Au premier abord, le fait même de poser la question du "sublime" chez Teilhard surprend. Grâce à - je cite - M. Wildiers, docteur en théologie, l'un des premiers préfaciers de Teilhard, grâce donc à « la réunion en une synthèse solide de la multiplicité de nos acquisitions scientifiques, [Teilhard] tente d' abolir le conflit entre foi et sciences en nous offrant une doctrine qui nous ouvre à de nouvelles perspectives, pleines de d'espérances. » Il ne s'agit pas d'une "somme ", qui se périmerait au fur et à mesure des découvertes. Le Scientifique prône toutes les avancées, et démontre, le plus souvent dans un langage poétique, qu'elles ne pourront que suivre le chemin pré tracé par application de la même loi de complexification se vérifiant pour toutes les genèses. C'est stimulant, absolument enthousiasmant. Pourquoi alors soulever cette question du sublime si ce n'est que, curieusement, - hormis bien évidemment une non compréhension personnelle -, la plongée dans ce dévoilement évolutionniste lui même ne semble pas pouvoir conduire au Sublime ? Un rapide historique du terme permettra d'essayer de mieux le cerner, à la suite de quoi une hypothèse centrée sur la notion d'évolution elle-même apparaît qui permettrait peut être "d'expliquer" en quelque sorte la nécessité de cette absence dans l'évolutionnisme de Teilhard.
Rapide historique de la notionLongin, élève d'Origène, amoureux d'Homère et admirateur de Platon, probablement lecteur de Caecilius, s'est vu attribué, peut-être à tord, le traité du sublime, que Boileau traduisit. Il y dénombre cinq caractéristiques possibles, que le Larousse du XX°s propose ainsi: 1.une certaine élévation d'esprit Cette définition semble pouvoir être résumée :
Qu'appelle-t-on « sublime » ?Le sublime réside pour autrui dans la prise aiguë de conscience, non nécessairement verbale, de la grandeur extrême, pathétique, d'une réponse sociétale ou de nature absolue, hors toute norme, à une situation personnelle, ponctuelle, précise, réponse non recevable dans la logique traditionnelle. Il est bien évident que cette réponse pourra de l'extérieur être jugée moralement bonne ou mauvaise. La notion implique, que ce soit au niveau éthique ou au niveau esthétique, un dépassement des normes communes. Le sublime peut coexister avec le bien comme avec le mal. Kant le définit ainsi: "Est sublime ce qui, par cela seul qu ' on peut le penser, démontre une faculté de l'âme, qui dépasse toute mesure des sens" (Critique de la faculté de juger) A l'opposé de Burke, qui avait différencié nettement sublime - conséquence psychologique de la terreur et de l'infini - et beauté, élaborant une espèce de théorie sensualiste du sublime parfaitement laïcisée, fondée sur l'oxymore de « l'horreur délicieuse ». Pour Boileau comme pour Kant, le beau - je cite Kant : "ce qui plaît universellement sans concept ", suggère aussitôt un sentiment d'épanouissement de la vie, tandis que le sublime agit indirectement. C'est donc une émotion, illimitée par la raison. Il occupe l'imagination, suscitant respect et/ou admiration : « nous nommons sublime ce qui est absolument grand », étant bien entendu que Kant est parfaitement conscient que ce n'est pas la démesure en elle même qui est sublime, toute démesure étant relative. Le sublime apparaît en quelque sorte au deuxième temps, permettant, comme une intuition de l'Absolu, de « palper », par rapport à la sensibilité, la supériorité des Idées de la Raison. Dans sa La Critique de la faculté de juger, soulignant la différence entre un sublime " dynamique... suscitant la peur", par exemple le spectacle de la puissance de l'avalanche au loin, et un sublime " mathématique ", comme l' étendue de la perfection du ciel, Kant relève que - je cite - "le sublime se donne à réfléchir sous la forme d'une incidence, non d'un savoir ", une incidence qui nous donne la certitude de l'existence de la raison pure L'intuition de l'illimité est donc essentielle au sublime, et, dans le domaine des arts, l'accord avec la nature est l'une de ses conditions fondamentales, la beauté naturelle des objets recelant une finalité en miroir à notre faculté de juger. "Le sublime dans l'art est toujours soumis aux conditions