réunions du groupe 

« Ut unum sint »

La Foi du Père Teilhard de Chardin

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Extraits choisis et commentés

par Jacques Séverin Abbatucci

 

L'évolution est un fait qui n'est plus discuté. La dernière réunion qui a eu lieu au Centre d'Etudes Théologique sur le thème « L'univers est-il programmé ?», n'est pas revenue sur cela. Bien au contraire, le Pr Goubet a employé une heure passionnante à en développer tous les aspects, à tous les niveaux des manifestations de la vie.

Cependant, comme chacun sait, à la fin du dix-neuvième siècle et au début au début du siècle dernier, au cours et à la suite de la crise du modernisme, l'Eglise a failli se disqualifier gravement en prenant position dans ce domaine qui n'est pas du ressort de son magistère. L'encyclique « Humani generis » en a été l'expression la plus négative.

Son attitude envers Teilhard s'explique par cette attitude de rejet alors même qu'elle aurait pu y trouver une aide et une issue.

Teilhard par sa fidélité exemplaire a toujours voulu témoigner de sa foi dans son Église tandis qu'elle affrontait un moment bien difficile pour les bases mêmes de la religion.

Son observation pénétrante du passé de l'histoire du monde et du présent de l'humanité lui a permis de proposer une solution au conflit destructeur qui menaçait la Foi. Bien plus, l'idée même d'évolution, qu'il découvrait avec ravissement, venait étayer et illuminer sa foi.

Il s'est attaché à décrire le phénomène évolutif, rien que le phénomène pour être entendu des scientifiques, mais le phénomène dans sa globalité.

Alors que les scientifiques expliquent de mieux en mieux les subtils processus qui la font s'accomplir, beaucoup d'entre eux adoptent une vision mécaniciste de l'évolution. Teilhard a su voir dans le phénomène humain les deux faces de la réalité. « La Matière matrice de l'esprit, l'Esprit état supérieur de la Matière »

La personne humaine est matière, c'est entendu, mais elle n'est pas que cela. Elle est aussi esprit, qui est non pas épiphénomène, mais Le Phénomène.. Et l'observation, elle encore, montre que l'esprit, fruit de la complexité est comme cette dernière en montée croissante dans notre monde et sans doute aussi dans l'univers. Sans doute peut-on dire que l'étoffe de l'univers est faite d'esprit-matière et pour Teilhard, la cosmogénèse est en fait une création d'esprit, une noogénèse. Mais, nous dit-il, pour que l'évolution aille à son terme, il faut qu'il y ait « un pôle d'attraction, un moteur en avant » un foyer de convergence et la force agissante de ce mouvement d'union, c'est l'Amour. Le deuxième moteur c'est l'appétit de savoir, l'inépuisable besoin de découverte, c'est à dire la recherche humaine, dans laquelle se manifeste pour Teilhard le pouvoir créateur de Dieu.

Dans cette conception grandiose, un sens nouveau est donné à l'évolution, continuant en l'adaptant à l'épreuve du progrès des connaissances la vision paulinienne de la création,

C'est ce que je voudrais vous montrer à la lecture de textes choisis parmi ceux présentés au cours des dix années d'existence de notre groupe d'étude. Les citations retenues ne sont qu'une sélection certainement imparfaite. L'œuvre de Teilhard est immense et il est bien présomptueux de prétendre en exprimer toute la consistance en quelques extraits. Néanmoins ceux qui ont été choisis me semblent représentatifs. Pour ma part, devant une telle grandeur de pensée, je me bornerai à n'intervenir que par quelques remarques et précisions.

L'argument peut être résumé ainsi :

• La matière évolue

• De façon non explicable, elle a abouti à la vie

• La vie évolue -> complexification

• Mais la Matière, c'est aussi l'Esprit

• L'esprit évolue -> complexification

Cette évolution est convergente -> Noosphère

Elle unit des personnes (« L'union différencie »)

Elle converge vers un centre ultra-personnalisant : Oméga

Pour suivre l'expression de la Foi du Père Teilhard, le mieux me semble être de suivre le fil conducteur de son propre Credo, tel qu'il l'a rédigé dans « Comment je Crois » en 1934, avec l'additif de 1950 :

« Je crois que l'Univers est une Évolution

Je crois que l'Évolution va vers l'Esprit

Je crois que l'esprit, dans l'Homme, s'achève en du Personnel

Je crois que le Personnel suprême est le Christ-Universel »

Je crois que l'Univers est une Évolution

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Je crois que l'Univers est une Évolution

« Cette découverte fondamentale que tous les corps dérivent, par arrangement, d'un seul type initial corpusculaire, est l'éclair qui illumine à nos yeux l'histoire de l'Univers. A sa façon la Matière obéit, dès l'origine, à la grande loi biologique de complexification. (…) La Matière se découvre à nos yeux en état de genèse. »

Les progrès en physique fondamentale, en décrivant les quarks, briques élémentaires de la matière, viennent étayer son expression.

