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Teilhard prophète
de l'Internet ?
par Jean-Paul SIBBILLE
(Lisieux)
Voici du Teilhard...
condensé ! Certains paragraphes de L'Avenir de
l'Homme m'ayant fort interpellé, j'ai extrait
quelques citations significatives (a) que je restitue ici,
et le plus souvent possible dans l'ordre originel.
Toutefois, afin de rendre ce qui suit aussi logique et
cohérent que possible, ces citations sont parfois
mises dans un ordre légèrement
différent. En outre, elles sont
"dégraissées" de formules récurrentes
("en soi", "sur soi"...) et même traduites dans un
vocabulaire accessible à tous. Je n'ai
conservé qu'un seul "gros mot": phyla qui est
expliqué dans une note en bas de page (b).
Dans ce condensé, les
caractère gras indiquent ce qui m'apparaît
comme les mots-clé, les descripteurs ou les
métaphores les plus significatives. Tout l'Internet
est là, décrit dans le menu avec 50 ans
d'avance... seule l'interactivité manque ici,
semble-t-il.
Voilà donc de quoi nous
poser des questions... et d'admirer le talent visionnaire de
notre philosophe préféré. Les
intertitres sont de moi.
Dès 1941, une introduction
intuitive : "Nous n'avancerons qu'en nous
unifiant"
"Plus on réfléchit
à ces choses, écrit-il, plus on
s'aperçoit que, du point de vue scientifique, la
véritable difficulté posée par l'Homme
n'est pas de savoir s'il est le siège d'un
Progrès : mais c'est bien plutôt de savoir
comment ce Progrès va pouvoir se poursuivre longtemps
au train dont il va sans que la Vie n'éclate sur
elle-même ou ne fasse éclater la Terre
sur laquelle elle est née. L'avenir dépend
du courage et du savoir-faire que les hommes montreront
à vaincre les forces d'isolement ou même de
répulsion qui semblent les chasser loin les uns des
autres plutôt que de les rapprocher. Or comment
opérer ce rapprochement ? ce serait que, sous
quelque influence favorable, les éléments
humains arrivent à mettre en jeu une force
d'attraction mutuelle profonde, plus profonde et plus
puissante que la répulsion de surface qui les fait
diverger. Ce serait que les hommes, forcés les uns
sur les autres par la géométrie et la
mécanique de la Terre, arrivent à faire
naître dans ce vaste corps un esprit commun." Nous
n'avancerons qu'en nous unifiant.[...] Pour
créer l'unanimité, il faut le liant, le ciment
de quelque influence favorable. Sera-ce dans le
développement d'une vision commune, c'est à
dire dans l'établissement d'une Science
universellement admise, où toutes les intelligences
se joindront dans une connaissance des mêmes faits,
interprétés de la même façon
?"
Un texte fort actuel
"Et voilà ce qui se
découvre avec une clarté aveuglante en cet
âge d'explosion industrielle. Depuis longtemps il n'y
a plus ni inventeurs ni machines isolés et, de plus
en plus toutes les machines de la terre - prises ensemble -
tendent à former une seule grande Machine
organisée. Obéissant inévitablement
à l'inflexion des phyla zoologiques, les phyla
mécaniques se reploient à leur tour
accélérant et multipliant leur progrès,
jusqu'à former un seul complexe géant,
circumplanétaire. Phénomène
profondément instructif et mystérieux : par
jeu brutal de compression planétaire, la masse
humaine s'échauffe et s'illumine spirituellement. Cet
échauffement a pour effet de sur-augmenter, par choc
en retour, la compression qui lui a donné
naissance... Et ainsi de suite, en chaîne toujours
accélérée.
"Que veut dire ce grand
événement ? Je n'y vois pour ma part qu'une
explication. C'est que l'énorme excès
d'énergie libre dégagé par le
reploiement de la Noosphère est naturellement
destiné à passer dans la construction et le
fonctionnement de ce que j'ai appelé son "cerveau".