d'un accord avec la nature", précise Kant dans sa Critique de la faculté de juger... "Le sublime authentique ne peut être contenu en aucune forme sensible, il ne concerne que les Idées de la raison" (Critique de la faculté de juger). C'est un sentiment qui est généré autant par la jouissance que par la terreur, un sentiment de l'être là. Il ne se projette pas dans un avenir par définition hypothétique. Il relève en quelque sorte de l' idéologie plus que de l' utopie. Pourrait il d'ailleurs jamais coïncider avec une espérance fut elle spirituelle? L'une de ses caractéristiques réside en sa capacité présente à offrir la possibilité de modifier à l'extrême les données du réel. Il est un fait en puissance, que l'acteur choisit ou non d' actualiser, fait appelé à devenir à court terme un phénomène, autrement dit ce qui apparaît aux sens ou à la conscience. Le sublime peut être perçu comme un acte de révolte face à la veulerie et à la bassesse du monde, une revendication immédiate d'infini, de sacré. Grâce à lui, l'homme donne sens à sa vie. On voit là pourquoi Kant considère que le sublime pourrait d'une certaine façon englober la synthèse, mais pas l'inverse; la synthèse kantienne offre la possibilité en quelque sorte de " faire rentrer dans le rang " en déterminant un espace temps fini face à un concept. Mais aucune forme sensible ne peut contenir le sublime alors même qu'il est perçu par l'entendement. Cette constatation permet aussi, en soulignant le rapport évident avec le symbole, de le distinguer du symbole, dans la mesure où le symbole utilise un objet construit. La distinction est nécessaire pour mettre en évidence pourquoi, dans l'intervalle entre la prise de conscience du sublime, bien qu'il ne soit jamais perçu tel par l'agent, et l'agir, certains ont pu situer un aspect thérapie. Pour Freud par exemple, essentiellement dans le cadre du sublime de violence et d'horreur, le processus global de séparation dévoilé par la prise aiguë de conscience couvre la distance allant de l'émoi sexuel jusqu' à la raison; dès lors, le fait par exemple de voir au cinéma un serial killer permettrait de ne pas en devenir un La question est toujours d'actualité, et les avis restent partagés! Il faut cependant se rappeler que dans cette hypothèse, pour Freud, comme pour Aristote précédemment, ou pour Kant dans l'esthétique transcendantale , le sublime serait synonyme de "catharsis ". Il demeure que ce court laps de temps n'est jamais une expérience, toujours une épreuve en quelque sorte initiatrice. Pour une personnalité équilibrée, (ou présumée telle), le sublime- brisant le trivial, arrachant l'homme à lui même, le rendant véridique- lui offre la capacité de Liberté. Une autre de ses caractéristiques est en effet d'anéantir au moins une des limites humaines; il a cela en commun avec le progrès. Mais à la différence du sublime qui est ponctuel et individuel, le progrès correspond à un aspect constant de la nature humaine, curieuse et avide de savoir. Montaigne, conscient de l'aspect essentiellement moral de la notion chez les Anciens, l'avait en quelque sorte dotée de son coté technico scientifique Bacon avait défini dès le XVII°s le progrès par rapport à la science seule, permettant à l'homme de se rendre, comme le précise Descartes "maître et possesseur de la nature ", lui donnant en même temps l'espérance d'une vie toujours améliorable et progressivement le sentiment que son avenir lui appartenait seul selon l'état des connaissances, les avancée de la morale et du droit étant fonction des avancées scientifiques. Le finalisme spirituel de progrès prôné par L'Aquinate dans le cadre d'un monde fermé ne pouvait dés lors qu'être progressivement évacué, la séparation du temporel et de spirituel ayant été consommée. La constatation de l'hypothèse " évolution humaine" apparaît alors comme notion nécessaire pour atteindre la logique d'une avancée purement humaine, illustrée par ce que F. Guizot appellera dés 1828 le "progrès de la Civilisation ", avec le corollaire exprimé par l'optimum de Pareto, i.e. l'état reconnu à l'unanimité comme le meilleur possible, et qui a pour avantage de maximiser les utilités. Peut-être en partie par réaction, une