux, à mon cœur, vous êtes plus encore
que celui qui était et qui est, celui qui sera !
» Tome 13 Le cœur de la
Matière p.67 C'est bien affirmer la dimension
d'avenir de la personne du Christ total, ouverte sans limite
sur l'éternité.
Alors, non seulement le
chrétien n'a pas à douter de sa foi, en
abordant les dimensions de l'univers, mais le monde entier
devient pour lui, dans le Ressuscité : «
Terre d'Alliance, Milieu divin » où se
réalise, en toutes circonstances, l'union entre le cœur
de l'homme et le cœur de Dieu !
Teilhard nous donne
véritablement une clé de lecture du
Mystère du Christ. Il reconnaît en Lui une
présence aussi vaste que l'univers, dont nous savons
qu'il est en expansion. C'est ce Christ, principe et
consistance du monde, qu'il faut montrer à nos
contemporains, en quête de sens. Car cette
présentation peut répondre à
l'aspiration de la conscience moderne, devant la
sur-humanité qui est en train de naître. Mais
il y a une autre conséquence dans sa
découverte des dimensions réelles de
l'Incarnation : c'est ce qu'il appelle « la nouvelle
face de Dieu »
B) LA NOUVELLE FACE DE
DIEU
C'est peut-être ce Visage de
Dieu, peu évoqué dans la théologie
traditionnelle, que le monde actuel attend. Pour parler des
rapports entre Dieu et le monde, il utilise un symbole
empruntée à la géologie : il s'agit de
l'action des roches éruptives : lorsqu'elles se
déposent sur des roches sédimentaires : elle
les modifient : ce phénomène est appelé
métamorphisme
Mais, au contact des roches
sédimentaires, les roches volcaniques, elles-aussi
changent : c'est l'endomorphisme. Il applique
cela aux rapports entre Dieu et la création. Par la
Création, déjà, et par
l'Incarnation, on vient de le voir, Dieu a
imprimé sa marque sur le monde et en particulier sur
l'homme !
Mais il faut aussi oser dire
que quelques chose de nouveau se produit au sein même
de la Divinité : tout en Dieu est orienté au
« pour nous » de l' Alliance ! En
conséquence, l'homme, dans le Christ et par Lui, est
donateur à Dieu de son humanité : cela va bien
au-delà du seul concept d'immuabilité qu'on
attribue traditionnellement à Dieu !
L'Ecriture parle, en effet
d'union conjugale et Jésus se donne le
titre d' « Epoux » pour
suggérer ce qu'il devient, en acceptant de
naître parmi les hommes. Mais on n'a pas tiré
toutes les conséquences de cette affirmation
scripturaire, car on l'a souvent réservée
à la seule expérience mystique ! Il faut oser
lui donner toute son extension : En
Jésus-Christ, Dieu acquiert un mode de vie qui
n'avait pas été le sien jusqu'alors.
Comme l'époux et l'épouse ne s'aiment pas,
sans se transformer profondément l'un l'autre, de
même, Dieu, dans l'échange d'amour qu'Il
instaure avec l'humanité par son Incarnation,
reçoit de celui à qui il se donne et dans
l'acte même par lequel il se donne.
En somme, Dieu veut se lier de si
près à l'histoire des hommes et du monde,
qu'il entend, non seulement nous enrichir de
lui, mais aussi s'enrichir de nous :
c'est la déconcertante profondeur de l'amour ! Et
c'est pour exprimer cet aspect de la réalité
introduite par le Christ, que Teilhard emploie l'expression
: la nouvelle face de Dieu !.
Entendons - nous bien : Il ne
s'agit pas d'un nouveau Dieu : c'est le Dieu
de la Révélation mais redécouvert sous
un angle nouveau, parce que l'Incarnation est prise dans
toutes ses conséquences : Dieu reçoit quelque
chose de sa créature quand elle accomplit sa
volonté et collabore à son dessein.
La « nouvelle face de Dieu
» est celle qui se dévoile au centre du
Message chrétien quand on se met à voir que
Dieu n'est pas le donateur à l'homme de sa
divinité, sans que l'homme ne devienne, dans le
Christ et par lui, donateur à Dieu de son
humanité.
Mystérieuse
réciprocité que nous avait souvent
masquée, la soit-disant impassibilité de Dieu
! Le Père Varillon, contemporain de T. a aussi, par
d'autres voies, exploré ce mystère d'un Dieu
que son amour rend « vulnérable » et
en quelque sorte dépendant de nous et de notre
liberté!
Longtemps méconnue ou
passée sous silence, cette vérité
semble répondre pleinement à l'attente des
hommes d'aujourd'hui, car le Dieu que le monde attend, dit
Teilhard, est un Dieu que l'homme puisse à la foi
adorer en raison de sa transcendance, et aimer comme celui
qui s'est fait proche et accessible.
J'en viens maintenant au second
volet de mon propos : le sens, comme direction pour l'agir
II°- UNE DIRECTION POUR
L'ACTION
Quatre aspects pour la
décrire :
a) Une nouvelle éthique.
Il appelle « morale
d'équilibre » la morale traditionnelle car c'est
un ensemble droits et devoirs qui vise avant tout à
éviter les empiètements des uns sur les
autres. Et il propose une morale qu'il appelle « de
mouvement ». Il l'exprime en trois règles (cf.
Energie humaine tome 6 p.131) qui préconisent
l'accroissement spirituel de la terre : le mot spirituel est
à prendre ici dans son sens le plus large : un
degré de conscience se manifestant dans la
connaissance et dans l'amour.
1) Est bon tout ce qui
procure un accroissement spirituel de la terre
Des choses qui semblaient
défendues par la morale d'équilibre deviennent
permises ou même obligatoires, car il ne s'agit plus
seulement de faire fonctionner les rouages sociaux mais de
savoir si des possibilités spirituelles ne sont pas
laissées en friche : on doit veiller à ne
laisser perdre aucune parcelle d'énergie !
2) N'est bon que ce qui
procure un accroissement spirituel de la terre
Par ce précepte, une
conduite estimée bonne dans la morale ancienne peut
être contestée car elle ne développe pas
des aptitudes réelles Par exemple La morale de
l'argent, était satisfaite pourvu qu'on soit
honnête dans les échanges : mais dans cette
nouvelle éthique, elle doit investir dans la
direction de l'esprit commun à créer et
obéir à une recherche d'énergie
humaine. La morale de l'amour était satisfaite
par la fondation d'une famille et la procréation.
Elle doit aujourd'hui considérer comme son objet
fondamental de faire rendre l'incalculable puissance
spirituelle que l'amour peut développer entre
époux.
3) Est finalement le
meilleur ce qui assure son plus haut développement
aux puissances spirituelles de la terre
Voici un critère de
discernement en cas de choix à faire entre diverses
activités. Concrètement, le travail de sœur
Emmanuelle, dans les bidonvilles du Caire pour
éveiller dans ces enfants, des aptitudes totalement
enfouies en raison de leurs conditions de vie, illustre ce
précepte. « Tout essayer jusqu'au bout
» demande&endash;t-il, ce qui contraste avec
certains conseils de prudence par peur de l'innovation : il
faut oser prendre des risques, si on en espère une
croissance des consciences.
Donc le mal ou le
péché, c'est de freiner ou de ralentir
l'élan
b) L'action humaine au service de
la christo-genèse
Pour comprendre ceci, il faut
partir de la dernière page de L'avenir de
l'homme : « Tout a continué de se
mouvoir parce que le Christ n'a pas atteint sa pleine
croissance. » Le corps du Christ Ressuscité
prend à chaque génération des
dimensions nouvelles par l'incorporation des nouveaux
membres : c'est sa croissance quantitative, mais il grandit
aussi de façon qualitative, par l'amour de chacun de
ses membres. D'où le terme ce
Christo-genèse.
Il y a un devenir du
Christ total qui est l'Eglise et qui atteindra sa taille
adulte comme l'annonce Paul dans la lettre aux
Ephésiens. Nous travaillons « à la
construction du corps du Christ, au terme de laquelle nous
devons parvenir tous ensemble à ne plus faire qu'un
dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu et à
constituer cet homme parfait dans la force de l'âge,
qui réalise la plénitude du Christ. »
(Ephésiens 4,10-13)
Paul souligne deux aspects - celui
d'unité et celui de
croissance. Nous avons à participer de
toute notre énergie ( intellectuelle mais surtout
d'amour) à la croissance du Corps du Christ. Si le
mot Christo-genèse est nouveau, le contenu est
traditionnel ! Pour favoriser cette action, Teilhard,
à plusieurs reprises propose une évolution
dans la façon de vivre certains
préceptes.. ( cf.Tome.10 Comment
je crois p.109-112 et Tome 11 Les directions
de l'avenir p.38 et ss) Je n'en retiens que quelques
exemples
1) AIMER LE PROCHAIN
autrefois, c'était surtout une attitude de
miséricorde qui s'employait à soulager les
souffrances et la misère, déjà
là : pensez à saint Vincent de Paul !
Aujourd'hui, cette forme existe encore, là où
il y a urgence dans les organismes d'entraide. Mais en plus,
on se soucie d'aimer en prévenant le mal : la
prévention des maladies ou des famines est une
attitude active : on veut mettre l'homme debout, lui
apprendre à gérer sa vie à l'entretenir
: c'est le rendre responsable de l'avancée commune de
son pays dans la voie du développement et de la paix.
Les formes de service ont changé de façon
à mieux dynamiser ceux que l'on aide
2) ETRE DETACHE « Le
détachement chrétien est encore
prêché ou compris trop souvent comme une
disposition de mépris, d'indifférence ou de
méfiance à l'égard des
réalités terrestres. Le monde présent
n'est que boue et poussière : moins on y touche, plus
on est saint …A cette doctrine négative de
renoncement par abstention, il faut substituer la notion
positive de renoncement « par dévouement au plus
grand que soi ».
« Le contact de la
Matière par lui-même ne salit pas l'âme,
ni ne l'alourdit : il la nourrit au contraire et la
soulève. Le Chrétien a pu longtemps passer
pour celui qui professait le dédain de ce qui passe.
Eh bien, ce qui doit le faire reconnaître
désormais, c'est un dévouement de tout son
être à la puissance créatrice qui
construit le monde jusque dans ses sphères
matérielles et sensibles : c'est une
ferveur exceptionnelle pour la création
» tome 11 p.38
c) Urgence d'un œcuménisme
authentique et largement ouvert
Une tâche est
particulièrement significative pour construire le
Christ total au sens évoqué plus haut : c'est
l'œcuménisme. Et celui- ci prend, dans notre
monde, une importance encore plus grande, du fait du
brassage des cultures Teilhard en des pages très
précises distingue deux sortes de travail :
* « L'œcuménisme
au sommet » c'est à dire entre les
théologiens. Il annonçait ainsi la T.O.B fruit
d'une collaboration entre exégètes
catholiques, protestants, et orthodoxes. Le Groupe de
Dombes, formé de théologiens catholiques et
protestants se réunit régulièrement
pour travailler sur les points de rapprochement
possible.
* « L'œcuménisme
de base, entre tous les hommes »
: il s'agit de favoriser et de mener le dialogue
inter-religieux avec tous les hommes, de tous les
continents, qui croient à la valeur de l'homme et
à sa destinée. cf. : Tome 9.science et Christ
p.253-254
Dans ce monde qui se rapproche,
nous avons, plus que nos grand' parents des contacts quasi
quotidiens avec ces hommes et ces femmes qui ont une
religion différente de la nôtre C'est pourquoi,
même si nous ne pouvons avoir une action d'envergure,
nous pouvons être attentif à cet ouvrier
marocain ou à cette femme de ménage
algérienne faisant leur ramadan intégralement.
Si nous les respectons et acceptons de leur partager quelque
chose de ce qui nous fait vivre, nous travaillons dans le
sens d'un rapprochement.
Il ne s'agit pas comme le craignent
les intégristes, de considérer que tout se
vaut et de relativiser toute croyance mais il s'agit de
reconnaître et de respecter ces parcelles de
vérité qui se trouvent dans le cœur de
tout homme sincère.
d) Servir la religion de l'avenir.