Semblable à cela, bien qu'à une échelle
immense, accélérant et multipliant leur
progrès, jusqu'à former un seul complexe
géant, circumplanétaire".
[La] Science nous montre chaque jour un peu plus
combien, en tous domaines, des transformations
réputées impossibles deviennent
faciles, inévitables même, dès
lors que vient à changer l'ordre des dimensions.
[Si] l'Humanité tisse son cerveau,
examinons [alors] ce qu'on pourrait appeler
[son] organe "cérébroïde" - celui
de la Noosphère - dans sa structure [comme]
dans son fonctionnement. Je songe en premier lieu à
l'extraordinaire réseau de communications
radiophoniques et télévisuelles ; je songe
aussi à la montée insidieuse de ces
étonnantes machines à calcul qui,
augmentant le facteur de la "vitesse de
pensée", sont en train de préparer une
révolution dans le domaine de la
Recherche. Ces instruments matériels,
inéluctablement reliés les uns aux
autres dans leur développement, ne sont
finalement pas autre chose que les linéaments
d'une sorte particulière de super cerveau,
capable de s'élever à la maîtrise de
quelque super domaine dans l'Univers et dans la
Pensée ! Incontestablement, à une vitesse
toujours accélérée, le réseau
mondial des liens - économiques et psychiques -
se tisse, nous enserre et nous pénètre
plus étroitement sans cesse. Le mouvement se
généralise,
s'accélère, au point qu'il faudrait
être aveugle pour n'y pas voir une
dérive essentielle des choses. Par
utilisation des formes raffinées d'énergie
scientifiquement captées et utilisées, tout
est maintenant en contact, et combien
serré!
"Le moment n'est-il pas venu de
reconnaître que sur aucun domaine (pas
plus économique et social qu'artistique ou mystique)
rien, absolument rien de stable ne peut plus se construire
sur Terre tant que n'aura pas été
réglée la question préalable que
voici : Quel degré de réalité et
quelle signification ontologique convient-il de
reconnaître à l'étrange dérive en
suite de quoi, à peine émergé dans ce
qu'il croyait être la sécurité de ses
droits individuels, l'homme moderne se découvre
soudainement aspiré dans un vaste tourbillon unitaire
où semblent devoir s'annuler les
propriétés si chèrement acquises
de son moi le plus incommunicable. Prenons-y
garde, une différence essentielle, une
différence d'ordre, séparera de tout ce
que nous connaissons encore cet état unitaire vers
lequel nous nous acheminons.
"Si incroyable cela puisse-t-il
paraître, déjà définissables et
sensibles à l'expérience [en effet],
certaines énergies planétaires,
invinciblement, tendent à rapprocher et
à organiser la multitude affolante des
milliards de consciences pensantes formant la "couche
réfléchie" de la terre. [Un] point
critique de Réflexion collective s'annonce sous forme
d'une brusque fulguration, d'explosion
où la Pensée, portée à
l'extrême, se volatiliserait : on se sent
[donc] disposé à rejeter comme non
scientifique l'idée que le point critique de la
socialisation, loin d'être une simple étincelle
dans la nuit, correspond au contraire à notre
passage, par retournement ou
dématérialisation, sur une autre face
de l'univers : non pas une fin de l'Ultra Humain, mais son
accession à quelque Trans humain, au cur
même des choses."