espèce de co-responsabilité non seulement dans la production mais aussi dans la distribution va commencer d'apparaître, ce qui implique une construction progressive, par et grâce au progrès, d'une nouvelle société, dans laquelle les "droits de l'homme " vont aller se peaufinant. La "sympathie envieuse" d'Adam Smith va régresser. Kant, dans qu'est ce que s'orienter dans la pensée ?, remarquait que chacun devait se mettre à la place d'autrui, et précisait: " en faisant abstraction des attraits et émotions qui risquent d'être propres à la singularité individuelle pour se hausser au mode de représentation, à la forme de pensée qui devrait s'imposer à tout homme, ouvrant ainsi un esprit spontanément borné à des vues élargies ". Non seulement une autre forme d'antinarcissisme social semble dés lors apparaître, mais, à l'encontre de la tentation d'amoralisme issue du manichéisme du progrès (le mieux ou le pire ?) on constate un renouveau de l'idée de "loi" comme "ensemble de règles destinées effectivement à orienter dans un sens précis" et non plus comme "séquence des événements en tant que nous l'établissons ", qui est la définition de Darwin. Teilhard le soulignera autrement dans le Phénomène Humain : "Si l'humanité dans sa marche piétine en ce moment sur place, c'est parce que les esprits hésitent à reconnaître qu'il y a une orientation précise et un axe privilégié d'évolution "
En quoi l'application de la notion d'évolution à l'humanité supprime-t-elle la possibilité de sublime ?Teilhard va proposer, sans renier jamais les avancées scientifiques, une vision de l'avenir de l'homme incluant une finalité sociale permettant à chacun d'être acteur de la construction d'une Terre qui recouvrira la "Jérusalem céleste ". D'un il de scientifique, avec la volonté du chercheur, Teilhard constate et démontre la loi de complexité conscience, axe au terme duquel, tout progrès humain en tout domaine ayant été effectivement réalisé, l'évolution en plénitude rejoint divinement le point Omega, Christ en gloire élaboré par travail humain. Pourquoi ne pas essayer de localiser un sublime teilhardien au point oméga ? La réponse est évidente : en tant que point localisé, offert à la méditation, oméga est effectivement sublime. Mais le sublime peut-il jamais coïncider avec une "espérance spirituelle " ? Le point oméga ne saurait être considéré comme un phénomène : son essence englobe l'intégralité du temps, sa détermination est divine. Paul Valery écrivait à Bergson en 1930 : "on finira par penser que le futur est cause du passé ". C'est un peu la position de Teilhard, cadrant l'évolution dans une logique de relations plus que de conséquences. Et s'il est vrai que "la sagesse de Dieu est dans l' évolution elle même», comme l'affirmait au XIV ° siècle le musulman Ibn Khaldoun, la conséquence n'en est elle pas que cette trame divine d'Evolution prise dans sa globalité historique ne peut, en temps que telle, avoir aucune affinité avec le Sublime, dont le pivot est la Personne et les deux conditions essentielles la liberté et la désespérance ? Le Scientifique voulait - je cite - : "le phénomène, rien que le phénomène, mais tous les phénomènes ". L'évolution est le phénomène par excellence, il apparaît aux sens et à la conscience, il est le réel mouvant, en croissance, en genèse. Son irréversibilité est logique, démontrée. Et seule la structure interne de l'univers peut en expliquer la cohérence, qui ne laisse progressivement aucune place à une quelconque possibilité de Néant : de même que - je cite - : "Dieu n'existe qu'en s'unissant " ( comment je crois ), de même le "multiple pur ou Néant créable " va s' amenuisant jusqu' à disparition complète en Omega par réalisation humaine progressive et constante d'Humanité grâce à une volonté humaine "totalisée", au sens kantien ; pour Kant, la totalité est la synthèse de la pluralité et de l' unité . Le Théologien affirme : " L'Univers se meut vers l'Esprit " ( Comment je crois ) Il n'est par conséquent pas donné à l'Homme de se déshumaniser : la conscience ne peut que croître, une sorte de " processus d'existentiélisation " va se déployant depuis le " pas de la réflexion " (selon Bréhier, l'existentiel est ce qui