Cependant, dans « L'énergie humaine », il élargit la perspective et aborde le domaine de l'esprit:

« La Matière originelle est quelque chose de plus que le grouillement particulaire si merveilleusement analysé par la Physique moderne ».

« Il faut enfin faire ce geste. II faut accepter ce que la Science nous dit, à savoir que l'Homme est né de la Terre. Mais, plus logiques que les savants qui nous parlent, il nous faut aller jusqu'au bout de la leçon : c'est-à-dire accepter que l'Homme soit né tout entier du Monde, - non pas seulement ses os, sa chair, - mais son incroyable pouvoir de penser. »

« La Matière matrice de l'esprit, l'Esprit état supérieur de la Matière.

Comment ne pas voir que, plus étroitement que jamais, le processus de convergence dont, corps et âme nous sommes sortis, continue à nous envelopper, à nous enserrer, sous les traits, et comme dans les plis d'une gigantesque contraction planétaire ?… » (Le cœur de la matière - Paris 30 octobre 1950)

« Sans aucun doute, par quelque chose, Energie matérielle et Energie spirituelle se tiennent et se prolongent. Tout au fond, en quelque manière, il ne doit y avoir, jouant dans le monde qu'une Energie unique. » (Le Phénomène Humain P.51)

Je crois que l'Évolution va vers l'Esprit

Devant l'observation du phénomène de la conscience, développée chez l'homme à son plus haut niveau, c'est-à-dire liée à l'organe, le cerveau, le plus complexe de tout l'univers, Teilhard est conduit à formuler une loi de complexité-conscience liant les éléments de ce qui va former l'esprit..

« Quel que soit le cas envisagé (du protoplasme à l'Homme), nous pouvons être sûrs qu'à la conscience la plus développée correspondra chaque fois un bâti plus riche et mieux agencé.(…) Ou encore : une conscience est d'autant plus achevée qu'elle double un édifice matériel plus riche et mieux organisé.

(…) Toute la suite de cet Essai ne sera rien autre chose, en somme, que cette histoire de la lutte engagée, dans l'Univers, entre le Multiple unifié et le Multiple inorganisé. » (Le Phénomène Humain pp. 49-49)

« L'apparente restriction du phénomène de conscience aux formes supérieures de la Vie a servi longtemps de prétexte à la Science pour l'éliminer de ses constructions de l'Univers.

(...) la conscience, elle, pour être intégrée dans un système du Monde, oblige à envisager l'existence d'une face ou dimension nouvelle dans l'Etoffe de l'Univers.

(…) Au fond de nous-mêmes, sans discussion possible, un intérieur apparaît....Puisque, en un point d'elle-même, l'Etoffe de l'Univers a une face interne, c'est forcément qu'elle est biface par sa structure.... Co-extensif à leur dehors, il y a un dedans des choses. »

« Considéré à l'état pré vital, le Dedans des Choses, dont nous venons d'admettre la réalité jusque dans les formes naissantes de la Matière, ne doit pas être imaginé comme formant un feuillet continu, mais comme affecté de la même granulation que la Matière elle-même.

Atomisme "Mystérieusement relié par une énergie d'ensemble"

"De ce point de vue, la Conscience se manifeste comme une grandeur cosmique de grandeur variable, soumise à une transformation globale. » (Le Phénomène Humain)

Unité d'homogénéité

« Comme si l'étoffe (de l'Univers) se ramenait à une simple et unique forme de substance. (...) Aux corpuscules cosmiques nous trouverions naturel d'attribuer un rayon d'action individuelle aussi limité que leurs dimensions mêmes. Or il devient évident au contraire que chacun d'eux n'est définissable qu'en fonction de son influence sur tout ce qui est autour de lui. Quel que soit l'espace dans lequel nous le supposions placé, chaque élément cosmique rempli entièrement de son rayonnement ce volume lui-même. Si étroitement circonscrit donc que soit le "Cœur" d'un atome, son domaine est co-extensif, au moins virtuellement, à celui de n'importe quel autre atome. Étrange propriété que nous retrouverons plus loin jusque dans la molécule humaine. »