"Plus nous nous mettons à
croire à cette super-organisation possible du
Monde, plus nous découvrons que nous avons
raison d'y croire, et plus nous sommes nombreux
qui y croyons. une intuition collective semble
déclenchée qui ne saurait plus
s'arrêter. De sorte qu'il n'est pas besoin
d'être grand prophète pour affirmer que,
d'ici deux à trois générations,
la notion d'un certain nouvel "Espace de
Complexité" sera aussi universellement admise
et utilisée par nos successeurs que, par nous,
l'idée de son mouvement mécanique "autour du
soleil",
"De ce simple chef, un premier
principe irrésistible de groupement, atteignant
jusqu'à l'intelligence, se superpose presque
mécaniquement, aux tendances égoïstes
répulsives des individus dans l'humanité. Une
"onde de participation" agite jusqu'au tréfonds les
masses sociales et ethniques dans l'exigence et
l'attente d'un accès ouvert à tous - sans
distinction de classe ni de couleur - à la marche
des affaires humaines... aboutit à renforcer en nous,
de toutes parts, un sens général de
l'organique à la faveur duquel le réseau
entier des relations inter-humaines se charge d'une
ur-gence, d'une intimité, d'un réalisme,
depuis longtemps rêvés (ou pressentis par
certaines âmes parti-culièrement douées)
du "sens de l'universel". À la faveur de ce
nouveau milieu interne, propre à la Vie
planétisée, apparaît possible un
événement demeuré jusqu'alors
demeuré irréalisable : je veux dire
l'envahissement de la masse humaine par les forces
de sympathie. Et déjà noyés dans le
réseau économique et psychique dont je parlais
plus haut, deux grands blocs affrontés res-tent seuls
en présence. Est-ce que cela aussi, d'une
manière ou d'une autre, ne va pas fatalement se
rejoindre ?
"Plus on approfondit cette
différence, plus on se convainc que ce n'est pas vers
une détente, mais plutôt vers quelque
super-état de tension psychique que
s'élève, au cours des temps, la multitude
humaine. Ce qui veut dire qu'en avant de nous ce n'est pas
l'engourdissement de l'âme, mais au contraire quelque
point critique de Réflexion collective qui s'annonce.
Le dernier acte se prépare, visiblement. Sous quelque
forme imprévisible, la Terre s'éveillera
demain "pan-organisée".
COMMENTAIRES
Vous avez lu ce texte, il "parle"
de lui-même, et semble n'avoir été
écrit qu'il y a quelques semaines ou quelques mois,
au début du XXIe siècle. Il s'agit, et il ne
peut s'agir, chacun le comprend, de l'Internet. Cependant
ici, il émane une inhabituelle réflexion en
profondeur : non seulement il y a une description quasi
complète du fameux Internet - c'est
déjà fabuleux - mais Teilhard se permet en
plus de réfléchir à sa nature, à
sa signification, à sa portée symbolique
autant qu'à son épistémologie. Le tout
au sein d'un Évolutionnisme d'autant plus inattendu
qu'il fait converger Hominisation et Machinisation : c'est
de l'antispécisme du plus noble parmi la haute
noblesse darwinienne !
La rédaction de ces phrases
par Teilhard s'étale sur dix ans. Elle commence en
Chine (en 1941) où il réside depuis plusieurs
années, pour s'achever au tout début de la
Guerre Froide, en pleine proto-histoire de la
Cybernétique. Teilhard rentre tout juste d'Orient (en
mai 46) et travaille l'essentiel de L'Avenir de l'Homme
avant son angine de poitrine (mai 47). Après sa
convalescence, il s'embarque pour New York en février
48. On peut donc dire que l'essentiel du texte
condensé ici est rédigé en
France.
Se pose la question de son
inspiration, car il fait preuve d'une telle puissance
intuitive - digne d'un Vinci ou d'un Jules Verne - qu'on se
demande comment il a pu "préconnaître" la
Toile. Dans une lettre au R.P. Ravier (août 1952),
où il relate sa visite au cyclotron de Berkeley,
comme dans le texte quile suit ("En regardant le cyclotron",
1953) il n'est mentionné ni discussions avec la
communauté mathématicienne ni celle de
l'ingénierie ayant pu être liées,
à cette époque, au développement de ce
qui deviendrait les ordinateurs. Les seules conversations
qu'il relate sont celles qu'il avait avec des
paléontologues, des biologistes ou des naturalistes.