considère la réalité moins comme un objet en face d'un sujet connaissant que comme une existence dont le contact nous transforme). La conscience donc ne peut que croître, " l'esprit, dans son ensemble, ne reculera jamais " écrit Teilhard (l'Esprit de la Terre). La structure de l'esprit humain se doit donc de susciter et réaliser immanquablement le progrès, toutes sortes de progrès, non vers un mieux être, mais vers le plus d'être auquel il est appelé Un risque de progrès destructeur qui conduirait à une involution existe; Teilhard a vécu la Guerre de 1914. Il connaît la tentation de l'absurde et affirme en miroir la responsabilité de l'homme. C'est pourquoi Le Théologien appelle constamment à l'action, preuve en quelque sorte de la liberté humaine, de laquelle naît toute responsabilité. Cet arrachement au trivial pourrait constituer le premier mouvement du sublime, s'il s'arrêtait sur la personne. Mais nous sommes dans un contexte de synthèse L'intérêt cependant de se situer à ce premier niveau permet d'en purifier la nocivité globale potentielle: on se rappelle que l'homme teilhardien doit - je cite - " tout essayer sous peine de péché ". Progressivement, l'amenuisement des possibilités, en mal comme en bien, et le développement parallèle et concomitant de l'intelligence, vont conduire à la prise de conscience collective d'une co-responsabilité qui se manifestera par un surcroît d'amour. L'agir auquel est convié l'homme teilhardien est à l'échelle de l'Homme. Il ne suppose aucun dépassement de la Personne. La super- personnalisation n'infirme rien, au contraire : dans l'hypothèse extrême, absurde, mais que le Scientifique a le courage d'évoquer, où, l'homme ayant chuté définitivement, le point oméga ne serait pas atteint, autrement dit dans l'hypothèse où il ne se serait pas formé et modifié graduellement par apport humain, aucune vie humaine ne serait super personnalisée et centrée sur omega. Omega est un postulat, constitué en quelque sorte d'un noyau divin étendant une trame, une toile, afin de permettre aux monades humaines de s'agripper, de modifier, de personnaliser et d'orienter l'arrangement de leur parcelle de cette toile. Si cette toile est défigurée, déchirée, elle se délétère et délétère rétroactivement tout ce qui l'a touchée C'est le symbole du manteau divin. Cette avancée demeure par conséquent essentiellement évolutionniste, elle ne saurait dans l'optique du Théologien, " sur humaniser " la personne d'aucune façon dans la mesure où elle continue une certaine logique divine. Elle "traverse sans s'y fixer la personne humaine nous nous trouvons forcés de reporter infiniment en avant le terme du mouvement qui nous entraîne " écrit Teilhard dans esquisse d'un univers personnel. Omega personnalise en quelque sorte le Désir de toute la Création. Le Scientifique se place d'un point de vue global. L'individuel cède la place au général. Le sens de la personne est concomitant à celui de l'espèce. L' Evolution humaine ne peut relever que du macro-phénomène. Le Théologien a une espérance de Scientifique : il envisage un dévoilement nécessairement progressif. Teilhard se situe d'un point de vue qu'on pourrait dire " mondialisant "- ce qui lui permet, à l'échelle statistique, d'avoir un certain optimisme quant à la réussite ultime de l'univers. C'est pourquoi il ne nie pas l'exceptionnel, mais le banalise en quelque sorte, le considérant comme un aspect possible et nécessaire à la marche en avant de l'humanité. " La science doit découvrir l'universel sous l'exceptionnel " dit il (le Phénomène humain) A ce niveau, on pourrait penser que le processus s'apparente à celui du sublime ; une grande divergence est cependant aussitôt relevée : il ne s'agit pas de réponse ponctuelle et personnelle, il ne peut y avoir qu'une avancée pour tous les hommes, une évolution nécessaire, irrémédiable, et absolue dans les limites humaines. Le panorama évolutif se doit de s'étirer dans toute l'aventure humaine en la formatant. Le Chercheur ne semble pas s'arrêter à la nécessité existentielle du sublime en chaque être en tant que Personne quelque forme qu'elle puisse prendre, tout sublime étant essentiellement l'expression d'un sentiment qui