Unité collective

« Les foyers innombrables qui se partagent en commun un volume donné de Matière ne sont pas pour autant indépendants entre eux. Quelque chose les relie les uns aux autres qui les fait solidaires. Loin de se comporter comme un réceptacle inerte, l'espace qu'emplit leur multitude agit sur elle à la manière d'un milieu actif de direction et de transmission, au sein duquel la pluralité s'organise. Simplement additionnés ou juxtaposés, les atomes ne font pas encore la Matière. Une mystérieuse identité les englobe et les cimente, à laquelle notre esprit se heurte, mais est bien forcé finalement de céder. » (Le Phénomène Humain. p. 279)

« Le quantum initial de conscience contenu dans notre Monde terrestre n'est pas simplement formé d'un agrégat de parcelles prises for-tuitement dans le même filet. Il représente une masse solidaire de centres infinitésimaux structurellement liés entre eux par leurs conditions d'origine et leur développement. » (P.H. p64)

« A chaque phase nouvelle de l'Anthropogénèse, nous nous retrouverons face à l'inimaginable réalité des liaisons collectives et contre lesquelles nous aurons à lutter sans cesse, jusqu'à ce que nous arrivions à reconnaître et à définir leur véritable nature. »

« L'histoire humaine se développe entre deux points critiques de Réflexion : l'un inférieur et individuel, l'autre supérieur et collectif »

« Le moment semble venu où, sous la pression irrésistible de déterminations géographiques, biologiques, politiques, sociales, accumulées à un ordre planétaire, des fragments (d'humanité encore isolés) doivent se souder et se combiner, cette opération totale coïncidant avec l'éveil, par dessus les esprits nationaux que nous connaissons encore, d'un véritable Esprit de la Terre.

Un nouvel ordre de conscience émergeant d'un nouvel ordre de complexité organisée. Une hyper-synthèse de l'humanité sur elle même.

En toute objectivité, aussi froidement qu'un physicien devant les mondes démesurés qui sortent inexorablement de ses calculs, je ne vois pas (quoi que puisse protester une certaine forme de sens commun) qu'il soit possible d'interpréter la marche actuelle du Phénomène humain, en cohérence avec la marche générale du Monde, sans aboutir à des perspectives aussi fantastiques que cela. »

En exprimant la solidarité et l'interdépendance étroite des « molécules » humaines formées d'atomes d'esprit-matière , la vision de Teilhard ne peut-elle être rapprochée de la conception einsteinienne liant tous les corps dans l'espace-temps ?

 

Je crois que l'esprit, dans l'Homme, s'achève en du Personnel

« Ainsi, du travail patient, prosaïque, mais accumulé, des savants de toutes catégories, est sortie spontanément la plus impressionnante manifestation du Tout qu'on pouvait concevoir.... L'Univers dans sa totalité et son unité, s'impose inéluctablement aujourd'hui à nos préoccupations.

...Pour le croyant, aussi bien que pour tout homme qui voit et qui pense, l'Univers se découvre avec une unité organique, une cohérence, une urgence, un éclat qui brûleraient les yeux sous les paupières les mieux closes. Comment le Chrétien pourrait-il vivre coupé de la sève qui alimente le sentiment religieux fondamental de l'Humanité? »

« Le don que nous faisons de notre être, loin de menacer notre « moi », doit avoir pour effet de l'achever (…) la véritable Union ne fond pas les éléments qu'elle rapproche ; (…) c'et l'égoïsme qui durcit et neutralise l'étoffe humaine. L'union différencie. (…) La molécule humaine complète est déjà autour de nous un élément plus synthétique, et partant plus spiritualisé que la personne-individu, - elle est une dualité, comprenant à la fois du masculin et du féminin. » L'énergie humaine - Pékin 1936

« La Noosphère tend à se constituer en un seul système clos, où chaque élément pour soi voit, sent, désire, souffre les mêmes choses que tous les autres à la fois ». (Le Phénomène Humain p. 279)

Force de liaison : l'Amour

« Il représente une propriété générale de toute Vie ....(même) à un état prodigieusement rudimentaire sans doute, mais déjà naissant, jusque dans la molécule.

Sous les forces de l'amour, ce sont les fragments du Monde qui se recherchent pour que le Monde arrive...