(Les directions de l'avenir (tome 11) p.44
« Le christianisme ne
cessera de végéter, il ne recommencera
à se répandre comme aux premiers âges,
que s'il « s'embraye » résolument sur les
aspirations naturelles de la terre. La foi au Christ,
vitalisée par la foi humaine à quelques
progrès universel, la foi au monde,
légitimée par la précise et consistante
réalité du Christ , - les goûts
arc-boutés du Christ et du monde, - tels se laissent
deviner les deux pôles de la religion de
l'Avenir »
La « religion de
demain » est donc celle qui unira les
réalités économiques ou sociales et les
aspirations à une transcendance !
Prenant à nouveau, une
comparaison au monde scientifique, Teilhard rappelle que la
découverte de l'atome et des ressources
énergétiques qu'il contient, a
profondément changé les mentalités
modernes ! Et il ajoute : « Cette découverte
d'une énergie nouvelle et très puissante doit
s'accompagner d'un élan d'évolution chez nos
contemporains ! » Un goût d'agir, de
chercher, et de créer dans l'attente d'un sommet
suprême de conscience. L'homme d'aujourd'hui a
besoin de ce surcroît d'élan,
pour continuer à vivre et à travailler !
Sinon, il se laissera dépérir dans l'ennui.
Mais où va-t-il chercher cet élan ?
……… «
Ce qui fait la supériorité du Christianisme
sur toute autre espèce de foi, c'est de se trouver
identifié, de plus en plus consciemment, avec une
Christo - genèse c'est à dire avec la
montée perçue d'une certaine présence
universelle, à la fois immortalisante et
unissante.» Tome 13 Le Christique
p.104
CONCLUSION
Grâce à ces vues si
larges, ouvertes sur un avenir attirant, Teilhard de Chardin
nous permet de regarder le monde moderne sans angoisse ! Il
ouvre des perspectives dynamisantes ! car elles nous rendent
à la fois responsables et coopérateurs du
Dessein de Dieu. Il dépend de la liberté des
hommes que la mondialisation soit un asservissement des
personnes ou au contraire que par elle, la personne humaine
s'universalise par la connaissance et par
l'amour.
Nous devenons alors
réellement coopérateurs de la Parousie, car
celle-ci ne peut se réaliser que lorsque les hommes
auront accédé à un certain degré
d'unanimité. Teilhard rappelle les lentes
préparations qui furent nécessaires avant
l'Incarnation et il applique à la seconde venue du
Christ les mêmes exigences, dans un texte tiré
précisément du volume intitulé,
Les directions de l'avenir et que je livre
à votre méditation en guise de conclusion !
:
« Pour que le Christ
apparût une première fois sur la terre, il
fallait évidemment &endash; personne n'en doute -
que le type humain se trouvât anatomiquement
constitué, et socialement poussé
jusqu'à un certain degré de conscience
collective.
Ceci posé, pourquoi, ne
pas penser que, dans le cas de sa seconde venue aussi, le
Christ attend pour paraître que la collectivité
humaine soit enfin devenue capable, parce qu'achevée
pleinement dans ses potentialités naturelles de
recevoir de Lui, sa consommation surnaturelle ? Car s'il y a
incontestablement des règles physiques
précises du développement historique de
l'esprit, comment n'en existerait-il pas à fortiori
pour son épanouissement et sa terminaison ?
» Tome 11 Les directions de l'avenir
p.169
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UNE
PREMONITION DE L'INTERNET (écrite entre 1941
&1951)
par J.-P.
Sibbille
"De plus en plus toutes les
machines de la Terre, accélérant &
multipliant leur progrès, tendent à former une
seule grande Machine organisée, un seul complexe
géant, circumplanétaire. Le réseau de
communications radiophoniques &
télévisuelles ; la montée des machines
à calcul (qui augmentent la "vitesse de
pensée"), préparent [ensemble] une
révolution dans le domaine de la Recherche."
"[Grâce à des]
formes raffinées d'énergie scientifiquement
captées & utilisées ces instruments
reliés les uns aux autres sont les linéaments
d'une sorte particulière de supercerveau. A une
vitesse toujours accélérée, le
réseau mondial des liens économiques &
psychiques se tisse. l'Humanité se "céphalise"
donc progressivement, tisse son cerveau : tout est
maintenant en contact, très serré !"
"Certaines énergies
planétaires tendent à rapprocher &
organiser des milliards de consciences. De plus en plus
nombreux nous découvrons que nous avons raison de
croire à une super-organisation du Monde. Les masses
sociales & ethniques attendent, & exigent, un
accès [libre] ouvert à tous - sans
distinction de classe ni de couleur - à la marche des
affaires humaines... [Voici venir] l'envahissement
des forces de sympathie dans le réseau entier des
relations inter-humaines."
"Nul besoin d'être
prophète pour affirmer que d'ici deux à trois
générations, [c.à.d. au
début du XXIe siècle], la notion d'un
certain nouvel "Espace de Complexité" [le Worl
Wide Web] sera aussi universellement admise &
utilisée par nos successeurs que, par nous,
l'idée du mouvement mécanique "autour du
soleil".
"[Mais] prenons-y garde,
cet état unitaire vers lequel nous nous acheminons...
séparera tout ce que nous connaissons aujourd'hui
d'une différence essentielle, d'ordre ou de
degré dans la réalité. Au coeur
même des choses [unissant logiciel
immatériel aux T.I.C. matérielles] et dans
une Réflexion collective explosive - - la
Pensée portée à l'extrême, se
volatilisera par dématérialisation dans une
une brusque fulguration. [Ainsi] sembleront devoir
s'annuler les propriétés si chèrement
acquises du moi le plus incommunicable.
Quelle signification conviendrat-il
de reconnaître à cette étrange
dérive d'une Vie planétisée ? Le
dernier acte se prépare, visiblement. Sous quelque
forme imprévisible, la Terre s'éveillera
demain "pan-organisée". Ce qui veut dire qu'en avant
de nous ce n'est pas l'engourdissement de l'âme, mais
au con-traire quelque point critique de Réflexion
collective qui s'an-nonce.
Texte réalisé avec
des métaphores & mots-clé tirés de
L'Avenir de l'Homme, de P. Teillard de Chardin
(rédigé entre 1941 &1951). J-P. Sibbille,
2001
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La Personne
Humaine au Cœur de l'Avenir de l'Homme
Raoul GIRET 17/11/2001
L'Evolution est une histoire,
histoire de naissance, de vie et de mort des acteurs
successifs, histoire de la complexité croissante,
chapelet de synthèses, émergence
d'événements historiques.
La sélection naturelle rend
compte de l'adaptation mais reste étrangère
à l'innovation essence même de l'Evolution.
Voici 65 millions d'années, les Dinosaures
disparurent avec la moitié des espèces
existantes. Les mammifères ont occupé les
places des reptiles en se diversifiant, sans lutte !.
L'arrivée de l'Homme, n'exclut pas la présence
des singes, des reptiles, des poissons ou des
bactéries.
Pourquoi limiter l'étude de
l'évolution à une espèce ou un phylum ?
replaçons ces éléments dans l'ensemble
de la Biosphère, système global remarquable
par ses multiples équilibres et les
coopérations des êtres vivants qui la composent
; aucun d'eux ne pourrait vivre seul !
Qui donc est cet Homme apparu dans
la continuité de l'évolution biologique,
capable de comprendre son passé et de se projeter
dans l'avenir ? N'est-il qu'un singe de luxe ? Certains
scientifiques l'affirment !
Son intelligence
réfléchie transforme la face de la Terre. Elle
lui donne une véritable créativité qui
implique une finalité. Inséré dans
l'histoire de son groupe, l'homme prend conscience du temps.
Etre de projet, il se projette dans l'avenir !
Chez les êtres vivants l'ADN
est une mémoire vivante capable d'enregistrer des
innovations. Chez l'homme apparaît une nouvelle
mémoire, la mémoire culturelle sociale.
L'évolution culturelle sociale de l'Humanité
relaie l'évolution biologique.
Chacun de nous est conscient
d'être une personne face au monde extérieur,
une personne qui se construit dans les relations avec les
autres personnes.
La Personne humaine est capable
d'amour. L'amour est don de soi, mais il n'y a don que dans
la liberté de ne pas donner, la liberté
astreint l'Homme au choix, et le choix libre entraîne
la responsabilité.
Un désir d'absolu habite
notre conscience. Les totalitarismes et les
intégrismes en sont la face négative. Le sens
du temps et le désir d'absolu conduisent l'homme au
refus de la mort.
L'homme ne peut pas être
séparé de la société humaine. Le
petit d'homme doit apprendre tout ce qui fera de lui un
homme, par l'éducation, transmission d'une culture,
d'une tradition, de connaissances objectives et de modes de
relations affectives qui caractérisent une
population.
La Personne humaine pense mais sa
pensée ne peut pas se développer hors de la
société. La personne est créative mais
l'innovation ne s'épanouit que dans la
société en s'intégrant dans la
mémoire du groupe. Nous ne pouvons vivre, penser et
agir que dans le cadre d'un groupe social.
Spontanément les hommes ont
expliqué ces singularités de la personne
humaine comme les manifestations d'un esprit animant leur
corps. Réduire l'Homme à ses dimensions
biologiques, c'est ignorer la Personne humaine et la
dimension sociale de l'Homme dans
l'Humanité.
L'Homme est entré sans bruit
dans la Biosphère, il y a 2 millions d'années
; les civilisations datent de quelques milliers
d'années. Dans chaque société, hommes
et femmes, dans un cadre culturel commun, développent
une petite sphère de pensée, une petite «
noosphère ». Depuis peu, ces noosphères
en contact forment une immense Noosphère, celle de
l'Humanité entière. La pensée
réfléchie est inséparable de la
liberté et de l'amour qui unit les hommes dans leur
société : la Noosphère n'est pas une
« sphère des idées », c'est une
« sphère des esprits, des âmes
»
Aujourd'hui, l'homme, conscient de
l'Evolution en devient responsable. L'Humanité entre
dans la voie de l'évolution convergente volontaire.
L'Evolution biologique a conduit à l'équilibre
global de la Biosphère, l'Evolution culturelle
sociale humaine doit entraîner l'Humanité dans
sa globalité vers un équilibre
noosphérique. Seules les personnes humaines,
intersections de la Biosphère et de la
Noosphère, peuvent rechercher volontairement les
équilibres de l'Humanité, sans perturber la
Biosphère !
La Personne humaine possède
les moteurs nécessaires pour poursuivre l'Evolution :
sa créativité personnelle, sa capacité
d'aimer et son désir d'absolu.
Ils sont en elle ; elle seule peut
les mettre en oeuvre. Nécessaires à la
poursuite de l'Evolution, la Personne humaine en est
responsable. Cette self-évolution sera une
épreuve pour les hommes car l'Humanité
progresse de crise en crise, les crises que nous traversons
le montrent.
|
Le texte
complet de la conférence peut être
trouvé par ailleurs
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SOCIETE D'HISTOIRE ET
PATRIMOINE PHARMACEUTIQUE
DE BASSE-NORMANDIE
SEANCE DU JEUDI 24 OCTOBRE
2002
Teilhard de
Chardin
Un homme de foi et un
savant à la recherche de l'Unité
conférence par
Jacques Séverin
Abbatucci
Pourquoi ce sujet ? Appartenant
à la « société civile »,
comme on dit, je n'ai rien d'un clerc et le domaine que je
vais aborder, où se côtoient religion et
science, peut étonner certains. Et aussi, pourquoi
Teilhard ?
Je l'ai rencontré dix ans
après sa mort dans ses écrits qui venaient
d'être publiés et depuis lors j'ai bien souvent
cheminé avec lui. C'est Erika Erdmann, collaboratrice
du prix Nobel Sperry, qui bien qu'agnostique, le comparait
à un fanal utile à la science comme à
la religion. Je peux vous faire la confidence qu'il m'a en
effet éclairé dans les moments de choix de ma
vie, particulièrement dans mon activité
professionnelle.