Cela dit, la façon dont Teilhard "regarde" le
cyclotron laisse à penser qu'il travaillait sans
doute comme il rêvait, c'est à dire par
association libre, condensation et induction... mais tout en
gardant le fil correct de sa pensée, sans
s'évader de la raison.
Son mode cognitif
privilégié était donc probablement
"l'abduction" plutôt que l'induction (ou
gé-néralisation). L'abduction n'a
évidemment rien à voir avec un quelconque
enlèvement extraterrestre (homonyme), c'est une forme
de raisonnement qui renforce l'hypothèse de travail
plutôt que d'en faire une conclusion. Comment a-t-il
pu deviner ce que nul parmi les plus grands cerveaux de
l'époque n'imaginaient même pas ? Que dire
alors sinon que Teilhard fut un grand "être
inspiré"!
Voyons où en était
l'Informatique à cette époque ?
D'abord au plan matériel
(hardware):
Entre 1941 et 51, la machine
à calculer est mécanique, ou
électromécanique (machines à relais).
Il n'existe au monde que deux ou trois prototypes
extraordinaires pour les surpasser :
Le Mark 1
alias Bessie ou ASC (Automatic Sequence Calculator)
d'Howard Aïken fabriqué par IBM à
Endicott (N.Y.) est installé à Harvard le 7
août 1944. C'est le premier grand calculateur
électromécanique industriel - avec 3000
relais électromagnétiques, doté d'un
pro-gramme stocké sur bande perforée, selon
le codage numérique d'Herman Hollerith (le
créateur d'IBM) qui autorise le calcul
arithmétique et algébrique très
rapide (0,2s par addition, 1s par multiplication)
nécessaire aux desseins de l'US Army (radar,
conduite de missiles, bombe atomique).
L'ENIAC
(Electronic Numerical Integrator And Computer,
conçu par le physicien John Mauchly, avec le
concours de J. von Neumann et John-Prester Eckert), est
inauguré le 14 fé-vrier 1946 à la
Moore School de l'université de Pennsylvanie.
C'est le premier calculateur électronique
véritable. Equivalent à une calculatrice de
collégien d'aujourd'hui, le monstre fonctionne
encore avec 18 000 tubes à vide, pèse 30t,
occupe 84 m3 sur une aire de 170 m2 et consomme quelques
200 kW pour gérer 20 accumulateurs de 10 chiffres
(sa mémoire). La prouesse c'est qu'avec lui une
multiplication ne dure que 3ms.
Conçu à
partir de 1945, l'IBM SSEC (Selective Sequential
Electronic Calculator) de M.V. Wilkes est
présenté au public le 27 janvier 1948 au
siège d'IBM à New York. Doté d'un
programme "résidant" et modifiable, mais aussi de
périphériques d'entrées et de
sortie, il peut additionner 3500 nombres de 14 chiffres
par seconde grâce à ses... 13 500 tubes
à vide et ses 21 400 relais. Ce calculateur
mémorise 150 nombres relatifs, 100 fois plus vite
que le Mark 1.
On disposera de machines
performantes en Europe dès 1949 avec
l'EDVAC (Electronic Discret Variable Automatic
Computer) et l'EDSAC (Electronic Delay Storage
Automatic Calculator) d'IBM à Cambridge (GB). En
1950, aux USA, sont inaugurés le
célèbre Re-mington-Rand UNIVAC
(disposant de la première mémoire à
tambour magnétique) puis l'IBM 701, enfin
le premier "ordinateur" commercialisé : l'IBM 650,
lui aussi à tambour.
A partir de 1947,
l'invention du transistor (TRANSItion resisTOR,
aux Bell Laboratories), permet la miniaturisation et
l'utilisation du "langage machine". Il est 10 000 fois
plus performant qu'une lampe. En 1959, quatre ans
après la mort de Teilhard, IBM lance son premier
ordinateur entièrement transistorisé : le
1401.