Seul l'amour, pour la bonne raison que seul il prend et joint les êtres par le fond d'eux-mêmes, est capable d'achever les êtres, en tant qu'êtres, en les réunissant »

Force de progrès : la recherche

« La Recherche est la forme sous laquelle se dissimule et opère le plus intensément, dans la Nature autour de nous, le pouvoir créateur de Dieu. A travers notre Recherche, de l'être nouveau, un surcroît de conscience, émerge dans le Monde. »

On a pu faire à Teilhard le reproche d'un optimisme abusif. Cependant dans bien de ses écrits, il regarde avec lucidité les dangers qui menacent le progrès de l'humanité. Ici par exemple, il montre son inquiétude mais aussi son espoir :

« Aujourd'hui, à la suite d'un renversement rapide d'équilibre.., nous commençons à nous apercevoir que l'Homme-individuel est devenu, pour une part, le subordonné de son œuvre (…)

Le Monde, en croissant, est-il condamné à mourir...étouffé sous son propre poids?...

(…) Toute la question, en cette crise de naissance, c'est que promptement émerge l'âme qui, par son apparition, viendra organiser, alléger, vitaliser cet amas de matière confuse. Or cette âme, si elle existe, ne peut être que la "conspiration" des individus, s'associant pour élever d'un nouvel étage l'édifice de la Vie »

Teilhard n'aurait-il pas été comblé d'entendre le Pape Jean-Paul II déclarer à Singapour en 1999 :

« Tandis que le monde se dirige vers un nouveau millénaire. il doit y exister une conscience croissante de la fraternité universelle de tous les peuples dans l'unique famille humaine. et une plus grande coopération parmi les fidèles des religions du monde dans la promotion des valeurs spirituelles dont l'humanité a plus que jamais besoin. »

Mais il faut attendre et espérer. Le chemin est encore long..

« Zoologiquement et psychologiquement parlant, l'Homme, enfin aperçu dans l'intégrité cosmique de sa trajectoire, n'en est encore qu'à un stade embryonnaire, - au-delà duquel se profile déjà une large frange d'ULTRA-HUMAIN. » (Le cœur de la matière - Paris 30 octobre 1950)

Je crois que le Personnel suprême est le Christ-Universel

« Pour le chrétien qui adopte comme il en a le droit, le point de vue des analogies organiques et physiques quand il s'agit d'interpréter le processus de l'Incarnation, rien ne subsiste plus définitivement, au Monde, en dehors de l'action unificatrice du Christ. Du haut en bas des choses, le Christ est le principe de consistance universelle : « In eo omnia constant ». Pour un tel chrétien comme pour le philosophe moderne, l'Univers n'a de réalité complète que dans le mouvement qui fait converger ses éléments vers quelque centre de cohésion supérieure (c'est-à-dire qui le spiritualise) : rien ne tient absolument que par le Tout; et le Tout, lui-même, ne tient que par son achèvement à venir. »

« ...droit devant nous dans le Temps, quelque sommet d'Hominisation existe nécessairement, sommet dont, à en juger par l'énorme quantité d'Humain inarrangé qui nous entoure encore, nous pouvons garantir que, par rapport à nous, il se trouve extrêmement haut dans la conscience sinon aussi éloigné dans le Temps que nous serions tentés de le supposer...

(...) il faut reconnaître que la probabilité monte rapidement à l'horizon d'un point critique de maturation où l'Homme complètement réfléchi, non seulement individuellement, mais collectivement, sur lui-même, aura atteint, suivant l'axe des Complexités...la limite du Monde. Et c'est alors que, si l'on veut donner suite à l'Expérience, il paraît inévitable d'envisager dans cette direction, pour clore le Phénomène, l'émergence finale de la pensée terrestre dans ce que j'ai appelé le Point Oméga. » (L'activation de l'énergie 1942)

« C'est à ce terme supérieur de la co-réflexion (c'est à dire, en fait, de l'unanimisation) humaine que j'ai donné le nom de « Point Oméga » : foyer cosmique personnalisant d'unification et d'union… » (Les directions de l'avenir &endash; 1954)

« Puisqu'il n'y a concrètement qu'un seul processus de synthèse en cours, du haut en bas de l'Univers, aucun élément, ni aucun mouvement ne saurait exister, à aucun degré du Monde, hors de l'action « informatrice » du Centre principal des choses. Déjà coextensif à l'espace, déjà coextensif à la durée, le Christ se trouve encore... coextensif à l'échelle des valeurs qui s'espacent »

« J'ai parfaitement conscience de ce qu'il y a de vertigineux dans cette idée d'un être (le Christ) capable de rassembler dans son activité et son expérience individuelle toutes les fibres du Cosmos en mouvement. Mais en imaginant une pareille merveille, je ne fais rien autre chose...que de transcrire en termes de réalité physique les expressions juridiques où l'Eglise a déposé sa foi… »

« Tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux connexions internes qui le maintiennent, selon l'activité qui est à la mesure de chaque membre. Ainsi le corps se construit dans l'amour. »

Saint Paul aux Éphésiens

« La présence du Verbe incarné pénètre tout comme un élément universel...