En 1993 et 1995 j'ai eu l'honneur
de faire deux communications le concernant devant
l'Académie de Caen et par la suite nous avons
constitué un Groupe d'étude qui se
réunit régulièrement six fois par an.
Il a organisé en 1998 en coo-pération avec
l'association Teilhard de Chardin un congrès
international qui s'est tenu au Mémorial de Caen dont
le thème était « La Foi en la Paix et
l'avenir de l'homme ». L'un des éminents
participants était Robert Müller, an-cien
secrétaire général adjoint de l'ONU,
président de l'Université de la Paix au Costa
Rica.
Enfin, notre groupe édite un
site internet (groupe-teilhard.org)
qui a bonne au-dience et grâce auquel nous maintenons
des relations avec de nombreux corres-pondants de par le
monde.
Teilhard de Chardin, un homme de
foi et un savant à la recherche de l'Unité…
On pourrait dire tout aussi bien,
à la recherche de la Vérité, tant il
est vrai que celle-ci est une derrière la
multiplicité et la fragmentation apparente des
choses.
Or dans tous les domaines,
notamment dans celui de l'évolution des techniques,
dans celle des mœurs et des sociétés,
l'homme cherche ses repères, une vision d'ensemble
qui lui permette de retrouver le jugement et
l'équilibre qui lui sont nécessaires.
Les journées internationales
recement tenues au Mémorial de Caen illustrent bien
ce besoin ressenti au stade actuel de l'évolution du
Monde.
Les références
traditionnelles que sont la Foi, comme à
l'opposé la vision ratio-naliste et objective du
monde, ont été ébranlées dans
leurs certitudes. Face à la mondialisation, on
s'interroge.
« Il faut pousser plus loin et
jusqu'au bout le monde autour de nous » disait Teilhard
de Chardin, au début du 20 ème siècle.
Dans une prémonition étonnante, ce
prêtre et savant authentique a bien discerné la
nécessité d'une vision renouvelée de la
place de l'homme dans l'univers. En cette période de
basses eaux idéologiques le corpus de pensée
qu'il nous propose me paraît être d'une grande
pertinence.
Son œuvre magistrale a
suscité bien des remous. Comme tout
précurseur, il fut mal compris par beaucoup et dans
les années 50 une grande agitation régna
au-tour de lui.
Mais le temps venant conforter bien
de ses idées, Teilhard de Chardin resurgit de nouveau
dans l'actualité, même si, le plus souvent, on
ne reconnaît pas expli-citement son rôle de
précurseur.
Je remercie la
Société de Pharmacie de me donner l'occasion
de présenter le personnage à tous ceux qui ne
le connaissent pas bien et d'exposer ce que je res-sens
comme étant l'axe essentiel de son œuvre.
Qui donc était Teilhard de
Chardin ?
Pierre Teilhard de Chardin naquit
le 1er mai 1881 au château de Sarcenat, à
Or-cines, dans le Puy-de-Dôme. Il mourut à New
York, le 10 avril 1955.
D'un milieu aristocratique, sa
famille était très imprégnée de
traditions. La de-vise des Teilhard est « Ignus est
ollis vigor et celestis origo » signifiant « De
feu est leur vigueur et du ciel leur naissance »,
devise prophétique peut-être pour ce qu'allait
être la vie du jeune Pierre. Sa mère, d'origine
picarde, était essentiellement pieuse et modeste, une
vraie sainte selon Henri de Lubac. Elle était aussi
arrière-petite-nièce de Voltaire, ce qui
ajouta sans doute à l'hérédité
de son célèbre fils. Le père de
famille, Emmanuel, sorti de l'Ecole des Chartes, fit selon
Claude Aragones, bénéficier sa province de son
érudition en même temps qu'il dirigeait de
près l'éducation de ses enfants et
l'exploitation de ses domaines. Ils eurent onze enfants, le
quatrième étant Pierre. Sa sœur
Marguerite, qui mourut jeune, fut très proche de lui
spirituellement.
La famille Teilhard de Chardin a
aussi des attaches normandes. Son neveu de-meure dans
l'Orne. C'est un membre éminent de notre Groupe
d'études de Basse-Normandie et il nous a un jour
parlé du rôle des amis et de la famille dans la
vocation de son oncle.
Brancardier pendant la guerre de
14-18, Pierre Teilhard de Chardin refusa d'être
nommé aumônier avec le grade de capitaine, pour
rester au milieu des hommes, en majorité des
musulmans. Sa conduite, souvent héroïque, lui
valut de recevoir la Médaille Militaire et la
Légion d'Honneur. Mais au milieu des combats, il
trouva encore le temps et le courage d'écrire et
c'est dans la boue des tranchées de Verdun qu'il eut
les grandes visions qui ont structuré toute son œuvre.
C'était un homme
d'église et un savant.
Homme d'église, il entra
dans la Compagnie de Jésus en 1889. La situation
po-litique française le força à
résider à Jersey en 1902 pour y étudier
la théologie et la philosophie. Puis il se rendit au
Caire où, pendant trois ans, il enseigna la physique
et entrepris des études géologiques. À
son retour en Angleterre, il fut ordonné prêtre
en 1911 à Hastings. Après les années de
guerre, lorsque ses écrits commencèrent
à circuler tels que « La vie cosmique »,
« Le Christ dans la Matière », etc., ils
rencontrèrent une vive opposition dans la
hiérarchie catholique. Il fut accusé de
modernisme et d'erreurs graves. Son interprétation du
péché originel fut particulièrement
censurée. J'ai retrouvé dans mes papiers une
copie du « monitum » de la Congrégation du
Saint Office distribué en 1962, le mettant
indiscutablement en lourde suspicion. Par la suite,
malgré le soutien de personnalités ayant
autorité dans l'Église, comme le Père
de Lubac, qui, avec d'autres, firent passer bien de ses
idées auprès des Pères conciliaires en
1968, ses rapports avec Rome ne parvinrent jamais à
se normaliser. Il fut interdit de publication, mais ses
textes continuèrent à circuler sous le manteau
et furent heureusement recueillis par sa secrétaire
et disciple Mlle Mortier, grâce à qui ils
furent ensuite publiés.
Dans toutes ces épreuves,
son obéissance et sa fidélité à
l'Église furent sans faille. Il témoigna
toujours d'une abnégation absolue, même
lorsqu'il lui fut de-mandé de renoncer à la
chaire au Collège de France qui lui était
offerte.
Pour se débarrasser de sa
présence encombrante, ses supérieurs
l'envoyèrent en Chine « à la chasse au
Sinanthrope » comme le dit drôlement Lacouture.
C'est peut-être à cet exil qu'on doit le
développement de son œuvre
scientifique.
Savant, il l'était
assurément. En 1922 après une thèse qui
fut remarquée, sur « Les mammifères de
l'éocène inférieur », il obtint
son doctorat ès sciences et enseigna la
géologie à l'Institut catholique de Paris.
Chargé de mission et sub-ventionné par le
Muséum d'Histoire Naturelle dirigé par
Marcellin Boule, il partit en Chine en 1923, pour rejoindre
la mission paléontologique dirigé par un autre
jésuite, le Père Licent. Les
découvertes faites sur le plateau de l'Ordos firent
l'objet d'une communication à l'Académie des
sciences. Il séjourna souvent dans ce pays jusqu'en
1946, y nouant de nombreuses et fidèles
amitiés chinoises. En 1948, il effectua une mission
en Somalie française et en Éthiopie.
L'année suivante, il participa à la
découverte, en Chine, dans les grottes de
Chou-Kou-Tien des restes du Sinanthrope, fameux fossile
vieux d'environ 500 000 ans. Il fut nommé pour
diriger les fouilles. Plus tard, il participa comme
géologue à la mission Haardt-Citroën plus
connue sous le nom de Croisière Jaune.
Élu membre de
l'Académie des sciences en 1950, il fit des
séjours d'étude à Ja-va et en Afrique
du Sud, subventionnés par la fondation Wenner-Gren
pour des recherches anthropologiques et il accompagna
l'expédition américaine Yale-Cambridge en
Inde. En 1951, il se fixe à New York, la Fondation
lui offrant l'accueil d'un laboratoire et lui confiant en
1953 une seconde mission au Saha-ra..
Cette grande activité fut
l'occasion de très nombreuses publications, de
ren-contres et de débats avec ses collègues
scientifiques. Ceux-ci, bien souvent agnostiques, ont
certainement été à l'origine de sa
vocation particulière. Il a pu dire en effet:«
Porter le Christ, en vertu d'attaches proprement organiques,
au cœur des réalités les plus
dangereuses, les plus naturalistes, les plus païennes,
voilà mon évangile et ma mission ». Il le
fit avec un infini respect pour les opi-nions et les
croyances de ses interlocuteurs. Les milieux scientifiques,
entre au-tres, lui en surent gré et lui ont toujours
conservé amitié et estime. Il était
l'ami, notamment, de sir Julian Huxley avec qui il contribua
à la fondation de l'UNESCO en 1946.
New York fut sa seconde patrie. Il
y mourut d'un infarctus, chez des amis, en prenant le
thé. C'était l'après-midi du 10 avril
1955. Il avait dit quinze jours plus tôt, devant des
neveux, à un dîner à l'ambassade de
France : « J'aimerais mourir le jour de Pâques
». Son voeu était exaucé. Les
dernières lignes qu'il ait écrites avaient
été constituées par une
méditation de Saint Paul, et un acte de foi dans le
Christ. Peu de temps avant sa mort, le recteur de St
Ignatius l'avait reçu et il résuma plus tard
son impression en ces termes : « Il s'était
ouvert avec une telle spontanéité, un tel
charme, que je croyais voir un enfant ». Une dizaine de
personnes seulement assistaient à son enterrement,
dont heureusement, quand même, l'Ambassadeur de
France. Aujourd'hui, toujours en terre d'exil, une simple
pierre levée avec une brève inscription est le
seul ornement de sa tombe, à St Andrew-on-Hudson.
Essentiel de sa
conception
Teilhard est un esprit aux
multiples facettes. C'est un philosophe, un prêtre, un
« théologien clandestin » selon
l'expression d'André Brincourt, c'est un cher-cheur
et un scientifique et c'est aussi un poète. Il
préfigure, en une seule per-sonne, la
transdisciplinarité tant recherchée de nos
jours.
L'œuvre est imposante. Elle a
été rassemblée en neuf volumes et
quatre Cahiers, publiés au Seuil de 1955 à
1965 sous l'égide d'un Haut Comité
patronné par la Reine Marie-José de Belgique
entourée d'un prestigieux comité scientifique
dans lequel on trouve Louis Leprince-Ringuet,
Théodore Monod, Robert Oppenheimer, pour ne citer que
quelques uns de ceux dont les noms résonnent encore
à nos oreilles. D'autres ouvrages furent
publiés par divers éditeurs et beaucoup furent
traduits notamment en anglais. Tout cela fut possible
grâce à Jeanne-Marie Mortier et à divers
amis qui ont créé la Fondation Teilhard de
Chardin, dont le siège est toujours aujourd'hui au
Muséum d'Histoire naturelle, à Paris.
Parmi ses œuvres, les plus
connues sont « Le Phénomène Humain
», paru en 1955, « Le Milieu Divin » en 1957,
et « L'Avenir de l'Homme » en 1958. Mais comment
ne pas citer aussi « L'Hymne de l'Univers ».
« L'activation de l'Energie », « Comment je
Crois » ou « Science et Christ » ? Son style
est gé-néreux, attachant, parfois lyrique, ce
qui a pu lui être reproché. Mais le fond de la
pensée est toujours d'une très grande rigueur.
Le paléontologue Jean Piveteau, alors
président de l'Académie des Sciences, avait pu
dire en préfaçant un de ses livres : «
Tous seront frappés de la pensée lucide et
ferme, de la maîtrise intellectuelle, d'un des plus
grands esprits qui fut jamais ».