Ensuite au plan logiciel
(software)
Au plan
théorique.
Quand Teilhard rédige les
principaux textes cités ci-dessus (1947), la
communauté scientifique ne dispose que d'une unique
"Théorie des jeux et comportements
économiques" de John von NEUMANN et Oskar MORGENSTEN
publiée en 1944. C'est en 1947 que se tient à
Harvard le 1er congrès sur les machines à
calcul numérique.
Les textes fondateurs de la future
"Informatique" sont en gestation chez Claude SHANNON
(théorie de la communication), Norbert WIENER
(principes de cybernétique, la nature de
l'information n'est ni matérielle ni
énergétique), Allan TURING (test pour machines
pensantes) et John von NEUMANN. De même, les
premières recherches sur l'Intelligence Artificielle
ne débuteront qu'après la disparition de
Teilhard, en 1956 - année de création du mot
"ordinateur" - sous l'égide de Marvin MINSKI au
M.I.T; de Cambridge (Massachusset, USA).
(A suivre)
Au plan réseaux et
Internet.
L'agence ARPA (Advanced Research
Project Agency, novembre 1957) est la première
réponse du président Eisenhower au Spoutnik 1,
lancé un mois avant par l'URSS. Joseph Licklider la
dirige, c'est un psychologue qui transmet sa vision
révolutionnaire à un groupe
d'ingénieurs. Libérés de l'emprise du
Pentagone, Bob Taylor, Larry Roberts et Bob Kahn disposeront
à Santa Barbara dès 1962, d'un "vieil" IBM
Q-32 de l'US Air Force pour faire autre chose que du calcul
scientifique. L'ARPANET naît en octobre 69, il reliera
successivement trois universités californiennes (Sta
Barba-ra, UCLA et SRI) avant la fin de cette
année-là. Un an plus tard il comptera 13
noeuds de communication. Le courrier électronique
naît en 1973 et, quatre ans plustard mais
débarrassés du "mécénat" du
Pentagone, plusieurs réseaux indépendants,
sont interconnectés grâce aux efforts de Bob
Kahn et Vinton Cerf (juillet 1977), créant ainsi le
"réseau des réseaux" : l'Internet. Pour que
naisse la Grande Toile Mondiale (World Wide Web) il faut
encore attendre que deux ingénieurs du CERN à
Genève - Robert Cailliau et Tim Berners-Lee - mettent
au point un langage universel (le HTML), et un navi-gateur
pour que des ordinateurs dispersés sur la
planète puissent dialoguer. Ce sera chose faite en
1989.
Ce rappel historique étant
fait, remarquons que l'idée de Noosphère -
pensée à l'intérieur d'une perspective
cosmologique et métaphysique - lui servit de cadre
conceptuel général. Un cadre ad hoc
permettant, sans aucun doute, de pressentir et de visualiser
une "mise en réseau" de l'Humanité. Hors de ce
cadre, il fût sans doute impossible d'y inscrire les
idées condensées ici de façon logique
et cohérente.
"Vos notions juridiques de
propriété, d'expression, d'identité,
de mouvement et de contexte ne s'appliquent pas à
nous. Elles se fondent sur la matière. Ici, il n'y
a pas de matière."
John Barrow (A Cyberspace
Independant Declaration, 8-02-1996)
a- P. Teilhard de Chardin, L'Avenir de l'Homme (Le
Seuil 1959) pp. 97, 98 et 99 (tirées d'une
conférence donnée par Teilhard à
l'Ambassade de France en Chine, le 3 mars 1941 : "L'avenir
de l'Homme vu par un paléontologiste" et
rédigée à Pékin le 22
février 194 1) -, pp. 212, 214, 215, 218-219, 220,
223, 224 et 225 (extraites de la Revue des Questions
Scientifiques Louvain, janvier 1947, pp. 7-35) ; pp.