Autour de nous, le Christ agit physiquement pour tout régler...

Les prodigieuses durées qui précèdent le premier Noël ne sont pas vides de lui mais pénétrées de son influx puissant. C'est l'agitation de sa conception qui remue les masses cosmiques et dirige les premiers courants de la biosphère. C'est la préparation de son enfantement qui accélère les progrès de l'instinct et l'éclosion de la pensée sur Terre. » (Science et Christ - Mon univers" -1924 p. 88)

« En vérité, plus j'ai médité les magnifiques attributs cosmiques prodigués par saint Paul au Jésus ressuscité, plus j'ai réfléchi au sens conquérant des vertus chrétiennes, plus je me suis aperçu que le Christianisme ne prenait sa pleine valeur que porté (..) à des dimensions universelles...

(...)Le Christ total n'est attingible qu'au terme de l'Evolution universelle. »

Teilhard rassemble sa pensée dans cette belle formule :

« Le Multiple monte, attiré et englobé par du « déjà Un ».(L'énergie humaine - inédit - Pacifique 1931)

« ...L'essence du Christianisme, ce n'est ni plus ni moins que la croyance à l'unification du Monde en Dieu par l'Incarnation. » (L'énergie humaine)

« ...Nous ne serons sauvés, nous ne verrons Dieu que dans la mesure où nous serons un dans le Christ Jésus. L'incarnation se termine à la construction d'une Eglise vivante, d'un corps mystique, d'une totalité consommée, d'un Plérôme… »

« La fin du Monde : renversement d'équilibre, détachant l'Esprit, enfin achevé, de sa matrice matérielle pour le faire reposer désormais, de tout son poids, sur Dieu-Oméga.

La fin du Monde : point critique, tout à la fois, d'émergence et d'émersion, de maturation et d'évasion »

Teilhard montre ainsi le monde et l'Homme, enfin accomplis, quittant l'espace-temps dans lequel la Création les a fait naître.

« …quand, par agglomération suffisante d'un nombre suffisant d'éléments, ce mouvement de nature essentiellement convergente aura atteint une telle intensité et une telle quantité que, pour s'unifier plus outre, l'Humanité, prise dans son ensemble, devra, comme il était arrivé aux forces individuelles de l'instinct, se réfléchir à son tour "ponctuellement" sur elle-même (c'est-à-dire, dans ce cas, abandonner son support organo-planétaire pour s'excentrer sur le Centre transcendant de sa concentration grandissante) alors, pour l'Esprit de la Terre, ce sera la fin et le couronnement. »

Là encore, Teilhard n'est-il pas très proche de ce que nous annonçait St Paul ?

 

"Il n'y a qu'un Corps et qu'un Esprit, comme il n'y a qu'une espérance au terme de l'appel que vous avez reçu; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous.

C'est lui encore qui a donné aux uns d'être apôtres, à d'autres d'être prophètes, ou encore évangélistes ou bien pasteurs et docteurs, organisant ainsi les saints pour l'oeuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu'un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l'âge, qui réalise la plénitude du Christ.

Saint Paul aux Éphésiens

 

ISSUE

 

« ...Parmi ceux qui auront essayé de lire jusqu'au bout ces pages, beaucoup fermeront le livre insatisfaits et songeurs, se demandant si je les ai promenés dans les faits, dans la métaphysique, ou dans le rêve.

Mais ont-ils bien compris, ceux qui hésiteront de la sorte, les conditions salutairement rigoureuses que la cohérence, maintenant admise par tous, de l'Univers, impose à notre raison ? (…)

Pour faire une place à la Pensée dans le Monde, il m'a fallu intérioriser la Matière; imaginer une énergétique de l'Esprit; concevoir au rebours de l'Entropie une montante Noogénèse; donner un sens, une flèche et des points critiques à l'Évolution; faire se reployer finalement toutes choses sur Quelqu'un.

(…) j'ai pu me tromper sur bien des points. Que d'autres tâchent de faire mieux. Tout ce que je voudrais, c'est avoir fait sentir, avec la réalité, la difficulté et l'urgence du problème, l'ordre de grandeur et la forme auxquelles ne peut échapper la solution.

Capable de contenir la personne humaine, il ne saurait y avoir qu'un Univers irréversiblement personnalisant. » (Le Phénomène Humain)