Comment rendre compte de l'apport
de Teilhard, si vaste et si multiple, en ta-chant
d'être bref ? Bien évidemment en
m'efforçant d'aller à l'essentiel ou
plu-tôt en me limitant à un aspect de son œuvre
qui me paraît essentiel..
Tout d'abord, me semble-t-il, il
fut parmi les premiers dans le monde religieux à
intégrer la notion d'évolution. Nous vivions
dans un monde imprégné de fixisme, tant dans
les milieux cléricaux, ancrés sur une
création, acte unique et définitif depuis l'œuvre
divine initiale, que dans les milieux scientifiques
eux-mêmes, écartant la notion de début
et de fin de l'histoire du monde pour éviter d'avoir
à y chercher une quelconque intention. Teilhard non
seulement a accepté les perspectives ouvertes par
Darwin à la suite de Lamarck, mais il les a
élargies en les plaçant dans la vision globale
d'une cosmogénèse. Le monde est en
évolution, le cosmos est en évolution et nous
sommes un élément de cette vaste
cosmogénèse.
Cette conception est
entièrement différente de l'ancien
anthropocentrisme qui faisait de l'Homme le centre
géométrique et statique de l'Univers. L'homme
est un phénomène s'intégrant dans la
cosmogénèse et cela a pour Teilhard, une
portée incalculable en garantissant la valeur et la
pérennité de l'œuvre qui s'opère
à travers nous-mêmes.
Ici l'homme de foi qu'il
était, se heurtant au début du 20ème
siècle à toutes les rigidités de son
temps, rejoint les savants du troisième
millénaire : l'univers a eu un début... Le Big
Bang, phénomène inouï, nous a
projeté dans un univers en expansion dont la fin est
prévisible. Pour Teilhard, la création reste
en cours et nous participons à cette création.
Le Christ, Dieu incarné, Dieu fait homme, est un
Christ cosmique qui entraîne cette création. En
écho à Saint Paul, qui déclarait aux
Colossiens que le Christ « était avant toutes
choses » et que « tout subsiste en lui », il
proclame dans « Science et Christ », en 1924:
« La présence du Verbe
incarné pénètre tout comme un
élément univer-sel....Autour de nous, le
Christ agit physiquement pour tout régler...Les
prodi-gieuses durées qui précèdent le
premier Noël ne sont pas vides de lui mais
pé-nétrées de son influx puissant.
Toutes ces préparations étaient cosmiquement,
biologiquement, nécessaires pour que le Christ
prît pied sur la scène humaine
»
La cosmogénèse se
caractérise par une montée vers la
complexité. C'est ainsi qu'à l'instant
initial, il y a quinze milliards d'années, la
matière n'existait que sous la forme d'un plasma
homogène où tout n'était que pure
énergie. Avec l'apparition du temps et de l'espace,
c'est à dire en quelques infimes fractions de
microsecondes, les premiers corpuscules fondamentaux se sont
différenciés. Sans entrer dans les
détails de ce que les physiciens décrivent,
retenons que ces corpuscules ont constitué les
premiers atomes, se groupant en corps simples, puis en
molécules de plus en plus complexes. Teilhard
décrit cela dans « Le Phénomène
Humain » au chapitre de la pré-vie. Relevons
cette remarque, sans doute fondatrice, de Teilhard, bien
avant que le concept du Big bang ne soit communément
admis :
« Cette découverte
fondamentale que tous les corps dérivent, par
arrangement, d'un seul type initial corpusculaire, est
l'éclair qui illumine à nos yeux l'histoire de
l'Univers »
Cette notion de montée vers
la complexité est désormais un fait admis par
tous les scientifiques malgré quelques contestations.
Hubert Reeves la représente sous forme d'une pyramide
de la complexité.
À partir d'un certain niveau
de complexité, on assiste à une
discontinuité prodi-gieuse, que certains veulent
réduire à une seule invention de la nature,
l'apparition de la vie.
« Mais une chose est certaine,
dit Teilhard : c'est que pareille métamorphose ne
saurait s'expliquer par un processus simplement
continu...... Il nous faut placer en ce moment particulier
de l'évolution terrestre une maturation, une mue, un
seuil, une crise de première grandeur : le
commencement d'un ordre nouveau. »
Une force doit s'appliquer pour
ordonner, conjuguer, et finalement impulser la mise en œuvre
des éléments nécessaires à la
vie. Pour le croyant, cette force c'est l'acte
créateur de Dieu.
Ensuite, l'évolution des
espèces, du métazoaire à l'homme, est
un mouvement continu ou par succession de paliers, selon les
mécanismes que les évolution-nistes ont
précisé, dans le sens du plus simple au plus
complexe, échafaudant des ensembles hautement
improbables à l'inverse de l'entropie.
Mais la pensée ?
Comment la situer ? Pour Teilhard, l'étoffe de
l'univers, la matière, est biface. Elle a une face
extérieure qui apparaît aux mesures physi-ques,
et une face intérieure, le « dedans des choses
» selon son expression, faite comme la
précédente d'énergie mais cette fois-ci
à traduction psychique. Aux grains d'énergie
de la matière correspondraient des grains
élémentaires de pen-sée. On peut dire
que l'étoffe de l'univers est faite
d'esprit-matière.
Ces considérations sont
elles dignes d'intérêt ? Jugeons-en. Pour Roger
Penrose, grand physicien d'Oxford, probablement
nobélisable, que j'ai rencontré à une
récente réunion organisée à
l'Université du Latran, la pensée - je cite -
est un phénomène étrange qui
dépend de la matière et qui en retour, peut
agir sur elle. Il ajoute qu'une vision scientifique de
l'univers qui n'intègrerait pas la pensée ne
saurait prétendre sérieusement être
complète. Joseph Provenzano, physicien du
célèbre CalTech, spécialiste de
l'intelligence artificielle, teilhardien convaincu, qualifie
la pensée d'énergie consciente,
considérant qu'il n'y a rien dans l'univers,
absolument rien, que de l'énergie et que la
pensée ne fait pas exception. .
En fait, là
déjà, Teilhard se montrait précurseur.
Ne disait-il pas en 1940: « Une nouvelle physique doit
naître. Le moment est venu de se rendre compte qu'une
interprétation, même positiviste, de l'Univers
doit, pour être satisfaisante, couvrir le dedans,
aussi bien que le dehors des choses, - l'Esprit autant que
la matière. La vraie Physique est celle qui
parviendra, quelque jour, à intégrer l'Homme
total dans une représentation cohérente du
monde. »
À la lumière de ce
que la physique quantique nous apprend, l'expression de
Teilhard ,: « qu'à l'extrême de ses
analyse...la Physique ne sait plus trop si elle tient de
l'Energie pure, ou si c'est au contraire de la Pensée
qui lui reste entre les mains » ne nous paraît
plus aussi surprenante.
Teilhard considère donc
qu'à l'atomisme de la matière s'associe un
atomisme de l'esprit les deux étant deux aspects de
la même énergie. Il se base sur l'observation
que dans le monde vivant, du protoplasme à l'homme,
la cons-cience est d'autant plus développée
qu'elle double un édifice matériel plus riche
et mieux organisé. C'est ce que Teilhard a
appelé la loi de complexité cons-cience. Mais
complexité ne veut pas dire simple accumulation,
juxtaposition ou complication. Il faut que l'ensemble soit
centré autour du projet commun qui constitue
l'individu. Cette notion de centration est fondamentale. On
la retrouve-ra plus loin pour le groupe social.
Le sommet de la complexité
sur notre Terre, c'est le cerveau humain. C'est un fait
admis. Avec l'homme, après le pas de la vie et celui
de la pensée, grâce à cette
extrême complexité, un troisième pas
est franchi ; c'est celui de la réflexion.
Voilà une nouvelle discontinuité majeure.
C'est une révolution dans le cosmos. Parmi toutes les
espèces vivantes sur notre Terre, l'homme,
phénomène tout récent dans les temps
géologiques, se caractérise par sa conscience
d'être. Teilhard définit ainsi ce nouvel
état. : « Du point de vue expérimental
qui est le nôtre, la Réflexion ... est le
pouvoir acquis par une conscience de se replier sur soi; et
de prendre possession d'elle-même comme d'un objet
doué de sa consistance et de sa valeur
particulières : non plus seulement connaître, -
mais se connaître; non plus seulement savoir, mais
savoir que l'on sait. »
Et il poursuit : « Par cette
individualisation de lui-même au fond de
lui-même, l'élément vivant... se trouve
constitué pour la première fois, en centre
poncti-forme, où toutes les expériences se
nouent et se consolident en un ensemble conscient de son
organisation »
« Quelles sont les
conséquences d'une pareille transformation ? - Elles
sont im-menses; et nous les lisons aussi clairement dans la
Nature que n'importe lequel des faits enregistrés par
la Physique ou l'Astronomie. L'être
réfléchi... devient tout à coup
susceptible de se développer dans une sphère
nouvelle. En réalité c'est tout un autre monde
qui naît. Abstraction, logique, choix et inventions
rai-sonnées, mathématique, art, perception
calculée de l'espace et de la durée,
an-xiétés et rêves de l'amour.. ».
« L'animal sait, bien entendu.
Mais certainement il ne sait pas qu'il sait ... Par rapport
à lui, parce que réfléchis, nous ne
sommes pas seulement différents, mais autres. Non pas
simple changement de degré, mais changement de
nature, résultat d'un changement d'état
»
Par la réflexion, l'homme a
acquis le sens du passé et du futur, la notion du
bien et du mal. Il a son libre-arbitre. Il est devenu
responsable.
Dans ce mouvement de construction
de l'individu réfléchi et conscient, il faut,
là encore, qu'il y ait une force de cohésion.
Pour Teilhard, cette force, c'est l'amour, qu'il
compare aux forces fondamentales de la physique.. Et il est
dans l'orthodoxie de la foi. En effet, Saint Paul ne
disait-il pas déjà aux Éphésiens
« Tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux
connexions internes qui le maintiennent, selon
l'activité qui est à la mesure de chaque
membre. Ainsi le corps se construit dans l'amour. »
Saint Paul, bien sûr, élargissait son propos
à l'humanité en progrès vers
Dieu.
Cet amour, Teilhard le
décrit : « Considéré dans sa
pleine réalité biologique, l'amour
(c'est-à-dire l'affinité de l'être pour
l'être) n'est pas spécial à l'Homme. Il
représente une propriété
générale de toute Vie ....(même)
à un état prodigieu-sement rudimentaire sans
doute, mais déjà naissant, jusque dans la
molécule »
« Sous les forces de l'amour,
ce sont les fragments du Monde qui se recherchent pour que
le Monde arrive... »
« ...Seul l'amour, pour la
bonne raison que seul il prend et joint les êtres par
le fond d'eux-mêmes, est capable... d'achever les
êtres, en tant qu'êtres, en les
ré-unissant »
Et il s'étonne :
« En dehors des «
mystiques » et de leurs analystes, comment se fait-il
que la psychologie ait pu négliger autant cette
vibration fondamentale dont le timbre, pour une oreille
exercée, se distingue à la base, ou
plutôt au sommet de toute grande émotion ?
Résonance au Tout : note essentielle de la
Poésie pure et de la pure Religion »
Alors Teilhard, poursuivant sa
réflexion pense que le processus de
l'évolution en cours depuis l'origine des temps ne
s'arrête pas à nous. Il se poursuit, mais il
change encore de niveau. Il franchit un nouveau pas, celui
de la totalisation humaine, de la
méga-synthèse.