320, 336 (extraites d'un texte rédigé le 4 mai
1949, et publié dans la Revue des questions
scientifiques , le 20 octobre de cette même
année)-, 368 et 369 (extraites d'un texte
rédigé à Paris le 18 janvier 1950) ;
pp. 384 et 385 (extraites d'un texte rédigé
à Paris le 27 avril 1950, et publié dans
l'Almanach des Sciences en 1951).
b- PHYLA : pluriel de phylum, suite
des formes revêtues par les ascendants d'une
espèce vivante, réalisant à partir
d'une souche primitive, un faiseau évolutif. Un
phylum est composé d'une immense quantité
d'unités morphologiques, constituées chacune
de lignées généalogiques ; la
phylogénèse est le mode de formation et de
développement d espèces au cours de
l'Evolution et concerne donc la
Macro-Évolution
Document complémentaire
octobre 2001
Teilhard de
Chardin
dans la
Métagrille de
l'Evolutionnisme
Présentation en place dans
la case Transgression au sein de la Métagrille (il
s'agit ici, en fait, de la transgression du dogme de la
Biologie Moléculaire, énoncé par
Jacques Monod dans Le hasard & la
nécessité).
Pierre Teilhard de Chardin,
(1881-1955) paléontologue, philosophe et
théologien français, découvreur du
Sinjanthrope (ou "homme de Pékin") en 1936. Sa
compréhension de l'Évolution, techniquement
proche de la Théorie Synthétique,
s'agrémente d'un solide sens visionnaire.
L'Évolution obéît à trois lois de
croissance: a) complexification, b)
différenciation-spéciation-individuation, c)
intériorisation-prise de conscience. Depuis les
origines, selon lui, l'Évolution ne cesse
d'accroître le taux de conscience dans l'univers. La
planète Terre porte d'abord une vie primitive dans
les océans, s'étendant peu à peu aux
contuinents en se différentiant. La Terre porte
bientôt une Biosphère qui engendrera l'Homme au
gré d'un très long processus n'ayant rien de
surnaturel - inachevé à ses yeux. Une
dynamique fulgurante & accélérée de
"compres-sion" évolutive se poursuit donc avec une
Humanité "encore embryonnaire". Il postule
l'exis-tence future d'un "Supra-Humain".
Quand on découvre
l'expansion de l'Univers, il échafaude
l'hypothèse d'une Noosphère (ou sphère
immatérielle de la pensée), superposée
à la Biosphère & qui accroîtrait le
taux de conscience dans l'univers, dans une conception
proche du Principe Anthropique de certains cosmologistes
(Wheeler, Barrow, fin XXe siècle). Au sein de cette
Noosphère & grâce aux machines - soumises
elles aussi à l'Evolution selon lui - il pressentit,
certes de manière diffuse & philosophique mais
néanmoins juste, dès 1947
qu'émergerait, ce que nous nommons aujoud'hui
Internet !
Sa vision de l'apparition de la vie
sur Terre montre qu'il avait, en1950, l'intuition de ce qui
de-viendra l'Astrobiologie, bien après sa mort :
pionnier d'une conception cosmo-compatible de Evolution, il
jugeait ainsi très probable la Pluralité des
Mondes habités.
Par ailleurs, son point de vue
chrétien lui donne l'intuition d'une convergeance
cosmique de l'Humanité tout entière en ce
qu'il nomme Oméga : un stade d'union mystique de
l'Humanité avec le Christ... à la fin des
temps !Très en avance son temps; ses audaces
conceptuelles lui vaudront d'être autant honni du
Vatican (longtemps encore après sa mort) que
snobé par l'ense-mle de l'Université
française. Savant visionnaire épris de
cohérence, il a parfaitement sa place dans le cadran
D. Oeuvres se rapportant à l'Évolution
(éditions posthumes, à cause du Vatican !) :
"Le Phénomène humain" (1955), "Le Groupe
zoologique humain" (1956), "L'Apparition de l'homme" (1957),
"L'Avenir de l'Homme" (1959). Teilhard fera quelques adeptes
parmi les évolutionnistes, qui verront en lui un
fécond penseur visionnaire (A.