amène l'homme au delà de lui même, donnant après coup raison à l'appel de Rilke: « changes ta vie ». Le Chercheur ne s' y arrête pas, mais l'Homme Teilhard dans toute sa richesse intérieure ne peut l'occulter: c'est ainsi par exemple que certaine idée, qui permet en quelque sorte un « arrêt sur image », telle celle de « noosphère », conduit au sublime... ou bien certains passages: « la messe sur le monde » est sublime par elle même, et en elle même.... Tout sublime suppose l'humanité de l'Autre, que l' Autre " soit Dieu" - c'est la question de Job : " as-tu des yeux de chair ; vois-tu comme un homme ? "- ou Autrui, que l'acte conduira peut-être à une certaine sanctification, mais dont la sanctification demeure parfaitement indépendante d'une ultérieure super-personnalisation éventuelle. Tout sublime suppose aussi désespérance - en raison du hiatus entre la « logique » de l'idéalité et celle de la réalité. Kant comme Schiller l'avaient d' ailleurs déjà notés. C'est pourquoi il est amoral si on le désire tel. Il signe une logique de liberté qu'illustre quelque fois un esprit de sacrifice que l' évolution " en marche " ne pourrait éventuellement justifier qu'après coup . Dans un processus de relations pré-formatées depuis le point Omega, aucune forme de responsabilité n'est vraiment satisfaisante. Longin, Kant, considérant que le sublime subordonne l'individu à l'universel conçu comme une unité, ont fait abstraction du passage inévitable par la sublimation. Au contraire, le Scientifique semble tendre à considérer l'univers comme un Tout. Par actualisation régulière, nécessaire, précise Teilhard, de toutes les possibilités, l'Homme voit sa liberté s'amenuiser ; l'éventail des choix, en positif comme en négatif, rétrécit. La Personne, tirée en quelque sorte progressivement vers le point Oméga, avance lentement en ce sens qu'elle développe simultanément toutes les facettes d'une personnalité qui dans le même temps s'auto épure. Il est évident que c'est un peu là l'idée de " catharsis " aristotélicienne, mais un peu seulement en ce sens que d' une part l'homme se doit de n'être pas spectateur de sa vie et d'autre part qu'il ne s'agit pas d'un "représentation dramatique". La pitié est remplacée par l'Amour Peut-être est il possible, dans le cadre teilhardien, de transposer et d'écrire : " il faut que je croisse pour qu'Il croisse ", le " je " recouvrant alors l'ensemble de la masse humaine depuis sa création?
Dés lors, pour l'humanité, seule une certaine sublimation permet de prendre conscience d'un désir de l'A-venir autre que l'instinct de conservation dans sa forme la plus basique; elle consiste en effet dans l'effort d'une pensée qui s'élance inlassablement toujours au delà d'elle même vers une Totalité qui inlassablement se retranche, ce qui semble supposer un ordre implicite de la conscience qui recouperait celui de l'Humanité toute entière. Cette vision de Teilhard, incluant cependant une liberté certaine, peut être rapprochée de ce que David Böhm appelait "l'holonomie", "l'ordre implicite : à chaque instant, chaque particule est totalement déterminée par la description d'un ordre supérieur," ( bref des variables cachées ".) La sublimation est alors « un développement dans le sens d'une conquête de la matière mise au service de l'esprit » relevait Teilhard dans le Phénomène humain, une sorte d'inspiration infinie. Elle seule, dans le cadre du phénomène humain, justifie la nécessité évolutionniste relevant du "Christ évoluteur "; et par là même est reconnue en retour à chaque personne sa nécessité existentielle.
ConclusionEn conclusion rapide, on peut dire que si la " synthèse d'humanitudes " empêche dans la conception évolutionniste de Teilhard toute hypothèse de sublime, dans le même temps, la sublimation se doit d'être considérée comme l'aiguillon existentiel permettant seule cette synthèse dans le cadre d'un progrès recelant la finitude envisagée par le Théologien. En quelque sorte, si l'évolution teilhardienne représente ce que le Scientifique définit dans le Phénomène Humain, comme " la dimension temporelle du réel ", la sublimation en représente la condition historique.
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