La mutation s'accomplit sous nos
yeux. En fait, nous en sommes les acteurs. L'esprit humain
devient l'élément moteur. À la
différenciation des organes selon l'adaptation
biologique se substitue celle des outils qu'il invente et
qui prolongent et développent son pouvoir. La
recherche est devenue la grande affaire. Teilhard le dit
bien dans cet extrait tiré de Science et Christ
:
« Aujourd'hui, c'est par
millions que les hommes cherchent, et dans tous les
domaines, et par "millions organisés". En nombre
d'hommes employés, en somme d'argent absorbée,
en quantité d'énergie dépensée,
la Recherche tend de plus en plus à devenir la Grande
Affaire du Monde.... Si la Recherche envahit de plus en plus
l'activité humaine, ce n'est ni fantaisie, ni mode,
ni hasard : mais c'est tout bonnement que l'Homme, devenu
adulte, se trouve irrésistiblement conduit à
prendre en charge l'évolution de la Vie sur Terre, et
que la Recherche est l'expression même (à
l'état réfléchi) de cet effort
évolutif non seulement pour subsister, mais pour
être plus, non seulement pour survivre, mais pour
supervivre irréversiblement . »
« La Recherche est la forme
sous laquelle se dissimule et opère le plus
intensé-ment, dans la Nature autour de nous, le
pouvoir créateur de Dieu. A travers no-tre Recherche,
de l'être nouveau, un surcroît de conscience,
émerge dans le Monde ».
La recherche, nous le voyons bien,
perfectionne les techniques et en découvre de
nouvelles. Elle met en place des moyens de communication
d'une puissance inouïe, tant matériels
&endash; les transports ont presque supprimé les
distances &endash; qu'immatériels &endash;
radios, télévision, Internet -. Les
échanges se multiplient et s'enrichissent. On
travaille en collaboration et simultanément des
quatre coins de la planète. Dans tous les domaines
les connaissances sont mises en commun avec facilité
et sans délais. Des archives collectives existent
déjà. Une sorte de familiarité entre
individus par-delà les frontières s'exprime
tous les jours. On peut en effet parler de village global.
Ainsi, la pellicule vivante, la
biosphère, qui recouvre la Terre se double
désor-mais d'une couche pensante qui se referme sur
elle-même et que Teilhard a baptisé la
noosphère, la sphère des esprits. Qu'est-ce
à dire ?
« …disposant de
l'énorme durée qui lui reste à vivre,
l'Humanité a devant elle des possibilités
immenses....Depuis le pas de la Réflexion,
grâce aux étonnantes propriétés
de "l'artificiel" qui, séparant l'instrument de
l'organe, permet au même être d'intensifier et
de varier indéfiniment les modalités de son
action sans rien perdre de sa liberté, - grâce
en même temps au prodigieux pouvoir qu'a la
Pensée de rapprocher et de combiner dans un
même effort conscient toutes les particules humaines,
nous sommes entrés dans un domaine
complètement nou-veau d'Évolution... Nous
n'avons encore aucune idée de la grandeur possible
des effets "noosphériques". La résonance des
vibrations humaines par millions !.. Le produit collectif et
additif d'un million d'années de Pensée
!...Avons-nous jamais essayé d'imaginer ce que ces
grandeurs représentent ? »
« … je songe en premier
lieu à l'extraordinaire réseau de
communications ra-diophoniques et
télévisuelles qui … nous relient
déjà tous, actuellement, dans une sorte de
co-conscience "éthérée". Mais je songe
aussi à la montée insidieuse de ces
étonnantes machines à calcul qui… sont
en train de préparer une révolu-tion dans le
domaine de la Recherche ».
Il avait bien deviné la
puissance qui se cachait dans ce qui allait s'appeler plus
tard les ordinateurs et anticipé sur l'apparition du
réseau des réseaux &endash; c'est à
dire le réseau Internet.
« Certaines énergies
planétaires en jeu, invinciblement, tendent à
rapprocher et à organiser sur elle-même (si
incroyable cela puisse-t-il paraître) la multitude
affolante des milliards de consciences pensantes formant la
"couche réfléchie" de la terre… Sous
nos yeux l'Humanité tisse son cerveau…. le
point critique de Réflexion planétaire, fruit
de la socialisation, loin d'être une simple
étincelle dans la nuit, correspond au contraire
à notre passage, par retournement ou
dé-matérialisation, sur une autre face de
l'univers :non pas une fin de l'Ultrahu-main, mais son
accession à quelque Transhumain, au coeur même
des choses.
Il poursuit :
« ..encore...sur Terre des
Aristotes, des Platons ou des Augustins?...(pourquoi pas
?)...Mais ce qui est clair c'est que, vient appuyées
les unes sur les autres... nos âmes modernes voient et
sentent aujourd'hui un Monde qui (en dimensions, en
liaisons, et en virtualités) échappait
à tous les grands hommes d'autrefois. Or, à ce
progrès dans la conscience, oserait-on objecter que
ne correspond au-cune avance dans la structure de
l'être? »
L'observation des faits vient
étayer là aussi son propos.
Les connaissances s'accumulent et
s'accroissent à une vitesse toujours accrue. Au cours
des 600 dernières années, - c'est la
durée d'un soupir dans l'histoire humaine -, on a vu
toutes les grandes découvertes qui font
l'humanité moderne, de l'invention de l'imprimerie
à la manipulation du vivant, en passant par la
maîtrise de l'électricité et la
conquête de l'espace, et j'en passe.
Parallèlement, on assiste à un
phénomène de compression des populations..
Relativement, la surface de la Terre se
rétrécit. Pour parler comme les physiciens, on
peut dire que la section efficace, la place relative
qu'occupe chaque individu, augmente tandis que la population
croît de façon presque exponentielle sur une
surface terrestre inextensible. Nous sommes donc
matériellement contraints de nous uni-fier.
Mais pour que naisse ainsi la
super-humanité pressentie par Teilhard, rassem-blant
en une nouvelle synthèse des individus qui doivent
être selon lui, aussi dif-férenciés et
aussi complémentaires que possible, dans le respect
de toutes les cultures et de toutes les races, pour que se
forme la future « personne » de l'humanité
totalisée, encore faut-il que, dans un mouvement de
convergence, elle soit centrée sur une âme
commune. L'amour, cette force d'union
célébrée par Saint Paul, force
nécessaire, qui peut le lui infuser ? Quel attracteur
étrange - le terme est celui de la science
&endash; peut nous aider à ordonner notre chaos ?
Pour Teilhard cet attracteur existe. C'est le foyer
intemporel, éternellement présent et
suprêmement attrayant, vers qui tout converge, qu'il
nomme Point Omega, voulant ainsi se hisser, à n'en
pas douter, au dessus des termes tradi-tionnels.
« … le mouvement ne
s'arrête pas … . De l'Occident à
l'Orient, l'Évolution est désormais
occupée ailleurs, dans un domaine plus riche et plus
complexe, à construire, avec tous les esprits mis
ensemble, - l'Esprit. - Au-delà des nations et des
races, la prise en bloc, inévitable et
déjà en cours, de l'Humanité.
Pas d'esprit sans
synthèse...A l'image d'Oméga qui l'attire,
l'élément ne devient personnel qu'en
s'universalisant
Et inversement il ne s'universalise
véritablement qu'en se sur-personnalisant.
»
« C'est de centre à
centre que (la synthèse) doit s'opérer... en
contact mutuel, et pas autrement... Nous voici par le fait
même ramenés au problème d'aimer
»
La collectivisation ne peut
conduire seule l'humanité à son objectif
final. Les échecs historiques que nous avons
vécus le montrent bien.
« Tant qu'il absorbe, ou
paraît absorber la personne, le Collectif tue l'amour
qui voudrait naître. En tant que tel le Collectif est
in-aimable.... Que l'Univers, par contre, prenne en avant,
pour nous, un visage et un cœur, qu'il se
personni-fie....et aussitôt, dans l'atmosphère
créée par ce foyer, les attractions
élémentai-res trouveront à
s'épanouir... »
« ...le Monde trouve sa figure
et sa consistance naturelle en gravitant au re-bours du
probable, vers le foyer divin d'Esprit qui l'attire en avant
« Devenus centres, et donc
personnes, les éléments ont enfin pu commencer
à réagir, directement comme tels, à
l'action personnalisante du Centre des cen-tres. Franchir la
surface critique d'hominisation, c'est en fait, pour la
cons-cience, passer du divergent au convergent, -
c'est-à-dire , en quelque façon, changer
d'hémisphère et de pôle. En
deçà de cette ligne critique,
"équatoriale" , la retombée dans le multiple.
Au delà... l'évasion hors de l'Entropie par
retournement sur Oméga. »
Sur notre planète d'abord
vide de lui-même, l'homme s'est
développé, nous l'avons vu, et il occupe
désormais toute la place. Nous sommes entrés
dans une phase de concentration forcée. Il faut
s'unir, continuer notre montée vers le
plus-être..
Pour Teilhard, le moment du choix
approche pour l'humanité. Il le dit dans «
L'énergie humaine » en 1936 :
« Où est la
vérité ?...De deux choses l'une. Ou bien...
nous sommes vraiment les cellules terminales en lesquelles
le moment est venu pour le Cosmos de se dis-perser. Ou bien,
au contraire, à travers le nœud formé
par notre individualité, ces mêmes fibres se
prolongent pour aller quelque part, plus loin : et ceci
prouve que pour rester cohérents avec le Monde nous
devons chercher à réaliser tous ensemble
quelque ultérieure synthèse ».
Mais une force obscure nous attire
vers la division, la discorde,.la chute vers le
moins-être. Alors l'échec est possible. La
chute et le retour dans le multiple, dans
l'inorganisé, la contre-évolution restent
toujours possibles. Dans tout un chapitre du «
Phénomène Humain » Teilhard
développe cette idée. En voici quelques
éléments
« Une impasse à
éviter : l'Isolement....Se faire plus seul pour
être davan-tage...Concentration par
décentration d'avec le reste. Solitaires, et à
force de solitude, les éléments sauvables
trouveraient leur salut...par excès de leur
indi-vidualisation....sélection et élection
des Races...Lutte pour la vie...survivance du plus
apte...Racisme.. »
Toutes ces craintes restent,
hélas, actuelles.
Nous sommes devant nos
responsabilités. Une morale nouvelle doit s'imposer
à nous, une morale de mouvement, telle que la
décrit Teilhard dans « L'activation de l'Energie
» dirigée « en haut et en avant ».
Entre autres règles, le Bien doit être
cherché dans l'effort d'union, dans la construction
d'un plus grand que nous. Le Mal est dans l'abandon de cet
effort en privilégiant le repli égoiste,
« Si la Terre humaine
hésite encore aujourd'hui dans son mouvement…c'est
par défaut d'une Vision suffisante, d'une vision
proportionnée à l'énormité et
à la variété de l'effort à
donner »
La tâche est rude mais
l'espérance est grande., et Saint Paul nous montre la
voie qui déclare aux Éphésiens «
En lui toute construction s'ajuste et grandit en un temple
saint, dans le Seigneur ; en lui, vous aussi, vous
êtes intégrés à la cons-truction
pour devenir une demeure de Dieu, dans
l'Esprit»
Voici donc assez brièvement,
ce qui me paraît être l'un des grands axes de la
pensée de Teilhard. Bien entendu, certains points
n'ont été qu'effleurés, d'autres,
sortant du chemin que j'ai emprunté, n'ont pas
été évoqués. L'œuvre, nous
l'avons dit, est d'une grande richesse et ce modeste
exposé ne saurait être qu'une invitation
à une étude plus approfondie.
Débats autour de
Teilhard
Bien entendu, cette œuvre a
fait et fait toujours débat.
Comme tout novateur, Teilhard s'est
heurté à l'incompréhension puis
à l'hostilité de ses détracteurs. Lui,
homme de synthèse, prêtre et savant à la
fois, s'est trouvé attaqué tant du
côté des clercs que du côté des
scientifiques
Les plus vives réactions
sont venues de certains membres de l'Eglise.
J'ai retrouvé des articles
publiés dans les années 50, lors de la crise
Teilhard. Ils sont d'une agressivité
étonnante. Je passe sur le détail. Mais je
note un reproche : « Un Dieu que la raison dominerait
ne serait ni un Dieu personnel, ni un Dieu transcendant
». On ressentait alors une incompatibilité
certaine entre Foi et raison. Cette dernière aurait
eu comme finalité de dominer la Foi. Heureusement les
choses ont bien changé et l'encyclique « Fides
et Ratio » de Jean-Paul II est venue nous dire haut et
fort que « la foi et la raison sont les deux ailes de
la vé-rité. » suivant en cela
l'enseignement de St Jean et de St Paul puis du concile
Vatican II.