Dambricourt-Malassé *, L. Cunéot, F. Meyer *,
G. Olivier)
Citations : J'ai regroupé
là certaines d'entre elles, qui concernent un aspect
particulier de l'hypothèse teilhardienne de la
Noosphère, & dont j'estime qu'il préfigure
de manière assez claire ce que nous nommons
aujourd'hui l'Internet. La lecture aprofondie de L'Avenir de
l'Homme m'en convainc. Tous les mots-clé essentiels
de la Toile se trouvent disséminés dans le
texte : unification par unanimité ; réseau,
réseau de communications radio&
télévi-suelles, réseau de liens
économiques & psychiques ; machines à
calcul (le mot ordinateur n'existait pas en 1947) ;
instruments reliés les uns aux autres. De même
foisonnent les mé-taphores éblouissantes,
telles que "supercerveau" ; "l'humanité tisse son
cerveau" ; "forme raffinée d'énergie
scientifiquement captée" (informatique) ; "brusque
fulguration", "explo-sion de la pensée" (irruption
explosive de l'Internet) ; "volatilisation",
"dématérialisation (désignant le
Réel Virtuel). J'ai simplement tenté de les
concentrer & de les organiser - en respectant autant que
possible la chronologie rédactionnelle - afin que le
lecteur ressente lui aussi ce que moi j'ai ressenti. Je prie
le lecteur d'excuser la longueur de cette
anthologie.
Pierre Teilhard de Chardin; # "Je
crois que l'univers est en Évolution, je crois que
l'Évolution va vers l'Esprit, je crois que l'Esprit
s'achève en du Personnel, je crois que le Personnel
suprême est le Christ-Universel " (in Comment je
crois, 1920) # " [...] présentement, le
savoir humain se développe entièrement sous le
signe de l'Évolution reconnue comme une
propritété première du Réel
expéimental ; si bien que rien n'entre plus dans nos
constructions que ce qui satisfait d'abord aux conditions
d'un Univers en voie de transformation." # "Prise à
ce degré de généralité (toute
réalité expérimentale appartient
à un processus naissant dans l'Univers), il y a
longtemps que l'Évolution a cessé d'être
une "hypothèse" pour devenir une condition
générale de connaisance à laquelle
doivent désormais satisfaires toutes les
hypothèses." # "[du point de vue
transphénomènal] l'Évolution prend
sa figure vraie pour notre intelligence et notre coeur. Elle
n'est point "créatrice", comme la Science a pu le
faire croire un moment ; mais elle est l'expression pour
notre expérience, dans le Temps et l'Espace, de la
Création." (in Nouveau Lexique Teilhard de Chardin,
Seuil, 1968)
# "Etudiée sur une
profondeursuffisante (des millions d'années), la Vie
se meut. Non seule-ment elle se meut, mais elle avance dans
un sens déterminé. Non seulement elle avance,
mais de cette progression nous pouvons saisir le processus
ou mécanisme expérimental. [...] Il y
a un stade amphibien du cerveau ; & un stade reptile ;
& un stade mammifère. Et à
l'intérieur des Mammifères, nous voyons le
cerveau grosir & se compliquer avec le temps chez les
Ongulés, chez les carnassiers, chez lesPrimates
surtout. En sorte qu'on pourrait tracer une courbe
continuellement montante de la Vie en prenant comme abcisse
le temps & comme ordonnée la quantité
(& qualité) de matière nerveuse existant
sur Terre à chaque époque géologique.