Autre accusation, celle de
panthéisme. Dieu aurait été
réduit dans la vision teil-hardienne à une
force diffuse au sein de la nature comme le sont les lois
natu-relles. Mais la foi en un Dieu personnel, est-elle
remise en question par Teil-hard ? Les extraits que nous
avons vus montrent, me semble-t-il, qu'une telle entreprise
est à l'opposé de ses intentions. Toute son œuvre
ne s'efforce-t-elle pas de montrer que le processus cosmique
est une montée vers un Dieu suprê-mement
personnel seul capable d'attirer et de rassembler en lui les
monades humaines. Pour Teilhard, Dieu ne s'engendre pas au
travers du devenir de l'homme comme le pensait Hegel mais il
attend de l'homme qu'il participe à sa
création.
Autre incompréhension : au
début du siècle dernier, la matière
support de l'univers, était encore ressentie comme
antinomique à la pensée, à l'âme.
On conçoit que la conception de
l'esprit-matière ait été mal
reçue. Pourtant. la ma-tière est
engagée, comme l'esprit, dans la grande œuvre
de la Création. Elle en est bien évidemment
indissociable. Et la physique moderne, dans son
abstrac-tion, en dépeint toute la noblesse. En effet
les progrès de la science sont tels que des questions
qui relevaient de la spéculation philosophique, voire
métaphysique, ont pris une actualité palpable
et quotidienne.
Ainsi nous pensions vivre sur du
solide. La mécanique quantique, augmentée
aussi depuis peu de la théorie des cordes, laisse
penser que le monde physique dans lequel nous sommes
immergés est une structure de physionomie
essentiel-lement mathématique où chaque
corpuscule élémentaire n'est qu'une minuscule
corde vibrant à sa fréquence propre, qui la
différentie des autres, dans un concert universel. Le
poète avait pressenti et recherché cette note
fondamentale.
La matière, pour Teilhard ,
c'est la sainte matière.
« Ainsi, dit-il, du travail
patient, prosaïque, mais accumulé, des savants
de tou-tes catégories, est sortie spontanément
la plus impressionnante manifestation du Tout qu'on pouvait
concevoir.. L'Univers dans sa totalité et son
unité, s'impose inéluctablement aujourd'hui
à nos préoccupations.
Comment le Chrétien
pourrait-il vivre coupé de la sève qui
alimente le sentiment religieux fondamental de
l'Humanité? »
« A ceux qui sont lâches
timides, puérils, ou étroits dans leur
Religion, je veux rappeler que le développement
humain est requis par le Christ pour son Corps, et qu'il y
a, vis-à-vis du Monde et de la Vérité,
un devoir absolu de la Recher-che. »
À l'opposé, chez
beaucoup de représentants de la communauté
scientifique, à la suite notamment de Jacques Monod
et de bien d'autres après lui, les réactions
furent très vives et de nos jours encore Teilhard
n'est pas personna grata auprès de
certains.
Il s'agit, me semble-t-il, d'un
malentendu fondamental.
Teilhard n'a pas cherché
à émettre sa propre théorie de
l'évolution. Il a admis la conception de
l'école darwinienne, considérant en
spécialiste de la paléontologie qu'elle
reposait sur des faits établis scientifiquement. De
la même façon, il aurait admis, et avec
enthousiasme sans doute, les progrès accomplis en
chimie molé-culaire ou en génétique,
par exemple. Ce qu'il propose c'est une
interprétation globale des faits scientifiques
accumulés.
Maintenant que nous savons que
l'univers a une histoire, peut-on lui reprocher d'en
chercher la signification avec tout ce que sa
méditation personnelle et sa culture religieuse lui
apportent ? Outrepasse-t-il, ce faisant, l'obligation
d'objectivité, laquelle se situe sur un autre plan,
celui de la science expérimen-tale ? Peut-on lui
reprocher en somme d'être tout aussi bien homme de foi
et de science. ?. Teilhard a voulu démontrer qu'il
n'y avait pas incompatibilité entre les deux
états.
Certains enfin lui ont
reproché un excès d'optimisme ? L'homme avec
tous ses défauts, ses haines, sa cruauté, ses
mensonges et finalement ses crimes,. peut-être aussi
sa folie, est-il capable d'assumer la grande œuvre
d'union attendue ? L'histoire de l'humanité n'en
fait-elle pas douter ? Teilhard répond :
« Il est facile au pessimiste
de décompter (les) civilisations qui l'une
après l'autre s'écroulent.
N'est-il pas beaucoup plus
scientifique de reconnaître, une fois de plus, sous
les oscillations successives, la grande spirale de la Vie,
s'élevant irréversiblement, par relais,
suivant la ligne maîtresse de son évolution ?
Suse, Memphis, Athènes peuvent mourir. Une conscience
toujours plus organisée de l'Univers passe de main en
main; et son éclat grandit. »
Et puis, rappelons-nous que c'est
dans les pires moments de la Grande Guerre, dans l'horreur
des tranchées, qu'il a découvert ses raisons
d'espérer :
« L'Histoire universelle nous
le montre : après chaque révolution,
après chaque guerre, l'Humanité est toujours
apparue un peu plus cohérente, un peu plus unie, dans
les liaisons mieux nouées de son organisme, dans
l'attente affermie de sa commune libération.... Plus
différenciée, après chaque crise, et
plus une, cependant
Que sera-ce donc, cette fois-ci
?...
Si nous n'assistons pas encore
aujourd'hui au dernier sursaut de discorde, ce sera demain,
car le dénouement se précipite, l'heure est
proche où la masse hu-maine, se refermant sur soi,
groupera tous ses membres au sein d'une unité en-fin
réalisée. Une même législation,
une même orientation, un même esprit, ten-dent
à recouvrir la diversité permanente des
individus et des peuples.»
« Les ressources dont nous
disposons aujourd'hui, les puissances que nous avons
déchaînées, ne sauraient être
absorbées par le système étroit des
cadres individuels ou nationaux qui ont servis jusqu'ici les
architectes de la Terre hu-maine...L'âge des nations
est passé. Il s'agît pour nous, si nous ne
voulons pas périr, de secouer les anciens
préjugés, et de construire la
Terre."
Il disait cela en 1936 dans «
L'énergie humaine »
Les Peuples, les Nations,, le
Monde, ont en effet besoin d'un grand dessein pour ordonner
leur chaos., une force reliante pour unir les hommes. Pour
Teilhard, cette force c'est une religion,d'amour.
Mais, dira-t-on, ce rôle
central de l'amour, n'est-ce pas un rêve, une
fantasmago-rie ?
À la récente
réunion du Mémorial, l'accent a
été mis sur l'indispensable
solida-rité. Lech Walesa a dit que c'était
« la bonne nouvelle » attendue. La
solidarité, n'est-ce pas un autre nom de l'amour
?
Ashley Montagu, anthropologiste et
bio-sciologiste réputé, a consacré une
grande partie de son œuvre à l'étude de
cette force qui, selon lui, organise dans
l'interdépendance les organismes complexes. Il
propose que l'Amour en tant que phénomène soit
l'objet d'un plan de recherche systématique et d'un
ensei-gnement universitaire. Et l'idée suit son
chemin.
Il reste le problème du Mal,
présent en nous et autour de nous. L'optimisme de
Teilhard ajoute cependant
« Mais il se peut aussi que,
suivant une loi à laquelle rien dans le Passé
n'a en-core échappé, le Mal, croissant en
même temps que le Bien atteigne à la fin son
paroxysme, lui aussi sous une forme spécifiquement
nouvelle. Pas de sommets sans abîmes.
»
Toutes les forces disjointes qui se
perdent ou s'affrontent dans la société,
Teilhard les avait aperçues dans les horreurs de
Verdun, mais au-delà des passions collectives, il
avait eu l'intuition d'un monde en gestation.
Conclusion
Voilà donc ce qui m'a paru
essentiel dans la pensée de Teilhard et que j'ai
sou-haité vous présenter. En savant et en
prêtre, il nous a offert une vision dynami-que de la
cosmogénèse dans laquelle, que nous le
voulions ou non, nous sommes impliqués. L'existence
même du cosmos relève d'une accumulation
inouïe de chances. La place éminente qu'occupe
l'humanité dans l'évolution est aussi, pour
certains, le fruit du hasard. La probabilité que la
biogenèse ait abouti à l'homme pour jouer le
rôle qui est le sien est infime. Certains en tirent
argument pour déclarer notre insignifiance. Mais nous
sommes là et nous pensons. Voilà la
donnée immédiate incontournable. Et nous
sommes devenus capables d'appréhender le Tout, ce
dont s'émerveillait Einstein. De plus, nous avons
acquis le pouvoir fantastique d'intervenir sur
l'évolution, au moins sur notre petite
planète. Ce pouvoir, nous ne pouvons l'éluder.
Il faut y faire face avec sagesse et humilité mais
aussi avec enthousiasme, en comptant sur l'inspiration de
l'esprit.
Teilhard était à la
recherche de l'unité disions-nous en débutant.
L'a-t-il trou-vée ? Avec ce que sa foi et son
expérience scientifique lui ont apporté, il
nous engage en tous cas à regarder avec
espérance. le monde dans lequel nous som-mes
immergés et le sens de notre vie.
« Notre Royauté
consiste à servir comme des atomes intelligents l'œuvre
enga-gée dans l'Univers ».
Chacun de ces termes mérite
d'être pesé et médité.
Est-ce rêve ou utopie ?
Certains, sceptiques, resteront sur la réserve. Mais
pou-vons-nous empêcher nos esprits de se projeter vers
l'avenir ? La science nous ouvre des perspectives
extraordinaires mais elles s'arrêtent, ces
perspectives, à une fin dans un mystère aussi
impénétrable et angoissant que celui de nos
origines il y a quinze milliards d'années. Les
mystères de la Foi, sont sans doute aussi
inabordables, dans leur transcendance, par notre raison.
Mais ils portent en eux l'intelligibilité de notre
rôle. Nous y trouvons le Sens attendu.
Entre absurdité et
cohérence Teilhard, prophète inspiré, a
choisi.. La synthèse qu'il propose entre Foi et
Science, toutes deux ancrées en lui,
entraîne-t-elle l'adhésion ? À en juger
par l'intérêt que ses œuvres suscitent de
par le monde, aux associations qui se consacrent à
leur étude dans tous les pays, aux congrès
internationaux qui les prennent pour thème, on
pourrait penser que son message a été
reçu et sera transmis. Mais l'essentiel est dans ce
que nous sauront en tirer. L'essentiel est dans le
progrès de la sagesse humaine. Tout dépend de
chacun d'entre-nous à la place qui est la
nôtre, et sans doute aussi de notre Foi, cette foi
propre à déplacer les montagnes.
|
table
des exposés
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TEILHARD
ET VATICAN II
Par le R.P. Roger
PRIGENT

Je vais me servir de ce
schéma de Teilhard pour mon exposé.
Le problème qui s'est
posé à lui est le suivant : un malaise;
quelque chose « ne va plus » de notre temps entre
l'Homme et Dieu, tel qu'on le présente à
l'Homme aujourd'hui. A travers ce schéma, Teilhard
veut présenter son témoignage pour
résoudre ce problème, lui qui a eu le
privilège de vivre par ses contacts professionnels,
dans les zones les plus actives de la pensée et de la
recherche libres (le monde scientifique)
représentées par l'ordonnée
appelée « l'En Avant » et par sa formation
chrétienne, au cœur de l'Eglise,
représentée par l'abscisse « l'En Haut
». Pour lui, ces deux forces, les forces de la
création « l'En Avant » et les forces
chrétiennes « l'En Haut » qui vivent
éloignées l'une de l'autre peuvent, par simple
réajustement, sortir de leur isolement « Prise
toute seule, la Foi au monde ne suffit pas à mouvoir
la Terre En Avant », mais prise toute seule, à
son tour est-il bien sûr que la foi chrétienne,
dans son explication ancienne, suffise encore à
soulever le Monde vers le Haut ?
La vision du monde aujourd'hui a
changé : le Cosmos s'est changé en
Cosmogénèse : on est passé d'un paysage
statique à un paysage de mouvements, en
évolution.
Alors, suivons le témoignage
de Teilhard à l'aide du schéma :
1) L'0X : « l'En Avant
»
« J'ai, dit-il, un « ego
» païen, c'est-à-dire que je suis fils de
la Terre, de par mon tempérament et de par ma vie. Ce
que j'ai découvert en regardant l'Univers, au
départ, c'est la matière. La matière a
deux faces : une face extérieure qu'on appelle
tangentielle et une face qui est une réalité
intérieure que Teilhard appelle le radial. A
l'intérieur de la matière, il y a une
énergie qui va ensuite s'exprimer en vie. Le cosmos
n'est donc pas une réalité figée, mais
une réalité dynamique qui s'exprimera par
l'émergence de la vie. Celle-ci évoluera
depuis la bactérie jusqu'au sommet de son
évolution, à savoir l'Homme. Ce dernier
découvrira ce qu'il appelle l'Esprit. Et l'Esprit se
développera pour former la noogenèse. Mais
notre monde est un monde qui n'est pas achevé. Il est
en évolution. Et dans cette marche en avant, il y a
des paliers, des « tâtonnements » de la
matière et du cosmos. Tâtonnements qui
engendrent des ratages. C'est l'origine du mal, du mal
physique : tremblements de terre, maladies, souffrances,
avec ce grand ratage qu'est la mort et qui est le grand
obstacle à la marche en avant du monde vers le point
de convergence qui est la source de son dynamisme : le point
Oméga. Et il y a aussi le mal moral, le
péché et qui, à sa façon,
détruit plus ou moins l'Homme.
Le point Oméga se trouve
aussi contrecarré par le mal tant physique que moral.
C'est la réalité. Est-ce un échec ?
Prise toute seule, cette vision de l'En Avant de l'Univers,
du Cosmos et de l'Humanité ne suffit donc pas
à mouvoir la Terre en avant.
Alors, avec Teilhard, regardons
l'abscisse appelée l'En Haut.
2) L'0Y : « l'En Haut
»
Le regard de Teilhard est toujours
à la base un regard de scientifique, le
phénomène, rien que le
phénomène. Ici, il s'agit de
phénomène chrétien : l'Eglise. Cette
réalité qui porte en elle un trésor, le
Christ, regard en même temps du croyant. Le Christ :
il est le Verbe et la Parole par qui tout ce qui est a
été créé. Il a lancé le
Monde, un monde en évolution, dans le temps, dans la
durée ; un monde qui avance par étapes (la
géologie le montre) d'où jaillit la vie, un
monde en Cosmogénèse d'où jaillit la
biogenèse qui arrivée en son sommet, l'Homme,
va laisser apparaître l'Esprit (la Noogenèse).
Et c'est à un moment de toute cette évolution,
au bout de milliards d'années que, dans la
Continuation de la Création, par son Incarnation, le
Verbe va achever sa Création. Comme le dit Teilhard,
en un magnifique texte inédit (XII pages 80.81. de
l'Hymne de l'Univers) « Il ne fallait rien moins que
les labeurs effrayants et anonymes de l'Homme primitif et la
longue beauté égyptienne et l'attente
inquiète d'Israël et le parfum lentement
distillé des mystiques orientales, et la sagesse cent
fois raffinée des Grecs pour que sur la tige de
Jessé et de l'Humanité la Fleur pût
éclore. Toutes ces préparations étaient
cosmiquement, biologiquement nécessaires pour que le
Christ prit pied sur la scène humaine. Et tout ce
travail était mû par l'éveil actif et
créateur de son âme en tant que cette âme
humaine était élue pour animer l'Univers.
Quand le Christ apparut entre les bras de Marie, il venait
soulever le monde ».
Et c'est alors que le Christ va
s'immerger dans sa création (son baptême) pour
la « guérir et la sauver ». Il prend sur
lui tous ses « ratages », souffrance et mort pour
la conduire à travers sa mort et sa
résurrection, par sa croix, en son
Plérôme, la conduire en bien au sein de la
Trinité.
C'est pourquoi sa croix a double
visage : « visage de la montée de la
Création à travers l'Effort » cf. St Jean
12 / « Elevée de terre, j'attirerai tout
à moi ». Visage de la faute expiée :
« l'agneau qui porte le pêché du monde
». « Et son sang circule et vivifie plus qu'il
n'est répandu ».
L'agneau de Dieu portant avec les
péchés le poids des progrès du
Monde.
L'idée de pardon et de
sacrifice se muant, par enrichissement d'elle-même en
l'idée de consommation et de conquête (X p.
172).
Tel est le sens profond de la
flèche vers l'En Haut.
3) Et passons maintenant à
la signification de la flèche R = réunion de
l'En Avant et de l'En Haut 0R (cf. V pages
346-349).
La mission dont se sent investi
Teilhard est de travailler au rebondissement de la foi
chrétienne vers l'En Haut par l'En Avant.
« L'En Haut chrétien
s'incorpore (sans s'immerger), mais en le sur-naturalisant
avec l'En Avant humain. Et du même coup, voici la
forme de Dieu, dans la mesure même où elle
assimile et sublime dans sa propre sève la
sève de la Foi au Monde, qui reprend son plein
pouvoir de séduction et de conversion, que se
découvre, que jaillisse (comme elle commence
inéluctablement à le faire sous la pression
des forces en présence) la possibilité de
croire à la fois, et à fond, l'un par l'autre,
à Dieu et au Monde, et alors ou peut être
sûr, une grande flamme embrasera toute chose : parce
qu'une Foi sera née (ou au moins re-née),
contenant et résumant toutes les autres ; et que
c'est inévitablement la Foi la plus forte qui,
tôt ou tard, finira par posséder la
terre.
* **
Pourquoi mettre en lien la
recherche de Teilhard, d'unir la Foi chrétienne et la
Foi au Monde, Foi et raison, Foi et science avec le Concile
Vatican II ?
Un auteur chinois, Wang Hai Yan, a
remarqué dans son étude sur Teilhard, que son
nom aurait été cité onze fois, tant
d'une façon favorable que défavorable, au
Concile.
Rappelons que Jean XXIII, qui a eu
l'initiative de Vatican II, dit dans son discours inaugural,
la nécessité d'un nouveau concile : revenir
aux traditions, c'est-à-dire à la Parole de
Dieu dans une église renouvelée pour
présenter le témoignage chrétien en
fonction du monde d'aujourd'hui, pour permettre le dialogue
de l'Eglise avec l'Homme aujourd'hui ; d'où les
quatre grandes Constitutions Conciliaires sur « la
Parole de Dieu », « l'Eglise », « la
Liturgie » et « l'Eglise dans le Monde de ce temps
». Or, en son temps, n'est-ce pas ce que Teilhard a
tenté de faire en s'appuyant :
· d'une part sur la nouvelle
vision du Monde : de statique passée à une
vision évolutive grâce à une meilleure
connaissance de l'Univers exprimée par la science
;
Et d'autre part, à partir de
ce nouvel éclairage de la science, une nouvelle
façon de vivre la Parole de Dieu en Eglise
insérée davantage dans l'histoire de
l'Univers.
La vision renouvelée de
l'Eglise par le Concile (vue d'abord comme un mystère
le Corps mystique du Christ) ne rejoint-elle pas la vision
de Teilhard qui voit l'Eglise comme un phylum
(c'est-à-dire comme un courant dynamique qui
possède et transmet de siècle en siècle
un courant, une vision, une vie qui est la vie du Christ et
dont elle est le corps mystique. « Elle est comme un
arbre puissant qui a besoin de ses racines ancrées
dans la terre et de ses feuilles sereinement exposées
au grand soleil (Esprit) à la fois élan vers
le Ciel, extase laborieuse et douloureuse à travers
la matière.
Enfin, l'Eglise agrandie et
rénovée du Christ dont la fonction est de
savoir et pouvoir « christianiser » tout l'humain,
l'Homme.
A travers ce phylum, l'Eglise, le
Christ continue de livrer au Monde sa Parole et son Action :
Sa Parole, que Teilhard appelle Révélation,
est le dévoilement que le Christ fait du dessein
créateur de Dieu. Car la Révélation est
la réflexion de Dieu sur notre conscience, dès
lors que l'Homme est personnel, Dieu doit l'influencer
à un degré et sous une forme personnelle entre
êtres réfléchis. Autrement dit, il doit
lui parler. Entre Intelligences, une présence ne
saurait être muette.
Et le Christ qui est la Parole
illuminatrice est l'Action par excellence parce que
créatrice. « Tout fut par Lui et sans lui rien
ne fut ».
Son action a été,
dans la ligne de la Création, son Incarnation,
c'est-à-dire son immersion, non seulement dans
l'humanité - « Et le verbe s'est fait chair
» -, mais aussi son immersion dans l'Univers
signifiée par son Baptême, sa «
plongée », et dans l'élément
liquide de la matière au jour de son baptême
dans les eaux du Jourdain, et dans l'élément
solide de la matière au jour de son ensevelissement
au tombeau.
Mais au jour de son baptême
dans les eaux du Jourdain, il émerge dans la
lumière de la présence du Père «
Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis tout
mon amour » et au Jour de Pâques, il
émergera de la terre sous l'action de l'Esprit dans
la lumière de la Résurrection. Ainsi, il
conduira, au-delà de la mort, par son baptême,
l'Univers et l'Humanité jusqu'au sein de la
Trinité pour une Communion éternelle dans
l'amour du Père sous l'action de l'Esprit. « Il
a tout récapitulé en lui : et la terre, et le
ciel, et l'action, dans laquelle se résument toutes
les autres et l'Eucharistie, le sacrement par excellence,
prolongement naturel de l'acte rédempteur. «
Ceci est mon corps livré pour vous ». «
Ceci est mon sang versé pour la rémission des
péchés de la multitude ».
A chaque instant, le Christ
Eucharistique contrôle tout le mouvement de l'Univers
« car par Lui, Seigneur, tu ne cesses de créer
tous ces biens, tu les bénis, leur donnes la vie, les
sanctifies, et nous en fais le don « (1ère
prière eucharistique).
Et le Christ, à la fin de sa
vie terrestre, a donné à son Eglise son Corps
Mystique, le mot d'ordre suivant : « Allez, enseignez
toutes les nations, baptisez-les » et au soir du Jeudi
Saint, au moment où il célèbre
l'Eucharistie « Faites ceci en mémoire de Moi
».
L'Eglise est donc chargée
d'accomplir les actes du Christ, sous l'action dynamisante
de son Esprit pour conduire l'Univers à travers
l'action du rassemblement du Christ (son Plérome)
jusqu'au sein de la Trinité.
Et lorsque nous regardons les
textes du Concile (les Constitutions sur l'Eglise, Corps
Mystique du Christ, sur la Parole de Dieu et la Liturgie
(ses sacrements), expressions de la volonté de
restauration et de progrès de la vie
chrétienne), nous découvrons, au regard de la
recherche spirituelle de Teilhard, combien celui-ci
pressentait et appelait à une rénovation
à la lumière d'une vision nouvelle
portée sur l'Univers grâce à la science
par la découverte de l'Evolution. N'était-il
déjà pas le prophète qui
annonçait Vatican II selon l'expression de son
confrère le Père d'Ouince ?
Et cette convergence entre Teilhard
et le Concile a surtout été remarquée
dans la 4ème Constitution intitulée «
L'Eglise dans le monde de ce temps ».
N'est-ce pas le signe de la
volonté de l'Eglise de renouer le dialogue avec le
Monde, ce qui était déjà le grand
souhait de Teilhard ?
Regardons les quatre points
principaux de cette constitution :
1. D'abord par son Incarnation, le
fils de l'Homme s'est, en quelque sorte, uni à tout
homme, source de la grandeur du mystère de l'Homme,
personne digne d'entrer en relation avec son Dieu pour
être en communion avec lui.