Qu'est-ce à dire sinon qu'une montée
continuelle de conscience se manifeste objectivement sur
notre planète au cours des âges ? (1941)
# Observé d'une certaine
façon, le phénomène social humain
montre que l'évolution de la Vie, non seulement n'est
pas arrétée surt terre, mais qu'elle repart
& rejaillit au contraire sur soi pour une phase nouvelle
[...] élargissons nos vues jusqu'à
envisager la formation actuelle, sous nos yeux, à la
faveur des facteurs hominisants, d'une entité
biologique spéciale, telle qu'il n'y en a jamais eu
encore sur Terre - la formation à partir & en
dessus de la Biosphère, d'une enveloppe de substance
pensante à laquelle j'ai donné, par
commodité, le nom de Noos-phère. [...]
Tandis que la Biosphère est complexité
liée mais divergente & diffuse, la
Noos-phère combine, en soi les
propriétés d'une nappe planétaire
("sphère") & celle d'une sorte
d'individualité supérieure, douée d'une
espèce de super-conscience. (1941)
# Seule l'unification par
unanimité est biologique. Seule elle réalise
ce prodige de faire sortir plus de personnalité des
forces de collectivité. Seule elle représente
le prolongement de la Psychogénèse dont nous
sommes sortis. [...] de plus en plus, chaque machine
ne s'engendre plusqu'en fonc-tion de toutes les autres
machines de la terre; & de plus en plus aussi, toutes
les machines de la terre tendent à former une seule
grande Machine organisée. Obéissant
inévitablement à l'inflexion des phyla
[embranchements dans l'arbre de l'Evolution]
zoologiques, voici que les phyla mécaniques se
déploient à leur tourchez l'Homme,
accélérant & multipliant ainsileur
progrès, jusqu'à former un seul complexe
géant, circumplanétaire. Et le support, le
noyau in-ventif de cet immense appareil, quel est-il, sinon
précisément le foyer pensant de la
Noos-phère ? [...] je songe en premier lieu
à l'extraordinaire réseau de communications
radiopho-niques & télévisuelles qui
[...] nous relient déjà tous,
actuellement, dans une sorte de co-conscience
"éthérée". Mais je songe aussi à
la montée insidieuse de ces étonnantes
machines à calcul qui [...] sont en train de
préparer une révolution dans le domaine de la
Recherche. [...] incontestablement, à une
vitesse toujours accéléré, le
réseau (un réseau mondial) des liens
économiques & psychiques se tisse & nous
pénètre plus étroitement sans cesse.
[...] [...] par utilisation des formes
raffinées d'énergies scientifiquement
captées & utilisées [...]
certaines énergies planétaires en jeu,
invinciblement, tendent à rapprocher & à
organiser sur elle-même (si incroyable cela
puisse-t-il paraître) la multitude afolante des
milliards de cons-ciences pensantes formant la "couche
réfléchie" de la terre. [...] Sous nos
yeux l'Humanité tise son cerveau. [...] sous
forme d'une brusque fulguration (explosion où la
Pensée, portée à l'extrême, se
volatiserait sur soi) [...] le point critique de
Réflexion planétaire, fruit de la
socialisation, loin d'être une simple étincelle
dans la nuit, corespond au contraire à notre
pas-sage, par retournement ou
dématérialisation, sur une autre face de
l'univers:non pas une fin de l'Ultrahumain, mais son
accession à quelque Transhumain, au coeur même
des choses." (1947)
# "A l'échelle de l'univers,
seul le fantastique a des chances d'être vrai
".
# "Les adversaires de
l'Évolution font comme ceux qui ont cru que
Poincaré démolissait Ga-lilée en disant
qu'on pouvait regarder la Terre comme fixe et le soleil
mobile parce que tout est relatif !"
# "[...] la
propriété fondamentale de la masse cosmique
est de se ramasser sur elle-même, au sein d'une
conscience toujours croissante, sous un effet d'attraction
ou de synthèse. En dépit de l'apparition, si
impressionnante pour la Physique, des
phénomènes secondaires de disper-sion
progressive (telle l'entropie), il n'y a qu'une
Évolution réelle (parce que positive &
créa-trice), l'Évolution de convergence".
(1933)
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