Le mystère de l'Homme ne
s'éclaire vraiment que dans le mystère du
Verbe Incarné. Par son Incarnation, le Christ s'est,
en quelque sorte, uni lui-même à tout homme.
C'est tout l'homme qui est, en Lui, intérieurement
renouvelé. Puisque la vocation dernière de
l'Homme est réellement unique, à savoir
divine, telle est la grandeur de l'Homme, ce mystère
que la révélation chrétienne fait
briller : puisque devenus fils dans le Fils, nous clamons
dans l'Esprit : Abba Père.
Et voici comment Teilhard
présentait la mise en valeur de la
personne.
La personnalisation est une grande
illusion qui aura traversé l'Homme de notre temps, de
s'imaginer que, parvenu à une meilleure connaissance
de lui-même et du Monde, il n'avait plus besoin de
religion et que la religion était
interprétée comme un phénomène
psychologique lié à l'enfance de
l'Humanité.
En réalité, pour qui
sait voir, le grand conflit dont nous sortons n'aura fait
que consolider dans le monde la nécessité de
croire. Personne, parvenu à un degré
supérieur de la maîtrise de soi-même,
l'Esprit de la Terre se découvre un besoin de plus en
plus vital d'adorer : de l'Evolution universelle Dieu
émerge de nos consciences plus grand et plus
nécessaire que jamais. La véritable fonction
de la Religion est de soutenir, d'aiguillonner les
progrès de la Vie, contrairement à ce que
répètent trop de gens. Plus l'Homme sera
l'Homme, plus il sentira la nécessité de se
vouer à un plus grand que lui : Dieu se
réfléchissant personnellement sur les
personnes pensantes pour garantir une issue certaine, Dieu
penché sur le miroir de la Terre devenue intelligente
pour y imprimer les premiers traits de la
Beauté.
Ainsi, la personne humaine
représente une valeur originale et indestructible de
l'Univers que Dieu associe par amour à sa vie
divine.
2. L'Incarnation conduit
l'Humanité à une fraternité par une
solidarité issue de l'énergie unificatrice du
Christ pour en faire un peuple, son Corps mystique, faire du
genre humain la famille de Dieu dans laquelle la
plénitude de la Foi serait l'Amour, solidarité
qui devra croître jusqu'au jour où elle
trouvera son couronnement en Dieu.
Et telle la vision de Teilhard dans
la première moitié du 20ème
siècle sera ce phénomène de la
Communauté humaine éclairée par la
Révélation.
Entre les éléments
humains, du fait de l'apparition de la pensée se
constitue un milieu spécial et nouveau, au sein
duquel les individus acquièrent la faculté de
s'associer et de réagir entre eux, non plus pour la
conservation et la prolongation collective de
l'espèce, mais pour l'achèvement d'une
conscience commune. La socialisation, dont l'heure semble
avoir sonné pour l'Humanité, ne signifie pas
du tout la fin, mais plutôt le début de
l'ère de la Personne.
L'amour a toujours
été soigneusement écarté des
constructions réalistes et positivistes du Monde. Il
faudra bien qu'on se décide un jour à
reconnaître en Lui l'énergie fondamentale de la
vie, ou si l'on préfère le seul milieu naturel
en quoi puisse se prolonger le mouvement ascendant de
l'Evolution. Sans amour, c'est véritablement devant
nous le spectre du nivellement et de l'asservissement : la
destinée du termite et de la fourmi. Avec l'amour,
c'est l'approfondissement de notre moi le plus intime dans
le vivifiant rapprochement humain. L'amour qui resserre sans
les confondre ceux qui s'aiment et l'amour qui leur fait
trouver dans ce contact mutuel une exaltation capable, cent
fois mieux que tout orgueil solitaire, de susciter au fond
d'eux-mêmes les plus puissantes et créatives
originalités.
Dans le cas du chrétien,
utilisant le service complémentaire de la
Révélation, nous pouvons faire un pas de plus
en avant. L'individu humain ne s'achève et n'existe
pleinement que dans l'unification organique de tous les
hommes en Dieu.
Or, voici que ce super-organisme
mystique, noué dans la grâce et la
charité, grâce à la
Révélation, le croyant peut l'éclairer
et le prolonger en « Christogénèse »
que Teilhard définit comme la synthèse entre
« l'En Haut » et « l'En Avant » qui est
la vocation du Corps mystique du Christ.
Et voici que la force
ascensionnelle chrétienne veut s'embrayer sur le
mécanisme propulsif de la super-évolution
humaine. C'est alors le Christ qui se drape de toute la
réalité de l'Univers, et en même temps,
c'est l'Univers qui s'illumine de toute la chaleur et de
toute l'immortalité du Christ, comme le proclame
Saint Paul aux Colossiens : « Alors tout vient de Lui,
le Christ, tout est par Lui, Il est par devant tout, tout
est maintenant en Lui ».
Et c'est ainsi que ce mouvement de
solidarité, de communion, au plan de « l'En
Avant », s'achève dans le Christ total, à
travers son Corps mystique qui est l'Eglise, ce «
phylum ». C'est-à-dire ce courant dynamique qui
travaille à la figure agrandie et
rénovée du Christ.
3. L'activité humaine dans
l'Univers
Il s'agit de son insertion dans la
marche de l'Humanité vers une nouvelle demeure et une
nouvelle terre, le progrès terrestre se laissant
animer par la croissance du règne du Christ.
Mystérieusement, déjà le royaume de
Dieu est présent sur cette terre à travers les
valeurs de dignité, de communion fraternelle, de
liberté, fruits excellents de notre nature humaine,
purifiés, illuminés, transfigurés sous
l'action de l'Esprit du Christ.
S'il faut distinguer le
progrès terrestre de la croissance du règne du
Christ, ce progrès a pourtant beaucoup d'importance
pour le royaume de Dieu, car il offre déjà
quelque ébauche du siècle à venir.
« Cette Terre Nouvelle, ces Cieux Nouveaux »
annoncés par la Révélation dans
l'attente du dernier jour où le Christ remettra
à son Père un royaume éternel et
universel : « Royaume de vérité et de
vie, royaume de sainteté et de grâce. Royaume
de justice, d'amour et de paix ».
Mystérieusement, le royaume est déjà
présent sur cette terre ; il atteindra sa perfection
quand le seigneur viendra.
Et voici comment Teilhard
considérait l'activité humaine de
l'Univers.
Chacune de nos œuvres, par la
répercussion plus ou moins lointaine ou directe
qu'elle a sur le monde spirituel , concourt à
parfaire le Christ dans sa totalité
mystique.
Par l'opération toujours en
cours de l'Incarnation, le Divin pénètre si
bien nos énergies de créatures que nous ne
saurions, pour le rencontrer et l'embrasser, trouver un
milieu plus approprié que notre action
même.
Dans l'action d'abord,
j'adhère à la puissance créatrice de
Dieu. Je coïncide avec elle, j'en deviens non seulement
l'instrument, mais le prolongement vivant. Et comme il n'y a
rien de plus intime dans un être que sa
volonté, je me confonds, en quelque manière
par mon cœur, avec le cœur même de
Dieu.
Tout accroissement que je me donne,
ou que je donne aux choses, se chiffre par quelque
augmentation de mon pouvoir d'aimer, et quelque
progrès dans la bienheureuse mainmise du Christ sur
l'Univers. Notre travail nous apparaît surtout comme
un moyen de gagner le pain du jour. Mais sa vertu
définitive est bien plus haute : par lui, nous
achevons en nous le sujet de l'union divine ; et par lui
encore, nous agrandissons en quelque sorte, par rapport
à nous, le terme divin de cette union : notre
Seigneur Jésus-Christ.
Et par simple confrontation des
vérités les plus fondamentales de notre foi et
de l'expérience, nous nous trouvons conduits à
cette constatation : Dieu est attingible,
inépuisablement dans la totalité de notre
action. Et ce prodige de divinisation. n'a de comparable que
la douceur avec laquelle la métamorphose s'accomplit,
sans troubler en quoi que ce soit la perfection et
l'unité de l'effort humain.
4. Le rôle de l'Eglise dans
le monde de ce temps (n° 45 de la Constitution. «
L'Eglise ou le monde de ce temps »)
Qu'elle aide le monde ou qu'elle
reçoive de lui, l'Eglise tend vers un but unique :
que vienne le règne de Dieu, que s'établisse
le « salut du genre humain ». D'ailleurs, tout le
bien que le peuple de Dieu, au temps de son
pèlerinage terrestre, peut procurer à la
famille humaine, découle de cette
réalité que l'Eglise est « le sacrement
universel du salut », manifestant et actualisant tout
à la fois le mystère de l'amour de Dieu pour
l'Homme.
Car le verbe de Dieu, par qui tout
a été fait, s'est lui-même fait chair,
afin que, Homme parfait, il sauve tous les hommes et
récapitule toutes choses en lui. Le Seigneur est le
terme de l'histoire humaine, le point vers lequel convergent
les désirs de l'histoire et de la civilisation, le
centre du genre humain, la joie de tous les cœurs et
la plénitude de leurs aspirations. C'est Lui que le
Père a ressuscité d'entre les morts, a
exalté et fait siéger à sa droite, le
constituant juge des vivants et des morts. Vivifiés
et rassemblés en son Esprit, nous marchons vers la
Consommation de l'histoire humaine qui correspond pleinement
à son dessein d'amour « ramener toutes choses
sous un seul chef, le Christ, celles que sont dans les cieux
et celles qui sont sur la terre « (Ep.
1/10).
C'est le Seigneur lui-même
qui le dit : « Voici que je viens bientôt et ma
rétribution est avec moi, pour rendre à chacun
selon ses œuvres. Je suis l'Alpha et l'Oméga,
le premier et le dernier, le commencement et la fin ».
Apoc. 22/12-13.
Face à cette vision du
Concile sur la marche du Monde sous l'action de l'Esprit du
Christ, voici ce qu'annonçait déjà en
1927 Teilhard dans son livre le « Milieu Divin
».
Croyons en la
Révélation, fidèle appui (ici encore)
de nos pressentiments les plus humains. Sous l'enveloppe
banale des choses, de tous nos efforts épurés
et sauvés, s'engendre graduellement la Terre
Nouvelle.
Un jour, nous annonce
l'Évangile, la tension lentement accumulée
entre l'Humanité et Dieu atteindra les limites
fixées par les possibilités du Monde. Alors,
ce sera la fin.
Il nous faut à tout prix
renouveler en nous-mêmes le désir et l'espoir
du grand Avènement. Mais où chercher la source
de ce rajeunissement ? Avant tout, c'est clair, dans un
surcroît d'attrait exercé directement par le
Christ sur ses membres.
Le surnaturel est un ferment, une
âme, non un organisme complet, Il vient transformer la
« nature », mais il ne saurait se passer de la
matière que celle-ci lui présente. L'attente
du ciel ne saurait vivre que si elle est incarnée.
Quel corps donnerons-nous aujourd'hui à la
nôtre ?
Celui d'une immense
espérance totalement humaine.
Le progrès de l'univers, et
spécialement de l'Univers humain, n'est pas une
concurrence faite à Dieu, ni une déperdition
vaine des énergies que nous lui devons. Plus l'Homme
sera grand, plus l'Humanité sera unie, consciente et
maîtresse de sa force, plus aussi la Création
sera belle, plus l'adoration sera parfaite, plus le Christ
trouvera, pour des extensions mystiques, un Corps digne de
résurrection. Pour désirer la Parousie, nous
n'avons qu'à laisser battre en nous, en le
Christianisant, le Cœur même de la
Terre.
Teilhard a été ce
scientifique qui a pénétré jusqu'au cœur
de la matière.
Il a été ce mystique
qui est allé, à partir du cœur de la
matière au-delà d'elle pour entrer,
grâce à la Révélation, dans la
réalité : devenue, par delà
d'elle-même, le corps de celui qui est et qui
vient.
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table
des exposés